L'histoire du pays de Caux a été marquée par le peuple des Calètes dans l'Antiquité et par l'installation de colons danois, norvégiens et d'autres originaires de Grande-Bretagne au Moyen Âge. Elle s'inscrit dans l'histoire de la Normandie tout en gardant une certaine originalité, liée à son ouverture maritime et ses caractéristiques géologiques.

Préhistoire Les premiers habitants du pays de Caux ont pu habiter dans les nombreuses grottes des vallées et de la côte, sans qu’on puisse évaluer leur nombre de façon certaineP. Auger, G. Granier, Le guide du pays de Caux, 1993, 13. Parmi les sites les plus anciens se trouvent ceux situés sur les hauteurs de la ville du Havre (Bléville, Mare aux Clères, Frileuse ) et sur les sites sous-marins de Sainte-Adresse et de Sassetot-le-Mauconduit, qui datent du Paléolithique inférieur. Ils ont notamment révélé des outils taillés en pierre de types clactonnien et acheuléen vieux approximativement d'un million d'années.

Pendant le Mésolithique, les cultures préhistoriques qui occupent le pays de Caux sont à rattacher à celles du Bassin parisien (Tardenoisien) avec cependant des caractéristiques qui évoquent des influences belges. La population s’est progressivement sédentarisée au cours du Néolithique.

Le site du Grand-Épouville sur la commune de Montivilliers a permis aux archéologues d’étudier un habitat de type Seine-Oise-Marne, des outils et des céramiques, datant du début de l’âge du bronze. Le pays de Caux a sans doute été colonisé par des peuples venus d’autres régions.

Gaule indépendante : les Calètes

Dans l’Antiquité, le pays de Caux est occupé par les Calètes, qui descendent du peuple celte des Belges, venu s’installer en Normandie par vagues successives entre le M. de Boüard, Histoire de la Normandie, 2001, 43. Le nom « Calète » vient sans doute du gaulois caleto-Xavier Delamare, Dictionnaire de la langue gauloise, 2008, 97, terme celtique signifiant « dur » ou « vaillant", utilisé pour mettre en avant les qualités de ses combattants. On retrouve ce mot en gallois : caled ; ou en vieil-irlandais : calath, qui veut dire « héroïque »; en breton moderne kalet veut dire « dur ».

Selon la Guerre des Gaules de Jules Césarvoir De Bello Gallico : « Commentaires sur la Guerre des Gaules », Livre II, 4, 9 ; Livre VII, 75, 3-4, Livre VIII, 7, 4, les Calètes faisaient partie de la Gaule Belgique. Ils vivaient groupés dans les oppida, des villages agraires à enclos ou dans des fermes individuelles. Les oppida les plus importants sont ceux des Fossés de Bénouville à Étretat et du Camp de Canada à FécampStephan Fichtl, Les Peuples gaulois, , éditions Errance, Paris, 2004, , 170. En 57 P. Auger, G. Granier, Le guide du pays de Caux, 1993, 14, ces populations se groupent pour résister à l’assaut des légions césariennes. Mais elles sont finalement défaites.

La paix romaine

En 27 av. J.-C., l’empereur Auguste réorganise le territoire gaulois. Il fait créer la civitas caletorum (cité des Calètes) qui est incorporée à la province de Lugdunaise, dont la capitale est Lyon.

Les populations délaissent les oppida pour habiter dans les vallées. Les campagnes sont défrichées, les cultures et l’élevage se développent et l’artisanat fournit les exportations vers la Bretagne (l’actuelle Angleterre). Juliobona (l’actuelle Lillebonne) est alors la cité la plus peuplée du pays de Caux. La romanisation de la Normandie, comme ailleurs en Occident, passe par la construction de routes et par une politique d'urbanisation.

