Lee Kun-hee (hangeul 이건희, romanisation révisée I Geon-hui), né le à Daegu (Corée) et mort le à Séoul (Corée du Sud), était un chef d'entreprise sud-coréen, président du Groupe Samsung.

Lee Kun-hee (1942-2020) est un industriel sud-coréen ayant présidé le Groupe Samsung de 1987 à sa mort. Il hérite de la présidence du groupe à la mort de son père, Lee Byung-chul en 1987, et la transmet à son fils Lee Jae-yong (homme d'affaires) en 2020, dans les mêmes conditions. Initiateur de la « Nouvelle Gestion » en 1993, il a transformé le groupe en leader mondial de la Technologie, de l'Électronique et des Semi-conducteurs avec son célèbre slogan appelant à un changement radical de culture d'entreprise « Changez tout, sauf votre femme et vos enfants », un slogan qui servait de cri de ralliement pour ses employés. Membre du Comité international olympique, il était l'homme le plus riche de Corée du Sud.

Biographie

Origines et Jeunesse (1942-1953)

vignette|alt=Portrait en noir et blanc de Lee Byung-Chul et d'un jeune garçon. À gauche, Byung-Chul porte un costume avec une cravate et des lunettes à monture fine, affichant une expression sérieuse. À droite, le jeune garçon (Lee Kun-hee) porte un pull sombre.|Lee Kun-hee enfant aux côtés de son père, Lee Byung-chul, fondateur du groupe Samsung.

Lee Kun-hee naît le à Daegu, une ville du sud-est de la Corée. À cette époque, la Corée est sous domination japonaise (Corée pendant la colonisation japonaise ). Son environnement familial est donc imprégné d'une double culture coréenne et nippone dès le berceau. Il est le septième enfant et le troisième fils de Lee Byung-chul un homme d'affaires influent; le fondateur du groupe Samsung en 1938 (une société de négoce de poisson séché, de légumes et de nouilles), et de sa première épouse, Park Du-eul. Décrit comme un enfant solitaire et observateur, il passe une partie de sa jeunesse au Japon, envoyé par son père dès l'âge de 11 ans pour découvrir le monde et apprendre la discipline japonaise. En tant que cadet des garçons, il n'était pas initialement destiné à succéder à son père, la tradition coréenne privilégiant le fils aîné, mais dès son plus jeune âge, Kun-hee baigne dans les discussions sur le commerce, la stratégie et la résilience économique, observant comment son père navigue à travers les crises politiques.

L'épreuve de la Guerre de Corée (1950-1953)

Alors qu'il n'a que 8 ans, la guerre éclate entre le Nord et le Sud. La famille doit fuir séoul pour se réfugier à Pusan, puis à Daegu. Cette période d'instabilité totale et de pauvreté généralisée autour de lui forge son obsession pour la sécurité économique et la domination du marché, afin de ne plus jamais être à la merci des événements extérieurs. Durant ces années de conflit, son père est souvent absent pour reconstruire ses entreprises. Lee Kun-hee passe beaucoup de temps seul, développant un caractère introverti et un goût prononcé pour le démontage de jouets mécaniques pour comprendre leur fonctionnement.

Le départ pour le Japon (1953)

À la fin de la guerre, en 1953, son père prend une décision radicale : envoyer le jeune Kun-hee, alors âgé de 11 ans, poursuivre ses études au Japon. L'objectif : Il veut que son fils apprenne "la culture de la précision" japonaise et s'imprègne des technologies les plus avancées de l'époque. Ce départ marque la fin de sa petite enfance et le début de sa formation internationale.

Parcours académique et découverte du monde (1953-1966)

Cette période est cruciale car elle transforme le jeune garçon solitaire en un homme d'affaires à la vision globale, capable de comprendre les forces technologiques japonaises et le capitalisme américain.

