La méthaqualone est un sédatif et un hypnotique dont les effets sont similaires à ceux des barbituriques. C'est un dépresseur du système nerveux central. Employé comme sédatif, il était également utilisé comme drogue récréative dans les années 1970 en Amérique du Nord et dans les années 2000 en Afrique du Sud.

Histoire La méthaqualone a été synthétisée pour la première fois en Inde en 1951 par M.L. Gujral, puis introduite sur les marchés japonais et européens comme un substitut « sûr » des barbituriques. En 1965, elle était le sédatif le plus prescrit en Grande-Bretagne, où elle était légalement vendue sous les noms Malsed, Malsedin, et Revonal. En 1965, de la méthaqualone combinée à un antihistaminique a été lancée, sous le nom Mandrax (méthaqualone combiné à de la diphénhydramine ), comme sédatif par les laboratoires Roussel.

C'est également à ce moment qu'elle devint une drogue récréative très populaire circulant sous les noms et . En 1972, elle était l'un des six sédatifs les plus vendus sur le marché américain GC/MS Assays for Abused Drugs in Body Fluids, où elle était vendue sous le nom de Quaalude. À cette époque, « planer » (à la suite de la consommation de Quaalude ou équivalent) était un passe-temps relativement répandu dans les universités américaines. Elle était également utilisée jusque dans les années 1980 comme hypnotique, pour le traitement des insomnies, comme sédatif et comme relaxant musculaire. Dans les années 2000, elle fut très utilisée comme drogue récréative en Afrique du Sud.

Noms commerciaux Normi-Nox (Allemagne). Pallidan (Espagne) Somnomed (Espagne)

Méthaqualone en association Isonox (Pays-Bas, Belgique) Mandrax (Canada, France) Motolon (Suisse) Toquilone compositum (Suisse)

Fabricants, importateurs Herbrand (Allemagne) Berna (Espagne) Inibsa (Espagne) UCB (Belgique) Rousel (Canada) Labatec (Suisse) Medichemie (Suisse) Parke Davis, entité de Pfizer (États-Unis)

Pharmacologie et intoxication La méthaqualone agit selon un mécanisme globalement similaire à celui des benzodiazépines (BZD), et des hypnotiques apparentés: la modulation positive des récepteurs GABA-A. Le profil de la méthaqualone diffère légèrement de celui des BZD vis-à-vis des sous-types de récepteurs visés. On observe une interaction avec les sous-types alpha-4 et alpha-6 (en fonction des sous-types de récepteur beta qui y sont reliés) en plus de la modulation des sous-types alpha-1, 2, 3 et 5. La disponibilité de la méthaqualone est proche de 100% et son absorption rapide, a fortiori sous forme de chlorhydrate.

Le profil pharmacologique exact de cette classe de produits est longtemps resté inconnu - de nombreuses zones d'ombres existent encore notamment quant au site exact d'interaction avec les récepteurs à GABA, distinct à la fois de celui des barbituriques et de celui des BZD. On suspecte une certaine proximité avec le point d'ancrage de l'étomidate, utilisé en anesthésie.

Les effets habituels de ce composé sont la détente, la somnolence, la réduction du rythme cardiaque et de la fréquence respiratoire, l'augmentation du désir sexuel (aphrodisiaque) et la paresthésie (engourdissement des doigts et orteils) pouvant parfois induire l'euphorie. Une forte dose peut entraîner des troubles de l'élocution, des céphalées, une dépression et une photophobie.

Une surdose peut provoquer une confusion, des convulsions, de l'hypertonie, de l'hyperréflexie, des vomissements, une défaillance rénale, voire un coma parfois suivi de mort, secondaire à un arrêt cardiaque ou respiratoire. Ce genre d'intoxication ressemble fortement à une intoxication aux barbituriques, avec en plus des difficultés motrices accrues, une plus faible dépression respiratoire et cardiaque. L'intoxication est traitée par du diazépam et parfois d'autres anticonvulsivants. Le syndrome anticholinergique est traité par l'utilisation de la néostigmine.

Chez l'enfant, une dose faible (environ ) entraîne des signes d'intoxication.

