Les Inventions et sinfonies , BWV 772-801, connues également sous le nom dInventions à deux et trois voix, est le nom d'un cycle de 30 pièces courtes à caractère de préludes composées par Jean-Sébastien Bach durant les dernières années de son séjour à Köthen.
À vocation pédagogique, ces pièces furent composées à l'intention de son fils aîné, Wilhelm Friedemann, qui aurait collaboré lui-même à ce travail de composition. On les trouve (dans un ordre différent et parmi d'autres pièces) dans le Klavierbüchlein für Wilhelm Friedemann Bach commencé en 1720.
Le recueil comprend 15 inventions à deux voix, zweistimmige Inventionen, (inventions ou fugues à deux voix) et 15 dreistimmige Inventionen, sinfonias à trois voix (sinfonias ou fugues à trois voix). Les deux séries suivent exactement le même ordre de tonalités :
do majeur do mineur ré majeur ré mineur mi bémol majeur mi majeur mi mineur fa majeur fa mineur sol majeur sol mineur la majeur la mineur si bémol majeur si mineur
Le titre que Bach donne à ce recueil souligne la vocation pédagogique de ces pièces :
Comme Le Clavier bien tempéré, et la majorité de l'œuvre de Bach, les Inventions et sinfonies ne furent pas publiées de son vivant, mais des copies manuscrites furent néanmoins largement diffusées avant sa première impression en 1801 ; depuis ce recueil a été beaucoup utilisé dans l'enseignement pour le clavier. Les inventions sont écrites sous la forme d'un canon renversable à l'octave ; les sinfonias présentent parfois une écriture en double ou triple-sujet (invention à trois voix n°9 en fa mineur par exemple).
Histoire Lors de ses dernières années à Coethen (1717-1723), Bach s'est consacré à la composition de musique instrumentale profane, et pédagogique notamment. Le recueil Inventions et sinfonies est le fruit de l'activité pédagogique de Jean-Sébastien Bach et nous est parvenu sous la forme de trois versions manuscrites.
En 1720, le compositeur a commencé à travailler sur un cahier de musique [en allemand], destiné à l'éducation musicale de son fils aîné de neuf ans, Wilhelm Friedemann (né en 1710). Outre les « bases » du solfège, des exemples de doigté au clavier et diverses œuvres, Bach a inclus dans le recueil plusieurs de ses propres compositions dans un genre fondamentalement nouveau : 15 pièces à deux voix, intitulées Praeambulum (du latin « préambule », c'est-à-dire prélude), et 15 pièces à trois voix intitulées Fantasien (de l'allemand « fantaisies »). Ces compositions ont servi de base aux Inventions et sinfonies, et le « Petit livre de clavier pour Wilhelm Friedemann Bach » est considéré comme leur première source manuscrite. Sur l'autographe, conservé à la bibliothèque de l'école de musique de l'université de Yale à New Haven (Connecticut, États-Unis), on peut lire « commencé à Köthen le » et les compositions sont intitulées « Preambulum et Fantasie ».
N° Praeambulum / Fantasien Invention / sinfonie 1 do majeur do majeur 2 ré mineur do mineur 3 mi mineur ré majeur 4 fa majeur ré mineur 5 sol majeur mi ♭ majeur 6 la mineur mi majeur 7 si mineur mi mineur 8 si ♭ majeur fa majeur 9 la majeur fa mineur 10 sol mineur sol majeur 11 fa mineur sol mineur 12 mi majeur la majeur 13 mi ♭ majeur la mineur 14 ré majeur si ♭ majeur 15 do mineur si mineur
Bach a poursuivi son travail sur ces compositions. Une nouvelle version élargie du cycle, dans laquelle les pièces à deux et trois voix ont été organisées par pairesIci, chaque Invention est suivie de la Sinfonie correspondante dans la même tonalité. et classées par ordre croissant suivant les degrés de l'échelle chromatique de la gamme (de do majeur à si mineur), se trouve dans un manuscrit datant de la période comprise entre 1720 et 1723. Les compositions de ce document se caractérisaient par une écriture vocale perfectionnée et une ornementation enrichie. Cependant, ce manuscrit n'est pas en soi un autographe, mais, comme l'a démontré en 1933, il s'agissait plutôt d'une copie réalisée par une autre personne à partir d'un autographe de Bach qui n'est pas parvenu jusqu'à nous.
vignette|Variation rythmique de la première invention BWV 772 dans la version de 1720.