On connaît de nombreuses villas gallo-romaines dans le pays de Caux, grâce à la photographie aérienne et aux fouilles de sauvetage opérées pendant la construction de l’A29. Ces habitations rurales, au cœur d’un domaine foncier, pouvaient adopter deux grands types de plan. Le premier pouvait être longiligne, avec une façade ouverte vers le sud ; le deuxième s’inspirait davantage des villas italiennes, offrant un aspect ramassé et organisé autour d’une cour carrée. C’est le cas de la riche villa de Sainte-Marguerite-sur-Mer, entre Dieppe et Saint-Valery-en-Caux. Les constructeurs de ces villas utilisaient les matériaux locaux : silex, craie, calcaire, brique, torchis. La technique du colombage est héritée de cette époque et des huttes celtiques.

La Pax Romana est rompue avec les attaques germaniques du : la côte d'Albâtre subit les incursions saxonnes et l’empereur romain ordonne la construction du litus Saxonicum pour défendre le plateau. Elle passe sous le commandement militaire du Dux tractus Armoricanus et Nervicanus. Les incursions reprennent au et contribuent au déclin des villes, la crise des campagnes et le retour de la forêt. Les traces d’incendies et les trésors monétaires enfouis à la hâte montrent les progrès de l’insécurité en Gaule du Nord. Le pays de Caux fait partie de ce qui reste d'Empire romain, sous le commandement du « Roi des Romains », Syagrius.

Moyen Âge Le roi Clovis bat Syagrius et s’empare de son territoire en 486 : le pays de Caux passe sous domination franque dans le cadre de la Neustrie, ce qui engendre l'arrivée de quelques éléments germaniques que les archéologues mettent en évidence dans les nécropoles de type franc (exemple à Héricourt-en-Caux Le Pays de Caux et le Talou (Arques) voisin deviennent alors deux pagipagus au singulier, est un nom latin qui donnera le mot « pays », dirigés chacun par un comte qui représente l’autorité royale. Les toponymes en -court et les plus anciens en -ville datent de cette époque franque. Au , le comte de Caux, Vaning ou Waning, fonda le premier monastère de Fécamp M. de Boüard, Histoire de la Normandie, 2001, 81. Les Mérovingiens favorisent la christianisation des campagnes et la fondation d’abbayes qui perpétuent l’héritage antique et sont les seuls foyers culturels de l’époque : Fontenelle en 649, Jumièges vers 654, Pavilly et Montivilliers. Ces abbayes normandes adoptèrent rapidement la règle de saint Benoît. Elles possédaient de grands domaines fonciers, dispersés en France, dont elles tiraient des revenus élevés. Elles furent donc des enjeux dans les rivalités politiques et dynastiques.

En 751, le royaume mérovingien passe aux mains de la dynastie carolingienne et le centre politique s’éloigne vers les rives du Rhin.

Les raids vikings débutent au début du . En 841, les Scandinaves remontent la Seine sur leurs drakkars, pillent et dévastent les monastères et les villes de la région. Les habitants livrés à eux-mêmes, ne trouvent de salut que dans la fuite. En 911, le roi Charles le Simple décide de donner la Basse-Seine au chef viking Rollon : le traité de Saint-Clair-sur-Epte marque la fondation du comté de Rouen, qui deviendra ensuite le duché de Normandie. Le pays de Caux, connaît un peuplement scandinave très dense M. de Boüard, Histoire de la Normandie, 2001, 104, comme le montre la toponymie : parmi les suffixes les plus fréquents, citons –bec (Caudebec-en-Caux, Bolbec, –dalle (Dieppedalle, Oudalle, ...), –fleur (Harfleur, Fiquefleur...), –vic (Sanvic), et –tot (Yvetot, Criquetot-l'Esneval, Vergetot). Les Vikings laissèrent également une empreinte durable dans les coutumes, l’architecture, le dialecte et le type ethnique cauchois.

Aux , les ducs résident souvent dans leurs palais de Fécamp et de Lillebonne, jusqu’à l'invasion de l’Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant. Plus tard, Henri II d'Angleterre met en place le bailliage du pays de Caux, qui sera repris par le roi de France au .

