Le prieuré de Saint-Arnoult est un prieuré bénédictin situé à Saint-Arnoult dans l'Oise dans les Hauts-de-France, qui dépendit successivement des abbayes de Saint-Germer-de-Fly et de Beaubec en Normandie.
La rareté de cette architecture datant de la fin du Moyen Âge, en pan de bois et torchis, à double encorbellement, et la qualité de son décor sculpté, ont motivé l'inscription au titre des monuments historiques de ses façades et toitures, ainsi que des deux cheminées du rez-de-chaussée, par un arrêté du ..
Histoire Origines vignette|gauche|Le prieuré vers 1900.
Le prieuré de Saint-Arnoult a tout d'abord dépendu de l'abbaye Saint-Germer-de-Fly. Ses origines sont attestées « dans les anciens titres authentiques conservés aux archives de l'hospice de Clermont »Laurent-Henri Cottineau, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Protat frères éditeurs, Mâcon, 1939, p. 2598..
Son histoire est très liée à la propagation du culte de Saint-Arnoult, au milieu du , dans le comté de ClermontM. J. et J. C. Houssinot, Saint-Arnoult, son histoire, son culte, ses légendes, ses homonymes et ses mystères…, Les éditions de La Tour Gile, , p. 334.. Saint-Arnoult (latinisé en Sanctio Arnulfus en 1210) possédait une seigneurie qui relevait du canton de Clermont, « elle appartenait à la maison de Cany ».. L'abbaye Saint-Germer-de-Fly en fit l'acquisition.
Le culte de Saint-Arnoult
Le toponyme de Saint-Arnoult fait référence à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Ce saint, qui aurait été évêque de ToursDans la liste des évêques de Tours d'après Grégoire de Tours, cet évêque n'est pas mentionné : voir les explications de J. C. Houssinot, dans l'ouvrage déjà cité, Saint-Arnoul, pp. 39 à 47., épousa Scariberge, la nièce de Clovis. Il mourut à Reims vers 533 et fut enterré à Saint-Arnoult-en-Yvelines, sur le chemin de Tours. Ses reliques furent l'objet d'un vol en 935 au profit de Crépy-en-Valois, où fut fondée une abbayePour un récit complet de La Translatio Sancti Arnulphi écrite au , cf. M. J. et J. C. Houssinot, Saint-Arnoult, , p. 123 à 129..
Au début de l'an mille, le culte de ce saint se propage et s'étend aux s, au nord de Paris et dans toute l’Île-de-France. À Clermont-en-Beauvaisis, une collégiale dédiée à saint Arnoult et à Notre Dame est fondée par les seigneurs de Clermont (1023)Mémoire de maîtrise d’Emmanuelle Depaty, sous la direction de M. G. Jehel et M. Racinet, La Collégiale Notre-Dame de Clermont-en-Beauvaisis et de Saint Arnoul, Université de Picardie, 1998.. Sous l'influence de Guibert de Nogent, ancien religieux de l'abbaye de Saint-Germer-de-Fly, le culte d'Arnoult d'Yvelines se développe en Beauvaisis.
Saint-Arnoult, Saint-Jacques-de-Compostelle, et les autres
Du au , de nombreux pèlerinages voient le jour, célébrant une multitude de saints. Les reliques tiennent une place importante dans la société médiévale et leur culte se propage au long d'itinéraires très fréquentés, la popularité des uns influençant les autresHoussinot, Saint-Arnoul, Société historique et archéologique de Saint-Arnoult-en-Yvelines, pp. 118 à 121..
La coquille Saint-Jacques, présente à plusieurs endroits sur la façade du prieuré de Saint-Arnoult, n'est pas sans rappeler le grand pèlerinage qui naît à l'aube du et atteint son apogée au . Saint-Arnoult, dans l'Oise, se trouve sur un axe Boulogne - Chartres, emprunté par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ceux-ci descendaient de Boulogne à Paris en direction de Tours, empruntant la via Turonensis par Chartres et passaient par Saint-Arnoult-en-YvelinesIbidem, p. 118.. À Tours, se trouvait également le tombeau de saint Martin dont le pèlerinage très important a influencé le culte d'ArnoulDans les Yvelines, l'oratoire de Saint-Arnoult est sur l'itinéraire qui mène au tombeau de saint Martin, à Tours..
Saint-Arnoult et Beaubec
Les abbés de Beaubec furent seigneurs, pour partie, de Saint-Arnoult. Un plan de 1751 conservé aux archives départementales de l'Oise, atteste le lien du prieuré de Saint-Arnoult avec cette abbaye dont il dépend alors. On y voit les bâtiments d'exploitation agricole disposés autour de la cour carrée ainsi que le logis seigneurial. Sont également signalés, les terres et les bois appartenant à l'abbayePlan de la terre de Beaubec, en 1751, sur le territoire de Saint-Arnoult, série des plans, réf. D19 327, Archives départementales de l'Oise..
