Le thiomersal est un composé chimique organomercuriel, de formule C9H9HgNaO2S, composé approximativement de 49 % de mercure (en masse, le restant étant composé d'acide thiosalicylique). Cet éthylmercure synthétisé en 1926 par Morris Selig Kharasch (qui en obtint le brevet en 1928) est un biocide surtout utilisé comme antibactérien et comme fongicide. Les producteurs de vaccins ont notamment utilisé du thiomersal comme agent conservateur dans les vaccins à partir des années 1930. À la fin des années 1990, en raison de préoccupations concernant la possibilité d'effets secondaires graves, les autorités sanitaires américaines et européennes se sont engagées à éviter le recours au thiomersal dans les vaccins.
Les analyses des études épidémiologiques effectuées tant par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2006. et 2008., la Food and Drug AdministrationThimerosal in Vaccines sur www.fda.gov, le site de la FDA (FDA), l'Agence européenne des médicaments (EMEA) en 2007http://www.ema.europa.eu/docs/en_GB/document_library/Scientific_guideline/2009/09/WC500003905.pdf et l'Agence française du médicament (Afssaps) en 2009Le thiomersal sur www.afssaps.fr, le site de l'Afssaps, oct 2009., convergent pour considérer que l’existence du risque neurologique n’est pas établie. Précisant toutefois que ces mêmes études épidémiologiques ne permettent pas d'écarter un tel risque, l'Afssaps conclut que le bénéfice de l’utilisation des vaccins contenant du thiomersal reste très largement supérieur au risque qu'ils pourraient représenterhttp://www.afssaps.fr/Infos-de-securite/Communiques-Points-presse/THIOMERSAL/%28language%29/fre-FR.
Identification Le thiomersal est également parfois nommé thimerosal, Merthiolate, mercurothiolate sodique, sodium éthyl mercurothiosalicylate (sodium ethylmercurithiosalicylate pour les anglophones) et éthylmercurithio 2 benzoate de sodiumOn trouve ainsi (en anglais) : Aeroaid ;Curativ;Ethyl (2-mercaptobenzoato-S) mercury sodium salt;[(o-carboxyphenyl)thio] Ethylmercury sodium salt;o-(Ethylmercurithio)benzoic acid sodium salt;Elcide 75;Elicide;Estivin;Ethylmercurithiosalicyclic acid, sodium salt;Ethylmercurithiosalicylate sodium;Ethylmercurithiosalicylate sodium salt;Mercurothiolate;Mercurate(1-), {ethyl[o-mercaptobenzoato(2-)]-,} sodium;Mercurate(1-), {ethyl[2-mercaptobenzoato(2-)-O,S]-,} sodium;Mercurochrome;Mercural;Mercury, ethyl(hydrogen o-mercaptobenzoato)-, sodium salt;Mercury, ethyl(2-mercaptobenzoato-S)- sodium salt;Mercury {[(ocarboxyphenyl)thio]ethyl}-sodium salt;Merphol;Merseptyl (VAN);Merthiolate;Merthiolate salt;Merthiolate sodium;Merzonin sodium;Merzonin, sodium salt Nosemack;Sodium ethylmercurithiosalicylate:Mercurothiolate;Mertorgan;Merfamin;Septicol;SET;Sodium ethylmercuric thiosalicylate;Sodium ethylmercurithiosalicylate;Sodium merthiolate;Sodium o-(ethylmercurithio)benzoate;Sodium salt of 2-(carboxyphenyl)thioethylmercury;Sodium 2-(ethylmercurithio)benzoate;Thimerosal;Thimerosal solution;Thimerosalate;Thimerosol;Thimerosol solution;Thimersalate;Thiomerosal;Thiomersalat;Thiomersalate;Thiomersalate;Thiomersal;Thiomersalan;Vitasepto. La FDA référence les sociétés productrices de produits contenant du thimerosal : http://www.fda.gov/RegulatoryInformation/Legislation/FederalFoodDrugandCosmeticActFDCAct/SignificantAmendmentstotheFDCAct/FDAMA/ucm100218.htm .
La dénomination commune internationale est .
C'est un organomercuriel comme la merbromine (Mercurochrome), le chlorure mercurique, le mercurobutol, le mercurothiolate d'olamine, le phenylmercure borate, le phenylmercure nitrate et le .
