Giovanni Ambrogio de Predis (ou Giovanni Ambrogio Preda) est un peintre italien et enlumineur de la Renaissance né vers 1455 à Milan et mort dans la même ville après 1509.

Bien que possédant son propre atelier, il travaille fréquemment avec ses frères Bernardino, Evangelista et Cristoforo qui sont respectivement créateur de médailles, sculpteur sur bois et miniaturiste. Mais son domaine de création privilégié est le portrait de cour. Là, son style est un compromis entre la peinture traditionnelle lombarde et l'influence de Léonard de Vinci qu'il interprète de façon archaïque.

Ambrogio de Predis est connu pour être portraitiste officiel de la cour de Ludovic Sforza à Milan à partir des années 1480. Sa réputation le précédant, il gagne la clientèle de l'empereur Maximilien pour lequel il réalise des portraits mais aussi des médailles et des tapisseries.

Mais sa renommée lui vient surtout d'être le collaborateur de Léonard de Vinci à partir de 1483. Il reçoit ainsi sa plus grande commande avec la réalisation du retable de l'Immaculée Conception dont il est responsable des deux panneaux latéraux et dont il réalise certainement une grande partie de la seconde version du panneau central, La Vierge aux rochers.

Famille

De la vie et de l'œuvre de Giovanni Ambrogio de Predis, il ne reste que des éléments liés à des documents officiels (contrats, commandes, jugements) et souvent indirects, notamment liés à son associé plus connu Léonard de Vinci ; mais aucun concernant sa vie intime (caractère, goûts, amitiés).

Giovanni Ambrogio de Predis naît vers 1455 à Milan. Il est le fils de Leonardo de Predis (ou Preda) et de sa dernière épouse, Caterina Corio. Il est le benjamin d'une fratrie de six frères issus des trois mariages de leur père. : Aloisio, Evangelista et Cristoforo nés de Margherita Giussani ; Giovan Francesco, né de Margherita de Millio ; puis Bernardino et Giovanni Ambrogio nés de Caterina Corio. Deux d'entre eux sont frappés d'infirmité : Cristoforo est sourd et muet, et Bernardino, boiteux. Il semble que la famille ait connu une certaine aisance financière qui se serait, la famille s'agrandissant, progressivement réduite.

Les débuts

thumb|upright=0.6|alt=Enluminure représentant un homme en embrassant un autre devant une cohorte de soldats armés de lance|Ambrogio de Predis (attribuée à), Le Baiser de Judas, enluminure du livre d'Heures Torriani, vers 1490-1495, Chantilly, Musée Condé.

Formation artistique

Les de Predis constituent une famille d'artistes qui possède un atelier : Bernardino est créateur de médailles, Evangelista est sculpteur sur bois et Cristoforo est miniaturiste. Ambrogio semble plus éclectique puisqu'il est graveur de médailles, miniaturiste mais aussi créateur d'habits de cérémonies et scénographe. Mais c'est pour le domaine de la création de portrait qu'il demeure le plus connu. Les productions des frères sont décrites par les historiens de l'art comme médiocres mais ils bénéficient de commandes, étant bien introduits socialement. Ambrogio demeure le plus doué de la fratrie. Sa formation artistique se situe dans la même tradition que des peintres qui lui sont contemporains comme Cristoforo Foppa (1452 - 1526 ou 1527), Bernardino Butinone (1450 - 1507) et Bernardo Zenale (vers 1460 - 1526).

Des débuts comme enlumineur Giovanni de Predis commence sa vie artistique en tant qu'enlumineur en collaboration avec son demi-frère Cristoforo, miniaturiste. Il réalise ainsi entre 1472 et 1474 des miniatures pour un livre d'heures destiné à la famille Borromeo. C'est certainement à ce moment qu'il tisse des liens avec les familles dirigeantes de Milan.

