thumb|right|Esclave évadé au Suriname, 1796. Le marronnage est, à l'époque coloniale, la fuite d'un esclave hors de la propriété de son maître en Amérique, aux Antilles ou dans les Mascareignes. Le fugitif lui-même était appelé marron ou nègre marron, negmarron, voire cimarron (d'après cimarrón, le terme espagnol d'origine).

Étymologie

Le terme de « marron » vient de l’espagnol , « vivant sur les cimes » (de , « cime »), qui apparaît dès la conquête d’Hispaniola. C’est un mot emprunté aux Arawaks et qui désigne des animaux domestiques qui s'échappent et retournent à l'état sauvage. À partir de 1540, ce terme désigne les esclaves fugitifs et finira par désigner plus globalement celui qui retourne vers l’état de nature.

On continue d'utiliser par ailleurs le terme marronnage (ou féralisation) pour qualifier le retour, partiel ou total, d'animaux domestiques à l'état sauvage, après avoir été abandonnés ou s'être échappés. On parle d'un animal marron ou féral (venant lui-même du castillan fera : « bête sauvage »).

Lieux de fuite vignette|La Vallée secrète, lieu d'implantation de marrons à La Réunion. Les marrons se réfugiaient généralement dans des lieux inaccessibles. À La Réunion, par exemple, ils fuyaient notamment dans les Hauts de l'île, dont ils furent les premiers habitants.. À Maurice, ils se cachaient dans une montagne du sud-ouest de l'île, le Morne Brabant.

Les anciens esclaves marrons qui se sont réfugiés loin dans les forêts (et montagnes) ont su sauvegarder et transmettre leurs modes de vie africains et même partiellement leurs langues d'origine.

Communautés d'origine marron

vignette|Une esclave fugitive et son enfant. Parfois, ils parvenaient à se regrouper en de véritables communautés clandestines organisées, comme les sociétés fondées par les Alukus et les Djukas au Suriname. Au Brésil, ces communautés étaient appelées mocambo, ou quilombo pour les plus importantes, et en Amérique hispanophone, palenque.

Certaines d'entre elles ont été très importantes par leur population et/ou leur durée, au point qu'on parle parfois de républiques d'esclaves marrons, comme pour le quilombo de Palmares (quilombo) au Brésil, ou de royaumes, comme celui du « roi » Cimendef à La Réunion ; de nombreux sites naturels des trois cirques de l'île portent d'ailleurs toujours le nom de marrons. Ainsi, Anchaing a laissé son nom à un sommet de Salazie.

Les communautés qui ont perduré se trouvent : au Brésil, comme le quilombo de Palmares ; au Guyana ; au Suriname (les Djukas, Kwinti, Matawai, Paramaka et Saramaca) ; en Guyane, les Noirs marrons (ethnies Aluku (ou Boni), Saramaca, Paramaca et Djuka (ou Aukan)) y sont appelés génériquement Bushinengue, parlent les langues aluku, ndjuka et paramaka (nenge tongo) ; en Colombie, comme Palenque de San Basilio, parlant son propre créole hispanique : le palenquero ; au Honduras ; marginalement à la Jamaïque ; au Mexique à , devenue Yanga (Veracruz) ; aux États-Unis, comme au marronnage du Grand marais lugubre.

Elles habitent souvent sur les bords des fleuves qui constituent les seules voies de circulation en forêt profonde.

Au Brésil, la constitution garantit les droits des Communidades remanescente de quilombo, et plus de de ces Communautés quilombolas ont aujourd'hui un statut officiel..

En Jamaïque

vignette|Leonard Parkinson, chef marron jamaïcain. Les premiers marrons de Jamaïque sont les indiens Taïnos, rescapés du génocide pratiqué par les conquistadores espagnols lorsqu'ils s'emparent de l'île en 1494. Des qui y vivent à l'époque, il ne reste plus cinquante ans plus tard que quelques centaines d'individus.. Une partie des Taïnos survivants s'enfuit et se cache dans les montagnes.

