Erich Maria Remarque, né Erich Paul RemarkUn mythe, en partie propagé par les nazis, prétend qu'il s'appelait « Erich Maria Kramer » et que « Remarque » ne serait que la forme francisée de ce nom inversé ; cf. Brian Murdoch, The Novels of Erich Maria Remarque: Sparks of Life, Boydell & Brewer, 2006, . Ce mythe est par exemple repris dans la notice introductive à la traduction française de À l'Ouest, rien de nouveau, parue dans la collection « Livre de Poche » . le à Osnabrück (Province de Hanovre) et mort le à Locarno (Suisse), est un écrivain germano-américain.
Un de ses livres, À l'Ouest, rien de nouveau (), un roman pacifiste sur la Première Guerre mondiale, connut, dès sa parution en 1929, un succès mondial retentissant et reste un ouvrage phare sur le premier conflit mondial. Très rapidement porté à l'écran et oscarisé, il provoque la haine des ultranationalistes allemands et des nazis. Remarque se réfugie en Suisse dès l'arrivée des nazis au pouvoir. À l'instar de Catherine soldat (Die Katrin wird Soldat) d'Adrienne Thomas, ce livre fut brûlé lors des autodafés de 1933 en Allemagne. Déchu de sa nationalité allemande par le régime nazi en , exilé en Suisse puis aux États-Unis, obtient la nationalité américaine en 1947.
Biographie Jeunesse Erich Paul Remark est le fils de Peter Franz Remark (1867-1954) , un relieur, et d'Anna Maria, son épouse, née Stallknecht (1871-1917). Il a un frère et deux sœurs : Erna et Elfriede. À la suite des années 1904-1912 passées à l’école publique obligatoire, la , il fréquente le séminaire catholique de formation des maîtres. Après avoir passé ses examens dans l'urgence, il est incorporé dans l'armée en 1916 et envoyé sur le front de l'Ouest en , où il est blessé dès la fin par des éclats de grenade, au cou et aux membres. Bien que dans son célèbre roman À l'Ouest, rien de nouveau le héros Paul Bäumer soit un engagé volontaire, Remark est mobilisé et non pas volontaire. Le de cette même année, sa mère meurt d'un cancer (épreuve qu'il retranscrira dans le roman).
vignette|upright=1.0| (au centre) pendant le premier conflit mondial.
À la fin de la guerre, en 1918, il se retrouve à l'hôpital militaire de Duisbourg. Le , il est démobilisé et renonce officiellement à toute médaille ou décoration. Le , son père se remarie avec Maria Anna Henrika Bahlmann. E.P. Remark passe son habilitation à l'enseignement et, le , commence une carrière d'instituteur qui le mène à Lohne (près de Lingen), puis à Klein Berßen (Emsland) dès , et enfin à Nahne (qui depuis 1972 fait partie d'Osnabrück) en . Cette carrière s'achève le de la même année. Son premier roman, La Baraque de rêve (), est un échec. Il s'essaie alors à divers emplois à Osnabrück : comptable, vendeur de pierres tombales, professeur de piano, organiste, libraire..
Il se fait appeler Erich Maria Remarque dès 1924, le changement de prénom, pour « Maria », datant de . Ce changement de prénom est un hommage à sa mère, bien que sa belle-mère prenne cet hommage pour elle. Il aurait cependant avoué à d'anciens amis de collège que c'était un hommage à Rainer Maria Rilke.
Journalisme vignette|redresse=0.6|Une couverture de l’Echo-Continental . Il devient journaliste à la , l’Echo-Continental (journal de l'entreprise du même nom), Hanovre (1922) et Sport im Bild, Berlin (1924). Il utilise son nom de plume complet, Erich Maria Remarque, dès 1925. À Hanovre, il publie divers papiers sous cette signature dans des journaux et hebdomadaires. Le , il épouse la danseuse Ilse Jutta, Jeanne Zambona, née le à Hildesheim (elle mourra le ). Il s'habille alors avec élégance, porte monocle et rêve de s'intégrer dans la société bourgeoise. En 1926, il achète le titre de baron de Buchenwald pour cinq cents reichsmarks à un noble ruiné, Hugo von Buchenwald, qui l'adopte dans le but de lui transmettre le titre.