Utilisation illégale à des fins récréatives Le Quaalude est devenu la drogue récréative la plus populaire en Amérique du Nord à la fin des années 1960 et au début des années 1970, utilisé au cours de relations sexuelles, à cause de la sensation de relaxation, de l'hypersensibilité et de l'euphorie qu'il provoque. La délivrance de ce produit est plus réglementée en Grande-Bretagne dans le cadre du de 1971 et aux États-Unis depuis 1973. Il a été retiré des marchés des pays développés dans les années 1980, et classifié comme produit de niveau 1 aux États-Unis depuis 1984.

Fumer de la méthaqualone, seule ou mélangée à divers produits (légaux ou non) était illégal, mais a tout de même gagné en popularité aux États-Unis au cours de la première moitié des années 1970. Fumer de la méthaqualone provoque immédiatement chez le consommateur une sensation de transe et d'euphorie qui s'estompe rapidement. À cause de la grande toxicité des liants et des matières inertes dégagées par la méthaqualone quand elle est fumée, celle-ci représente un risque sérieux pour la santé. Fumer des pilules de méthaqualone peut entraîner un emphysème pulmonaire chronique ainsi que d'autres complications et troubles (notamment une pneumoconiose due au talc).

Afrique du Sud Connue sous le nom de Mandrax, M-Pilules ou Bonbon, la méthaqualone n'est pas avalée ; les comprimés sont plutôt écrasés et mélangés dans un tube ou le goulot d'un tesson de bouteille avec de la marijuana. À l'époque, il s'agit de la drogue la plus couramment utilisée en Afrique du Sud . 2005;18(2):CD004146. . Son bas prix, couplé à sa grande disponibilité et à la mauvaise qualité de la marijuana, en font, avec la méthamphétamine et le témazépam, la drogue dure favorite des populations les plus pauvres d'Afrique du Sud.

Parce qu'elle n'est plus légalement produite, des laboratoires clandestins, en Inde, Afrique du Sud ou d'autres pays d'Afrique, produisent de la méthaqualone pour alimenter le marché sud-africain.

Depuis l'arrêt de la commercialisation de la méthaqualone, de nombreuses imitations sont apparues, notamment aux États-Unis. Celles-ci renferment, outre de la méthaqualone, des quantités variables de benzodiazépines, de barbituriques, d'éphédrine, de méprobamate, de méclizine, de chlorphéniramine, de diphénhydramine, de saccharose, de phéncyclidine ainsi que d'autres substances chimiques non identifiées.

Références dans la culture populaire

Il a souvent été fait référence à la méthaqualone (sous les noms Quaalude ou Lude) dans la culture populaire d'Europe de l'Ouest et des États-Unis, en particulier au cours des années 1960 et 1970. L'utilisation de cette drogue a fait l'objet de reportages ou a été mentionnée dans un certain nombre de films, clips musicaux, paroles de chansons (par exemple : dans l'album Aladdin Sane (1973) de David Bowie () ou encore de Lynyrd Skynyrd).

Dans Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, l'héroïne parle à plusieurs reprises de disponibles sans ordonnance.

Dans de Frank Zappa, une phrase dit ().

Dans des Dead Kennedys, l'ouverture d'une strophe est ().

Dans NOFX album de NOFX, quelques strophes disent (), il s'agit d'une référence sarcastique au fait qu'ils avaient 30 ans (au moment de l'écriture de la chanson) et que maintenant ils vont avoir besoin de cette drogue.

Dans Bikeage du groupe Descendents, il est dit ().

Dans le film (1982), Jeff Spicoli dit à son camarade de classe Jefferson, durant un trip et en conduisant la voiture de Jefferson, ().

Dans le film Retour vers le futur , Jennifer dit de Marty (2015) ().

Cette drogue est mentionnée de nombreuses fois dans la nouvelle Las Vegas Parano de Hunter S. Thompson, il en est de même dans l'adaptation cinématographique Las Vegas Parano.

Dans le film , le personnage de Chazz Michael Michaels, joué par Will Ferrell, attribue la perte d'un concours au fait qu'il ait été « défoncé » au Quaalude : ().

Dans le film , le personnage principal Tony Montana dit de sa femme qui vient juste de le quitter, ().

