thumb|Illustration du Cabinet des Antiques par Daniel Hernandez. Les personnages de La Comédie humaine d'Honoré de Balzac sont, suivant les décomptes<ref>Chiffre donné par Judith Meyer-Petit, Généalogie des personnages de « La Comédie humaine », édition de la Maison de Balzac, Paris Musées, 1994, .</ref>, au nombre de à . Un millier d'entre eux ont des liens familiaux (leur arbre généalogique est représenté de façon monumentale, à la Maison de Balzac, sur un panneau de plus de ).
Parmi les nombreux personnages de La Comédie humaine, on distingue quelque 573 personnages dits « reparaissants » (c'est-à-dire que l'on trouve dans plusieurs des romans de La Comédie humaine), caractères forts qui représentent à eux seuls un groupe social, un type sociologique.
Ces ensembles sociaux, nés de l’observation de Balzac et recomposés par son imagination, sont souvent inspirés de plusieurs sources. Selon ses propres déclarations, l’auteur de La Comédie humaine se voulait , et son œuvre devait . Il fit bien plus que cela : Selon Louis Chevallier, dans sa préface aux Paysans, . vignette|Illustration de Grandville dans le journal satirique La Caricature où écrit Balzac en 1830. (source : ).|alt=Procession de dignitaires projetant chacun une ombre cocasse
Nicole Mozet, dans son ouvrage La Ville de province dans l'œuvre de Balzac, considère que Balzac a pris plaisir à produire des difficultés onomastiques à surmonter. Loin de reproduire la technique du théâtre et de l'ancien roman, il est en complète rupture, en particulier dans Le Cabinet des Antiques, en jouant par exemple sur la désinence d'Esgrigny, devenue d'Esgrignon..
L'écrivain fait également appel aussi à la morphopsychologie : certains personnages portent sur eux leur destin. Dans Une ténébreuse affaire, le régisseur Michu, personnage qui nettoie son fusil au début du roman et qui sera guillotiné, est décrit ainsi : , et d'après Jacques Noiray, la conformation féminine des hanches de Lucien Chardon, serait l'indice d'une tendance à l'homosexualité (qu'il pratiquera peut-être avec Jacques Collin).
Les financiers thumb|150px|Jacques Laffitte. Ces gens sont impitoyables en affaire. L’exemple type est le baron de Nucingen dans La Maison Nucingen. Pitoyable en amour, il appartient au cercle de la haute banque qui fait la pluie et le beau temps dans le monde de la finance. On peut citer aussi les frères Keller dans César Birotteau et dans Le Cabinet des Antiques.
Sans doute inspiré par les aventures du banquier Beer Léon Fould, père d’Achille Fould, qui évita le déshonneur et se tira haut la main d’une situation douteuse, Balzac a composé un type de banquier qui réunit aussi les aspects de grandes figures de la finance de son époque : Jacques Laffitte, Georges HumannHans Bäckvall (Le Charabia « tudesque » dans l'œuvre de Balzac, Moderna Språk, 1970, ) a souligné les similitudes entre le baron de Nucingen et ce ministre des Finances : tous deux originaires d'Alsace, ils partagent également une même condition de parvenu trop vite enrichi sous l'Empire, de financier implacable élevé à la pairie sous le règne de Louis-Philippe. et les Rothschild. Il existe d'ailleurs une étrange similitude entre Beer Léon Fould et le baron de Nucingen, démontrée par les minutieuses recherches aux Archives nationales d'Anne-Marie MeiningerPréface à La Maison Nucingen, Gallimard, coll. « Folio classique », Paris, 1989, section « Origine et fortune de Fould » , , notes ..
Balzac évoque leurs exploits notamment dans La Maison Nucingen, Une fille d'Ève, Eugénie Grandet, La Duchesse de LangeaisAnne-Marie Meininger et Pierre Citron, Index des personnes réelles dans « La Comédie humaine », Gallimard, t. , La Pléiade, 1991, et 1816.. L’auteur a aussi dévoilé au lecteur néophyte les calculs et les extravagances d’un milieu dont on retrouve les caractéristiques presque identiques moins de deux siècles plus tardPaul Louis, Les Types sociaux chez Balzac et Zola, Éditions du monde moderne, 1925..
