est une chanson des Beatles, enregistrée pour l'album paru le , mais précédemment incluse dans l'album américain , paru le . Elle a été écrite par John Lennon, mais créditée, comme à l'habitude, Lennon/McCartney.
Manifeste du goût de Lennon pour le sommeil et la paresse, est enregistrée entre le et le aux studios EMI d'Abbey Road. Durant les sessions, les Beatles et l'équipe technique du studio (à leur tête George Martin secondé de Geoff Emerick) mettent à profit diverses innovations qu'ils ont découvertes, et les guitares électriques de George Harrison sont notamment passées à l'envers, donnant toute sa dimension à la chanson.
Composition John Lennon griffonne la première version des paroles de au dos d'une lettre de rappel des postes et télécommunications britanniques reçue fin . Contrairement à ce qui est souvent supposé, la chanson parle plus de la paresse que de l'état dans lequel on se trouve sous l'effet des drogues, bien que soit un album marqué par l'usage du LSD. Cet éloge du sommeil et de la paresse trouve ses origines dans le fait qu'à cette époque, le fondateur des Beatles adore rester allongé, sur un lit ou un canapé, lisant ou regardant la télévision lorsqu'il ne dort pas. Dans sa fameuse interview du , durant laquelle Lennon déclare que les Beatles sont plus populaires que Jésus, la journaliste Maureen Cleave, qui recueille ses propos, écrit :
trouve son complément deux ans plus tard sur l'album blanc avec la chanson . Si le premier morceau reflète en 1966 les joies du sommeil et de la paresse pour un Lennon peu concerné par son mariage et sa paternité, le second représente la situation inverse en 1968 : cette fois, il chante sa difficulté à dormir, déchiré entre Cynthia, la femme qu'il va bientôt quitter (qui se trouve à ses côtés lors du séjour des Beatles en Inde, où est composée la chanson) et Yoko Ono, qui est déjà à cette époque devenue son âme sœur. Le thème de la paresse cher à Lennon se retrouve également en 1980 dans sa chanson , dans laquelle il commente ses cinq années d'absence de la scène publique et du plaisir qu'il a éprouvé à .
Enregistrement thumb|left|alt=Un magnétophone utilisé en studio dans les années 1960|Les guitares électriques sur sont enregistrées sur la bande, qui est repassée à l'envers. Lors des sessions de l'album , les Beatles et l'équipe technique des studios EMI dirigée par George Martin sont en pleine période d'innovations ; les trouvailles et inventions en tous genres fusent, et toutes les idées, même les plus farfelues, sont les bienvenues. est un bon exemple des expérimentations sonores que le groupe effectue à cette époque.
Le , onze prises pour sont enregistrées. Sur la première, John Lennon (à la guitare acoustique), Ringo Starr (aux percussions) et Paul McCartney et George Harrison (aux chœurs) enregistrent une version énergique de la chanson, et un essai au vibraphone est effectué en répétitionAnthology 2 (disque 1, pistes 22 et 23), 1996, répétitions et prise 1 de I'm Only Sleeping.. L'ambiance évolue au fil des essais, et à la onzième prise, les Beatles interprètent dans une version plus relâchée. Le , Lennon ajoute à la prise son chant, enregistré au ralenti pour lui donner une texture éthérée à vitesse normale.
Le , George Harrison a l'idée d'ajouter des lignes de guitares électriques jouées à l'envers. L'effet des sons renversés est une trouvaille de John Lennon ; celui-ci rentre chez lui quelques semaines auparavant, avec une copie des bandes enregistrées pour la chanson , et par erreur, en enclenchant la copie en question dans son magnétophone, la joue à l'envers. Le lendemain, de retour aux studios, il s'exclame : C'est ainsi que sur la face B du single , où se trouve le titre , on l'entend chanter à l'envers pendant la coda.
George Harrison adapte l'idée du renversement à la guitare électrique, en concevant et jouant avec application ses parties (dont le solo) à l'envers, pour qu'une fois « retournées », les notes se suivent de façon parfaite, comme une vraie ligne mélodique. La journée du est entièrement consacrée à l'enregistrement des guitares inversées et, le lendemain, les harmonies vocales de Lennon, McCartney et Harrison sont enregistrés pour aboutir à la prise , qui devient version finale de l'album.
