La religion en Afrique a de multiples racines qui ont eu depuis l'Antiquité une influence majeure sur la culture et la philosophie. La religion chrétienne s'implanta en l'Afrique dès le , essentiellement dans l'Afrique romaine du nord du continent avant de céder la place au à l'islam, lequel s'installa sur la côte est et dans le nord du continent jusqu'à la frange septentrionale de la zone subsaharienne. Jusqu'au début du , les religions traditionnelles africaines gardaient une place importante en Afrique subsaharienne.

Les paysages de la religion en Afrique ont connu d'importants changements en un siècle et continuent à évoluer rapidement.

Au début du , les deux principales religions sont le christianisme et l'islam. L'islam est influent dans toute l'Afrique du Nord, quasiment toute l'Afrique de l'Ouest (où, par endroits, l'animisme est aussi présent), et une partie de l'Afrique centrale (Tchad) et une minorité en Afrique australe et centrale. Le christianisme, quant à lui, est présent dans toute l'Afrique australe et quasiment toute l'Afrique centrale ainsi qu'en Afrique orientale.

Quant aux religions traditionnelles, elles sont rarement majoritaires dans un pays mais se retrouvent partout en Afrique subsaharienne, cohabitant avec les deux autres religions en formant le plus souvent des syncrétismes.

Les autres religions sont très minoritaires, à part dans les Mascareignes où l'hindouisme est significativement présent.

Histoire

vignette|gauche|170px|La grande mosquée de Kairouan est l'un des plus anciens lieux de culte musulmans d'Afrique du Nord.

Parmi les religions antiques de l'Afrique, les religions traditionnelles furent peu étudiées jusqu'à une époque récente car, transmises par tradition orale à l'aide de peintures, statues et symboles initiatiques qui n'étaient pas révélés aux étrangers, elles furent assimilées à l'animismeSeydou Camara, « La tradition orale en question », Cahiers d'études africaines, 144, 1996, . : leur histoire est donc mal connue. L'étude des religions africaines comporte un problème terminologique posant cette étude sous le prisme des religions abrahamiques. En effet, dans la plupart des langues africaines n'existent pas de mot pour religion ni d'écritures sacrées.

Celles de l'Afrique du Nord sont connues au travers de l’interpretatio romana : la religion de l'Égypte antique en particulier par son succès auprès des Grecs puis des Romains qui diffusèrent le culte d'IsisLes dieux égyptiens à Rome site du CNDP. Les divinités locales sont assimilées au panthéon greco-romain, ce qui a permis de conserver quelques informations sur les cultes précédant la conquête, mais passé au filtre de la culture romaine. Par exemple, la divinité punique Miskar est assimilée à Neptune. Les pratiques religieuses de l'empire romain sont diversifiées selon les provinces. Ainsi il semble que le culte des eaux et sources, très fort en Gaule romaine, est très peu présent en Afrique du NordClaude Bourgeois, « Note sur le culte de l'eau en Afrique », in Bulletin Monumental, 1993-1, p.19-25, (lire en ligne)..

C'est à l'époque de l'Afrique romaine et de l'Égypte byzantine que le christianisme s'implanta dès le et se développa rapidement. Au , l'Église d'Alexandrie était un des piliers du christianisme oriental, où naquit le monachisme chrétien et son Didascalée, l'une des plus grandes écoles théologiques. La communauté chrétienne d'Afrique romaine était numériquement la plus importante du christianisme latin. En sont notamment issus Tertullien, qui théorisa le premier le concept de Trinité, et Augustin d'Hippone, père de l'Église dont la pensée devait avoir une influence déterminante sur l'Occident chrétien au Moyen Âge et à l'époque moderneAlain Corbin (sous la direction), Histoire du christianisme, t. , (Saint Augustin), éd. Seuil, 2007.

Déchirées par des conflits théologiques, ces communautés ne subsistèrent pas longtemps après de la conquête musulmane de l'Afrique du Nord. Seul le christianisme orthodoxe sous sa forme monophysite demeura en Éthiopie, Érythrée et Égypte depuis l'Antiquité tardive. L'Éthiopie se considère comme la seconde plus ancienne nation chrétienne au monde, après l'Arménie, faisant remonter cette tradition à l'an 330.

