La colique de plomb ou colique saturnine est le nom donné au au plus courant des symptômes de l'intoxication aiguë par le plomb. Il se caractérise par des crampes et douleurs souvent aiguës à l'abdomen, avec d'éventuelles nausées. Dans les cas les plus graves, il précède une paralysie, une encéphalopathie et la mort. La colique de plomb est douloureuse à partir de 80 μg/dL (chez l'adulte) et un inconfort abdominal survient à partir 60 μg/dLYildiz H, Hantson P & Yombi J.C (2018) Saturnisme après une réduction pondérale volontaire. Toxicologie Analytique et Clinique, 30(2), S74..
Histoire et définitions Au , le médecin français Louis Tanquerel des PlanchesCité par François-Louis Isidore (voir bibliographie) qui a produit sa thèse sur la question du saturnisme, définissait la colique de plomb comme suit : (Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb, t. i, .).
Plus tard, François-Louis Isidore (médecin français auteur d'un Guide du médecin praticien) en donne une définition réductrice, la considérant comme une affection produite par l'absorption du plomb, et dont les principaux symptômes sont : des coliques ; une constipation opiniâtre ; des crampes tétanisant les membres.
Antoine François Hippolyte Fabre dira que cette colique n'est que :
il cite à ce propos M. Tanquerel des Planches, selon qui, « d'après un nombre imposant de faits, que la colique de plomb se présente, sur un total de 14 malades, dans la proportion de 12, 8 étant pris d'arthralgie, 2 de paralysie, 1 d'encéphalopathie »Tanquerel ; Loco cit., p. xvi., cité par Antoine François Hippolyte Fabre).
D'autres auteurs, tels qu'Antoine François Hippolyte Fabre, y associent une rétraction des testiculesAntoine François Hippolyte Fabre, Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers ou traité complet de médecine et de chirurgie pratiques, par une société de médecins, sous la dir. du Fabre, tome 1, Paris, Germer Baillière, 1850, .
La grossesse induit un appel de calcium, faisant notamment appel aux réserves osseuses (ou le plomb est aussi stocké), ce pourquoi elle peut induire un saturnisme avec d'éventuelles coliques de plomb. Selon une étude récente (2018) chez une personne ayant un stock de plomb osseux important, un régime amaigrissant pauvre en hydrate de carbone et riche en protéines semble pouvoir entraîner une mobilisation significative du plomb osseux, et par suite des coliques saturnines. Pour rappel .
Synonymes Avant qu'on ne comprenne qu'il s'agissait d'un même symptôme du saturnisme, observé chez des métiers ou dans des contextes géographiques différents, de nombreux vocables ont été employés pour décrire la colique de plomb, dont : colique saturnine ; colique métallique ; colique des peintres ; colique des plombiers ; colique des tôliers ; colique des barbouilleurs ; colique végétale Des Indes ; colique végétale de Cayenne ; colique végétale de Surinam ; maladie des barbiers ; maladie de béribéri ; colique de Poitou ; colique de Normandie, décrite comme colique végétale occasionnée par les cidres durs et raides à Rouen et dans ses environs, par le docteur Vasse de Rouen (V. Colique De Plomb, Diagnostic.). Louis Tanquerel des Planches estime rapidement que ce syndrome est une colique de plomb. Le docteur Vasse lui-même avait observé que les personnes qui sont atteintes de la colique sont celles qui ont fait usage de cidre provenant de la basse Normandie, qui, au dire de M. Vasse lui-même, est falsifié avec la litharge ; tandis que celles qui boivent le cidre non mangovisé provenant du pays de Caux ne sont jamais atteints de la colique végétale(selon Tanquerel, ouv. cité, et suiv. repris par Antoine François Hippolyte Fabre).. Colique de Devonshire (Devon colicNotamment décrite par deux médecins anglais, in Histoire et traitement d'une colique épidémique qui régna en 1724 dans le Devonshire, de Essai sur différentes espèces de fièvres, traduc. de Paris, 1768)), colique de Madrid (étudiée par Tanquerel avec l'aide des médecins espagnols LazuriagaLazuriaga (Diss. med. sobre el colico de Madrid, Madrid, 1796) et Hernandez. Cette dernière dénomination pouvait aussi couvrir des entérites ou entéralgies selon François Louis Isidore. et la plupart des affections du ventre, « telles que des ententes, des solites, des dysenteries, des néphrites et des hépatites » explique le Alfaso, directeur de la Gazette médicale de Madrid, ancien interne de l'hôpital de la Charité de Paris, à Louis Tanquerel des Planches qui l'interrogeait à ce sujet. Pour Tanquerel, comme pour Lazuriaga, il ne fait pas de doute que ces deux noms différents de syndromes recouvrent une même réalité, l'intoxication au plomb. Selon M. Larrey(Larrey, ouv. cité par Antoine François Hippolyte Fabre) Lors du séjour des armées françaises à Madrid, « les soldats furent fréquemment atteints d'une colique ayant la plus grande analogie avec celle de plomb, et que l'autorité militaire fut fréquemment avertie que du vin empoisonné avec du plomb était distribué aux soldats »Antoine François Hippolyte Fabre.