Dans le film , Gaye dit à Nomi qu'elle a rencontré son mari, un dentiste, après s'être ébréché une dent sur un Quaalude.

Dans le film , le personnage Penny Lane, joué par , a un accident avec du Quaalude après quoi elle subit un lavage d'estomac.

Dans le film , une des filles qui est prise dans le van demande à Chong (). Lors de la Chong porte sur son costume de scène une image de plaquette de Quaalude..

Dans le livre (Le Loup de Wall Street), autobiographie de Jordan Belfort, celui-ci documente son incroyable dépendance du Quaalude. Cette dépendance est reprise dans le film de Martin Scorsese où Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio) et Donnie Azoff (Jonah Hill) consomment énormément de « lude ». Durant une scène, ils gobent des Lemmon 714, décrits comme le « plus puissant », mais périmés depuis plus de 15 ans. Ils subissent alors des effets secondaires extrêmes : difficultés motrices des jambes, troubles de la mémoire et de la parole.

Dans le livre de Zombie, le personnage principal Quentin fait souvent référence aux Ludes.

Shel Silverstein a écrit une chanson intitulée Quaalude , cette chanson raconte probablement l'histoire d'un homme et de sa petite amie, qui ont l'habitude d'abuser des médicaments. Cette chanson prône l'utilisation libre de ce médicament censé être aphrodisiaque.

Dans le roman de Stephen Fried, , qui est une biographie du top model Gia Marie Carangi (fin des années 1970), l'auteur fait beaucoup référence au Quaalude : (). Gia écrivit une lettre, à un ami, à propos de sa rencontre avec David Bowie et d'avoir fait un 7-14's (Quaaludes).

Dans le film de Woody Allen Hannah et ses sœurs (), un humoriste qui devait faire une performance sur la chaîne gérée par le personnage (W. Allen), dit :

Dans le film de Donnie Brasco, un des mafieux dit à un autre, faisant allusion aux effets aphrodisiaques de cette substance, , à quoi l'autre rétorque, en parlant de sa femme :

Dans le film , le personnage de John Leguizamo, Vinnie, demande à son ami Joey un autre « lude ». Après une altercation avec ces deux autres amis, dit finalement à Vinnie de se relaxer : ().

Dans les romans de , dont la plupart se passent dans les années 1980 et sont composés de personnages immoraux et consommateurs de drogues, le Quaalude est souvent cité.

Dans le Perles de , une des héroïnes, Monty, est droguée à la méthaqualone à son insu.

Dans plusieurs volumes de la série de romans Les Chroniques de San Francisco de Armistead Maupin, des personnages font consommation de Quaalude en le nommant notamment « vitamine Q ».

Dans le livre , récit documentaire retraçant le parcours de quatre photographes sud-africains durant les dernières années de l'apartheid écrit par les photographes Greg Marinovich et Joao Silva, leur collègue et ami Kevin Carter, photographe qui a remporté le prix Pulitzer 1994, accro au Mandrax, finit par se suicider le .

Dans la série télévisée de HBO, le personnage de Rustin “Rust” Cohle incarné par est devenu addict au Quaalude après avoir travaillé sous couverture dans un service de police anti-stupéfiant. Il cherche à s'en procurer auprès de dans les premier et deuxième épisodes.

Dans un épisode de la série Black-ish, Ruby Johnson déclare que la Quaalude fait partie des choses du passé qui lui manquent (2018).

Dans la chanson Nights, Frank Ocean chante : « Ooh, nani nani / This feel like a Quaalude ».

Le Quaalude est très présent dans Les Éclats de Bret Easton Ellis.

Le mandrax est le seul médicament dont le nom est montré sur les étiquettes des boîtes des nombreux médicaments pris par Maria Callas dans les jours qui ont précédé sa mort dans le film Maria de Pablo Lorraín.

Dans la mini-série Patrick Melrose, le personnage éponyme, incarné par Benedict Cumberbatch, consomme de la Quaalude pour se sevrer de son addiction à l'héroïne.

Notes et références

Références

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

Fiche [BIAM] : http://biam2.org/biam/www/Sub1399.html