En Jamaïque, en 1738, les marrons tiennent tête à des troupes britanniques. Nanny est une des personnalités d'envergure de la résistance jamaïcaine. Ils obtiennent un territoire encore aujourd'hui indépendant en contrepartie de leur collaboration avec le gouvernement. Certains vieillards descendant des Nègres marrons (Neg' marrons) parlent encore d'anciens dialectes africains tel le coromanti. Les marrons de Moore Town ont aussi conservé d'autres traditions comme la cérémonie du Kromanti Play et la médecine traditionnelle d'origine africaine. La symbolique des Neg' marrons est très présente dans le reggae car elle véhicule, elle aussi, une image de rébellion.

En Guyane et au Suriname Les Bushinengués sont estimés à plus de en Guyane et à près de au Suriname (où ils sont appelés Bosneger). Ils ne reconnaissent généralement pas la frontière entre le Suriname et la France.

Ils sont les descendants d'esclaves africains révoltés ou enfuis des plantations avant l'abolition de l'esclavage, ou d'esclaves libérés.

Leurs ancêtres ont été capturés, puis vendus le long des côtes africaines aux négriers puis déportés aux Amériques pour servir de main-d'œuvre, essentiellement dans les plantations de canne à sucre (industrie sucrière) et de café. D'abord réfugiés en forêt profonde pour éviter d'être repris, ils se sont ensuite installés sur les rives des grands fleuves, surtout sur le Maroni.

Les Bushinengués sont constitués de six groupes ethniques : les Alukus (ou Bonis), les Saramaca, les Paramacas, les Djukas, les Kwintis et les Matawais.

Culture vignette|Rituel à base de rhum pour les esprits protecteurs du village marron de Santigron au Suriname, où vivent des descendants d'esclaves en fuite du . Contrairement au Brésil ou à la Jamaïque, quelque 20 000 Marrons vivent encore dans la forêt tropicale du Suriname, ayant conservé une culture originale et traditionnelle, mêlant animisme, mystique africaine voire coutumes juives. gauche|vignette|Art de la tribu marron Aucaner (musée Nieuw Amsterdam) La culture marron fait encore vivre une partie des traditions des ancêtres africains : vocabulaire, peintures, danses, musiques, vie communautaire bien qu'ayant évolué différemment.

Couleurs vives et formes géométriques symboliques et/ou décoratives caractérisent l'art noir-marron appelé art Tembé. On les trouve sur les portes, les pirogues, les sièges sculptés, les fresques et certains objets vendus aux touristes (sculptures, sièges pliants… présentant des formes originales qui diffèrent des sculptures africaines traditionnelles).

L'accès à l'école reste parfois difficile, mais est mieux réalisé que pour les populations amérindiennes de la forêt. Il modifie la perception et les comportements des jeunes, comme le football, la télévision, la voiture, le téléphone portable, le quad qui deviennent objets d'intérêt, éloignant les enfants de la culture de leurs parents.

Chasse et sanctions thumb|Gravure de William Blake représentant un esclave suspendu par un crochet de boucher, extrait d'un ouvrage du chasseur d'esclaves Jean-Gabriel Stedman racontant son expédition de 5 ans (1772 à 1777) au Guyana contre les esclaves noirs révoltés du Suriname, cruellement châtiés(Titre original de la gravure : A Negro Hung Alive by the Ribs to a Gallows), gravure probablement extraite de Five Years' Expedition against the Revolted Negroes of Surinam in Guiana on the Wild Coast of South America; from the Year 1772 to 1777 (2 vols). De telles gravures, en informant le public européen des traitements infligés aux révoltés, ont renforcé les courants abolitionnistes.

Le développement du marronnage a rapidement amené les maîtres à engager des chasseurs d'esclaves.

Aux Antilles, ceux qui étaient rattrapés étaient châtiés par mutilation : leur tendon d'Achille était sectionné afin qu'ils ne puissent plus courir.

À La Réunion, ils étaient parfois tués lors de la chasse. Le chasseur ramenait alors au maître une oreille et une main du fugitif en guise de preuve de la réussite de sa chasse, le corps entier ne pouvant être transporté par un homme seul le long de sentiers escarpés. Ces prises étaient parfois exhibées à l'entrée des plantations pour dissuader d'éventuels nouveaux fugitifs.

Selon un épisode célèbre de l'histoire de l'île Maurice, un important groupe d'esclaves n'hésita pas à se précipiter dans le vide du haut d'un rocher élevé (le Morne Brabant dans le sud de l'île) lorsqu'ils se retrouvèrent acculés au bord d'une falaise par des hommes qu'ils prenaient pour des chasseurs. Ils n'étaient en fait que des messagers chargés de leur annoncer l'abolition de l'esclavage.

