David Martin (1842‑1918) était un professeur et géologue français, et également conservateur du Musée départemental des Hautes-Alpes de 1888 à 1918.
Originaire d’une famille paysanne du Valgaudemar, il développe dès l’adolescence une passion pour la géologie et les sciences naturelles. Parallèlement à sa carrière d’enseignant dans les Hautes-Alpes, il se consacre en autodidacte à l’étude de la géologie, de la glaciologie, de l'archéologie, de la paléontologie et de la minéralogie locale.
Egalement naturaliste et botaniste, il a publié de nombreuses recherches et participé activement aux sociétés savantes locales, notamment à la Société d’études des Hautes-Alpes.
Son action muséale et scientifique a largement contribué à la connaissance et à la valorisation du patrimoine naturel et historique des Hautes-Alpes.
Biographie
Origines et enfance David Martin naît le au hameau de Lallée (alors orthographié "Lallé"), dans la commune de Saint-Jacques-en-Valgaudemar, dans la vallée du Valgaudemar (Hautes-Alpes).
Issu d’une famille paysanne modeste, il passe son enfance dans un environnement rural de montagne. Très jeune, il participe aux travaux agricoles et garde les troupeaux familiaux. Cette expérience forge son attachement profond à la montagne et à la nature. Dans un récit autobiographique intitulé Une vie de berger, publié en 1915 dans la revue du Club Alpin Français, il évoque longuement cette période de sa vie, qu'il trouvait "pleine de charmes" et qu'il n'aurait "échangée pour aucune autre", et qui a été déterminante pour sa formation intellectuelle et scientifique. Naissance d’une vocation scientifique vignette|Maison natale de David Martin (façade sud) au hameau de Lallée. Photographie prise en 1905 par Edouard-Alfred Martel. On y aperçoit David Martin, avec son chien Turenne, à côté de la fenêtre où avaient été exposés les "Saints-Soleils" qui avaient été offerts au professeur Charles Lory en 1854Source : table des illustrations (p.24) de l'ouvrage Une Vie de berger, par David Martin, publié à Paris en 1915 par le Club alpin français. .|350x350px Un épisode marquant de son adolescence oriente définitivement la vocation de David Martin. Au mois d’, le géologue Charles Lory, professeur à la faculté de Grenoble, est de passage au hameau de Lallée dans le cadre d’une campagne de recueil de fossiles dans la région. Il aperçoit sur le rebord d'une fenêtre des fossiles du Bajocien (ammonites), que le frère aîné de David, Alphonse Martin, avait trouvés au Serre d'Entrepierre, un hameau voisin de Lallée. La mère des deux adolescents offrit au savant ces pierres, localement appelées "Saints-Soleils" ("Sant-Souléou" en patois) en raison de leur ressemblance avec un ostensoir. Impressionné par les explications du professeur et encouragé par cette figure tutélaire, le jeune David Martin, alors âgé de 12 ans, développe une passion pour la géologie et l’étude scientifique de la nature.
Formation et carrière d’enseignant vignette|David Martin à 30 ans in "Cinquantenaire du Musée départemental des Hautes-Alpes", Gap, 1958 Admis à l’École normale d’instituteurs de Gap, David Martin en obtient le brevet complet en 1864. Il commence sa carrière comme instituteur dans le Var, mais revient rapidement dans les Hautes-Alpes, et devient, la même année (1964), répétiteur au collège d’Embrun.
David Martin se marie à l’âge de 27 ans. Il est par la suite nommé professeur au collège de Gap, puis professeur d’histoire naturelle au lycée de Gap jusqu’à sa retraite en .
Travaux d'érudition et muséographiques en autodidacte Parallèlement à ses activités d'enseignement, David Martin poursuit ses travaux scientifiques en autodidacte. Il s’impose progressivement comme l'un des principaux érudits du département des Hautes-Alpes, en contribuant activement à diverses revues scientifiques ainsi qu'aux sociétés savantes, notamment à la Société d'études des Hautes-Alpes.
