At-tawassoul () est une pratique religieuse dans l'islam qui renvoie à la notion dintercession. La pratique du tawassoul est étroitement liée aux concepts du tabâruk qui eux suivent le courant chiite, la recherche de bénédiction auprès de quelqu'un ou de quelque chose, et de l'istighâtha, c'est-à-dire demander l'aide de quelqu'un.
Étymologie Le terme Tawassoul ; vient de la racine arabe wâw - sîn - lâm qui exprime l'idée de moyen, ressource, remèdeDaniel Reigh, Dictionnaire arabe-français / français-arabe, Paris, Larousse, 1998, entrée . La forme utilisée est un masdar, comportant une forme augmentée de type V — qui exprime un sens réfléchi et passifMichel Neyreneuf et Ghalib Al-Hakkak, Grammaire active de l'arabe, Paris, Le Livre de poche, coll. « Les langues modernes », p. 37., en l'occurrence celui d'implorer, invoquer, prier, se recommander auprès de quelqu'un.
Litige théologique
La pratique du Tawassoul est largement acceptée, voire nécessaire dans le soufisme, le chiisme, l'acharisme, le malékisme et le hanafisme. L'école salafiste a cependant tenté d'en fixer les limites, considérant que dans la plupart des cas, le Tawassoul est pratiqué de telle manière qu'on peut l'assimiler à un cas de polythéisme majeur (shirk akbar). Cependant, les juristes de cette école n'ont pas interdit catégoriquement de pratiquer le tawassoul.
Cette divergence entre écoles théologiques est ancienne, et c'est vers le de l'hégire que l'on trouve les premières mises en garde contre certaines formes du Tawassoul, en particulier avec Ibn Taymiyya. Les principaux partisans du Tawassoul se fondent, eux, sur le fait que cette pratique fut admise par consensus des quatre écoles juridiques et qu'il est donc difficile de passer outre. De plus, on trouve de nombreux hadiths sur lesquels s'appuieront des juristes, qui font état de différentes formes de Tawassoul, mais l'authenticité même de ces récits est remise en question.
Règles juridiques concernant le Tawassoul.
En règle générale, dans la plupart des écoles théologiques, on ne fait pas de distinction entre le fait de pratiquer le Tawassoul via une personne vivante ou morte.
De nombreux érudits musulmans renommés dans le monde sunnite ont autorisé et même recommandé la pratique du Tawassoul tout d'abord via le prophète Mahomet, puis via d'autres, du moment que ceux-ci sont considérés comme pieux, par exemple des prophètes, des saints ou encore des imams. Cependant, ici encore, la notion de saint n'est pas la même pour tout le monde. Ainsi, dans le salafisme, pour que le Tawassoul se fasse par l'intermédiaire d'une personne, il faut deux conditions fondamentales, à savoir que la personne soit vivante et présente. Prenons l'exemple d'un fidèle qui veut prendre comme intermédiaire un imam vivant et qui lui demande donc d'invoquer Allah dans tel ou tel but. D'après tous les juristes de différentes écoles juridiques, il n'y a pas de mal en cela. Cette manière de pratiquer le Tawassoul est acceptée unanimement, et ils trouvent la preuve de la licéité de cette manière de faire dans un hadith où des Sahaba demandent à Al-'Abbas d'invoquer Allah afin qu'il pleuve.
Les avis des quatre principales écoles juridiques sunnites
Le Tawassoul était pratiqué par les compagnons de Mahomet et ceci est rapporté dans les recueils de hadiths de Bukhari, Muslim et bien d'autres. L'interprétation de cette pratique se fonde en priorité sur la lecture de ces récits traditionnels (authentiques et faibles), ainsi que sur l'avis juridique des savants des premières générations de l'ère musulmane, notamment les quatre Madhhab (écoles juridiques) sunnitesLe statut juridique de l'invocation par entremise (tawassul) selon les 4 écoles de droit sunnite (at-tawhid.net).
Position de l'imam Abou Hanifa
« Je n'aime pas qu'Allah soit invoqué par autre qu'AllahAdourr elmoukhtarr D'Abu Hanifa »
L'imam Abu Hanifa a interdit de plâtrer les tombeaux, de les solidifier, et d’y établir des constructions et mausoléesFatawa Qadi Khan, vol. 1, , Hafiz Kutub Khana, Kuweit.
