La Fédération nationale des Camelots du roi est un réseau de distributeurs du journal L'Action française et de militants royalistes qui constituent le service d'ordre et de protection du mouvement d'extrême droite Action française. Ils sont actifs entre 1908 et 1936.
Historique Genèse En 1908, l'Action française cherche à se doter d'un appareil militant. Le commandant Louis Cuignet prospecte dans les rangs de l'armée à la recherche d'un meneur d'hommes. C'est finalement Maxime Real del Sarte, étudiant aux Beaux-Arts, qui est choisi, après le coup . Dans la continuité de l'affaire Dreyfus, le jeune Real del Sarte décide de s'en prendre aux juges en interrompant une audience présidée par le procureur général Alexis Ballot-Beaupré :
Le , la formule de est employée pour la première fois dans le quotidien L'Action française pour désigner les vendeurs de journaux de la Gazette de France, de L'Accord social et de L'Action française. Leur nom tire son origine de leur première vocation, celle d'assurer la propagande en vendant principalement les numéros du journal de l’Action française dans les rues de Paris, d'où leur nom de , marchands de journaux. Ils sont recrutés d’une part dans le groupe royaliste du arrondissement organisé par Henry des Lyons pour vendre des journaux à la porte des églises et, d’autre part, parmi les ouvriers et employés royalistes de l’Accord social de Firmin Bacconnier.
Peu nombreux au départ, les premiers rapports de police font état d'une cinquantaine de membres en . Fin 1909, la police en dénombre environ quatre cents.
Le , les Camelots du roi perturbent une lecture-hommage dédiée à Émile Zola à l'Odéon.
Durant l'hiver 1908 à 1909, les Camelots du roi se livrent à des dégradations voire des destructions de statues élevées à Paris ou en province représentant des dreyfusards ou des républicains.
Les Camelots sont l'instrument d’une politique de tumulte de la part de l’Action française. Ils sont bien davantage une force armée qu’une force de proposition politique. L’idée est de susciter le trouble pour rappeler la cause royaliste à l’opinion et faire ainsi de nouvelles recrues.
Les membres des Camelots portent une grande admiration à Charles Maurras en tant qu'écrivain et en tant qu'homme politique. Il est leur maître incontestable, même si certains vont petit à petit marginaliser leur position au sein de l'Action française, sans toutefois remettre en cause leur affiliation avec ce mouvement.
Le premier président des Camelots du roi se nomme Maxime Real del Sarte, tandis que Henry des Lyons en est le secrétaire national. Marius Plateau, Lucien Lacour, Armand du Tertre, Lucien Martin, Léon Géraud, Jean Dorange sont quant à eux nommés délégués. L'homme qui décide des rapports des Camelots avec l’organisation centrale de l’Action française, ainsi que la discipline, est Maurice Pujo.
L'affaire Thalamas
vignette|gauche|Maurice Pujo (1872-1955).|168x168px En 1904, le professeur d'histoire Amédée Thalamas bénéficiait d'une petite renommée pour avoir relativisé le rôle politique de Jeanne d'Arc durant la guerre de Cent Ans et remis en cause sa vertu ainsi que le caractère surnaturel de la pucelle d'Orléans. Il avait reçu un blâme de la part du ministre de l'Instruction publique. En , le Conseil des professeurs de la faculté des lettres, présidé par le doyen Alfred Croiset, autorise Thalamas qui ne possédait pas le titre de docteur ès lettres, d'assurer tout l'hiver un cours libre une fois par semaine sur la pédagogie de l’histoire. Ce cours était scindé en douze petits cours. Entraînés par Maxime Real del Sarte, les Camelots du roi décident d'empêcher l'historien de s'exprimer, et donc d'interrompre par la violence, chaque mercredi, le cours donné par ce professeur.
