thumb|Simulation informatique (CGI) du cryptage Discret 11.

Discret 11 (acronyme de « DISpositif de CRyptage Électronique de Télévision ») est un système d'embrouillage ou cryptage de vidéo analogique français, ou accès conditionnel, destiné à la télévision à péage. Par métonymie, cette dénomination désigne également le décodeur qui exploite ce même type de contrôle d'accès.

Exploité par la chaîne Canal+ à compter de son lancement, le et jusqu'à l'arrivée de la télédiffusion numérique en 1995. Le responsable technique du projet est l’ingénieur français Sylvain Anichini à partir de 1983. L'objectif qui lui est imposé par Canal+ consiste à mettre en œuvre un dispositif au coût de revient économique et rapidement industrialisable.

Cette stratégie rend plus simple le développement d'équipements ou « décodeurs pirates » dont la chaîne payante fait les frais entre 1984 et jusqu'à l'abandon du système pour son successeur, le décodeur « Syster » utilisant le cryptage Nagravision et rétrocompatible Discret 11 pour la phase de transition.

Le Discret 11 est exploité pour la norme française à 625 lignes noir et blanc et couleur SECAM par plusieurs chaines à péage, notamment Canal+, Canal J, Canal Jimmy et Santé TV lors de leur télédiffusion par voie terrestre, satellite ou câble. La déclinaison Discret 12 est notamment exploitée par les chaînes publiques italiennes de la RAI sur le satellite Hot Bird pour embrouiller certaines émissions car mieux adapté au format 625 lignes exploitant le codage couleur PAL. Au Royaume-Uni, la BBC l'exploite d' à pour la diffusion de certains programmes médicaux.

Le décodeur est équipé d'une prise péritélévision à relier au téléviseur ou au magnétoscope et d'une seconde sortie vidéo / audio de type DIN. Il n'exploite qu'un signal audio monophonique du fait des restrictions de la norme de télédiffusion terrestre française « L » en 1984. La norme L de cette époque exploite uniquement la modulation d'amplitude monophonique. Il faudra attendre 1993 pour que les émetteurs terrestres français exploitent en complément, la norme numérique audio Nicam permettant la stéréophonie ou l'audio bi-canal. Par satellite, le groupe Canal+ et les chaînes cryptées qu'il diffuse en Discret 11 ou Nagravision exploitent en complément, des pistes audio en clair et non embrouillées. Cette diffusion nécessite un paramétrage du récepteur satellite et un raccordement direct sur le téléviseur ou les périphériques audio associés.

Historique Conçu et élaboré dès 1983 par le technicien de Canal+, Sylvain Anichini et ses équipes, le Discret 11 vise à relever le défi d'une formule industrielle à coût de revient compétitif et à s'adapter aux contraintes de la télédiffusion analogique terrestre et la norme française L à 625 lignes et au standard couleur SECAM. La direction technique de canal+ et celle de Radiotechnique conscientes que ces contraintes ne permettaient pas d'envisager une durée de vie de plus de 5 ans ,ils ont étudié ,des 1983, le successeur du discret11. Dix prototypes d'une version entièrement numérique du décodeur furent produits, ils permettaient d'émuler le cryptage discret11 mais également le cut en rotate du futur syster. Ces prototypes devaient évoluer au fur et à mesure de la disponibilité de composants grand public et permettre une mise en production trés rapide en fonction de l'évolution du taux de piratage. Canal plus abandonnera cette stratégie. Au bout de 9 ans, constatant le taux alarmant et sans solution de replis, elle négociera avec la société Nagra le remplacement du discret 11 par le syster étudié par nagra dès 1983 mais difficilement industrialisante à l'époque compte tenu du coût des composants.