Quelques années avant la fin de sa carrière d'enseignant, il s'investit fortement dans le développement du musée départemental des Hautes-Alpes à Gap, dont il devient le premier conservateur en 1988, fonction qu’il occupe jusqu’à son décès en 1918.
Fin de vie David Martin poursuivit ses recherches scientifiques jusqu’à la fin de sa vie, y compris en prenant part à de nombreuses expéditions dans les Hautes-Alpes. En , il fit un dernier voyage dans le Briançonnais, en compagnie de l'alpiniste Paul Guillemin, dans le but de créer au Musée départemental des Hautes-Alpes une salle dédiée à l'alpinisme. Rentré à Gap le , il fut atteint d'une congestion pulmonaire, dont il décède le .
Travaux Les travaux d'érudition de David Martin portent surtout sur :
la géologie des Alpes du Sud ; la glaciologie ; la minéralogie ; la paléontologie (étude des fossiles en particulier) ; l’histoire naturelle du département.
Il contribue à améliorer la connaissance scientifique du territoire des Hautes-Alpes, encore peu étudié à l’époque.
Géologie et glaciologie vignette|David Martin lors d'une expédition dans les Hautes-Alpes Les travaux scientifiques de David Martin dans le domaine de la géologie portent principalement sur l’étude de la formation des paysages des Hautes-Alpes, en particulier de la vallée de la Durance. Il a étudié la composition des terrains, les dépôts de cailloux et les phénomènes géologiques qui ont façonné la vallée. Ses recherches ont contribué à une meilleure compréhension de l’origine et de l’évolution du relief alpin.
Il s’est également intéressé à l’époque glaciaire et à l’action des anciens glaciers dans la région. Il a étudié le déplacement des glaciers et les blocs erratiques, c’est-à-dire de grosses roches transportées par les glaciers sur de longues distances. Il a même cherché à protéger certains de ces blocs, qu’il considérait comme des témoins importants de l’histoire géologique. Ses travaux l'ont conduit à suivre avec attention le phénomène de régression des glaciers que son ami, le géologue Wilfrid Kilian, avait été en France un des premiers à signaler avec ses confrères italiens. S'appuyant sur différents indices, David Martin a conclu à une évolution de la flore alpine qui l'a conduit à se poser la question d'un "prochain changement de climat ».
Paléontologie, archéologie et histoire naturelle Tout au long de sa vie, David Martin s’est intéressé à l’étude de la faune, de la flore et des fossiles des Hautes-Alpes. Il a observé, décrit et classé de nombreux spécimens naturels de la région, contribuant ainsi à une meilleure connaissance de la nature alpine. Ses recherches sur les les plantes et les animaux ainsi que sur les fossiles et l'ont aussi conduit à s'intéresser à l'archéologie, notamment à l'étude de certains tumuli. Ses recherches ont permis d’enrichir les connaissances scientifiques sur l’environnement naturel du département ainsi que les collections du musée départemental des Hautes-Alpes.
Erudit très prolifique (cf. bibliographie infra), David Martin a également rédigé de nombreuses notices biographiques et nécrologies, ainsi qu'un ouvrage unique sur le patois de Lallée, son hameau natal dans la commune de Saint-Jacques-en-Valgaudemar.
Intérêt pour la spéléologie Son frère aîné, l'abbé Alphonse Martin, curé de Saint-Étienne-en-Dévoluy, lui fait découvrir la spéléologie dans les gouffres du massif du Dévoluy. Par l'intermédiaire de son frère David, Alphonse Martin fit venir le spéléologue Édouard-Alfred Martel dans le Dévoluy en 1889. Il l'accompagna et participa aux explorations lors des campagnes de 1896 et 1899. En , il fit de nouveau appel, en vain, à Martel pour l'aider à explorer les gouffres de l'Enclus, de l'Obiou, du Faraud et du haut plateau de Bure. Il organisa des fouilles archéologiques dans plusieurs cavités des Hautes-Alpes, hors du Dévoluy : grottes de Sigottier, grotte de Jubéo. En hommage à l'abbé Alphonse Martin, qui avait servi de guide à Édouard-Alfred Martel, à Louis Vésignié et à Charles Lory, le nom de Chourum Martin fut donné par Martel à un chourum (gouffre) du Dévoluy en 1899.