Le judaïsme aussi est très ancien en Afrique : il est attesté dès l'antiquité le long de la côte méditerranéenne, au Maghreb comme au Mashreq, et ne disparaît qu'avec les évènements historiques du postérieurs à la Seconde Guerre mondiale.

L'islam pénétra en Afrique du Nord à partir du . Sous les Omeyyades, les successeurs de Muʿawiya Ier étendirent les frontières du Califat jusqu'à l'Indus vers l'Est et jusqu'à l'océan atlantique vers l'Ouest, y compris la péninsule Ibérique. Il se propagea progressivement vers le Sud par les voies du commerce transsaharien. L’islamisation de l’Afrique s’opère d'abord de l’est vers l’ouest puis du nord vers le sud. L'Égypte est donc le premier territoire de l’Afrique du Nord conquis par les Musulmans. vignette|Expansion des différents califats :

Après que les Arabes ont conquis l'Afrique du Nord et islamisé les Berbères (non sans résistance parfois), l'islamisation de l'Afrique subsaharienne fut principalement le fait des Africains subsahariens eux-mêmes (Haoussas, Peuls, Dioulas…) en lien direct avec le commerce du sel, des épices, de l'ivoire et des esclaves, car devenir musulman non seulement favorisait la prospérité par les échanges, mais préservait de la servitude puisque le Coran interdit d'asservir un coreligionnaire, à l'exemple de Bilal ibn RabahThe Quran with Annotated Interpretation in Modern English par Ali Ünal, page 1323, archivé le 16 juin 2016 sur Wayback MachineEncyclopaedia of the Qurʾān, Slaves and SlaveryBilal b. Rabah, Encyclopedia of IslamThe Cambridge History of Islam (1977), p.36. Grâce au commerce de l'or et du sel, l'empire du Ghana, situé à cheval sur les actuels Mali et Mauritanie, fut alors la plus puissante et la plus riche entité politique au sud du Sahara : les commerçants, majoritairement musulmans, créèrent une élite politique islamisée autour d'un roi resté cependant, comme sa population, fidèle aux religions traditionnelles africaines.. vignette|Église Saint-Georges, Lalibela (Éthiopie, ). vignette|Mosquée de Larabanga (Ghana, ). La zone du fleuve Sénégal, où dominait le royaume de Tekrour, est en partie islamisée dès le et le sera plus massivement au . ; le royaume du Kanem, qui absorbera celui du Bornou au , est établi depuis le au nord de l'actuel Tchad il est islamisé dès le .. Les Songhai, métissés avec des Berbères qui fuyaient l'avancée arabe, s'installent au début du le long des rives du Niger où ils fondent un petit royaume, islamisé au , qui deviendra le puissant Empire songhaï (dont l'apogée se situera aux ).. vignette|La traite orientale fut un puissant facteur de propagation de l'islam, adopté comme moyen d'affranchissement. La côte orientale du continent, baignée par l'océan Indien, est depuis longtemps fréquentée par les marchands navigateurs successivement Égyptiens, Grecs, byzantins et Arabes : au moment du développement de l'islam, la culture swahilie, métissage culturel entre l'Afrique et le monde arabo-musulman s'y déploie ; l'islamisation de la zone est attestée dès le , des cités commerçantes musulmanes sont fondées ou développées. Mais Plus tardivement, à partir du , elles pénétrèrent à l'intérieur le long des routes de la traite orientale, pour les mêmes raisons qu'en Afrique occidentale.

À partir du , la papauté attribua au Portugal l'activité de mission et encouragea l'Ordre du Christ à . Ce système de padroado exclusivement portugais aboutit en Afrique Centrale à l'évangélisation de quelques rois, notamment dans l'Empire Kongo. Ces conversions eurent comme lourdes conséquences les traites négrières mais les débuts de christianisation disparurent dès l'affaiblissement de l'empire portugais. Le christianisme arrive en Afrique de l'Ouest avec les esclaves libérés à Freetown en 1797 par les Européens, puis à Monrovia, en 1824, par les Américains.