Ibrahim Jili Hanafi dit : « Plâtrer les tombes, les solidifier est Makruh (détestable), et c’est aussi l’avis des trois (autres) Imams, et il est rapporté de Abu Hanifa qu’il considère Makruh (détestable) le fait d’y établir des constructions comme les maisons, mausolées et toutes autres constructions, et le Hadith précédent est la preuve de tout celaJili Kabir, , éd. Lahore, Suhayl Academy, 1987. »
Position de l'imam Malik
L'imam Malik a été questionné au sujet de la visite de la tombe de Mahomet par le calife Abu Ja`far al-Mansur. Ce dernier lui a demandéRapporté par Al-Qadi ‘Iyyad dans Ach-Chifa, tome 2 page 27 avec une chaîne de transmission authentique.Rapporté par As-Soubki dans Ach-Chifa al-Siqam fi Zirayati kKayri al-Anam.Rapporté par Al-Sayid al-Samhouly dans Khoulassatou al-Wafa.Rapporté par Al-Qastalani dans Mouwahibou aladouniya.Rapporté par Ibn Hajar dans Touhfatou Azawar et Jawhar al-Mounadam. Ibn Hajar a dit au sujet des propos de l’imam Malik : « Cette citation de l’imam Malik nous est parvenue par une chaîne de transmission authentique. »Al-Zarkani dit dans Sharh al-Mouwahib : « Ibn Fahd le rapporta par une chaîne de transmission authentique, ainsi qu'Al-Qadi ‘Iyyad dans Ach-Chifa dont chaque rapporteur est fiable et de confiance, il n’y a dans cette chaîne aucun menteur. » : « Dois-je me tourner face à la Qibla en tournant le dos à la tombe du Messager de Dieu lorsque je fais mes dou`a ? ». L'imam Malik lui a répondu: «Comment peux-tu détourner ton regard de Lui alors qu'Il est ton Wassila et celui de ton père Adam pour obtenir le pardon de Dieu le Jour de la résurrection ? Non, tu dois lui faire face et demander Son intercession (istashfi` bihi) pour que Dieu t'accorde son Pardon comme Il le mentionne dans le verset:»
Position de l'imam Shafi'i
Al-Khatîb al-Baghdâdî, dans ouvrage Târîkh Baghdâd, cite les paroles de l'imam Ash-Shafi`i :
Position de l'imam Ahmad Ibn Hanbal
L'imam Ahmad Ibn Hanbal a recommandé aux musulmans dans les livres de fiqh de faire le tawassoul (demander l'intercession) par le prophète de l'islam Mahomet, dans chaque du`a (invocation) avec cette formulation :
Ala' al-Din al-Mardawi dit dans son ouvrage "al-Insaf fi ma`rifat al-rajih min al-khilaf `ala madhhab al-Imam al-mubajjal Ahmad ibn Hanbal" (3:456) : « La position correcte du madhhab hanbali est qu'il est permis dans une du`a d'invoquer Allah par l'intermédiaire d'une personne pieuse, cela est même fortement conseillé (mustahabb). »
L'imam Ahmad a dit à Abu Bakr al-Marwazi : « Laisse utiliser le Prophète comme wassila dans ces ad`iya (invocations). »
Positions des autres juristes
Ibn Kathir
Dans un tafsir, le savant shafi'ite ibn Kathir cite un hadith parlant du tawassoul pour commenter un verset du Coran sur l'intercession, mais il s’avère après authentification que ce hadith se révèle munkar (Le terme munkar désigne le hadith rapporté par quelqu'un de faible et qui contredit ce qui est encore plus faible que lui, il est rejeté et ignoréMahboub Moussaoui, Initiation aux sciences du hadiths le hadith est le suivant :
2Voici comment ibn Kathir commente ce verset :
Al Utby raconte :
J'étais assis auprès de la tombe du Prophète, quand un bédouin vint et dit : Paix sur toi, ô envoyé de Dieu ! J'ai entendu dire : « Si, donc, ces gens-là qui se sont fait du tort à eux-mêmes s’étaient adressés à toi pour implorer le pardon de Dieu, en sollicitant ton intercession, ils auraient sûrement trouvé auprès du Seigneur clémence et miséricorde. » Alors je viens à toi pur que mon péché soit pardonné et pour que tu fasses intercession en ma faveur auprès de mon Maître.
Après quoi, le bédouin se retira. Je m'endormis ensuite et je vis le Prophète dans mon sommeil qui me disait : Ô `Utby, rejoins le bédouin et annonce-lui la bonne nouvelle que Dieu vient de lui pardonnerHadith est cité dans le tafsir d'Ibn Kathir en un seul tome, aux Éditions Dar al-Kotob Al-Ilmiyah, page 284. Pour les autres éditions, voir Coran 4:64..