Développement et lancement commercial Après l'étude puis l'abandon de divers dispositifs de chaînes à péage américaine ou étrangères pour des motifs de coût de revient et de brevets / licences, la direction du développement de Canal+ impose un délai de dix mois à ses ingénieurs pour concevoir et lancer la fabrication en pré-série, d'un système opérationnel et compétitif. La technologie utilisée est le produit d'un appel d'offres remporté par Philips qui propose de livrer un décodeur pour 100 Francs soit environ . Pour accélérer la sortie des décodeurs en masse, au lieu d'un design spécifique, le fabricant RTIC (Radio Technique Industrielle et Commerciale) exploite le boitier plastique d'un répondeur téléphonique de la même marque.

L'abonnement à Canal+ en 1984 nécessite outre l'abonnement du mois en cours et du suivant, des frais de dossier et surtout une caution de 500 Francs pour le décodeur Discret 11, soit environ , ce qui est une forte somme pour l'époque, le salaire minimum (SMIC) étant voisin de à cette période. Léo Scheer, l'un des fondateurs de Canal+, déclare en , qu'au démarrage de la chaine, la direction place la manne des cautions de 500 F en titres boursiers, ce qui contribue au financement du lancement de la chaîne, bien que cette pratique soit strictement interdite.

Le piratage survient dès le lancement Le décodeur est piraté dès son lancement. Ainsi, le magazine d'électronique français Radio Plans souhaitant informer ses lecteurs belges, suisses et monégasques qui ne peuvent pas s'abonner à la chaîne française, publie dans son numéro de , les plans d'un décodeur pirate basé sur la détection des débuts de ligne, avec en couverture la mention « Joyeux Noël ». Le magazine est saisi sur décision du TGI de Paris mais il reste disponible hors de France ainsi que pour des abonnés français l'ayant déjà reçu et quelques points de vente franciliens. Du fait du très large impact de cet événement dans la presse et dans les médias nationaux, des fac simile du numéro non censuré sont alors diffusés (exemplaires distribués avant la saisie du magazine) et les plans sont largement diffusés, sous forme de photocopie. Le nouveau tirage du numéro 445 de Radio Plans diffusé en France, un article « censuré » dévoile en page 43, que le décodeur Radio Plans est une « réalisation originale » et qu'ils ont effectué leur « travail de journalistes techniques ». En France, le journal le quotidien de Paris republie le même schéma du décodeur quelques semaines plus tard.

En 1985, une contre-mesure censée rendre inopérants les décodeurs pirates basés sur le principe du décodeur publié dans Radio Plans n'impacte pas longtemps ses utilisateurs, car plusieurs adaptations ou nouvelles versions apparaissent rapidement sous le manteau.

On estime que le taux de piratage du Discret 11 serait évalué entre 4 et 5 % des abonnements, voire inférieur. Toutefois, aucune étude fiable basée sur un véritable sondage n'a jamais été officiellement rendue publique. Bien au contraire, dès 1985, Canal+ se plaint publiquement de ce fléau qui freine son succès commercial, engage une lutte féroce contre le piratage, multiplie les plaintes et obtient même une loi « anti piratage » inédite en Europe, visant à consolider ses droits et à appliquer des sanctions judiciaires très significatives pour les contrer.

En France, Canal+ exploite Discret 11 comme premier système de chiffrement avant de le remplacer progressivement à partir de 1995 par le décodeur Syster, lequel reste en fonction jusqu'au début des années 2000.

À la fin des années 1980, la chaîne de télévision nationale publique FR3 diffuse des émissions destinées à un public travaillant dans le secteur de la Santé (STV ou Santé Télévision) d'une durée d'une heure (les samedis matin de 7h à 8h et rediffusées la nuit du jeudi à vendredi entre 4h à 5h) en codé et en Discret 11 comme Canal+ car ces émissions diffusent un contenu qui n'est destiné qu'aux professionnels de santé.

FR3 via le réseau RFE diffuse également la nuit après la fermeture d'antenne des émissions à des destinataires privés en ne chiffrant que le son et pas l'image. L'objectif est de rentabiliser les infrastructures la nuit alors qu'aucun programme n'est diffusé et de permettre de manière sécurisée de transférer des vidéos sur des magnétoscopes partout en France de manière uniforme. Le programme "Espace 3" s'arrêtera avec la télévision en continu et la démocratisation de nouveaux supports comme le DVD ou l'arrivée d'Internet.