Histoire Découverte Morris Selig Kharasch synthétise une substance qui n'est pas encore appelée thiomersal en 1926. En 1927, il dépose pour ce produit désigné alkyl mercuric sulfur compound (ce qui peut se traduire en thiocomposé alkylmercurique) un brevet qui lui sera accordé en 1928US patent 1 672 615 (M. S. Kharasch; 1928; appl. 1927); Kharasch décrit sa découverte dans Alkyl Mercuric Sulphur Compound and Process of Producing It. Kharasch déposera deux autres brevets Kharasch, U.S. patent 1,862,896 (1932) [Morris S. Kharasch of Chicago, Illinois, Applied for Patent for “Stabilized Bactericide and Process of Stabilizing it” on 22 August 1931, Serial No. 558,830. Patent 1,862,896 was issued on 14 June 1932] Kharasch, U.S. patent 2,012,820 (1935) [Morris S. Kharasch of Chicago, Illinois, assigner to Eli Lilly and Company, Indianapolis, Indiana, a Cooperation of Indiana, Applied for Patent for “Stabilized Organo-Mercuri-Sulphur Compounds” on 17 February 1934, Serial No. 711-822. Patent 2,012,820 was issued on 27 August 1935.
La compagnie pharmaceutique ELC (Eli Lilly and Company), qui avait contribué à financer ces recherchesMercury, Vaccines, and Autism: One Controversy, Three HistoriesJeffrey P. Baker, American Journal of Public Health, February 2008, Vol 98, No. 2, le commercialise sous le nom de marque déposée Merthiolate à partir de 1928..
En 1929, les laboratoires Eli Lilly mettent le merthiolate à disposition de l'Indiana General Hospital, alors confronté à une épidémie de méningite à méningocoques. Les propriétés germicides du merthiolate n'ont pu venir à bout des méningocoques : tous les patients meurent de méningite. Cet échec thérapeutique, tel que rapporté par K.C. Smithburn et al. contribuera toutefois à établir l'innocuité du thiomersal puisqu'il fut observé qu'aucun des patients n'eut à souffrir de l'administration de ce produit Powell HM et Jamieson WA., deux chercheurs des laboratoires Eli Lilly, publièrent en 1931 un article établissant l’innocuité du thiomersalPowell HM et Jamieson WA. “Merthiolate as a Germicide.” American Journal of Hygiene 1931;13:296–310..
La même année, ils font savoir que le Merthiolate est, même à faible dose, un agent de conservation de vaccins qui a l'avantage sur le phénol et le crésol de ne pas en affecter l'efficacité. W.A. Jamieson and H.M. Powell, "Merthiolate as a Preservative for Biological Products", American Journal of Hygiene 14 (1931): 218–224.
En 1932, Kharasch, qui a observé certains effets irritants du Merthiolate mais aussi son instabilité chimique (il se décompose facilement en radicaux libres) dépose un brevet portant sur une forme améliorée du composé. En 1935, soucieux de garantir les propriétés germicides du merthiolate, diminuées par sa tendance à se décomposer, il dépose un autre brevet.
En 1932, Homer Hopkinson Marks, avec d'autres chercheurs des laboratoires Eli Lilly, publie Merthiolate as a Skin Disinfecting Agent.
En 1937, Powell et Jamieson, se basant sur leurs travaux ainsi que sur ceux d'autres chercheurs, confirment toutefois sans réserve les propriétés germicides du merthiolateH.M. Powell and W.A. Jamieson, "On the Efficacy of ‘Merthiolate’ as a Biological Preservative After Ten Years’ Use", Proceedings of the Indiana Academy of Science 47 (1937): 65–70; Olga R. Povitsky and Minnie Eisner, "Merthiolate Versus Phenol as a Preservative for Diphtheria Toxoids", Journal of Immunology 28 (1935): 209–213. Cette caractéristique offrit une réponse aux exigences formulées par la Commission Royale Britannique qui avait enquêté sur le drame de Bundaberghttp://www.fda.gov/ohrms/dockets/dockets/04p0349/04p-0349-ref0001-10-Tab-07-CBER-Thimerosal-in-Vacinnes-vol6.pdf.