La christianisation diffuse à partir des ports négriers, notamment aux embouchures des fleuves Sénégal, Niger, Congo et Zambèze. Des missions catholiques et protestantes sont ensuite créées en amont de ces fleuves. La progression de ces missions est toutefois limitée par les limites des terres d'Islam.

Entre la fin du et le début du , on assiste à l'islamisation massive des Ouest africain..

À la fin du , une nouvelle vague d'évangélisation touche l'Afrique au moment de sa colonisation, notamment dans la plupart des pays d'Afrique Centrale, australe et du Sud. En Afrique de l'Ouest, le christianisme s'intègre au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et Nigeria.

Principales religions

Religions traditionnelles africaines

vignette|droite|Homme pratiquant un rite divinatoire pour les touristes à Rhumsiki (Cameroun). L'étude des religions traditionnelles africaines est relativement récente, les descriptifs étant ceux des missionnaires chrétiens. Jusque dans les années 1960 on ne parlait que d'animisme, les réduisant à une croyance primitive attribuant une âme à tous les éléments de la Nature. Ces religions englobent en fait de vastes systèmes de croyances, où l'on retrouve des représentations communes mais aussi des dissemblances selon les ethnies. En effet, la grande diversité religieuse africaine provient de la multitude de cultures présentes sur le continent qui comptabilise environ 6000 cultures. De ce fait, de nombreuses représentations religieuses peuvent être observéesTremblay, Émilie, « Représentations des religions traditionnelles africaines : Analyse comparative de réseaux régionaux et disciplinaires africains et occidentaux », mémoire de maîtrise (faculté de théologie et de sciences des religions), Université de Montréal, 2010, p.142..

En Afrique subsaharienne, les perceptions religieuses voient la vie comme inscrite dans un cycle : les ancêtres demeurent présents comme esprits et peuvent se manifester ou revenir en leurs descendants . Bien que vénérant d’innombrables esprits, la plupart des religions africaines incluent la croyance en un Dieu suprême créateur de l'univers : il est nommé Roog chez les Sérères, Olodumare chez les Yoruba, Mawu pour les Ewes. Si le culte est rendu aux esprits, ancêtres ou orishas, et non au maître de l’univers, c’est que celui-ci s'est éloigné et est inaccessible et qu’il convient d’amadouer les puissances « intermédiaires » de l’au-delà pour intercéder auprès de lui.

Ces religions sont confrontées à des changements rapides de la société africaine, liés entre autres à l'urbanisation qui délite la vie communautaire. Par ailleurs les rites d'initiation jouaient un rôle de progression dans l'échelle sociale ; avec les progrès de la scolarisation c'est de plus en plus l'école qui est vue comme la voie de la réussite.

Certains pays et peuples montrent de véritables résistances parmi les pratiquants de la religion africaine. Tel est le cas :

au Bénin et au Togo où les pratiquants de la religion africaine sont majoritaires ; dans de nombreux pays du golfe de Guinée, par les peuples Fon-gbe, Ewe, Yoruba en particulier, qui pratiquent le Vodou ; au Cameroun, par les Bamilékés et les Bamouns ; au Gabon, par une partie des Fangs et des Mitsogo, avec le Bwiti ; au Mali, par de nombreux Mandingues, surtout Malinkés, Bambaras et Dogons ; au Sénégal, par les Sereres, les Diolas, les ethnies de la région orientale, les Badiarankés ; en Afrique Centrale, parmi la grande nation des Kongos ; par les peuples nilotiques de la vallée de l'Omo, Dinka, Nuer, Hamer, Nyangatom, etc. par les divers groupes masaïs au Kenya et en Tanzanie ; en Afrique Australe, par les Shonas ou les Chewas (Nyau).

Il existe des communautés Vaudou en dehors de l'Afrique, en Haïti et au Brésil. Il y a également le courant Kémite, dans la diaspora africaine et en Afrique.