Fernando Lugo Méndez (né le à San Solano) est un évêque catholique défroqué et homme d'État paraguayen. Il est le président de la république du Paraguay, en fonction entre le et le .

Membre de l'Alliance patriotique pour le changement (coalition de centre-gauche), il est élu président de la République le , avec des voix contre des voix à sa principale rivale, Blanca Ovelar, du Parti Colorado.

Biographie Enfance et formation Cet ancien étudiant en sociologie, devenu un temps maître d'école, naît dans une famille pauvre du département d'Itapúa, à la frontière avec l’Argentine.. Son oncle, Epifanio Méndez Fleitas, est un dissident historique à l'époque du général dictateur Alfredo Stroessner (1954–1989). Il est le plus jeune des six frères d'une famille persécutée sous cette dictature. Son père fut emprisonné, ainsi que trois de ses frères qui ont dû s'exiler pendant plus de vingt ans.

Vie religieuse En 1971, alors que son père le destinait à être avocat, il choisit, à , après une expérience d'enseignement à la campagne, d'entrer au séminaire dans la communauté des Missionnaires du Verbe divin, et intègre l'université catholique de Notre-Dame de l'Assomption à Asuncion où il obtient une licence en théologie. Il est ordonné prêtre le . Missionnaire, il part ensuite pour l'Équateur, dans la province de Bolivar pour y travailler jusqu'en 1982 au contact des couches sociales les plus défavorisées. Ces années lui valent le surnom d'« évêque des pauvres ».

Expulsé du Paraguay par le régime d'Alfredo Stroessner parce que ses sermons sont jugés subversifs, il connaît quatre années d'exil à Rome, où il complète ses études de théologie à l'université pontificale grégorienne, et obtient en 1983 une licence en sociologie, avec une spécialisation en doctrine sociale de l'Église. Rentré au pays, il est consacré le évêque de San Pedro (centre), la région la plus pauvre du pays..

En , il remet sa démission avant de renoncer en à sa charge d'évêque canoniquement incompatible avec son engagement politiqueVoir code de droit canonique, canon 283, § 3: « Il est interdit aux clercs de remplir les charges publiques qui comportent une participation à l'exercice du pouvoir civil » ; et Can. 287 - § 2: « [Les clercs] ne prendront pas une part active dans les partis politiques ni dans la direction des associations syndicales, […]». Malgré cela, le pape le déclare suspens a divinis en Paraguay: Un évêque candidat à la présidentielle « suspens a divinis », 4 février 2007, Zenit.org., refusant sa renonciation à la charge d'évêque, qui est acceptée à vie, mais suspendant celle-ciJulio Algañaraz, Paraguay: el Vaticano suspendió al obispo que busca ser presidente, El Clarín, 2 février 2007.. Cette sanction, très rarement appliquée dans le cas de prêtres s'engageant politiquement, avait été appliquée à Jean-Bertrand Aristide en Haïti.

Cependant, le , à la suite de son élection, le Vatican lui « concède la perte de l'état clérical, avec toutes les obligations qui y sont attachées » et sa « réduction à l'état laïc »« Ancien évêque, le président du Paraguay a reçu une dispense pontificale », agence AFP cité par La Croix, 30 juillet 2008.. Cette décision le libère des droits et obligations associées à l'état cléricalLe nonce apostolique au Paraguay déclare « Sa demande a été reconsidérée car son état clérical n'est pas compatible avec la présidence de la République » .. Il conserve cependant sa qualité d'évêque consacré. et son éventuelle réintégration dans l'état sacerdotal demeure possible à l'issue de son mandat de cinq ans.

Vie politique Il s'affirme au grand jour sur la scène politique en , lorsqu'il prend la tête d'une manifestation à Asuncion pour protester contre Nicanor Duarte, président de la république en exercice, qui tente alors de briguer un second mandat malgré l'interdiction inscrite dans la Constitution du pays. Il est avant tout connu pour son engagement auprès des paysans sans terre et sa proximité avec la théologie de la libération.

L'establishment tente de le faire passer pour un dangereux communiste en le comparant au président bolivien Evo Morales ou au vénézuélien Hugo ChávezGustavo González, Urgente solidaridad con Paraguay, La República, 22 décembre 2009.. Il appartient plutôt à une gauche sociale-démocrate, bien que lui-même se soit déclaré centriste.. Ne disposant d'aucun parti, il est d'abord soutenu par les multiples mouvements sociaux (organisations paysannes, féministes, indigènes ou syndicales, mouvements des paysans sans terre ou des sans-toit). Il parvient ensuite à former une coalition, l'Alliance patriotique pour le changement, comprenant neuf partis, dont sept petits, mais aussi le Parti libéral (un parti de centre-droit historiquement opposé au parti au pouvoir) ainsi que le Parti démocrate-chrétien. Cette alliance est critiquée par une partie de ses partisans, car s'il dispose ainsi des réseaux du Parti libéral pour gagner la présidentielle (comme le principal quotidien du pays, ABC Color), il risque aussi de se retrouver « otage » de ce parti.

Il aurait reçu des menaces de mort au cours de la campagne électorale. En , le Parti démocrate chrétien accepte son affiliation, le candidat à la présidentielle devant nécessairement être affilié à un parti en particulierDemocristianos legitimaron la candidatura de Fernando Lugo, ABC, 10 décembre 2007.. Cela suscite la colère de l'ancien membre et président du Parti démocrate-chrétien, Luis Manuel Andrada Nogués, qui considère cette désignation comme ne devant pas avoir lieuEx líder demócrata cristiano condena apoyo de su ex partido a obispo rebelde paraguayo, ACI Prensa, 25 septembre 2007..