La version définitive et faisant autorité de ce cycle figure dans le manuscrit dit « de Köthen » de 1723 (du nom de la ville de Köthen, où Bach vécut de 1717 à 1723). Cette version s'écarte quelque peu de la copie datant de 1720-1723, notamment en ce qui concerne les mélismes écrits par Bach, ce qui peut s'expliquer par des modifications apportées après ses cours avec ses élèves. Cette version est présentée au propre dans un nouvel ordre et sous un nouveau titre, avec de nombreuses ornements supplémentaires et quelques corrections ou modifications rythmiques. Ici, les éléments à deux voix du cycle sont déjà appelés « inventions » (du latin inventio — « invention, création »), et ceux à trois voix — « sinfonies » (parfois transcrites « symphonies » d'après l'allemand Sinfonie). Bach a précédé le manuscrit de Köthen d'une annotation sur le frontispice (dans l'encart à droite), qui révélait la vocation pédagogique du recueil, ainsi que l'intention, finalement non concrétisée, de Bach de le publier à l'intention d'un large public.
Alors qu'il existe plusieurs différences musicales entre les « Préambules et fantaisies » et les « Inventions et sinfonies », les différences entre les deux manuscrits des « Inventions et sinfonies » ne concernent que les ornements.
Les deux manuscrits autographes des « Inventions et sinfonies » sont conservés à la Bibliothèque d'État allemande de Berlin.
L'objectif principal des inventions et sinfonies de Bach est d'enseigner les subtilités de l'interprétation des œuvres polyphoniques au clavecin. D'une part, Bach souligne l'importance de développer une « manière chantante de jouer » — une compétence essentielle pour tirer le son d'un clavecin à cordes pincées, dont le son s'éteint rapidement après avoir appuyé sur une touche — ainsi que la maîtrise de l'harmonie dans la musique polyphonique. D'autre part, les inventions avaient pour but de familiariser les élèves avec les bases de la composition contrapuntique. Ainsi, ce recueil servait de préparation à l'interprétation de formes plus complexes, principalement des fugues.
Contrairement au Clavier bien tempéré, il n’existe aucune pièce dans les tonalités qui n’étaient pas courantes à cette époque.
Il existe également une copie par Heinrich Nikolaus Gerber en 1725, présentant une riche ornementation.
Caractéristiques musicales Bien que les inventions et les sinfonias (ou fantaisies) puissent être considérées comme des genres de musique polyphonique (et, dans le cas des inventions, comme un genre nouveau introduit par Bach précisément dans ce recueil), les pièces comprises dans le cycle étaient, en règle générale, des canons ou des fugues. Néanmoins, le genre imposait certaines différences par rapport aux formes établies. Dans certaines pièces du cycle (notamment les inventions en do majeur, ré majeur et sol mineur, ainsi que les sinfonies en do mineur et si mineur), Jean-Sébastien Bach s'écarte de l'imitation avec réponse à la quinte, typique de ses fugues, au profit d'une imitation avec réponse à l'octave.
Les inventions de Bach sont considérées avant tout comme du matériel pédagogique. C'est précisément à ce titre qu'elles ont immédiatement acquis une grande popularité, comme en témoigne le nombre de copies du manuscrit réalisées de son vivant après 1723. Cependant, les musicologues soulignent leur grande qualité en tant qu'œuvres musicales. Malgré leur vocation didactique, ces pièces recèlent de véritables trésors de musicalité et d'ingéniosité ; elles sont régulièrement intégrées au répertoire d'interprètes chevronnés de Bach (par exemple, Glenn Gould).