Lors du premier cours, le , les Camelots envahissent l'amphithéâtre Michelet et mènent un tapage d'enfer. Maxime Real del Sarte saisit Thalamas et le gifle. Celui-ci est contraint de partir. Les agresseurs quittent alors la salle, se répandent sur le boulevard Saint-Michel, rompent les barrages de la police, franchissent la Seine, et arrivent à la statue de Jeanne d'Arc, où ils déposent une gerbe de fleurs.
vignette|Arrestation d'un Camelot du roi lors des fêtes de Jeanne d'Arc à Paris. Carte postale, 1909.|233x233px
Le , les royalistes manifestent de nouveau à la Sorbonne. Le , voulant donner son interprétation de Jeanne d'Arc, Maurice Pujo entreprend de lui consacrer un cours libre en pleine Sorbonne, au sein de l'amphithéâtre Guizot. Il trace devant ses auditeurs un tableau historique, comparant l'état de la France au avec celui de son temps. Il est en train de conclure quand un officier de paix, suivi d'un capitaine de la Garde et d'une file de soldats, lui demande de sortir. Les auditeurs se dispersent après l'incident.
vignette|Caricature des Camelots du roi à propos de l'affaire Thalamas dans L'Assiette au beurre du 27 mars 1909.|gauche|228x228px
Le premier procès fait à un Camelot du Roi a lieu le : Serge Real del Sarte, élève à l'école des Beaux-Arts, est accusé de . Le même jour, un groupe de cinq cents manifestants, conduit par son frère Maxime et les Camelots, se dirige vers le Sénat et envahit la cour du palais aux cris de . Pour se faire connaître, les Camelots du Roi n'hésitent pas à se faire arrêter volontairement pour comparaître en procès public et faire parler d'eux dans la presse.
Le , Maxime Real del Sarte est condamné à quinze jours de prison pour .
Le , le professeur est fessé en plein cours, nouvelle agression qui devient un .
La campagne contre Thalamas dure trois mois, avec de nombreuses arrestations pour injures et violences à agents : outre celles de Maurice Pujo et Maxime Real del Sarte, son frère Yves, Henry des Lyons, Marius Plateau, Georges Bernanos et des dizaines de Camelots du Roi anonymes sont arrêtés, puis relâchés après avoir passé une quinzaine de jours en prison.
L'affaire Thalamas suscite alors des réactions passionnées ; les camps thalamistes et antithalamistes se confrontent à nouveau durant l'année 1909. La Fédération républicaine des étudiants de France dirigée par Edmond Bloch tente de faire obstacle aux Camelots du Roi. Cet épisode s'inscrit dans une période de « mythification » de Jeanne d'Arc dans les milieux nationalistes français ; il s'agit de l'un des premiers coups d'éclat des Camelots du roi.
Échanges avec les anarchistes vignette|Lucien Lacour, Gustave Hervé et des syndicalistes fraternisent à la prison de la Santé.|gauche Dans les années 1910, les Camelots du roi se rapprochent brièvement de l’extrême gauche notamment les anarcho-syndicalistes. Les militants des deux bords sympathisent en prison et se découvrent un ennemi commun : la République. Anarchistes et Camelots du roi partagent leur quotidien en détention et chantent ensemble aussi bien L'Internationale, La Chanson du linceul, Gloire au 17e, Vive Henri IV !, La France bouge ou encore Vive les Camelots du roi. À titre d'exemple, le Camelot Georges Bernanos est arrêté le , le et le . Lors de sa dernière arrestation, il est condamné à dix jours de prison et d'amende. Il raconte son incarcération et sa fraternisation avec les militants révolutionnaires :
Il y a tout de même quelques accrocs entre Camelots du roi et anarchistes comme l'illustre le témoignage du Camelot du roi Georges Morizot qui nuance cette amitié carcérale :
Ce rapprochement avec les anarchistes est approfondi dans le Cercle Proudhon porté par Henri Lagrange mais l'urgence de la guerre met rapidement fin à ce rapprochement.vignette|Les Camelots du roi reconstruisent les maisons des inondés à Vigneux dans l'Almanach de l'Action française de 1911.