Élection présidentielle de 2008 Fernando Lugo se présente à l'élection présidentielle (un seul tour) en ticket avec Federico Franco, du Parti Libéral Radical Authentique, ce parti ayant validé en interne un ticket mixte plutôt qu'un ticket exclusivement libéral mené par Federico Franco. Le Parti Libéral à lui seul n'aurait probablement pas pu battre le candidat du Parti Colorado, alors que Lugo attire les voix des électeurs qui veulent un président honnête, dans un pays miné par la corruption et le clientélisme..

Le scrutin ayant lieu dans le calme, il est élu président de la République le « Fernando Lugo détrône le parti Colorado au Paraguay », L'Express, 21 avril 2008. et prend ses fonctions le suivant. Il nomme la première ministre autochtone du Paraguay aux Affaires indigènes en , Margarita Mbywangi, une Guayaki et ancienne esclaveParaguay: Former slave gets cabinet position, The Guardian, 19 août 2008.. En 2010, Lugo explique avoir reçu dans la semaine suivant son élection la visite de l’ambassadeur des États-Unis : « Il m’a laissé une enveloppe pour que je l’ouvre, après le repas. C’était la liste des personnes qui devaient entrer dans mon gouvernement. Trois noms par ministère ! »..

Il renonce au salaire présidentiel, déclarant que cet argent devait revenir à des personnes plus modestes, et encourage les autres personnalités politiques à refuser également leur salaire.

Il prend la présidence d'un pays extrêmement inégalitaire : les 10 % des Paraguayens les plus riches accaparent 60 % de la richesse nationale et leur fortune collective a augmenté de 20 % en dix ans, pendant que celle des 10 % les plus pauvres est estimée à 1 % de la richesse du pays. La pauvreté touche plus de 40 % de la population, le chômage réel avoisine les 40 %, et seuls 30 % des salariés perçoivent un salaire minimum lui-même trop faible pour couvrir les besoins de base. Dans les campagnes, près de 80 % des terres sont possédées par moins de des propriétaires. Plus d'un million de personnes ont émigré depuis 1992.

Présidence Le nationalisme économique, la lutte contre la corruption et la réforme agraire constituent ses axes prioritaires. Toutefois, il perd dès le printemps 2009 le soutien du Parti libéral (PLRA) et de la majorité du Parlement, et ne peut mener cette dernière réforme à termeMartín Suaya, « Los rumores de golpe acosan a Lugo », Página/12, 17 décembre 2009.. Le PLRA - traditionnel défenseur des propriétaires terriens - a défendu le « respect de la propriété privée » et les médias ont lancé une violente campagne contre les « invasions de terres » par les paysans.

Un certain nombre d'initiatives ont été introduites pour améliorer la vie des pauvres du Paraguay, telles que des investissements dans les logements sociaux, l'introduction de traitements gratuits dans les hôpitaux publics, et des aides sociales pour les citoyens les plus démunis.

Il refuse l’installation d'une base militaire américaine. Des travaux agrandissement de la piste d'atterrissage de l'aérodrome de Mariscal Estigarribia, près de la frontière bolivienne, avaient été entrepris depuis 2005 par des troupes américaines afin de permettre l'atterrissage de bombardiers ou d'avions de transport de troupes et de matériel militaire.

Durant son mandat, le taux de pauvreté baisse de 9 points, passant de 38 à 27 %. Le PIB connait une hausse de 24,6 à 33,3 milliards.. Le Paraguay est fortement affecté par la crise économique mondiale de 2008/2009, le pays entrant en récession, avec une reprise de 15 % de croissance dès 2010, puis moindre mais positive jusqu'à la destitution.. Son bilan économique est jugé positif, du fait de la stabilité macro-économique et de l'excédent budgétaire de 111 millions de dollars qu'il a laissé à son vice-président Federico Franco..

Instabilité de la présidence vignette|gauche|redresse|Fernando Lugo en 2009.

En , un général de l'armée paraguayenne affirme avoir participé à une réunion au domicile de Lino Oviedo au cours de laquelle est envisagé un coup d'État contre le président de centre-gauche Fernando Lugo. D'autres personnalités militaires et politiques étaient également présentes, dont l'ancien président Nicanor Duarte, le président du Congrès, le président du Tribunal supérieure de justice électorale et le procureur général.

L'USAID amplifie sa présence au Paraguay après l'élection de Lugo. Ses aides financières, dirigées vers des ONG et organisations patronales, passent de en 2007 à en 2010.. En , Lugo affirme avoir fait l'objet de plusieurs tentatives de coup d'État et être menacé par un coup d'État similaire au scénario hondurien de juillet 2009. Les médias nationaux déclenchent une offensive afin de le faire destituer sous des prétextes divers, l'accusant par exemple de corruption. Son vice-président lui-même, Federico Franco (libéral), se dit prêt à assumer le pouvoir, tandis que le sénateur libéral, , affirme qu'il faudrait le destituer dans les quatre mois, l'accusant de ne pas réussir à maintenir l'ordre dans le paysSenador Jaeggli pide juicio político para Lugo, ABC Digital, 19 octobre 2009.Paraguay en Honduras, La República, 22 décembre 2009..

Federico Franco tente de faire destituer Lugo en , en l'accusant d'avoir violé la Constitution. En effet, alors que Lugo est au Brésil pour faire traiter un lymphome, il ordonne des changements dans l'état-major des armées ; or cette compétence revient alors à Franco qui assure la présidence par intérim. La menace d'un procès politique contre Lugo a été brandie à de nombreuses reprises avant 2012..