On l'a parfois improprement considérée comme une rachialgie (« la regardant comme une névralgie de la moelle »).
Causes Tanquerel, explique clairement, preuves à l'appui, dès la mi-, que la cause de ces coliques est : « L'application des molécules saturnines sur les surfaces d'absorption, leur passage dans l'appareil circulatoire et dans toutes les parties de l'économie, voilà la cause immédiate de la colique de plomb.
La solubilité de toutes les préparations saturnines, le plomb excepté, dans un grand nombre de liquides des règnes minéral, végétal et animal ; le degré de divisibilité extrême que leurs molécules sont susceptibles d'atteindre ; l'activité d'action de certaines surfaces absorbantes, rendent suffisamment compte de la fréquence des affections saturniques et de la colique en particulier chez les personnes exposées à l'introduction du plomb ou de ses composés dans l'économie. [...] « Mais aucune substance n'a plus fréquemment donné lieu à la colique saturnine que les vins frelatés avec la litharge ou la céruse. Toutefois, dit M. Tanquerel, depuis que des mesures de police furent prises pour découvrir la falsification, on ne vit plus de coliques épidémiques causées par les vins durs et acerbes, comme au temps de Paul d'Egine, de Cetois, etc. (Loco- cit., .) »Tanquerel cité par Antoine François Hippolyte Fabre. Au dire de Bonté, Glatigny, Backer, etc., il n'était pas rare de voir autrefois, en Normandie et en Angleterre, la colique de plomb déterminée par du cidre lithargié » Tanquerel cité par Antoine François Hippolyte Fabre dans son Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers.
Les causes possibles sont variées. On les classe généralement comme suit : absorption cutanée de plomb, surtout quand il fait chaud, ou quand l'épiderme est brûlé ou endommagé ; absorption par les muqueuses ; absorption par les voies aériennes (inhalation de vapeur de plomb, et ou micro- ou nanoparticules de plomb) ; absorption digestive (ingestion d'oxydes de plomb, de grenaille de plombDurlach V, Lisovoski F, Ostermann G, Gross A & Leutenegger M (1987) A propos d'une observation de colique saturnine liée à une ingestion de plombs de chasse. La Revue de médecine interne, 8(4), 419-420. de petites particules de plomb (dans le gibier) ou de plomb moléculaire (par exemple dans le gibier d'eau lui-même victime de saturnisme aviaire induit par l'ingestion de grenaille de plomb. Les alcools lithargiés ont été cause de nombreux cas de coliques de plomb. Tanquerel cite déjà - d'après différents auteurs - le cas de bonbons colorés en jaune, vert, bleu, rouge, au moyen de diverses préparations saturnines (Loco cit., et suiv.). Aujourd'hui encore des cas de saturnisme dus à des bonbons contenant du plomb, ou sur lesquels on a imprimé un dessin avec des encres contenant du plomb sont constatés (aux États-Unis et Mexique notamment).