L'exil scolaire au Japon (1953-1961)

Envoyé au Japon à l'âge de 11 ans, Lee Kun-hee y passe ses années de collège et de lycée. Cet éloignement familial forge son indépendance. Durant son temps libre, il se passionne pour le cinéma et le démontage de moteurs de voitures et d'appareils électroniques, cherchant à comprendre le « pourquoi » de chaque pièce. Il intègre la prestigieuse Université Waseda à Tokyo, où il obtient un diplôme en économie. C'est ici qu'il parfait sa maîtrise du japonais, une langue qu'il utilisera toute sa vie pour benchmarker ses concurrents nippons. En vivant au Japon durant la période de reconstruction d'après-guerre, il observe de près le miracle économique nippon et la rigueur des entreprises comme Sony ou Toyota.

L'ouverture sur l'Occident (1961-1966)

Après le Japon, son père l'envoie aux États-Unis pour parfaire sa culture de la gestion moderne, Il s'installe à Washington D.C. pour suivre un Master of Business Administration (MBA) à l'Université George Washington. Aux États-Unis, il découvre la puissance de la consommation de masse et la domination technologique américaine, il comprend que l'avenir ne réside pas seulement dans la fabrication, mais dans l'innovation et le marketing global. À la fin de son séjour, il est trilingue (coréen, japonais et anglais), une rareté pour les dirigeants coréens de l'époque qui lui donne un avantage stratégique immense pour l'exportation en plus de ses relations.

Le retour au pays et l'intégration (1966)

Il rentre en Corée du Sud en 1966, armé d'une vision mondiale qui allait bientôt entrer en collision avec les méthodes traditionnelles de son père. À son retour, il n'est toujours pas le premier choix pour la succession, ses deux frères aînés, Lee Maeng-hee et Lee Chang-hee, étant devant lui dans l'ordre dynastique.

Débuts professionnels, Mariage et Ascension (1966-1987)

Cette période de sa vie est celle de l'enracinement dans l'empire familial et de la consolidation de sa légitimité, tant sur le plan personnel que professionnel. De retour de ses études, Lee Kun-hee doit faire ses preuves au sein du chaebol paternel. Contrairement à une idée reçue, sa place au sommet n'était pas garantie. Il commence sa carrière en au sein de la société de radiodiffusion Tongyang Broadcasting Company, Lee Kun-hee y a été affecté pour comprendre le monde de la communication et des médias, un secteur essentiel pour influencer l'opinion publique et le marketing. À cette époque, Samsung ne se résumait pas qu'à l'industrie. Il n'a pas commencé directement comme grand patron. Il occupait un poste de cadre moyen pour observer la gestion quotidienne. C’est durant cette période qu’il a forgé sa réputation d'homme silencieux. Au lieu de donner des ordres, il passait son temps à examiner les équipements techniques et à étudier comment les programmes étaient produits. Ce passage par les médias lui a donné une perspective que beaucoup d'industriels n'avaient pas : la compréhension du pouvoir de l'image et de la marque. Cela l'aidera plus tard à transformer Samsung, passant d'un fabricant de composants obscurs à une marque mondiale "glamour" et reconnue. C'est aussi via cette filiale qu'il a rencontré son épouse, Hong Ra-hee, car son père à elle (Hong Jin-ki) dirigeait le quotidien JoongAng Ilbo, qui était étroitement lié à Tongyang Broadcasting Company (TBC). TBC était une station de radio et de télévision majeure en Corée du Sud, fondée par son père. Il passe ensuite par plusieurs divisions, notamment Samsung C&T et Samsung Electronics. Durant ces années, il reste un observateur discret, souvent surnommé « l'auditeur » car il passait des heures à écouter et à examiner les processus de fabrication. Pendant cette période, ses deux frères aînés (Lee Maeng-hee et Lee Chang-hee) occupent les rôles de premier plan. Cependant, des conflits de gestion et des scandales de contrebande impliquant ses frères poussent leur père, Lee Byung-chul, à reconsidérer l'ordre de succession au profit de Kun-hee, jugé plus stable et visionnaire, il était presque impensable que le troisième fils évince les aînés.

conflit de succession entre Lee Kun-hee et ses frères Lee Maeng-hee et Lee Chang-hee