Interprètes John Lennon – chant, guitare acoustique Paul McCartney – basse, chœurs George Harrison – guitare électrique, chœurs Ringo Starr – batterie
Équipe technique George Martin – producteur Geoff Emerick – ingénieur du son – ingénieur du son
Paroles et musique thumb|upright=0.8|alt=John Lennon en 1964|Le goût de John Lennon pour la paresse l'inspire à composer . Ce titre prend la forme d'un manifeste dans lequel John Lennon évoque les joies de rester au lit et de paresser. Il bâille encore lorsqu'il se réveille le matin, et attend en fixant le plafond une nouvelle vague de sommeil. Après chaque couplet, il finit invariablement par supplier : , il critique l'agitation de la vie extérieure :
John Lennon est à cette époque un paresseux autoproclamé, comme il se plaît à le répéter dans la presse. En interview, il déclare également : Cela n'empêche pas plusieurs fans et journalistes de voir dans le texte de la chanson des références aux visions engendrées par les drogues, par exemple dans la phrase , expression réutilisée dans une autre chanson de Lennon, , très influencée par l'absorption de drogues psychédéliques.
est jouée dans la gamme de mi bémol mineur ; le musicologue Alan W. Pollack suggère que cette tonalité, rare dans le cadre d'une composition à la guitare, soit le résultat des nombreuses manipulations des bandes lors de l'enregistrement de la chanson « Notes on "I'm Only Sleeping" », Alan W. Pollack, 1994. Consulté le 16 avril 2011.. La chanson succède sur l'album à , pour sa part composée un demi-ton plus haut, en mi mineur. Pollack explique que ce placement des chansons pourrait être intentionnel pour souligner le changement de clé, et relâcher la tension du morceau précédent. La chanson est marquée sur le plan musical par le solo de guitare à l'envers joué par George Harrison, le break de basse de Paul McCartney qui ponctue chaque fin de couplet, et la voix éthérée de John Lennon qui tient le chant principal. Le morceau se conclut par un montage de guitares électriques inversées.
Parution La discographie américaine des Beatles est notoirement inégale et peu représentative de l'évolution du groupe ; le label américain Capitol publiait dans les années 1960 des versions raccourcies et dénaturées des albums du groupe, au grand dam des eux-mêmes. Ainsi, le , Capitol fait paraître un nouvel album, , qui recycle des singles parus en Angleterre, certaines chansons du britannique (et laissées de côté dans sa version américaine), ainsi que trois titres de l'album encore en gestation ; parmi ceux-ci se trouve . Résultat : cette chanson, et , qui font partie intégrante du original, n'apparaissent pas dans la version américaine de l'album, qui compte seulement onze titres au lieu des quatorze habituels. Les Beatles s'étaient déjà plaints de ce massacre artistique en interview. Paul McCartney déclarait : , et John Lennon ajoute : .
Il y a de légères variations sur les rajouts de guitares à l'envers entre les versions mono et stéréo de cette chanson, qui sera incluse dans la réédition de 2022 identifié par la note mono mix RM1. De plus, sur l'édition américaine de l'album Yesterday and Today, publié sur cartouche 8 pistes, il y a un court délai sur le solo de guitare.
Les répétitions ainsi que la première prise de la chanson sont disponibles sur la compilation d'inédits paru en 1996. En 2022, la chanson est demixée avec l'aide d'une nouvelle technologie basée sur l'intelligence artificielle servant à isoler les différents sons enregistrés, développée par l'équipe de Peter Jackson pour le documentaire The Beatles: Get Back, et remixée par Giles Martin pour la réédition de l'album Revolver. Elle sera aussi incluse dans la compilation élargie de The Beatles 1962–1966..
Clip Afin de faire la promotion de la réédition de l'album remixé Revolver, un vidéoclip de la chanson sort le réalisé par . Pendant plusieurs mois, l'artiste, qu'on aperçoit en finale, a peint à la main sur celluloïd chacune des images pour en faire une animation qui colle bien à l'ambiance sonore onirique et psychédélique.. Il est récompensé du prix Grammy du meilleur vidéoclip en 2024..
Publication en France La chanson arrive en France en sur la face B d'un 45 tours EP (« super 45 tours »), accompagnée de Penny Lane ; sur la face A figurent Strawberry Fields Forever et And Your Bird Can Sing. La pochette est illustrée d'un autre cliché de la séance photo qui remplaçait la « Butcher Cover » de l'album Yesterday and Today..
Reprises a été reprise par plusieurs artistes, surtout dans les années 1990. La version de Suggs, chanteur de Madness, éditée en single en 1995, se classe à la septième place des hit-parades britanniques. The Vines l'enregistrent en 2001 pour la B.O. du film Sam, je suis Sam, tandis que Neal Casal, Oasis et Stereophonics la reprennent en 2006 « Song: I'm Only Sleeping », Second Hand Songs. Consulté le 17 avril 2011.. Références
Annexes Articles connexes Revolver Yesterday and Today Liste des chansons des Beatles
Bibliographie
Liens externes Critique de la chanson sur Allmusic
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