Les lorettes thumb|left|150px|Jeune danseuse, Degas. thumb|150px|Jeune danseuse, Degas. Femmes jeunes prostituées par leur mère, actrices entretenues par plusieurs hommes à la fois, représentées entre autres par Coralie, maîtresse de Lucien de Rubempré dans Illusions perdues, Florine (Une fille d'Ève), Aquilina (La Peau de chagrin) ou Esther dans Splendeurs et misères des courtisanes. Le plus souvent, il s'agit d'adolescentes, et les barbons vont les chercher à l’Opéra (Les Petits Bourgeois, César Birotteau) ; d’où leur surnom de « rats ». Après avoir mené grand train, festoyant le plus souvent au Rocher de CancaleRestaurant qui subsiste encore à Paris, rue Montorgueil., elles finissent souvent ruinées, « à l'hôpital », sont assassinées comme Paquita dans La Fille aux yeux d'or, ou meurent d'amour, telles Esther dans Splendeurs et misères des courtisanes ou Coralie dans Illusions perdues. À l'exception de Florine qui devient la maîtresse du poète Nathan, et de Claudine Chaffaroux qui se tirera d'affaire en devenant d'abord une artiste célèbre, puis comtesse du Bruel dans Un prince de la bohème où elle vivra de plus un grand amour avec le comte Ruscoli de la Palférine, la plupart des lorettes sont victimes de la prostitution adolescenteMaurice Samuels, « Metaphors of Modernity: Prostitutes, Bankers, and Other Jews in Balzac’s Splendeurs et misères des courtisanes », Romanic Review, mars 2006, , , 169-84..
Les marchandes à la toilette Elles tiennent boutique de fripes, rachètent aux courtisanes ruinées ou aux nobles dames dans le besoin leurs bijoux, robes, colifichets. Elles servent aussi de mère maquerelle et procurent des jeunes filles fraîches à de vieux barbons comme Camusot (Splendeurs et misères des courtisanes). La plus célèbre est madame de Saint-Estève, la « tante « de Vautrin qu’elle essaie de faire évader de prison (Splendeurs et misères des courtisanes).
La noblesse parisienne thumb|200px|Comtesse , Ingres (1845). De vieille souche, elle est présente dans deux quartiers de Paris : la noblesse du faubourg Saint-Germain tient le haut du pavé et les rênes du pouvoir, représentée par Antoinette de Langeais, tyrannique envers son entourage, méprisante pour la noblesse de province plus modeste (Le Cabinet des AntiquesNadine Satiat, introduction au Cabinet des Antiques, Gallimard, coll. « Folio classique », Paris, 2002 , .) ; la noblesse de la chaussée d’Antin est moins cotée, mais encore très puissante, représentée par la comtesse de Sérisy, maîtresse de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et misères des courtisanesJean Forest, L'Aristocratie balzacienne, Paris, José Corti, 1973, ., ainsi que par Diane de Maufrigneuse, la marquise d'Espard ou la vicomtesse de Beauséant.
Le faubourg Saint-Germain détient sur la chaussée d'Antin un avantage d'antériorité. C'est là que les plus anciens blasons, donc les titres les plus justifiés et enviés, ont leur « siège ».
Les femmes y règnent en maître malgré les lois qui leur sont défavorables (dans l'absolu, elles n'ont aucun droit, mais elles les prennent à leur façon). Ce sont elles, les Grandlieu, Chaulieu, Rochefide, Maufrigneuse, Troisville (prononcer Tréville) qui peuvent, par leur mariage, faire passer un simple général d'Empire, fils de tapissier (le comte de Montcornet dans Les Paysans).
Si des hommes de haute noblesse comme le marquis d'Ajuda-Pinto (Le Père Goriot) apparaissent « en toile de fond », ils sont actifs en tant que compagnons, séducteurs (La Femme abandonnée), financiers de ces dames (le baron de Nucingen, le comte Hugret de Sérisy), mais rarement entraînés dans des intrigues qui les projettent sur le devant de la scène balzacienne au même titre que les dandys arrivistes. On pourrait presque dire que la gent masculine de haut rang fait un peu « tapisserie » dans La Comédie humaine, tandis que les nobles dames se perdent en intrigues, liaisons et supercheries de toutes sortes. Ces nobles dames parisiennes proprement redoutables sont d'ailleurs redoutées de la noblesse de province qui les fuitMadeleine Fargeaud, introduction à Béatrix, Gallimard, coll. « Folio classique », 1999 , 10-11..