Cheikh Al Albani a dit : C'est un hadith munkar (ignoré contesté) clair ! C'est suffisant qu'il y a A'arabi qui est inconnu, de plus son opposition au Coran et à la Sunna est suffisant […]Al mazid min al ma'rifatou ou al 'Ilm
Taqi al-Din al-Soubki
La supplication qui suit est celle d'al-Hafidh Taqi al-Din al-Soubki, extraite à partir de ses FatawaVol. 1 ., au début de la fatwa intitulée Tanazzoul al-sakina ala qanadil al-Madina (La descente de tranquillité et de la paix sur les nuits illuminées de Médine).
Selon les interprétations, on peut y voir un tawassoul par Mahomet lorsqu'il dit : « […] il est mon moyen d'approche à Allah […] » ou bien on peut simplement y voir une invocation mentionnant le prophète Mahomet comme exemple à suivre et donc de ce fait, un moyen de se rapprocher d'Allah.
Al-Bahyaqi
Al-Bayhaqi rapporte également l'histoire d'Al Utby dans son ouvrage Shou`ab al-Iman, tome 3, page 495.
Al-Qurtubi
L'Imam Qurtubi cite aussi ce hadith, l'histoire d'Al Utby, en exégèse pour le même verset dans son tafsir de la sourate 4, verset 64.
Ibn Qudama Al-Maqdissi
Dans son œuvre encyclopédique, al-MughniIbn Qudama, al-Mughni, 3/588., dans la section concernant la visite de la tombe de Mahomet, Ibn Qudama rapporte également l'histoire d'al-`Utby et commente juste après en disant : « Il est recommandé (moustahab) pour celui qui entre dans la mosquée d’entrer par le pied droit, et de se rendre jusqu'à la tombe du prophète en disant : « en vérité, je suis venu à toi chercher le pardon pour mes péchés et ton intercession à travers toi auprès de mon Seigneur. »
An-Nawawi
An-Nawawi cite dans son ouvrage Al-Majmû`Sharh Al-Muhadhdhab dans le chapitre Des caractéristiques du Hajj et de la `Oumra à propos des règles de bienséance de la visite de la tombe de Mahomet où il dit : « Parmi les meilleures choses qu'il puisse dire, il y a ce que rapportent Al-Mâwardî, Al-Qâdî, Abû At-Tayyeb et l'ensemble de nos compagnons d'après Al-`Utbî, récits qu'ils trouvent appréciables (mustahsinîna lahâ)Al-Majmû`Sharh Al-Muhadhdhab de l'Imâm An-Nawawî, volume 7 324. Éditions Dâr Al-Fikr 1996.. ».
Ceci dans son livre al-AdkarAn-Nawawi, al-Adkar, le livre des invocations du pèlerinage, chapitre La visite de la tombe du Messager d’Allah, page 204/205 édition Dar el Fikr-Beyrouth. :
Ibn Taymiyya
Le tawassoul fut contesté par Ibn Taymiyya soit plus de après l'hégire. Avant lui, il semble que cela faisait consensus dans l'islam. Son interdiction est due à une interprétation différente de certains versets du Coran et de l'affaiblissement de certains hadiths. « Ceux qui ont pris en dehors de Lui des alliés (disent) : "nous ne les adorons que pour qu'ils nous rapprochent davantage d'Allah"Sourate 39, v. 12. » « Et ils prennent en dehors d'Allah ce qui ne peut ni les nuire ni leur profiter et disent : "ceux-ci sont nos intercesseurs auprès d'Allah"S. Yunus, v. 18 »
Mohammad Anwar Shah Kashmiri
Dans Faydul Bari "Kitab Jihad" v. 3 , écrit dans le chapitre "Celui qui recherche l'aide avec les faibles et pieux" : « Sache que le Tawassoul pour les Salafs n'est pas comme il est pratiqué entre nous, car lorsqu'ils voulaient faire le Tawassoul avec quelqu'un, ils allaient auprès de lui afin qu'il invoque en leur faveur, et ils recherchaient l'aide d'Allah, invoquant Allah et espérant Sa réponseKashmiri, Faydul Bari, "Kitab Jihad", v.3 …
Mohammed ibn `Abd al-Wahhâb
À noter qu'il met ici ensemble le tawassul et l'invocation lors des épreuves, quant au tawwasul uniquement il dit:
Chez les salafs quand le terme Makruh est cité après un hadith contenant le terme Qatala, cela montre que c'est le makruh d’interdiction que désigne Al-Chafi'i. La preuve de ceci est que ‘Iraqi, Ibn Hajar et d'autres l'ont aussi compris comme cela, et les savants des premiers siècles utilisaient parfois le terme makruh pour designer le haram, alors qu'habituellement, il signifie "détestable".
Salih Al-Fawzan