L'ordinateur Iris 80 est l'ordinateur le plus puissant réalisé par la Compagnie internationale pour l'informatique (CII), commercialisé en série à partir de 1972 avec des adressages revus pour opérer en multi-processeur, une pagination à mémoire associative et l'OS Siris 8, doté de la fonction réseau Transiris, en vue du réseau Cyclades.
Conçu pour le marché civil et scientifique (il a eu sa version militaire), plus particulièrement pour le multitraitement, il a comme l'Iris 50 pris la suite du CII 10070 (SDS Sigma 7) dans une politique de compatibilité ascendante., mais en étant profondément transformé en cours de développement, pour monter en capacités. Dès l'hiver 1969-1970, l'Iris 50 ne se vend plus en France, tous les clients attendant le 80.
Parmi la centaine d'exemplaires vendus, dont 27 bi-processeurs, ceux de 4 des 20 centres de calcul universitaires des années 1970. Parmi les autres clients publics, la Communauté européenne pour le logiciel Mistral, leader mondial de la recherche documentaire, l'I(N)RIA, le Laboratoire central des ponts et chaussées et d'autres organismes de recherche. Il est conçu pour fonctionner en réseau, via la fonction Transiris, avec le mini-ordinateur de la CII, le Mitra 15. Le CS 40 est un dérivé pour la commutation téléphonique, dont la conception est imposée en par le CNET, avec sa propre organisation.
Dès , onze mois après sa sortie, dix Iris 80 étaient installés et 13 en cours tandis que 266 Mitra 15 étaient en commande pour s'ajouter aux 67 installés.
Le successeur est le X5, à la puissance deux fois et demie supérieure, prévu pour début 1977 et vitrine de « la gamme X », six ordinateurs communs à Siemens, CII et Philips, unis dans Unidata, « Airbus de l'informatique ». Mais au décès du président Pompidou le , sous la pression d'Ambroise Roux, patron de la CGE, le nouveau président Valéry Giscard d'Estaing saborde Unidata et fusionne la CII avec Honeywell, réticent au X5. Le , Le Monde révèle que les dizaines de techniciens le finalisant aux Clayes-sous-Bois doivent cesser, infirmant les déclarations publiques de leur PDG dix jours avant.
Un ordinateur scientifique, de gestion et de process-control L'Iris 80 est « principalement dédié au calcul scientifique » et utilise la « technologie la plus avancée de l’époque », les « circuits intégrés au silicium », une mémoire extensible à 4 millions d'octets, et une « architecture modulaire » qui « autorise toutes les combinaisons simultanées de travaux (multiprogrammation et temps partagé) », mais « aussi adapté à la gestion et à des applications temps réel »Article rappelant les annonces le même mois de l'IRIS 80 et de l'Arpanet, sur le site de l'Adira, pour le numéro spécial des 40 ans de l'Association en 2019 .
Calendrier de sortie Projet Esope en 1968 Henri Boucher lance le projet ESOPE en recrutant deux ingénieurs de la Marine, Sacha Krakowiak en Article dans Code source, revue scientifique de l'IRIA , puis Claude Kaiser en 1969, à mi-tempsParcours de Claude Kaiser , rejoints ensuite par d'autres ingénieurs de la Marine nationale, mais ESOPE subira des départs début 1972D'Ésope à Sirac, de Paris à Grenoble - Entretien avec Sacha Krakowiak , la CII et l'IRIA lui ayant préféré le concurrent SAM.
Sicob de septembre 1969 Le , Jacques Maillet (Président-directeur général de la CII) annonce qu'une date de sortie sera annoncée au cours de 1969. Un mois et demi après (le ), le directeur général, Bernard Dorleac, révèle que ce calculateur sera tourné particulièrement vers les applications scientifiques, avec de la puissance, surtout en version multiprocesseurMonographie FEB, utilisant en partie une revue de presse . La CII annonce effectivement au Sicob de la sortie, en 1971, d'un , dont la réalisation était prévue par le Plan calcul, et qui sera . Il précise que la partie logicielle, sous la direction des équipes de Claude Boulle, arrivera après la partie matérielle.
