Les élections législatives françaises de 1956 sont des élections législatives qui se sont déroulées le , sous la Quatrième République à la suite de la dissolution de l'assemblée nationale prononcée par le Président René Coty le 1er décembre 1955. Il s'agit des dernières élections parlementaires de cette république. La campagne a lieu dans un contexte de crise politique. Ces élections mènent à l'entrée de Valéry Giscard d'Estaing en politique.
Contexte
Le , l'Assemblée nationale refuse sa confiance au gouvernement Pierre Mendès France, qui démissionne. La volonté de l'ex-président du conseil de gouverner en coordonnant la politique ministérielle, les craintes du Parti communiste français de se voir concurrencé par une nouvelle force au sein de l'électorat de gauche et l'hostilité du Mouvement républicain populaire comme de la droite, qui désapprouvent pour l'un la politique étrangère, pour l'autre les projets économiques du gouvernement fraichement renversé, auront eu raison de l'expérience Mendès-France.. La démission de ce dernier mécontente une majorité de Français, qui approuvait assez largement les orientations prises par Pierre Mendès-France en matière de politiques coloniales, économiques et industrielles.
Edgar Faure, lui aussi membre du Parti radical, lui succède. Sa démarche semble proche de celle de son prédécesseur, reprenant ses projets dans les domaines colonial et économique. Sa contribution au déblocage de la situation au Maroc et sa prise de position en faveur d'une nouvelle politique algérienne ne suffiront pas à faire taire la contestation, entretenue par les tensions en Algérie, les critiques des tenants du mendésisme et le mouvement poujadiste, qui prennent en tenaille la majorité sur sa gauche comme sur sa droite. Pour tenter de mettre fin à ces contestations, Edgar Faure va faire en sorte d'obtenir la dissolution de l'Assemblée, après sa mise en minorité par les députés le , consécutive au rejet d'un projet de loi visant à instaurer le scrutin uninominal à deux tours pour l'élection des députés, sur lequel il avait engagé la responsabilité de son gouvernement. En vertu de la constitution, la proximité des deux derniers renversements de gouvernements par la chambre basse lui donnait le droit de recourir à la dissolution de cette dernière, ce qu'il fit le décembre. Des élections législatives anticipées furent fixées au de l'année suivante.d'élection
Mode de scrutin Les modalités de la loi électorale du , dite loi des apparentements, restent en vigueur, inscrites dans le nouveau Code électoral. Les circonscriptions ont pour cadre les départements. Les départements ayant plus de 10 sièges sont divisés en plusieurs circonscriptions de 4 à 11 sièges. En Algérie et dans les territoires d'outre-mer administrés par la France, les circonscriptions et le nombre de sièges par circonscription sont fixés par la loi électorale.
Si une liste obtient seule une majorité absolue des suffrages exprimés, elle remporte tous les sièges à pourvoir dans la circonscription.
Si un regroupement de listes « apparentées » avant le déroulement du scrutin obtiennent ensemble une majorité absolue de suffrages exprimés, le regroupement remporte tous les sièges à pourvoir dans la circonscription. Les sièges sont répartis entre les listes du regroupement suivant la méthode de la plus forte moyenne.
Dans le cas où aucune liste ni aucun groupement de listes apparentées n'obtient une majorité absolue des suffrages exprimés, alors les sièges de la circonscription sont distribués entre toutes les listes au scrutin proportionnel suivant la méthode de la plus forte moyenne.
Les listes qui ont reçu moins de 5 % des suffrages sont exclues de la répartition des sièges.
Les apparentements avaient permis en 1951 à la Troisième force de se maintenir au pouvoir, en obtenant une confortable majorité de sièges à l'Assemblée nationale, reléguant communistes et gaullistes dans l'opposition. Mais l'éclatement de celle-ci, additionné à un fort émiettement au centre de l'échiquier politique, rendaient fort peu probable la garantie d'efficacité de cette loi pour la majorité sortante..
Il y a à pourvoir, sur le total de 626. Les trente élus d'Algérie sont maintenus à cause de l'ajournement des élections. Deux autres sièges ne sont pas pourvus (Charente-Maritime ; Établissements français de l'Océanie).
Le panachage et le vote préférentiel sont permis selon les modalités suivantes :
L'électeur peut panacher la liste pour laquelle il vote en y rayant le nom d'un ou plusieurs candidats. Il peut soutenir par un vote préférentiel un ou plusieurs candidats de la liste en inscrivant une croix avant ou après le nom du candidat. Si moins de la moitié des électeurs d'une liste l'ont panachée ou ont inscrit un vote préférentiel, les sièges sont attribués selon l'ordre de présentation de la liste. Si plus de la moitié des électeurs d'une liste l'ont panachée ou ont inscrit un vote préférentiel, les sièges sont attribués selon l'ordre déterminé par les électeurs, en additionnant les votes préférentiels reçus par chaque candidat de la liste, auquel sont soustraits le nombre de fois où leur nom a été rayé.