Le thiomersal n'est pas affecté par le Federal Food, Drug and Cosmetic Act qui octroie depuis 1938 à l'agence fédérale de nouvelles prérogatives : sur la base de l'expérience alors accumulée, la FDA ne juge pas nécessaire de demander à Eli Lilly d'études supplémentaires confirmant l'innocuité de leur produithttp://www.acmt.net/cgi/page.cgi?aid=13&_id=52&zine=show ; pour décrire cette « non-procédure », on utilise le terme « Clause de grand-père ».
Développement Les plasmas sanguins utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale contenaient pour la plupart du thiomersal à des fins de conservationJ. H. M. Axton, "Six cases of poisoning after a parenteral organic mercurial compound (Merthiolate)", in Postgradcuate Medical Journal (July 1972) 48, 417-421.https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2495252/pdf/postmedj00331-0029.pdf.
En 1956 est identifiée au Japon la maladie de Minamata - impliquant du méthylmercure - qui marqua profondément les autorités sanitaires mondiales.
En 1957, Eli Lilly met au point l'''Elcide 70, un fongicide liquide composé à 6 % de thiomersalhttp://www.fshs.org/Proceedings/Password%20Protected/1958%20Vol.%2071/413-416%20%28MAGIE%29.pdf Des fongicides à base de thiomersal sous forme de poudre existaient avant l'introduction de l'Elcide cf. http://www.fshs.org/proceedings/password%20protected/1958%20vol.%2071/416-419%20%28miller%29.pdf . À la suite notamment des travaux de Riehm, Bayer commercialisa dès 1915 un fongicide à base de mercure pour le traitement des semences contre la carie du blé ; à la suite de la victoire des Alliés, les anciens brevets allemands ne furent plus opposables ; dans l'entre-deux-guerres, de multiples produits furent commercialisés pour le traitement de différentes maladies des plantes : Dupont de Nemours développe le Ceresan, composé de phénylmercure, vers 1929, et Bayer commercialise aux États-Unis en 1933 le New Improved Ceresan, à base d'éthylmercure, le produit de métabolisation du thiomersal (cf. Elmer Ralph De Ong, "Insect, fungus, and weed control", Chemical Pub. Co., 1953 et https://archive.org/stream/advanceofthefung031917mbp/advanceofthefung031917mbp_djvu.txt). Eli Lilly mettra aussi au point l’Elcide 73 (constitué à 12 % de thimerosal) et l’Elcide 75.
En , aux États-Unis, une réglementation (21 CFR 610.15(a)) impose expressément le recours à un conservateur pour les vaccins multidoses.
En 1971, près de cinq cents Irakiens meurent d'avoir consommé des grains enrobés d'un insecticide à base de méthylmercure (et non d'éthylmercure comme le thiomersal).
En 1974, Eli Lilly cesse de produire du thiomersal, tout en maintenant des accords de licence. Au milieu des années 1980, Eli Lilly avait cessé toute commercialisation de thiomersal sous quelque forme que ce soit. D'autres sociétés continuent d'en produireCongressional Record, V. 149, Pt. 9, May 14, 2003 to May 21, 2003, Government Printing Office.
Des questions émergent En 1972, la FDA met en place un processus d'évaluation de tous les médicaments disponibles en vente libre (). En 1974, la FDA lance l'évaluation de ceux de ces médicaments à base de mercure. Cela aboutit à un premier rapport en 1980 qui concerne diverses solutions ophtalmiques, mais aussi dans les couches culottes, les contraceptifs vaginaux. Le thiomersal y fait l'objet d'une évaluation négative dans ses emplois en médecine topique. Y est également rappelée la réversibilité de son action bactériostatique. À l'issue de ce rapport, aucune décision n'est prise concernant la distribution des dix-huit produits examinés ; le rapport n'incite pas non plus la FDA à évaluer les autres préparations contenant du thiomersal , , , 1 (2004), 293-303.. En 1981, un article colligeant les effets toxiques du thiomersal dans ses utilisations topiques Fisher AA. . Cutis.1981;27:580–587. sera une incitation supplémentaire pour la FDA à réglementer ces médicaments topiques ; après plusieurs projets, la FDA n'exigera le retrait du mercure de certaines de ces préparations qu'en 1998..