Pour la CII, ce mois de est marqué aussi par la participation d'un de ses jeunes ingénieurs Gérard Deloche, au Network Working Group de l'Arpanet, grâce à une bourse de recherche du CRI (Comité de recherche en informatique), à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA), où le premier lien d'hôte à Interface Message Processor fut installé le , un mois avant que le Stanford Research Institute répète cette première étape. Le , il avait symboliquement signé la Requests for comments numéro 9 LE RÉSEAU CYCLADES ET INTERNET : QUELLES OPPORTUNITÉS POUR LA FRANCE DES ANNÉES 1970 ?" , par Valérie_Schafer. Professeur agrégée, doctorante à l'Université de Paris IV-Sorbonne, Comité d'histoire du Ministère des Finances, Séminaire Haute Technologie du 14 mars 2007, page 6 , lançant une discussion qui aboutira à la création du protocole NCP. Michel Elie, son successeur à la bourse du CRI a ensuite assisté le à la première liaison Arpanet, dans la salle de calcul de l'UCLA, avec Leonard Kleinrock, aussi entouré d'étudiants-chercheurs et d'un ingénieur de Bolt, Beranek and Newman, sur l’ordinateur Sima 7"Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ?" par Michel_Elie, sur le site de l'association VCAM , à lOS duquel avait contribué Jean Ichbiah.
Transiris dévoilé lors de la visite de septembre 1969 Une semaine après le Sicob 1969, la presse visite l'usine des Clayes-sous-Bois où le matériel de l'Iris 80 est présenté, en précisant qu'il sera disponible en monoprocesseur et fin 1971 ou début 1972 en multiprocesseur, l'option la plus novatrice, qui intéresse le plus.
En octobre, la DGI révèle que les perspectives d'utilisation de l'Iris 80 sont désormais , les clients semblant préférer les développements en cours, tournés vers la puissance partagée et souligne que le marché prévu est pour le prédécesseur, l'Iris 50. Le calendrier s'était en effet accéléré en cours d'année 1969, car l'Iris 50, avait été présenté au SICOB de l'année précédente, en , livré à un client français fin 1969, puis en Roumanie début 1970. La Roumanie en commandera huit de plus les mois suivants, en achetant au passage la licence d'exploitation de l'Iris 50.
En , la DGI mentionne aussi le jusque-là connu sous l'appellation 10010, et ancêtre du Mitra 15, dont les clients savent désormais qu'il pourra communiquer avec le futur Iris 80 : lors de la visite de la presse le à l'usine des Clayes-sous-Bois, elle a annoncé la mise sur le marché du logiciel Transiris, permettant de transmettre et router, en réseau ouvert, des volumes de données énormes pour l'époqueMichel Elie, B. Jaquiot, J.-P. Baconnet, C. Lecœuvre, Transiris, exploitation d’un système IRIS 80 à travers un réseau d’ordinateurs, allocution prononcée à la Convention informatique SICOB-Syntech 1973.. Transiris est conçu dès le départ comme un « sous-système de transmission », installé au cœur de Siris 7 puis Siris 8, le système d’exploitation d'Iris 80, et en symbiose avec lui. Transiris a la particularité d'autoriser une exploitation tridimensionnelle des données: par lots local ou à distance, et temps partagé.
Relié à l'Iris 80 par des lignes téléphoniques, d'autres ordinateurs moins puissants peuvent ainsi profiter de sa puissanceThèse de Jean Angelides, à l'Institut supérieur polytechnique de Grenoble en 1980, page 49 et la CII développe donc l'ordinateur Iris 80 en même temps que le mini ordinateur Mitra 15, car Transiris permet de maximiser la puissance d'un groupe ordinateurs, le terme de grappe de serveurs n'étant pas encore utilisé. Ce choix technologique intéresse deux ans plus tard les chercheurs de l'IRIA, qui développent Cyclades (réseau) à Rocquencourt, à quelques centaines de mètres du centre de recherches de la Compagnie internationale pour l'informatique , à Louveciennes.