Par la suite, malgré la place plus grande occupée par la création de portraits, Ambrogio continuera le travail d'enluminure. En effet, il reprendra l'atelier de Cristoforo, mort en et réalise entre 1490 et 1495 des enluminures des livres d'heures dits Heures Arconati puis Heures Torriani (musée Condé, Chantilly) pour le compte d'un membre de la famille della Torre de Milan. Dans ce dernier, il reprendra les compositions et modèles de son frère..

Le responsable de la monnaie de Milan

À partir de 1479, il travaille comme graveur avec son frère Bernardino spécialisé dans la conception de monnaies locales à Milan. Et dès 1482, il devient responsable de la monnaie de Milan. Plus tard, son nom apparaît dans une lettre ducale datant du concernant la création de pièces et médailles dans laquelle le duc de Sforza le recommande auprès de l'Empereur en le décrivant comme un « travailleur incomparablement puissant » .. De fait, en 1495, il travaille en collaboration avec Francesco Napoletano, Accino de Leuco et son frère Bernardino à la création de la nouvelle monnaie de l'empereur Maximilien . L'empereur l'engagera de nouveau pour ce travail en 1502 puis en 1506.

La maturité

L'installation à la cour de Milan

Une dizaine d'années après ses débuts artistiques, Ambrogio de Predis se fait une place en tant que portraitiste à la cour du duc de Milan.

Sa réputation s'établissant positivement, Ludovic Sforza en fait son portraitiste attitré à partir de 1482.. Fait significatif, en mars de cette année-là, il est à Ferrare en tant qu'« illustrateur du Signore Ludovico Sforza » et reçoit à ce titre en cadeau un drap de velours de la duchesse Éléonore de Naples. Il fait partie des rares artistes avec Bonifacio Bembo (actif entre 1447 et 1477), Zanetto Bugatto (avant 1458 - 1474) ou Baldassare da Reggio (vers 1443 - après 1504), qui peuvent se prévaloir d'une relative sécurité de travail et de création à la cour de Milan.

Les Sforza, ayant supplanté les Visconti qui étaient à la tête du duché depuis 1277, ont besoin d'eux pour marquer leur présence nouvelle à travers des portraits de profil sur les pièces de monnaie, les médailles et les manuscrits. La tâche des artistes consiste donc à présenter la famille ducale sous un jour favorable aux nobles et à ceux qui seraient amenés à lui rendre visite.. Le portrait devient aussi pour certaines familles le moyen d'exhiber leurs liens avec les Sforza : ainsi dans le Portrait de jeune femme de profil (entre 1495 et 1499, Londres, National Gallery), l'inconnue représentée porte une ceinture dont la boucle porte les lettres « L » et « O » évoquant le nom de « » et encadrant l'esquisse du portrait de ce dernier. De fait, Ambrogio de Predis réalise des portraits .

Ambrogio de Predis gagne peu à peu une position officielle et enviable à la cour : en 1490, de même que Vincenzo Foppa (1429 - 1519), il est distingué par le duc comme , c'est-à-dire membre de la maisonnée. Néanmoins il convient de ne pas surestimer ce terme, qui couvre le domaine fiscal, avec en particulier des exemptions de taxes, plutôt que l'assurance de commandes régulières. De plus, Giovanni Ambrogio gagne certaines libertés comme le fait de pouvoir faire commerce de ses portraits sans avoir à demander la moindre autorisation au duc.

La rencontre avec Léonard de Vinci et la commande du retable de l'Immaculée Conception

En 1483, Ambrogio de Predis héberge Léonard de Vinci à Milan dans son atelier ainsi que dans la demeure qu'il partage avec Evangelista et dont l'adresse est « Paroisse de San Vincenzo in Pratot intus » : le peintre florentin vient de quitter Florence et son maître Andrea del Verrocchio, et il n'a pas encore les relations qui lui permettraient de vivre de son art. Bien introduit à la cour du duc de Milan, Giovanni a pu l'aider à s'y faire connaître.