À l'Ouest, rien de nouveau Le , il quitte l'Église catholique et se sépare de sa femme Ilse Jutta Zambona. Vers la fin de l'année, il commence l'écriture de son roman À l'Ouest, rien de nouveau (en allemand ). En , l'éditeur refuse de publier le roman, mais en Ullstein l'accepte et signe un contrat avec qui est alors responsable du contenu éditorial de Sport im Bild, qu'il quitte le . Le , s'installe à Davos, où il séjourne jusqu'en ; c'est alors que la presse nationaliste allemande prétend qu'il est juif et que son vrai nom est Kramer (anagramme de Remark). Cette même année, il entreprend l'écriture d’Après (Der Weg zurück).
gauche|vignette|redresse=0.7|E.M. Remarque à Davos . L’année 1930 commence par son divorce d'avec Ilse Jutta Zambona, puis en L'Ennemi (Der Feind) est publié. Le , c'est la première aux États-Unis de l'adaptation cinématographique d’À l'Ouest, rien de nouveau par Lewis Milestone. Le film sort le en Allemagne, des émeutes dans les cinémas sont organisées par Joseph Goebbels et les sympathisants du parti nazi. Le , le film est interdit en Allemagne par la , le comité de censure cinématographique de l'époque. Lewis Milestone est récompensé par deux oscars (celui du meilleur réalisateur et du meilleur film) la même année.
En 1931, le professeur Sigismond Cybichowski suggère son nom et celui de Nicholas Butler pour le prix Nobel de la paix.. Cette année-là, Remarque organise une pétition contre l'interdiction du film À l'Ouest, rien de nouveau et achète la villa à Porto Ronco en Suisse, sur les bords du lac Majeur.
Exil En 1933, après quelques démêlés judiciaires orchestrés par les nazis en 1932, quitte l'Allemagne. Il offre l'asile dans sa maison de Porto Ronco, en Suisse à ceux qui fuient l'Allemagne nazie, comme Hans Sochaczewer. En , on retrouve dans sa propriété le cadavre du journaliste juif Felix Manuel Mendelssohn. On soupçonne les nazis de cet assassinat. À Berlin, les livres de Remarque sont brûlés sur la place publique comme ceux d'Adrienne Thomas et de Heinrich Heine. Il commence à écrire Trois Camarades en 1934 ; l'année suivante un envoyé de Hermann Göring lui rend visite à Porto Ronco pour le convaincre de rentrer en Allemagne, ce qu'il refuse.
La première de de James Whale, d'après son roman , a lieu le . Il reçoit un passeport de la république de Panama pour lui-même et Ilse Jutta Zambona. En , il rencontre Marlene Dietrich à Venise et se lie d'amitié avec Josef von Sternberg. Il passe ensuite quelques mois à Paris et part pour Vienne en .
vignette|upright=0.75| à son arrivée à New York, débarquant du Queen Mary le .
En 1938, il épouse une seconde fois Ilse Jutta Zambona et entreprend l'écriture de Liebe Deinen Nächsten. La première de Trois Camarades, adaptation de son roman , a lieu le . En , il est déchu de sa nationalité allemande, Ilse l’est en . À Porto Ronco, il entreprend l'écriture d’Arc de Triomphe en . En , il se rend aux États-Unis et, pendant deux mois, visite New York, Chicago et Los Angeles. rentre en Europe en et passe l'été à Antibes avec Marlene Dietrich et son clan.
Il abandonne rapidement les contacts avec sa famille désargentée en Allemagne et ne répond pas aux demandes d'aide financière, même de sa sœur Elfriede Remark, très malade. Plus tard, confronté à la mort tragique de celle-ci, il en éprouvera du remords.
Émigrant aux États-Unis À la fin d', il repart pour les États-Unis, à bord du Queen Mary puis se rend à Los Angeles, auprès de Marlene Dietrich, il se lie d'amitié avec Elisabeth Bergner, Paul Czinner, Orson Welles, Igor Stravinsky, Arthur Rubinstein et Bertolt Brecht. En 1940, il fait la connaissance des actrices Paulette Goddard et Greta Garbo, mais se brouille avec Marlene Dietrich. Dès lors, travaille intensément pour le cinéma. Il rencontre également des représentants du gouvernement américain pour discuter d'un possible ouvrage contre le fascisme. En 1944, l'Office of Strategic Services (OSS) tente de le convaincre de s'engager dans la propagande en Europe, alors que les Alliés convergent vers l'Allemagne.
