Dans la mythologie grecque, Eurynomé (en grec ancien Εὐρυνόμη / Eurunómê) est une Océanide, qui apparaît essentiellement dans deux récits archaïques distincts : dans l'un, elle règne sur l'Olympe avant Cronos ; dans l'autre, elle est la mère des Charites avec Zeus. On a parfois supposé qu'il ne s'agissait pas de la même déesse.

Étymologie Le nom Eurynomé (Εὐρυνόμη / Eurunómê) est composé des mots εὐρύς / eurús, qui signifie « large, vaste, de grande portée » et νόμη / nómê, dérivé de νόμος / nómos, qui signifie « loi ». Eurynomé peut donc signifier en grec ancien « grande loi »voire « celle aux larges pouvoirs ».

Mythe Généalogie Elle est considérée par la plupart des auteurs comme une Océanide, c'est-à-dire l'une des trois mille filles d'Océan et de Téthys : ainsi, Hésiode la mentionne dans sa liste des aînées des Océanides, tandis que chez Homère, elle est simplement « fille d'Océan ». Ses grands-parents, tant paternels que maternels, sont donc Gaïa et Ouranos.

Deux fragments de Callimaque de Cyrène la nomment « Titanide », ce qui n'est pas forcément incompatible, Océan et Téthys étant tous deux des Titans.

Règne sur l'Olympe

Mentions antiques Selon une tradition orphique, rapportée entre autres par Apollonios de Rhodes, Lycophron et Nonnos de Panopolis, Eurynomé est la première à régner, avec Ophion, sur « l'Olympe neigeux ». Elle est ensuite détrônée par Rhéa, qui triomphe d'elle à la lutte, selon Lycophron, tandis qu'Ophion est chassé par Cronos. Les deux sont précipités dans l'océan, selon Apollonios, ou dans le Tartare, selon Lycophron.alt=Un serpent s'enroule autour d'un œuf ovale. |vignette|263x263px|Ophion s'enroule autour de l'Œuf primordial pour le faire éclore. Gravure de James Basire, 1774 Théorie de Graves Robert Graves, à partir de fragments divers (fragment de Bérose, cosmogonies phéniciennes citées par Philon de Byblos et Damascius, éléments canaanites de la légende de la création hébraïque, Fables d'Hygin, légende béotienne des dents du dragon) et de représentations de rites anciens tels que les Mystères orphiques, reconstitue le mythe d’Eurynomé en tant que divinité primordiale de la tradition cosmogonique pélasge comme suit : Eurynomé est la première divinité à émerger du Chaos, qu'elle sépare en deux parties : la mer et le ciel. Elle danse, et, en s'agitant, fait apparaître le vent du nord Borée, qu'elle modèle pour créer le serpent Ophion. Unie à celui-ci, elle se transforme en colombe pour pondre l’Œuf universel, autour duquel Ophion s'enroule sept fois pour le faire éclore. Il en sort le monde tel que nous le connaissons. Pour gouverner, elle et Ophion s’installent sur le mont Olympe, mais Ophion se prétend l’unique créateur du monde. Pour le punir, Eurynomé l’écrase sous son talon et le bannit. Elle créé ensuite sept puissances planétaires auxquelles elle donne chacun un couple de Titans pour la gouverner.

Les Pélasges se considéraient comme descendants de Pélasgos, le premier homme, né des dents d’Ophion enfoncées dans la terre d'Arcadie. C'est d'ailleurs en Arcadie que se situait un temple en l'honneur d'Eurynomé.

Amante de Zeus Dans le récit théogonique d'Hésiode, largement repris par les mythographes postérieurs (notamment le pseudo-Apollodore et Hygin), elle est, après Métis et Thémis, la troisième déesse aimée de Zeus, avec qui elle engendre les Charites (Aglaé, Euphrosyne, Thalie et parfois Charis). Le pseudo-Apollodore rajoute parmi les enfants issus de cette union le dieu fleuve Asopos.alt=Deux femmes nues, agenouillées, entourent de leur bras un bébé sous le regard d'un vieillard immense.|vignette|298x298px|Thétis (à gauche) et Eurynomé (à droite) recueille Héphaïstos enfant, sous le regard d'Océan. Gravure sur cuivre (1795) de Tommaso Piroli d’après un dessin (1793) de John Flaxman.

Accueil d'autres dieux

Héphaïstos Eurynomé est également mentionnée dans l'Iliade : Héphaïstos raconte comment Thétis et elle l'ont recueilli après qu'Héra l'a précipité du haut de l'Olympe dans la mer. C'est dans une grotte inconnue des dieux qu'elles prennent soin de lui et qu'il leur forge des bijoux pendant neuf ans.

Dionysos Dionysos, poursuivi par Lycurgue, trouve également refuge chez Thétis et Eurynomé.

Culte Pausanias, dans sa Description de la Grèce, parle d'un temple au voisinage de Phigalie, au confluent de la Néda et du Lymax, en Arcadie, où Eurynomé était honorée : pour les uns, cette divinité se confondait avec Artémis ; pour les autres, elle avait sa personnalité distincte et remontait à la plus haute Antiquité. Son temple était entouré de cyprès et ouvert un jour par an. L'image de la déesse (le xoanon), fixée à l'autel par des chaînes d'or, se terminait par une queue de poisson, ce qui pousse Pausanias à la considérer comme une fille d'Océan.

Cependant, selon Jean-Christophe Vincent, l'assimilation d'Eurynomé à Artémis n'est pas complètement absurde : en effet, il rapproche Eurynomé de Mélusine, qui, comme le xoanon de Phigalie, a la forme d'une femme-poisson, et ne peut pas être vue tous les jours de l'année. Or Mélusine, comme Artémis, s'occupe des jeunes enfants. De plus, il existe un aspect d'Artémis, Artémis Stymphalia, qui est lié à l'eau. Il émet donc l'hypothèse qu'Eurynomé ait hérité « de traits ayant appartenu à une déesse indo-européenne primordiale liée à l'eau et rapprochée d'Artémis, mais aussi (...) de la fée Mélusine ». En outre, les sources chaudes à proximité du sanctuaire pourraient permettre de rapprocher Eurynomé d'Artémis Limnatis, selon Friedrich Gottlieb Welcker et Walter Immerwahr, qui la compare également à Dyctinna, autre nom de Britomartis, elle-même associée à Artémis.

Hommage Eurynomé est l'une des dont le nom figure sur l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la déesse primordiale, première convive de l' de la tableMusée de Brooklyn - Eurynomé.. Sources antiques

Pseudo-Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (, 2, 2 ; , 3, 1 ; , 12, 6). Apollonios de Rhodes, Argonautiques [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (, 503). Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (v. 358 ; 907). Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (, 398-405). Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne [archive] (Préface, et XXIII). Nonnos de Panopolis, Dionysiaques [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (, 563 et suiv.). Lycophron, Alexandra [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (v. 1191). Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne [archive] (, XLI, 4-6 ; , XXXV, 5).

Notes et références

Liens externes

Catégorie:Divinité grecque archaïque Catégorie:Titan grec Catégorie:Océanide Catégorie:Liaison de Zeus Catégorie:Orphisme Catégorie:Éponyme d'un objet céleste