Forces
Le paysage politique se partage vite en quatre grandes forces politiques :
Le Parti communiste français, isolé, cherche à se rapprocher des partis de la gauche de gouvernement conformément à la détente pratiquée en URSS, mais ces derniers rejettent toute idée d’alliance avec lui. Le Front républicain, rassemblant la SFIO, le Parti radical, l’UDSR et les Républicains sociaux, mené par Pierre Mendès France. Cette vaste coalition de centre gauche, dominée par la pensée de Mendès-France et dirigée par des hommes tels que François Mitterrand, Guy Mollet ou Jacques Chaban-Delmas, s’inscrit dans une tendance réformiste, et met en avant des projets audacieux en matière de réformes institutionnelles et sociales et de politique coloniale. Le Front républicain utilise comme icône la Marianne républicaine. La majorité sortante, regroupant la droite unifiée au sein du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), le MRP, l’aile droite du Parti radical et quelques Républicains sociaux se coalise autour d’Edgar Faure (exclu du Parti radical) et d’Antoine Pinay. L’extrême droite, dominée par les poujadistes de l’Union de défense des commerçants et artisans, mène une campagne particulièrement active et parfois violente, s’en prenant aux politiques fiscales menées jusqu’alors, au régime parlementaire et à l’« État dépensier ». Son leader, Pierre Poujade, qui tient un discours populiste, antiparlementariste et nationaliste, se tourne vers les petits commerçants, les artisans et les classes défavorisées, et s’en prend directement aux parlementaires avec son slogan « sortez les sortants ! ». Les discours des candidats poujadistes dérivent parfois vers l’antisémitisme et plusieurs candidats de la majorité sortante sont agressés physiquement. Pierre Mendès-France est généralement la principale cible des critiques de ces candidats.
Campagne
Comme prévu, Pierre Mendès-France et ses projets sont au cœur du débat. Les institutions, les problèmes sociaux ou encore la question algérienne font l'objet d'âpres débats, tandis que les moyens audiovisuels commencent à jouer un rôle déterminant.
Les poujadistes mènent une campagne particulièrement virulente. Plusieurs représentants des partis traditionnels candidats à leur succession sont agressés physiquement par les militants d'extrême droite, et Pierre Mendès-France est généralement la principale cible des critiques antisémites.. Bien qu'ils tentent de soulever l'indignation populaire dans l'espoir de généraliser un mouvement de rejet en bloc du régime et de ses tenants, les poujadistes n'empêchent pas Mendès-France de dominer le paysage politique tout au long de la campagne.
Résultats +Résultats nationauxPartiVoix%Sièges +/-Centre national des indépendants et paysans (CNIP)14,99 Action républicaine et sociale (ARS) Mouvement républicain populaire (MRP) 10,88 dissidents radicaux3,85 dissidents UDSR dissidents 2,69 Total Centre droit 7 050 188 32,41 Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) 14,93 Parti radical10,99 Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) Républicains sociaux (RS) 1,18 Total Front Républicain 5 893 181 27,10 Parti communiste français (PCF)25,36 Union progressiste (UP) Union et fraternité française (UFF)12,62 Poujadistes et extrême droite Rassemblement national français Autres 0,46 Votes valides 96,97 Votes blancs et nuls 3,03 Total 100 594 Abstentions 17,19 Inscrits / participation 82,81
Composition de l'Assemblée nationale
+ Répartition des députés par groupes au Groupe parlementaire Députés Membres Apparentés TotalCOM & RP Communistes et Républicains progressistes1491150IPAS & PAYSAN Indépendants et paysans d'action sociale et Paysan92395SOC Socialiste94094MRP & IOM Mouvement républicain populaire et Indépendants d'outre-mer80383RRRS Républicain radical et radical-socialiste54458UFF Union et fraternité française51152RS Républicains sociaux 21122UDSR & RDA Union démocratique et socialiste de la Résistance et Rassemblement démocratique africain18119RGR-CR Rassemblement des gauches républicaines et du Centre républicain10414 Total de députés membre de groupes 587 Députés non-inscrits 7 Total des sièges pourvus 594 Non autorisés à siéger 2 Non pourvus (Algérie) 30
Analyse des résultats
La coalition fauriste l'emporte de justesse, malgré la concurrence sérieuse du Front Républicain qui totalise des résultats proches des siens.
La droite sort renforcée de ce scrutin. Le nouveau Centre national des indépendants et paysans et plusieurs listes dissidentes, alliés à quelques listes du centre ou de la droite radicale (Réforme de l'État, notamment, qui prend part à quelques apparentements avec les modérés), progressent sensiblement par rapport au scrutin de 1951. Ce résultat reste tout de même décevant, la droite traditionnelle n'ayant pas réussi à récupérer l'électorat du RPF, dissous quelques années auparavant, au profit du Front républicain et des poujadistes. La Côte-d'Or et une grande partie du Massif central ont massivement voté pour les listes modérées, tandis que le sud-est, le Midi et les bordures occidentales du Massif central leur sont hostiles : cette géographie est traditionnelle, et ne comporte pratiquement pas d'éléments nouveaux depuis 1951.. Le MRP, quant à lui, atteint les 15 % des voix des inscrits dans dix-sept départements, dépassant même les 30 % dans son fief alsacien. Une diagonale, allant du Jura et de la Haute-Savoie aux Basses-Pyrénées, maintient le MRP, au midi d'une ligne continue de départements (de la Dordogne à la Côte-d'Or) dans lesquels il est pratiquement absent.. Concernant le centre droit dans son ensemble, ses suffrages se concentrent surtout dans les fiefs conservateurs de la Troisième République : l'est de la France jusqu'au nord des Alpes, l'ouest jusqu'à la Charente et le Massif central jusqu'au Rhône..