Les négociants et profiteurs de guerre thumb|120px|left|Grands projets par Traviès. Jean-Joachim Goriot, dans Le Père Goriot est un profiteur de guerre, roué en affaire, aveuglé par son amour paternel, ruiné par ses filles ; c'est le seul exemplaire de ce type dans La Comédie humaine.
Le docteur Rouget dans La Rabouilleuse et Un ménage de garçon, est un homme malin et tyrannique qui a su profiter de la Révolution française pour s’enrichir. Il a, de plus, épousé l’aînée de la famille Descoings, négociants qui ont fait fortune grâce à l’achat de biens nationaux, comme de nombreux personnages de La Comédie humaine qui ont spéculé pendant les troubles sociaux, tel le père Grandet, dans Eugénie GrandetSybille Tucker, introduction à Eugénie Grandet, Nathan, coll. « Nathan Poche », Paris, 1986, 19-20..
Les voituriers-transporteurs
thumb|175px|Diligence transportant aussi le courrier. thumb|left|175px|Départ de la diligence, dessin de George Cruikshank (1818). Le père Pierrotin et ses coucous (sorte de diligence). C’est un homme généreux et actif, dont les affaires vont prospérer quand il aura acquis des diligences plus rapides (Un début dans la vie).
Les criminels thumb|left|150px|Vautrin et Rastignac. Jean-Frédéric Taillefer, assassin dans L'Auberge rouge, est le père de Victorine Taillefer qu’il déshérite dans Le Père Goriot, et il complote avec Jacques Collin (Vautrin).
Le bagnard Vautrin, alias Jacques Collin, alias l’abbé Carlos Herrera, a l’art du déguisement et du complot ourdi pour « faire de l’argent ». Il veut faire la fortune de Lucien de Rubempré, mais ne réussit qu’à le conduire à la mort dans Splendeurs et misères des courtisanes. Dans Le Père Goriot, il avait tout d’abord jeté son dévolu sur Eugène de Rastignac pour l’entraîner dans un complot criminel et faire sa fortune, sans succès toutefois, ce dernier, pourtant très ambitieux, n’ayant pas accepté d’être complice d’un crime.
Le dandy Maxime de Trailles, voyou de haut vol, ruine Anastasie de Restaud (fille du père Goriot), Sarah van Gobseck (petite-nièce de Jean-Esther van Gobseck) ; il appartient au terrible clan des Treize qui ne recule devant rien dans l’Histoire des Treize.
Jacqueline Collin est la redoutable tante et complice de Jacques Collin. Elle a un rôle important dans Splendeurs et misères des courtisanes et apparaît dans le diptyque Les Parents pauvres.
Par ailleurs, Paccard est l'assistant de Jacques Collin.
Théodore Calvi est un forçat qui a aidé Jacques Collin à s'évader. Il apparaît dans Splendeurs et misères des courtisanes.
Dannepont, dit La Pouraille, est un bandit apparaissant dans Splendeurs et misères des courtisanes. Il est coupable de l’assassinat du couple Crottat.
Sélérier, surnommé Fil-de-Soie, le Rouleur, l'Auvergnat et le Père Rouleau est un bandit dont Jacques Collin se méfie.
Riganson, dit Le Biffone, est un bandit, et le concubin de la Biffe.
Les ecclésiastiques thumb|150px|La cathédrale de Tours. L'abbé Bonnet, soutien moral de Véronique Graslin dans Le Curé de village, l'abbé François Birotteau, éternelle victime dans Le Curé de Tours, mais aussi consolateur de madame de Mortsauf dans Le Lys dans la vallée. L'abbé Brossette, mal considéré des paysans, mais reçu dans les meilleures maisons dans Les Paysans et Béatrix, le moine défroqué Rigou dans Les Paysans, l'abbé Gudin encourageant les chouans dans Les Chouans, le vidame de Pamiers, soutien inconditionnel de sa cousine Antoinette de Langeais dans La Duchesse de Langeais, l'abbé Loraux, vicaire de l'église Saint-Sulpice dans Un début dans la vie et consolateur d'Agathe Bridau dans La Rabouilleuse, l'abbé Fontanon manipulant Angélique de Granville jusqu'à une bigoterie dans Une double famille qui caractérisera l'éducation de ses filles dans Une fille d'Eve.
Les petits bourgeois de province Cf. Le Curé de Tours, Ursule Mirouët.