Conservateur du Musée départemental des Hautes-Alpes vignette|Musée départemental des Hautes-Alpes à Gap David Martin a joué un rôle essentiel dans la création et le développement du musée départemental des Hautes-Alpes à Gap, dont il a été le premier conservateur en 1888. Pendant près de trente ans, il consacre une grande partie de son temps à classer et organiser les collections, identifier les objets archéologiques et scientifiques et mettre en place une véritable méthode de conservation. Grâce à son travail, le musée devient progressivement un établissement organisé et scientifique, et non plus un simple lieu de conservation des objets.
David Martin contribue également à enrichir les collections du musée. Il collecte des objets archéologiques, des fossiles, des minéraux et des objets d’histoire naturelle provenant des Hautes-Alpes. Il encourage aussi les dons et organise parfois des souscriptions publiques pour acheter des objets importants, comme une ceinture de l’âge du bronze considérée comme l’une des pièces les plus remarquables du musée.
Enfin, il considère le musée comme un lieu de recherche, de conservation du patrimoine et d’éducation. Son travail a été essentiel pour faire de ce musée un véritable centre scientifique, culturel et historique pour le département des Hautes-Alpes.
Rôle au sein des sociétés savantes David Martin a participé activement à la vie intellectuelle du département. Il a été membre de la Société d’études des Hautes-Alpes, société savante chargée de promouvoir les recherches historiques et scientifiques sur le département. Il a également contribué aux travaux de plusieurs autres sociétés savantes, régionales ou nationales, dont l'Association française pour l'avancement des sciences, la Société géologique de France, ou encore la Société d'études provençales. Il a par ailleurs oeuvré à la vulgarisation de certaines connaissances scientifiques par diverses publications dans des journaux locaux (e.g. Le Courrier des AlpesVoir par exemple l'article consacré aux calcaires à nummulites sur le site archéologique de Faudon à Ancelle, paru dans le "Courrier des Alpes" le 21 janvier 1897 (lire ici).) ou des revues (e.g. La Montagne du Club alpin français). Dans ce cadre, il a publié de nombreuses études scientifiques, présenté diverses communications, et participé à la diffusion des connaissances sur les Hautes-Alpes.
Hommages La mémoire de David Martin a été honorée à plusieurs reprises dans diverses publications de sociétés savantes et articles de journaux des Hautes-Alpes. vignette|Inauguration de la plaque commémorative sur la façade de la maison natale de David Martin le 7 août 1960Article du journal "Alpes Actualités" du 11/08/1960. vignette|Maison natale de David Martin au hameau de Lallée en 2024 (la plaque commémorative est visible sur le côté droit de la maison). Le , une plaque commémorative est inaugurée sur la maison natale de David Martin à Lallée, à l'initiative de la Société d’études des Hautes-Alpes. Cette cérémonie a donné lieu à plusieurs prises de paroles rendant hommage au scientifique, dont celles de M. Joseph Grégoire, maire de Saint-Jacques, de M. Allemand, conseiller général et maire de Saint-Firmin, de M. Barrachin, président de la Société d’études des Hautes-Alpes, et de M. Paul Pons, secrétaire de la Société d'études et Majoral du Félibrige, qui s'est exprimé en provençal.
Plusieurs lieux portent le nom de David Martin :
la rue David Martin, qui relie la place de la République à la rue Jean Eymar dans le centre-ville de Gap ; le Quartier David Martin au hameau de Lallée à Saint-Jacques-en-Valgaudemar, où se situe la maison natale du scientifique ; la salle David Martin de "Nostra Meisou", l'ancienne école communale de Lallée devenue mairie de Saint-Jaques-en-Valgaudemar.
Bibliographie