Le château Neuf de Saint-Germain-en-Laye est un château de la seconde moitié du , aujourd'hui détruit, situé à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Cette ancienne résidence royale vit naître le futur roi Louis XIV.
Le château Neuf, construit par Henri II, fut la résidence royale de 1659 à 1680, année où la cour le quitta pour se réinstaller au Château Vieux situé à proximité, nouvellement agrandi et modernisé.
Historique
Début de la construction et arrêt En 1555, Henri II a terminé les travaux initiés par son père, François au Château-Vieux de Saint-Germain-en-Laye. Philibert Delorme y avait conduit les travaux entrepris selon les plans de Pierre Chambiges. Le château est alors construit sur une vaste esplanade qui se termine à l'est sur un terrain en pente vers la Seine et qui permet d'embrasser un panorama étendu magnifique.
Henri II et Catherine de Médicis, trois ans avant la mort du roi dans un tournoi, à Paris, commandent à Philibert Delorme la construction d'un nouveau bâtiment moderne, sans fossés ni chemin de ronde, une maison de plaisance permettant au roi et à la reine de profiter des agréments du site et d'y accueillir des amis intimes. On ne sait qui a eu l'idée de ce nouveau château, du roi ou de l'architecte, mais la rapidité de la décision, un an après la fin des travaux du Château-Vieux, montre qu'ils sont vite tombés d'accord. Le marché de travaux est passé le par Philibert Delorme avec les maîtres maçons Jean Chalveau et Jean FrançoisJean-Marie Pérouse de Montclos, Philibert De l'Orme, , éditions Mengès, Paris, 2000 . thumb|280px|. Un plan en est donné dans le livre de Jacques Androuet du Cerceau, Les plus excellents bastiments de France sous le titre La moitié du plan du commencement du théâtre. Les gravures d'Androuet du Cerceau doivent être interprétées car elles doivent mélanger le projet et la réalité. Une vue en plan générale montrant les deux châteaux de Saint-Germain-en-Laye donne le plan du Château-Neuf : un corps de bâtiment allongé en rez-de-chaussée cantonné de quatre pavillons où se trouvaient les appartements du roi et de la reine avec chambre et garde-robe dont le toit prévoit des combles habitables et un appartement des bains avec « estuves, baigneries et cabinet pour les dites estuves ». Le corps de bâtiment allongé comprenait une salle une chapelle et une antichambre. Devant la maison il y a une grande cour « en carré en forme d'un téatre, en laquelle y aura quatre grands demys ronds à l'endroict des quatre pans carrez d'icelle en saillie hors la quadrature desd. pans carrés ». La cour s'ouvrait vers le Château-Vieux. Par rapport à la description du marché, le plan d'Androuet du Cerceau montre un double mur entourant la cour qui a été interprété comme étant une galerie. Sur une vue cavalière dessinée par Androuet du Cerceau et conservée au British museum montre deux ailes de part et d'autre de la maison, à l'est, dominant une terrasse à laquelle on accède par un escalier.
Comme l'écrit Jacques Androuet du Cerceau, c'était « un bâtiment en manière de théâtre entre la rivière et le château ». Il est appelé par Philibert Delorme dans son livre Architecture, Livre X, chapitre XXIII « Maison du théâtre & baignerie », peut-être en reprenant l'étymologie du mot théâtre, « lieu où on regarde », faisant référence à son point de vue, avant que le bâtiment prenne rapidement le nom de Château-Neuf. Anthony Blunt pense que le plan de la « maison du théâtre et baignerie » a été inspiré par une partie de la villa d'Hadrien à Tivoli.
Une suite de terrasses et d'escaliers facilitait l'accès à la « baignerie regardant sur le port du Pec » sur la Seine construite par le même architecte. La suite de terrasses et de jardins reliant le château neuf à la baignerie n'a été imaginée et réalisée qu'après le couronnement d'Henri IV.
Catherine de Médicis évita d'y venir vers la fin de sa vie, parce que son astrologue Ruggieri lui aurait prédit que Saint-Germain la verrait mourir. Superstitieuse, elle aurait peu fréquenté les lieux portant ce nom. Son installation dans l'Hôtel de la reine, à Paris, près de Saint-Eustache, aurait été motivée par cette prédiction, au détriment des Tuileries, qu'elle faisait construire et qui dépendaient de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Cette histoire, maintes fois relatée, demeure cependant de l'ordre de la légende.
Il fut d'abord le lieu de séjour de ceux qui l'ont fait construire, Henri II et Catherine de Médicis.
Les travaux d'aménagement du Château-Neuf se sont arrêtés à la mort du roi Henri II, en 1559, et la disgrâce de Delorme. Philibert Delorme est cependant fier de son projet : « A Saint Germain en Laye s'ilz eussent eu patience que j'eusse faict achever le bastiment neuf que j'ay commencé auprès des logis des bestes, je suys assuré qu'aujourd'hui l'on n'eust veu le semblable ne plus admyrable, tant pour les portiques, vestibule, théâtre, estuves, baignières, comme le logis... ». Cependant des travaux sont encore faits : un marché est établi pour la charpente de quatre pavillons au « logis du théâtre » le par Le Primatice
Deux jours après le décès du roi François II le , la reine de Navarre arrive à Saint-Germain, escortée par un brillant cortège à la tête duquel caracole son second mari le duc de Vendôme, et les fêtes se succèdent pendant plusieurs jours avec des jeux divers et même une course de taureaux. Parmi les invités se trouvent le petit Henri de Béarn (fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret) futur Henri IV, et le duc d'Orléans, futur Henri III.