Marrons célèbres par région Brésil Aqualtune.

Guadeloupe thumb|Vestiges en pierre d'anciennes cases d'esclaves fugitifs (Nèg marrons), au lieu-dit Desbordes, Guadeloupe. Solitude (vers 1772-1802) Bazile, chef de bande vers 1773Le Marronnage en Guadeloupe. Mocachy, vers 1818, Grand Papa, vers 1821, Bonga, vers 1836 et Martial, vers 1840, chefs de la bande des KellersLa dimension politique du marronnage en Guadeloupe : l'exemple du camp des Kellers, site la1ere.francetvinfo.fr .

Guyane Simon FrossardRévoltes armées d'esclaves en Guyane.. Linval. Pompée et sa femme Gertrude Les Alukus ou Bonis Gabriel, chef marron du campement marron . Claire et la communauté de Montagne-Plomb Île de la Réunion Anchaing Cimendef Cotte Dimitile Empereur Baal. Empereur Pitré Roi Diamparé Roi Mafati Roi Phaonce Roi Tsymandevo

Jamaïque Nanny (Jamaïque)

Île Maurice Barbe blanche Diamamouve, dont une cascade dans l’est du pays porte le nom.. Madame Françoise Sans Souci

Saint-Domingue Macandal (ou Makandal, ou Mackandal) Dutty Boukman (Samba Boukman) Sansousi Lamour Dérance Petit Noel Prieur (Ti-Nwèl) Jean Zinga Macaya Sylla Plymouth Enriquillo Donpedro

Panama Bayano également connu sous le nom de Ballano, Vallano ou Bayamo

Dans les arts

Littérature Des œuvres de fiction évoquent la Révolution des esclaves noirs de la colonie française de Saint-Domingue ; voir l'article Révolution haïtienne. Des œuvres littéraires modernes mettent en scène des personnages de marrons ; elles ont été analysées notamment par Richard Burton dans Le Roman marron : études sur la littérature martiniquaise contemporaine, L'Harmattan, 1997, et Marie-Christine Rochmann, dans L'Esclave fugitif dans la littérature antillaise, Karthala, 2000. 1600 Aphra Behn, Oroonoko, ou la Véritable histoire de l'esclave royal (1688), traduction de l'anglais par G. Villeneuve, présentation par Y. Charara, Paris, Garnier-Flammarion, 2009. Le héros de cette nouvelle est un marron de la colonie anglaise de Suriname. 1700 Jean-François de Saint-Lambert, Ziméo (1769), dont le héros est un marron de la colonie anglaise de Jamaïque. Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie (1789), pour un bref épisode de ce roman, dont l'action se situe dans la colonie française de l'Île-de-France (actuellement île Maurice), qui met en scène des marrons anonymes. 1800 Alexandre Dumas, Georges (1843). Le héros de cette nouvelle prend la tête d'une révolte d'esclaves et d'hommes de couleur libres de la colonie française de l'île Maurice. Louis Timagène Houat, Les Marrons (1844). Premier roman d'un Réunionnais. L'action est située en 1833 et ses héros sont des marronsAlpers, E. A. (2013). The idea of marronage: Reflections on literature and politics in Réunion. In Slavery and Resistance in Africa and Asia (pp. 37-48). Routledge.. Harriet Beecher Stowe, La Case de l'oncle Tom (1851), traduction de l'anglais par L. Enault, commentaires de J. Bessière, Le Livre de Poche classique, 1986. Des personnages secondaires de ce roman (Elisa et son mari Georges Harris) sont des marrons qui fuient l’État américain de Kentucky. 1900 Alejo Carpentier, Los fugitivos (1946, nouvelle). Édouard Glissant., La Lézarde (1958), Le Quatrième Siècle (1964), Malemort (1975), La Case du commandeur (1981), Mahagony (1987). André Schwarz-Bart, La Mulâtresse Solitude (1972). Daniel Maximin, L’Isolé soleil (1985)https://www.erudit.org/fr/revues/ela/2014-n38-ela01707/1028699ar.pdf. Patrick Chamoiseau, Texaco, 1992 (Prix Goncourt), Gallimard, L’Esclave vieil homme et le molosse (1999). 2000