Résultat, dès , la DGI informe que la gamme Iris bénéficie désormais d'un en ayant passé l'étape d'un , compte tenu du de la CII, avec un Iris 80 désormais , mais qui désormais en fait . Revers de la médaille de cette nouvelle configuration, . La partie hardware inclut les composants électroniques, qui sont à la fois en pleine évolution et en pénurie mondiale« Ruptures ou continuités dans la politique industrielle française en électronique ? » par Jean-Louis Perrault, et Sidy Modibo Diop dans la Revue d'économie industrielle 1983 . En cours d'année, le système d'exploitation précédent, Siris 7, prédécésseur de Siris 8, est vendu à une firme américaine"La Compagnie internationale pour l'informatique vend un software de gestion à une firme américaine", Le Monde du 11 novembre 1970.
Septembre 1972: versions militaires et PTT Les versions militaires de la gamme Iris, avec la lettre M, doivent prendre la succession des fournitures précédentes des sociétés ayant fusionné dans la CII, les militaires appréciant surtout la puissance de calcul pour simuler les matériels de guerre. Le elle comprend déjà IRIS 55 M et IRIS 35 M, quand le PDG annonce à une soixantaine de journalistes qu'est ajouté au catalogue un nouveau produit, IRIS 15 M, mais aussi un « système dérivé d’IRIS 80 », pour « un matériel spécialisé » concrétisant « l'entrée de la CII dans le domaine de la commutation téléphonique » avec la société CITEREL, filiale de la CGE, en liaison avec le CNET. « CGE construira des autocommutateurs autour d’IRIS 80 », souligne Électronique Actualités Numéro 21 de la revue d’information interne CII Informations, été 1973 .
Dans son inventaire publié en 2011 sur le site de l'association Aconit, Henri Boucher, ingénieur général de l'armement, membre du service Technique des constructions navales pour la Marine nationale, qui l'a détaché en 1967 comme directeur d'études à l'IRIA, évoque l'Iris 50, qu'il connu à l'IRIA avant son départ en 1971, l'Iris 80 n'arrivant qu'aprèsInventaire publié en 2011 sur le site de l'association Aconit par Henri Boucher, ingénieur général de l'armement, membre du service Technique des constructions navales de la Marine nationale, qui l'a détaché en 1967 comme directeur d'études à l'IRIA .
Livraison début 1972 Le projet de de livrer l'Iris 80 en 1971 est manqué de deux mois: la première livraison en version monoprocesseur a eu lieu en et celle de la version biprocesseur, plus chronophage, pour le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) en Siris 8, sur Feb Patrimoine, site de la Fédération des équipes de Bull, soit un retard final d'environ 8 mois qui correspond à ce qui avait été annoncé dès après la prise en compte à l'automne 1969 de la préférence des clients pour les innovations haut de gamme découvertes à l'automne.
Peu avant la sortie définitive de l'OS d'Iris 80, en , Louis Pouzin reçoit un appel de François Sallé, directeur scientifique de la CII, qui l'informe qu'il sera appelé par la DGI le mois suivant pour lui proposer de lancer en le réseau Cyclades, qui utilisera l'Iris 80 et le Mitra 15 en les combiant, et qu'il a appelé dans un premier temps « Mitranet ».
En attendant, au Sicob de , la CII sort une version intermédiaire, son quatrième ordinateur du plan calcul, l'Iris 60, deux fois plus puissant que l'Iris 50, un mois après « la deuxième convention » du plan Calcul, qui ne l'engage plus sur un « échéancier précis » de sorties d'ordinateurs, mais « sur une croissance de 23 % en moyenne par an du chiffre d'affaires au cours des cinq années qui viennent », la CII faisant valoir qu'elle a été de 60 %, en 1970, et 75 %, en 1971, grâce aux entreprises privées (70 % des commandes de petits ordinateurs vendus par la VII et 45 % des moyens, même si c'est seulement 35 % des gros ordinateurs"La Compagnie internationale annonce la sortie du quatrième ordinateur du plan-calcul" dans Le_Monde le 22 septembre 1971 . Un seul modèle fut installé au service des Communautés Européennes, dans les locaux de la société de service, rue de Stalle, à Bruxelles, en 1974. Un autre fut acheté par l'Académie des Sciences de l'URSSHistoire de l'informatique .
Rôle dans les réseaux d'ordinateurs