Reprise des travaux par Henri IV vignette|Vue cavalière des châteaux et des terrasses au . Gravure de Claude Chastillon. thumb|Restitution 3D du château Neuf de Saint-Germain-en-Laye. Fin de la construction du château neuf et construction des terrasses Henri IV est couronné roi de France, dans la cathédrale de Chartres, en 1593.
Henri IV fit considérablement agrandir le Château Neuf et y séjourna régulièrement, tandis que ses nombreux enfants, légitimes et bâtards, demeuraient au Château VieuxEmmanuel Lurin, Le Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye.
Dès le début de son règne, en 1593, Henri IV vient à Saint-Germain qui lui plait beaucoup pour la vue que le Château Neuf et la terrasse offrent sur la vallée de la Seine, rappelant les dispositions du château de Pau. Il commande à Baptiste Androuet du Cerceau son extension avec un aménagement des terrasses jusqu'à la Seine. Un marché de travaux est passé le Gabriel Marcel, Marché pour la construction d'une partie du château neuf de Saint-Germain-en-Laye, , dans Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1907. Un autre marché est passé le avec le charpentier Pharon Vinier pour couvrir les pavillons occidentaux. La grande cour à exèdres dessinée par Androuet du Cerceau qui n'avait pas été construite est réalisée. Les travaux sont rapidement terminés par l'architecte d'exécution Jean de Fourcy, ainsi que Guillaume Marchant pour les travaux de maçonnerie. Par le récit de voyage de Thomas Platter on sait que le château est habitable en 1599. Les dessins de John Thorpe faits en 1600 montrent l'état du château à cette date. Un marché passé par la surintendance des bâtiments du roi, le , prévoit la construction du mur d'enceinte, des pavillons d'entrée et du grand porche.
En 1608, Pasquier Testelin exécute les peintures du château. Son fils Gilles Testelin, père de Louis Testelin, a continué le travail d'entretien des peintures du château.
Aménagements des jardins Nul ne sait comment Henri IV a pu connaître les jardins aménagés en Italie, en particulier ceux de la Villa di Pratolino, du jardin de Boboli du palais Pitti. Cette connaissance est peut-être due à la proximité d'Henri IV avec les agents du grand-duc Ferdinand de Médicis à Paris, en particulier Jérôme de Gondi (vers 1550-1604), banquier à Lyon, cousin d'Albert de Gondi, maréchal de France et général des galères du roi. Jérôme de Gondi possédait des propriétés à Paris et Saint-Cloud. Il avait aménagé à côté de sa maison de Saint-Cloud un jardin à l'italienne avec des sculptures et des jeux d'eau descendant vers la Seine. Depuis Cosme de Médicis les rois de France étaient les principaux débiteurs des Médicis. Ces derniers étaient donc dépendant du remboursement de la dette par la monarchie française. En 1595, les Florentins avaient commis une imprudence, ils s'étaient emparés de l'île du château d'If, créant une tension entre les deux cours. Les Florentins ont rapidement rendu l'îlot. Connaissant par ses agents à Paris, le grand intérêt porté par Henri IV aux jardins à l'italienne, le grand-duc va répondre favorablement aux demandes de ses agents d'aider le roi dans son projet d'aménagement de jardins. Pour Anthony Blunt, c'est Étienne Dupérac qui a dû être l'architecte du projet car il était le seul architecte français à bien connaître les jardins de Rome et des environs.
Les dessins faits par John Thorpe en 1600 montrent qu'à cette date les escaliers en hémicycles partant de la première terrasse réalisée devant le château en 1563 et entourant la fontaine de Mercure sont réalisés, probablement dès 1594, ainsi que les escaliers menant à la troisième terrasse. En 1599, Henri IV a décidé de changer le plan du jardin et décide de construire sur la troisième terrasse une galerie dorique contre le mur de soutènement s'ouvrant sur le jardin et contenant des grottes aménagées sous la deuxième terrasse. Thomas Platter indique dans son récit de voyage qu'en , Tommaso Francini avait terminé la fontaine du Dragon, au centre de la galerie, et le grotte de Neptune ou du Triomphe marin, sous la rampe sud, il était en train de construire la grotte des Orgues (ou de la Demoiselle) sous la rampe nord. Des grottes sont aménagées sous la troisième terrasse : la grotte de Persée, la grotte d'Orphée et la grotte des Flambeaux. L'histoire de la réalisation de cette partie du jardin est mieux comprise à partir des archives retrouvées à Florence.
En analysant dans les archives se trouvant à Florence les échanges de lettres entre les agents du grand-duc à Paris, Jérôme de Gondi, le chevalier Jacopo Guicciardini, Francesco Bonciani (officiellement secrétaire du cardinal de Gondi), et les officiers du grand-duc, Belisario Vinta, premier secrétaire, Emilio de' Cavalieri, premier surintendant de la Guardaroba Medicea, Jacques Bylivelt, orfèvre et joailler de la cour, ainsi que le grand-duc Ferdinand et son épouse Christine de Lorraine, Blanca Truyols a pu reconstituer les présents de Ferdinand de Médicis à Henri IV pour lui permettre d'aménager les jardins du Château-Neuf : thumb| Jérôme de Gondi (Girolamo Gondi) vient de Florence à Paris au début de 1596. Dans une lettre de de Girolamo Seriacopi, on apprend qu'un bronze de grandeur nature de Prométhée de Jean Bologne fondue par Domenico Portigiani en 1591 se trouve en France depuis 1595, dans les propriétés de Jérôme de Gondi.