Analyse
Inventions à deux voix
Invention n°1, en do majeur, mesure 4/4, BWV 772 Le thème court, d’une demi-mesure., suppose d’emblée une utilisation équilibrée de tous les doigts Christoph Wolff, Johann Sebastian Bach, 2. Auflage 2007. S. Fischer, Frankfurt am Main, , p.249 ; pour les passages en séquences, ses deux moitiés sont utilisées indépendamment l’une de l’autre. Dès la troisième mesure, Bach introduit le renversement et l’utilise désormais au même titre que la forme originaleReprésentation graphique in: Hubert Wißkirchen, Konstruktion und Ausdruck – Bachs Inventio in C, in: Musik und Bildung, Mainz 1986, Heft 10, pp.888–894 (aussi sur le web). Dans un des manuscrits existants, Bach a ensuite développé les tierces du thème en notes de passage en triolets ; la version de l'invention ainsi obtenue représente le stade final de l'autographe. Selon Georg von Dadelsen, elle doit être considérée comme une « version alternative » à la version en doubles croches puresJohann Sebastian Bach: Inventionen und Sinfonien, herausgegeben von Georg von Dadelsen. Bärenreiter Verlag, Kassel. Darin das mit 1971 datierte Vorwort, S. IV..
Invention n° 2, en do mineur, mesure 4/4, BWV 773 Un canon rigoureux, pratiquement ininterrompu sur de longues portions, à un intervalle de deux mesures, avec un contrepoint caractéristique composé de motifs de soupirs . Dans le premier tiers, la voix supérieure mène, puis vient la même phrase avec les voix inversées en sol mineur, avant que la première section ne soit reprise.
Invention n° 3, en ré majeur, mesure 3/8, BWV 774 Forme en trois parties ; la partie centrale, qui comporte de multiples modulations, établit également une variante du thème avec une anacrouse nettement plus longue. Reprise avec un début voilé et des voix inversées, une cadence rompue mène à la coda.
Invention n° 4, en ré mineur, mesure 3/8, BWV 775 Avec sa structure en trois parties, ce mouvement ressemble au précédent. Le matériau thématique est un extrait de gamme en mode mineur harmonique, le saut de tierce entre la sixième et la septième étant voilé par une octave. Le compositeur Helmut Lachenmann a écrit une troisième voix pour cette invention, qui ne suit toutefois pas les hémioles à la fin des phrases et s'en écarte donc sur le plan stylistique.
Invention n° 5, en mi bémol majeur, mesure 4/4, BWV 776 Un thème d'introduction de style bourrée accompagné d'une série de doubles croches plutôt atypique. Le mouvement commence comme une fugue, puis reprend le début du thème sur tous les degrés porteurs, de sorte que le début de la reprise est tout à fait imperceptible.
Invention n° 6, en mi majeur, mesure 3/8, BWV 777 Ce mouvement est le seul des deux recueils à se composer de deux sections répétées, à la manière d’un mouvement de danse stylisé. Il se caractérise par le défilé des deux mains sur des gammes de croches décalées rythmiquement (syncopes) ; en contrepoint, un motif anapéstique avec une mesure d’appel est introduit. La deuxième partie commence avec un échange des mains dans la tonalité dominante. Malgré la mesure à trois temps, le mouvement se passe entièrement d’hémioles aux fins de phrase.
Invention n° 7, en mi mineur, mesure 4/4, BWV 778 Le motif établi au début se développe peu à peu, par l'allongement de l'anacrouse, en longues chaînes de doubles croches expressives et n'est pas ramené à sa forme initiale lors de la reprise de la tonique à la fin, de sorte qu'il n'en résulte pas l'impression d'une véritable reprise.
Invention n°8, en fa majeur, mesure 3/4, BWV 779 Un accord de trois notes divisé en croches et, en contrepoint, une gamme descendante en marche harmonique constituent le matériau thématique. Le mouvement commence par un canon rigoureux qui s'assouplit rapidement ; le premier tiers module vers la dominante ; le même matériau ramène ensuite à la tonique à la fin.
Invention n° 9, en fa mineur, mesure 3/4, BWV 780