Saisie manuelle du code mensuel

alt=décodeur discret11 de Canal+|vignette|Le décodeur Discret 11

Le nom « Discret 11 » est choisi car le système de chiffrement utilise un palmarès de 2 combinaisons, soit 2048 codes possibles. En réalité, il en existe 2047 car la télédiffusion en « clair » fait partie de ces combinaisons.

Discret 11 exploite un système de chiffrement de l'image par décalage de ligne vers la droite. Les lignes de l'écran sont affectées d'un retard pseudo-aléatoire de 0, 902 ou 1804 nanosecondes, grâce à deux composants électroniques de type lignes à retard.

Le décodeur est pourvu d'un clavier numérique permettant à l'abonné, de saisir un code chaque mois, qu'il reçoit par courrier postal dès lors qu'il est bien à jour de son paiement. Ce code valable une trentaine de jours est directement lié au numéro de série unique de chaque décodeur.

Un « code universel » est spécifiquement programmé lors de la diffusion entre le dernier jour du mois à minuit et le premier lundi du mois suivant à du matin. Ce code particulier ne nécessite pas d'entrer un code dans le mois en cours et évite les plaintes d'abonnés en cas de retard postal pour recevoir leur code personnel.

Principes techniques

Lorsque le signal diffusé par la chaîne Canal+ est crypté, le décodeur détecte lors de l'analyse du signal vidéocomposite véhiculé par la prise Péritélévision du téléviseur, la présence de signaux « forcés » au niveau du noir et du blanc, sur les dernières lignes (310 et 622). La ligne 310 est mise au blanc toutes les 6 trames et permet au décodeur de se synchroniser et d'enclencher le déchiffrement. La ligne 622 sert au décodeur à calculer le polynôme à exploiter (6 possibles) pour initialiser le générateur pseudo-aléatoire.

Le mode de désembrouillage est alors déverrouillé et l'image s'affiche en clair, avec les artefacts caractéristiques du cryptage sur les bordures de l'image, invisibles sur un tube cathodique. Dès lors qu'un code erroné est saisi, les retards ne sont pas annulés et les lignes sont redécalées en superposition au signal crypté envoyé à l'émission, entrainant un « surcodage ». Seul le son reste décodé dans tous les cas.

Le code mensuel est remplacé le premier lundi de chaque mois, à du matin. À l'émission le codeur retarde les lignes de 0, 902 et 1804 nanosecondes. Lors de la réception, le décodeur annule ces retards en harmonisant les lignes sur la valeur de 1804 nanosecondes de retard. Les 6 polynômes correspondent aux 6 niveaux d'audience, ce qui permet de segmenter les abonnements en différentes formules ou options, comme, « Cinéma + Sport » ou bien « Sport + Documentaires ».

Cette fonctionnalité n'est cependant pas exploitée par la chaîne, du moins jusqu'en , date à laquelle une contre-mesure est introduite en vue de lutter contre le piratage.

Le signal audio est électroniquement transposé en fréquences et sa phase inversée (). Pour activer la restitution du son, le décodeur détecte le niveau de blanc et de noir des lignes 310 et 622, en procédant au traitement du signal vidéo.

Le traitement du signal audio est entièrement analogique, mono canal et ne procure donc pas de stéréophonie. Spécifique à la télédiffusion par satellite, un signal stéréophonique est disponible sur une sous-fréquence audio (sous-porteuse) car retransmis en clair en permanence. Un paramétrage / mémorisation à effectuer sur le récepteur satellite est nécessaire afin de bénéficier d'un signal audio conforme.

Envisagé, le système le plus sophistiqué du décodeur comprend l’envoi par la poste de tickets magnétiques, pour mettre à jour les droits et la découpage/inversion de la ligne vidéo à un point choisi pseudo aléatoirement. Ce principe est employé ultérieurement pour les contrôles d'accès VideoCrypt et EuroCrypt, notamment.