Des cas se sont manifestés sur tous les continents et sous tous les climats, dont par exemple à la suite de l'absorption de vin de Bordeaux à Cayenne. Le M. Segond a ainsi observé à Cayenne de coliques qu'il a associé au vin de Bordeaux importé là bas (presque le seul que l'on y boive à l'époque) « Or, il est d'autant mieux permis de soupçonner que ceux-ci peuvent être sophistiqués avec, la litharge, que le tableau que M. Segond fait de la colique végétale observée par lui à Cayenne offre un grand nombre de traits de ressemblance avec la colique de Madrid. » commente Antoine François Hippolyte FabreCitant M. Segond, Gaz. des hôp., 1854, t. vin, ).
M. Tanquerel, ayant recherché l'influence des climats sur la colique de plomb a « vu qu'ils n'en avaient pas d'autre que celle qui résulte de l'élévation plus ou moins grande de la température ».
Symptômes Ce sont des maux de ventres très douloureux, associés ou non à d'autres symptômes d'intoxication saturnine. Selon la localisation principale de la douleur et selon l'intensité et la durée de cette douleur, Tanquerel classe les coliques de plomb en :
colique ombilicale ; colique épigastrique ; colique hypogastrique ; colique rénale ; colique légère ; colique modérée ; colique violente ; colique aiguë ; colique chronique.
Douleur Caractéristique de la douleur : Elle n'augmente pas (ou très peu) sous la pression ou la friction du ventre (il arrive même qu'elle diminue). Il existe quelques exceptions ; Tanquerel évoque quelques cas de colique simple, franche et légitime, où la douleur a été fortement et brutalement augmentée par de faibles pressions sur le ventre, au point d'avoir d'abord fait croire à une péritonite aiguë. Sur les de M. Tanquerel , la pression a déterminé du soulagement ; dans , il n'y a eu ni allégement ni augmentation de la douleur ; dans , la souffrance se trouvait un peu accrue; dans , cet accroissement était considérable, mais chez 34 de ces malades, une complication pouvait expliquer ce résultatTanquerel, . Géographie de la douleur : Selon Tanquerel toujours, la douleur est surtout située dans la zone sous-ombilicale, moins souvent à l'épigastre ou à l'hypogastre ; et plus rarement encore dans la région rénale, les hypocondres, sur les flancs, les fosses iliaques, l'anus, les testicules et leurs cordons, ou le thorax. »Tanquerel des Planches, . Sur les observations de Tanquerel, la douleur n'occupait tout le ventre que dans seulement ; mais jamais exactement et complètement sur le trajet de l'intestin colon. La douleur peut toucher les testicules et leurs cordons, la verge, l'utérus, le vagin et les seins, avec sensation de tiraillement, de dilacération ou de constriction. La rétraction des testicules vers l'anneau est fréquente. Le désir sexuel disparait, et il n'y a plus ni érection ni émission spermatique. Chez les femmes, M. Tanquerel dit avoir constaté des contractions passagères du vaginTanquerel, et cite un cas où une crise a stoppé les règles, jusqu'au mois suivant. Dans un autre cas, elles ont, au contraire, interrompu une crise de colique, soulageant comme par enchantement la malade.
Description de la douleur : Les malades décrivent souvent la douleur comme une sensation violente de tortillement et moins souvent la comparent à une sensation aiguë de dilacération, d'arrachement, d'élancements, de brûlure, de térébration (transpercement). Quelques malades évoquent une sensation de simple constriction, ou de compression produite par un poids qui pèserait sur le ventre. Dans ce dernier cas, elle est ordinairement obtuse, et affecte une marche presque uniformément continue : dans tous les autres cas, elle est tellement intense qu'elle jette les malades dans la plus grande agitation, et alors elle revient plus aiguë par accès. .
Chez 1/3 des patients observés par Tanquerel, la colique débutait au milieu de la nuit, en réveillant le malade.