La condition des paysans cauchois est alors relativement meilleure qu’ailleurs en France : les esclaves exploitent la réserve seigneuriale et les communautés rurales sont fortes. Les innovations agricoles (collier d'épaule, assolement triennal) arrivent très tôt en Normandie et entraînent une augmentation des récoltesP. Auger, G. Granier, Le guide du pays de Caux, 1993, 20. L’industrie textile se développe en liaison avec la culture des plantes tinctoriales ainsi que l’élevage ovin. La population du plateau de Caux augmente et les bourgs se développent, grâce à la draperie. Les habitants de Montivilliers, Harfleur et Fécamp achètent à Jean Sans Terre leur charte communale en 1202 et les bourgeois acquièrent des privilèges. Les échanges commerciaux se développent avec les régions voisines et avec l’Angleterre. Les marchands pêcheurs de Fécamp organisent une ghilde qui les protège et réglemente leurs activités. Les foires régionales se multiplient, celle d’Harfleur est alors l’une des plus réputées du pays de Caux. Après les invasions vikings, les ducs s’employèrent à rétablir la vie monastique en Normandie : vers 960, le réformateur Gérard de Brogne ressuscita Saint-Wandrille. fit reconstruire l’église abbatiale à Fécamp. Mais c’est qui fit venir Guillaume de Volpiano pour ranimer la vie de l’abbaye, selon la règle bénédictine.

En 1204, la Normandie est intégrée au domaine royal français. Le est une période de prospérité pour le pays de Caux. Le Grand Coutumier de Normandie est rédigé au milieu du . La Charte aux Normands est octroyée le , par le roi de France Louis le Hutin, qui fait écho à la Grande Charte des Anglais. Pour apaiser les révoltes périodiques des Normands, le roi a dû reconnaître la spécificité de la Normandie, et cette charte, ainsi que la seconde de 1339, sera considérée jusqu'en 1789 comme le symbole du particularisme normand.

Au début du , le pays de Caux est touché comme le reste de la France par des vagues de famines et d’épidémies. La peste, qui fait son apparition en 1348, tue jusqu’à trois-quarts des habitants dans certains villagesP. Auger, G. Granier, Le guide du pays de Caux, 1993, .. Puis la région est dévastée par les chevauchées, les pillages et les batailles de la guerre de Cent Ans. La démographie s’effondre et de nombreux secteurs sont abandonnés. Le commerce est ralenti et l’activité économique perturbée.

Au début du , les Anglais pillent les campagnes du pays de Caux M. de Boüard, Histoire de la Normandie, 2001, 227. Fécamp est incendiée en 1410. En 1415, le roi d’Angleterre débarque au Chef-de-Caux pour reconquérir ses terres patrimoniales ancestrales M. de Boüard, Histoire de la Normandie, 2001, 228. Le , il assiège la ville d’Harfleur qui finit par tomber au bout d’un mois. La Normandie est occupée par les Anglais jusqu’en 1450.

Époque moderne

Renaissance et guerres de religion

En dépit des incursions de Charles le Téméraire en 1472, les campagnes cauchoises retrouvent un climat de paix pendant environ un siècle. La construction ou les transformations de nombreux édifices religieux témoignent du retour de la prospérité : les églises d’Harfleur, de Caudebec-en-Caux, Saint-Étienne de Fécamp et Saint-Jacques de Dieppe sont bâties en style gothique flamboyant. De nombreux manoirs et châteaux sont influencés par l’architecture de la Renaissance à la fin du : manoir de Bévilliers, de Jean Ango, château d’Angerville-Bailleul, d’Etelan, de Valmont, etc. Le commerce reprend et les ports se développent : sous le règne de François , l’armateur dieppois Jehan Ango envoie ses navires vers Sumatra, le Brésil et le Canada. Dieppe est aussi le siège une école de cartographie et d’hydrographie sous la direction de Pierre Desceliers. Les pêcheurs de la côte d’Albâtre vont jusqu’à Terre-Neuve d’où ils ramènent des morues. Le port du Havre est fondé en 1517 à la pointe du pays de Caux. Cependant, Rouen reste la métropole économique de la région. C’est aussi au qu’est rédigée la Coutume générale de Normandie : le pays de Caux garde cependant sa propre coutume, qui fixe notamment les conditions de l’héritage : le fils aîné reçoit la majeure partie de l’héritage, ce qui a contribué au maintien de la grande propriété dans la région. La charte aux Normands est confirmée en 1587.