Inondations de 1910 Lors de la crue de la Seine de 1910, les Camelots du roi aident les sinistrés de différentes manières : soupes populaires, distribution de charbon et de vêtements, bacs pour traverser ou mettre en sécurité les sinistrés, récoltes de dons. Les Camelots du roi se risquent . Dans les faubourgs d'Issy-les-Moulineaux, la soupe populaire de l'Action française fournissait mille repas par jour et les Camelots du roi apportaient une aide régulière à 172 familles pour un total de 882 personnes. Maurice Pujo livre un récit de ces événements dans l'Almanach de l'Action française de 1911.
Du au à Vigneux, les Camelots du roi bâtissent et meublent vingt-cinq baraquements pour des ouvriers, avec le concours de la marquise de Mac Mahon et de l'Association des Jeunes filles royalistes.
Précédemment, l'Action française avait financé des baraques pour reloger les sinistrés lors du séisme du 11 juin 1909 dans le Sud de la France.
vignette|Lucien Lacour gifle Aristide Briand dans Le Petit Parisien du 4 décembre 1910.
Agression par Lucien Lacour Dans la nuit du 19 au , des Camelots placardent sur les murs de Brest une affiche antisémite intitulée , qui représente une grosse femme juive — portant un bonnet phrygien et un accoutrement maçonnique et attaque avec virulence le président du Conseil, Aristide Briand, et Joseph Reinach, surnommé (pique à propos de son embonpoint, en référence à une nouvelle de Maupassant intitulée Boule de Suif). Le lendemain, le Camelot du roi Lucien Lacour agresse Aristide Briand, lui donnant deux gifles en criant : Lettre de Lucien Lacour du 21 novembre 1910..
Le , Lucien Lacour est condamné à trois ans de prison. Il est finalement libéré le après 422 jours de prison.
Manifestations à la Comédie-Française gauche|vignette|Les Camelots du roi au palais de justice le 4 mars 1911. En , Henry Bernstein présente sa pièce de théâtre Après moi à la Comédie-Française. Dès l'annonce de la première représentation, les Camelots du roi collent des affiches reproduisant une lettre où Henry Bernstein se vantait d'avoir déserté. Lors de la deuxième représentation le , Maurice Pujo et plusieurs Camelots du roi sont arrêtés tandis qu'ils chahutaient la pièce de théâtre. Chaque représentation donne lieu à des manifestations de l'Action française. Le , la pièce de théâtre est déprogrammée. Le , Maurice Pujo est condamné à un mois de prison et d'amende, César Berthollet à huit jours et 16 francs tandis que les autres Camelots du roi écopent de peines de prison avec sursis et quelques francs d'amende.
Le , Henry Bernstein se sentant offensé par un article de Léon Daudet, les deux hommes s'affrontent en duel. Le , un second duel oppose Maurice Pujo à Henry Bernstein. vignette|Norbert Pinochet, Camelot du roi dans Le Coup de fouet du 30 juin 1912. Le , les Camelots du roi Henri Bourgoin et Norbert Pinochet font évader Gabriel de Baleine, un autre militant emprisonné. Ils téléphonent au directeur de la maison centrale de Clairvaux en se faisant passer pour Raymond Poincaré, président du Conseil. Le stratagème inspire quelques années plus tard la téléphoniste Charlotte Montard.
La loi des trois ans En 1913 face à la menace d'un conflit armé avec l'empire allemand, l'Action française décide de soutenir l'allongement de la durée du service militaire porté par la loi des Trois ans. Les Camelots du roi affrontent les militants de gauche défavorables à cette mesure et plus enclins à l'amélioration des relations avec l'Empire allemand et à l'instruction militaire des réservistes. Les Camelots du roi et les ligueurs participent à de nombreuses conférences contradictoires ainsi qu'à des manifestations dans plusieurs villes : Bordeaux, Nice, Toul, Epinal, Toulouse, Limoges, Dijon, Orléans, Lille, Lyon, Rennes.
La loi est finalement adoptée le . Charles Maurras se targue que le président du Conseil, Louis Barthou, ait complimenté l'Action française : « Cela n'aurait pas été possible sans les Camelots du roi ». Une citation probablement apocryphe.