Un blâme d'aveu, à l'initiative de Charles du Sauzet Du Mas, dernier abbé régulier de Beaubec, est déposé en 1746, par devant les notaires royaux au bailliage d'Amiens, résidant à GrandvilliersArchives de Rouen, série 2H 486..
Une exploitation agricole
Au cours de son histoire, le prieuré va prendre le statut de simple exploitation agricole. C'est probablement ce qui lui permettra de se conserver jusqu'à nous, tant bien que mal, malgré quelques vicissitudesRappelons que l'abbaye de Fontevraud, reconvertie en établissement pénitentiaire au , est, aujourd'hui, un site bénédictin des mieux conservés.. En 1972, un incendie détruira un grand nombre des bâtiments, épargnant toutefois le logis du .
À la fin du , le comte Louis Antoine Ferrand et son frère, le vicomte Ferrand demeurant ensemble au château de la Bernardière, commune de Tessonnière (Deux-Sèvres), en sont propriétaires indivis. Par adjudication, le prieuré est vendu le , avec ses terres, à la famille Lenoir, apparentée à la famille de BoufflersProcès-verbal d'adjudication conservé au Bureau des hypothèques de Beauvais, volume 3344, n° 23..
Donnée en bail à plusieurs générations de fermiers, la propriété reste dans cette famille jusqu'en 1982, date à laquelle, elle est vendue à Gilles et Nelly Alglave. Elle devient la résidence familiale de ses nouveaux propriétaires qui entreprennent la restauration du site. Le prieuré fait l'objet d'une inscription partielle au titre des monuments historiques depuis 1988 et est ouvert à la visite.
Architecture Une ossature à bois courts
La façade du prieuré, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est l'expression de l'évolution de l'art de la charpenterie au cours de l'histoire. La partie la plus ancienne, le corps de logis, utilise une technique d'assemblage à bois courts. Elle présente deux niveaux d'encorbellement sur sommiers et un comble à surcroît. Les colombes se succèdent suivant le rythme du « tant plein que vide » caractéristique de l'époqueLes colombes ont autant d'épaisseur que le hourdis de terre.. L'utilisation du chêne à cœur et la puissance de l'ossature révèlent, qu'au sortir de la guerre de Cent Ans, le bois d'œuvre abonde et sa qualité est maximumPendant la longue période de la guerre de Cent Ans, les chênes prospèreront à loisir dans les forêts ; la paix retrouvée, ils fourniront aux charpentiers une matière d'œuvre inégalée par la suite.. Le hourdis est en torchis protégé par un enduit de chaux aérienne. Grâce à une exposition à l'est de la façade et au surplomb important des encorbellements, les sculptures présentes sur les sablières et les entretoises, se trouvant à l'abri des eaux de ruissellement, sont dans un excellent état de conservation.
Les deux appentis sont des adjonctions de la fin du L'un d'eux contient une cheminée et sa plaque d'époque Louis XVI.. À cette époque, en Picardie, la technique de construction en pan de bois évolue vers une économie de moyens caractéristique de la marque paysanne, lisible sur ces ajoutsSur la partie visible du pan de bois, certaines colombes sont du réemploi et leur rythme ne suit plus le principe du « tant plein que vide » : il s'agit d'une restauration paysanne.. Le pan de bois n'est plus destiné à être montré et est protégé par l'enduit qui le cacheA. et R. Bayard, Les Maisons paysannes de l'Oise, les connaître pour bien les restaurer, éd. Eyrolles, , réédition 2007.. En observant le corps de logis, on remarque qu'il a été amputé d'un certain nombre de travées : la bâtisse originelle devait se prolonger de quelques travées vers la droite.
Un décor symbolique
Les éléments du décor appartiennent au vocabulaire symbolique du Moyen Âge et sont empruntés aux règnes animal, végétal et humain. Roses, coquilles, chêne, paons, poissons, serpents et dragons alternent avec des personnages à visage humain à côté d'autres animaux tels un singe et des chiens. Les abouts des sommiers portent encore des traces de visages fort érodés mais dont on distingue encore les coiffes. Sur une des poutres, une alternance de roses sculptées en positif et en négatif, et de coquilles offrant une face convexe et une face concave, attire l'attention : ce type de décor est fréquent sur les monuments des itinéraires menant vers Compostelle.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Saint-Arnoult (Oise) Liste des monuments historiques de l'Oise (ouest) Abbaye Saint-Germer-de-Fly Liste des abbayes, prieurés et couvents en Picardie
Lien externe prieuredesaintarnoult.net
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