C'est avec son frère Evangelista (mort en cours de réalisation en 1491) et avec Léonard de Vinci que Giovanni Ambrogio de Predis reçoit sa commande la plus prestigieuse : la peinture de trois panneaux du retable de l'Immaculée Conception créé pour la décoration d'une chapelle de l'église Saint-François-Majeur de Milan. Il lui échoit la responsabilité des deux panneaux latéraux et il travaille particulièrement à lAnge musicien en rouge jouant du luth. Léonard de Vinci crée sur le panneau central ce qui sera nommé plus tard La Vierge aux rochers, aujourd'hui conservée au musée du Louvre. Les deux peintres sont gagnants dans cette collaboration : grâce à son entregent, Ambrogio permet à Léonard de se faire connaître de l'aristocratie locale, et Léonard lui apporte son expérience artistique. Quant au commanditaire, il bénéficie du prestige de l'intervention d'artistes bien en vue dans la cour de Milan pour le premier et de renommée inter-étatique pour le second.

Le portraitiste à la cour de l'Empereur Maximilien

Avec les années, la renommée de Giovanni se déploie au-delà des frontières du duché de Milan.

En , il se rend à Rome où il devient membre de la confrérie du Saint-Esprit et de Sainte Marie à Sassia, devant laquelle il se déclare sous le titre de « peintre et citoyen de Milan » .. Deux ans plus tard, en 1493, il quitte Milan pour l'Allemagne en compagnie de Blanche-Marie Sforza (). De là il se rend à Innsbruck avec le peintre Francesco Napoletano, toujours à l'invitation de Blanche-Marie Sforza, lors de son mariage avec l'empereur Maximilien. Il travaille à la fois pour la cour de Milan et pour la cour impériale. À l'occasion de ce séjour, il montre son habileté à se placer puisqu'il obtient de la cour impériale une commande de création de monnaie. De fait, de Predis montre un grand sens des affaires, non seulement grâce à son entregent au sein de la famille ducale et plus tard de la maison impériale, mais aussi grâce à son riche réseau de connaissances parmi les artistes, les artisans et les entreprises ainsi que parmi les gens de loi et les ambassadeurs.

Un évènement important survient à ce moment : un envoyé de l'empereur Maximilien lui demande un portrait qui permettrait à ce dernier de se faire une idée de la beauté de sa femme, Blanche-Marie Sforza, qu'il n'a encore jamais vue : en effet les époux ne se rencontreront qu'en 1494, sept mois après leur mariage par procuration. De Predis fournit un dessin au fusain. Ce n'est qu'au retour de son envoyé que l'empereur peut récupérer un portrait peint, ce qui a permis à Ludovic Sforza de le faire attendre au sujet de la dot offerte à la mariée. Cette peinture est unanimement jugée très ressemblante et fait la renommée du peintre. Par ailleurs, sur instruction de Ludovic Sforza, celui-ci s'emploie à suggérer la richesse de la famille grâce au luxe des vêtements et accessoires portés par la jeune femme : ainsi la coiffe, peinte avec soin, est à elle seule estimée à .

Lors de ce séjour, entre 1493 et 1494, de Predis assied sa réputation et réalise nombre de portraits miniatures. On lui en attribue plusieurs de la famille et de l'entourage du duc de Milan : il réalise ainsi en le portrait de la duchesse Catherine ainsi que le portrait d'une de ses demoiselles de compagnie. Néanmoins, l'attribution certaine d'œuvres à Ambrogio de Predis est difficile car la seule qu'il ait signée et datée est un portrait de l'empereur Maximilien datant de 1502 (musée d'Histoire de l'art de Vienne) .. Ce tableau constitue par conséquent un moyen privilégié pour lui en attribuer d'autres. Les historiens de l'art s'appuient sur cette œuvre pour en dégager son style : netteté du tracé des profils, une volonté de montrer la vérité des traits de ses modèles sans en cacher les éventuels défauts, un accent mis sur le calme et l'impassibilité de ses derniers.