Tout commence en 1966, par une affaire de contrebande massive. La société Korea Fertilizer, appartenant alors à Samsung, est prise en flagrant délit d'importation illégale de 52 tonnes de saccharine (un édulcorant) en provenance du Japon, déguisées en matériaux de construction, Lee Chang-hee (le deuxième fils) est désigné comme le principal responsable de l'opération. Le scandale est tel qu'il est condamné à une peine de prison. Pour calmer la colère de l'opinion publique et protéger le groupe, le fondateur Lee Byung-chul est contraint de démissionner de la présidence et de faire don de l'entreprise d'engrais à l'État. Alors que Lee Chang-hee sort de prison en 1969, il est furieux de voir que son père ne lui redonne pas sa place, il tente alors un coup d'État familial, Chang-hee écrit une lettre directement au président de la Corée du Sud (à la "Maison Bleue") pour dénoncer les pratiques de corruption et d'évasion fiscale de son propre père, espérant le faire écarter définitivement. Le père, découvrant la trahison, entre dans une rage noire. Il bannit Lee Chang-hee de la succession et l'exile aux États-Unis. Il ne lui pardonnera jamais vraiment. L'aîné, Lee Maeng-hee, aurait dû naturellement prendre la suite et même être le premier choix. Mais son passage à la direction de plusieurs filiales est jugé catastrophique. Son père estime qu'il n'a pas le tempérament nécessaire pour diriger un empire. Maeng-hee est décrit comme trop instable et incapable de s'imposer face aux cadres dirigeants.

Après sept ans d'observation, le patriarche prend une décision historique : il écarte ses deux aînés et choisit le troisième fils, Lee Kun-hee, qu'il juge plus calme, plus analytique et doté d'une meilleure vision technologique.

Ce choix a créé une fracture définitive dans la famille Lee, menant à la création de groupes séparés que nous connaissons aujourd'hui :

CJ Group : Revenu à la famille de l'aîné (Maeng-hee).

Shinsegae : Revenu à la sœur de Kun-hee, Lee Myung-hee

Hansol : Revenu à une autre sœur.

En 2012, Lee Maeng-hee (alors âgé de 81 ans) intentera un procès à son frère Lee Kun-hee pour réclamer une part de l'héritage en actions Samsung, un conflit qui se terminera par la victoire de Kun-hee devant les tribunaux.

Mariage de Lee Kun-hee avec Hong Ra-hee et accession à la présidence de Samsung

En , Lee Kun-hee contracte une union qui va s'avérer déterminante pour l'assise sociale de la famille Lee. Il épouse Hong Ra-hee, une diplômée en arts de l'université nationale de Séoul, Elle est la fille de Hong Jin-ki, ancien ministre de la Justice et président du JoongAng Ilbo (l'un des plus grands journaux du pays). Ce mariage crée un pont puissant entre le monde de l'industrie ( Groupe Samsung ) et celui des médias et de la politique. De cette union naissent quatre enfants qui occuperont tous des postes clés : Lee Jae-yong (homme d'affaires)(1968), Lee Boo-jin (1970), Lee Seo-hyun(1973) et Lee Yoon-hyung (1979-2005).

La montée vers le sommet (1978-1987)

En 1978, il est nommé vice-président du groupe Samsung. Il commence à exprimer ses inquiétudes sur la qualité des produits coréens, qu'il juge inférieurs à ceux des Japonais. C'est durant cette phase qu'il convainc son père, pourtant sceptique, d'investir massivement dans les puces électroniques et les semi-conducteurs, pressentant que l'avenir de l'électronique se jouerait sur ces composants. En 1983, quand Samsung a décidé de fabriquer sa première puce (64K DRAM), les ingénieurs américains et japonais se moquaient d'eux. Pour rattraper le retard, Lee Kun-hee a ordonné à ses ingénieurs de faire des marches forcées de 64 kilomètres (en référence à la puce 64K) dans le froid pour forger leur mental de guerriers. C'est cette mentalité de "guerre totale" appliquée à l'industrie qui explique pourquoi ils ont surpassé les Japonais.

Le , Lee Byung-chul décède. Conformément au testament révisé du patriarche, Lee Kun-hee est propulsé à la tête du groupe, seulement deux semaines après le deuil.

La Présidence et la Révolution de la Qualité (1987-1993)