Erich Maria Remarque mène une vie tapageuse à Hollywood. Il n'apprend qu'en 1946 le sort de sa sœur Elfriede Scholz, condamnée à mort en Allemagne pour « atteinte au moral de l'armée », décapitée à la prison de Plötzensee le Rapporté par Michel Tournier en préface de la traduction française parue chez Gallimard (2000) de Un temps pour vivre, un temps pour mourir.. La sévérité de la peine prononcée contre elle peut être attribuée à la haine que le régime nazi porte à l'écrivain qui a fui le pays, échappant aux poursuites. D'après un témoin contemporain, le juge Roland Freiser aurait déclaré lors du procès : Il écrit dans son journal le : Le , se faisant des reproches tardifs, il écrit Il publie en 1952 un roman sur la terreur nazie, L'Etincelle de vie (de), dédié à sa sœur.
Après guerre, les films réalisés d’après les œuvres de Remarque se succèdent. Il revient en Europe en 1948, se rend à Paris, Porto Ronco et Rome avant de rentrer aux États-Unis. Le , il divorce une seconde fois d'Ilse Jutta Zambona, puis se remarie, le , avec l’actrice Paulette Goddard à Branford (Connecticut).
En 1958, E.M. Remarque apparaît dans un des films dont le scénario est inspiré par l’un de ses romans (Le Temps d'aimer et le Temps de mourir) : il y joue le rôle du professeur Pohlmann qui, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, propose au héros de fuir l’Allemagne plutôt que de retourner sur le front de l'Est où une mort probable l’attend ; il s’agit de la seule apparition de l’écrivain au cinéma.
Retour en Europe Dès le début des années 1960, il rentre en Europe et ne retourne aux États-Unis qu'épisodiquement. Il voyage beaucoup, écrit et est fréquemment interviewé par des journalistes. Il meurt le à Locarno, et repose dans le cimetière de Ronco sopra Ascona (Porto Ronco). L’année suivante, sa veuve Paulette Goddard édite son dernier roman, ; elle lui survit vingt ans et meurt dans leur villa. Remarque laisse six versions d'un gros roman auquel il travaillait à la fin de sa vie, resté inachevé. Conservées à la Bibliothèque Fales de l’université de New York, à l’initiative de la veuve de l’écrivain l’une d’elles fut éditée dès 1971 en Allemagne puis aux États-Unis. En 1998, les ayants droit autorisent la publication d’une nouvelle édition avec le titre de travail Cette terre promise qui a pour sujet une chronique de l’émigration à New York en 1944.
La villa Casa Monte Tabor Erich Maria Remarque meurt dans sa somptueuse villa des bords du lac Majeurhttps://www.remarque-villa.com/contents/image/Casa_Monte_Tabor_Brochure_LR.pdf. En 1990, à la mort de Paulette Goddard, la villa revient en héritage à l’université de New York. Celle-ci refusant de verser les importants droits de succession, la villa est mise aux enchères et, cinq ans plus tard, Helen et Gerald Palmer l'acquièrent.
Dans le but de la transformer en musée et en résidence d'artistes axée sur la créativité, la liberté et la paix (selon les dernières volontés de Paulette Goddard).., une tentative de levée d'une somme de de francs suisses (soit environ de dollars) est lancée pour racheter la propriété et l'aménager. , désormais estimée à plus de de francs suisses, la villa n'était toujours pas vendue.. Mais en 2021, la propriété a été acquise par un couple allemand qui souhaite préserver la Casa Monte Tabor comme lieu de promotion de la paix et de préservation de l'héritage d'Erich Maria Remarque. Elle continuera d'accueillir des événements sur des thèmes liés à la paix. La villa a été entièrement rénovée en 2023.
Œuvres vignette|redresse=0.8|Première édition (1929) d’À l'Ouest, rien de nouveau en allemand. Toutes les œuvres d’Erich Maria Remarque sont profondément marquées par sa vie, et peuvent être considérées comme des autobiographies romancées. 1920 : La Baraque de rêve (titre original : ). 1929 : À l'Ouest, rien de nouveau (titre original : ). 1931 : Après (titre original : ). 1937 : Trois Camarades (titre original : , aussi connu en français sous le titre Les Camarades). 1939 : Les Exilés (titre original : ).