Le champ mégalithique de Wéris est le plus important site mégalithique de toute la Belgique. Il comprend deux allées couvertes avec menhirs associés et six sites constitués uniquement par des menhirs. Ces monuments sont datés du Néolithique final. Le site relève du Patrimoine majeur de Wallonie.
Historique
Entre 1879 et 1888, le seul monument connu est celui désormais nommé allée couverte de Wéris I. Il est mentionné pour la première fois en 1851 par un archéologue amateur, J.-B Geubel qui y voit un « autel druidique » et il figure sur la carte militaire des environs relevée en 1868. A. Daufresne de la Chevalerie est le premier à l'identifier en 1879 comme monument mégalithique : il est alors mentionné sous de dolmen de Wéris. Curieusement, le monument ne comporte aucun nom local, les habitants ne le désignant que comme « un monceau de grosses pierres » et plusieurs érudits le confondent avec la Pierre Haina. L'intérêt archéologique du monument reconnu dès 1881 aboutit à son acquisition par l'État en 1883. L'allée couverte de Wéris I est classée depuis le et inscrite depuis le sur la liste du Patrimoine exceptionnel de la région wallonne.
Après la découverte de la seconde allée couverte (Wéris II) en 1888, diverses dénominations fleurissent : Wéris II est appelée dolmen d'Oppagne et les deux monuments sont désignés indifféremment sous les appellations « dolmen n°1 et n°2 », « ancien et nouveau dolmen », « grand et petit dolmen », « dolmen nord et dolmen sud ». Bien que les deux monuments aient été identifiés dès 1888 par le baron de Baye comme étant des allées couvertes, cette typologie ne se reflète dans le nom scientifique des monuments que dans le dernier quart du et les nombreuses cartes postales éditées dès la fin du utilisent diverses expressions comme « dolmen druidique de Wéris » ou « dolmen d'Erezée ».
Mégalithes
Le site s'étend sur environ de long et de large, bien au delà du seul village de Wéris qui lui a donné son nom, sur plusieurs localités de la commune de Durbuy : Heyd, Wéris, Oppagne, Morville et Ozo, près d'Izier. Il comprend deux allées couvertes avec menhirs associés et six sites constitués uniquement par des menhirs. Tous les mégalithes sont en pouddingue.
Dès la découverte du monument de Wéris II, la notion d'alignement des mégalithes de Wéris a été admise. Lors des découvertes ultérieures des menhirs de Danthine, d'Oppagne et d'Ozo, leurs inventeurs respectifs ont systématiquement minimisé l'existence des décalages existant entre l'axe nord-nord-est/sud-sud-est reliant prétendument les deux allées couvertes et les nouveaux mégalithes. À partir des années 1980, le concept d'« alignement général des mégalithes de Wéris qui s'inscrit dans un couloir large de » fait son apparition. En 1985, François Hubert décline le concept en cinq lignes parallèles, dont la plus occidentale passerait par les menhirs d'Oppagne. Selon Simons, la distance entre les menhirs d'Oppagne et l'allée couverte de Wéris I, qui est d'approximativement pourrait se décomposer en quatre segments égaux d'environ avec présence d'un mégalithe à chaque point de division mais dans les faits, cette théorie n'est pas validée dans la partie septentrionale du site.
Allée couverte de Wéris I
Historique
L'allée couverte a été découverte partiellement ruinée mais aucun plan n'a été levé lors de cette découverte et on ne dispose d'aucune description précise du monument avant sa restauration en 1887 : celle de J.-B. Geubel est assez confuse, celle de Daufresne de la Chevalerie est très sommaire et celle du géologue A. de Ceuleneer datée de 1882 comporte des mentions intéressantes mais les dimensions ne concordent pas. Un premier plan dressé lors de son acquisition en 1883, une photographie non datée et une eau-forte de 1886 sont les seules représentations dont on dispose avant la restauration de 1887. Ces travaux de restauration conduisent à redresser la partie arrière de la chambre et à reconstituer le vestibule. Le monument est alors protégé par l'installation d'une grille. Durant les trois premiers quarts du , l'entretien du site est négligé et l'allée couverte se dégrade (affaissement des piliers d'entrée et de la dalle de chevet). Cinq campagnes de fouilles méthodiques sont réalisées sur le site en 1979 et de 1981 à 1984. vignette|Allée couverte de Wéris I (Vue générale côté nord). vignette|Allée couverte de Wéris I (côté sud).
Description
En l'état actuel, l'allée mesure de long sur au plus large et s'étire selon un axe nord/nord-est sud/sud-ouest (27° à l'est du nord vrai) et ouvre au nord-nord-est. L'allée est composée d'un vestibule, d'une chambre et d'un bloc indépendant situé juste derrière le chevet. Le vestibule comprend deux piliers debout encadrant l'entrée, où sont couchés deux blocs sub-rectangulaires. Deux dalles côte à côte séparent le vestibule de la chambre. Elles comportent à leur point de contact une échancrure en forme de demi-hublot aménagée par bouchardage. La chambre ( de long, de large à l'entrée et au chevet, de hauteur) est délimitée par deux grands orthostates, sur lesquels repose une table de couverture dont l'angle nord-est est fracturé, et deux autres orthostates moins massifs supportant une seconde table de couverture. Le chevet n'est pas fermé. La dalle située derrière le chevet ainsi que la petite dalle qui repose sur le sol à l'intérieur de la chambre ne paraissent pas adaptées pour avoir occupé cette fonction. L'entrée de l'allée était précédée de trois menhirs (deux ont été relevés en 1979 et 1983) et d'une trentaine de blocs couchés de tailles diverses.
Tous les blocs de pierre constituant l’allée couverte sont en poudingue dit de Hampteau qui affleure naturellement sur la crête située à l'est du champ mégalithique mais l'espace situé entre la façade de l'allée et le vestibule était empierré avec de petits blocs calcaires et des fragments de poudingue. Ce type d'aménagement a aussi été observé sous plusieurs dalles. Globalement, le nombre et l'importance des perturbations post-néolithiques subies sur le site ne permettent pas de comprendre parfaitement quels aménagements préalables du site ont été réalisés et comment l'allée a été construite à l'origine.
Matériel archéologique
En 1880, Henri Pirson, propriétaire des lieux avant son acquisition par l'État, avait entrepris une fouille sommaire du monument qui malgré d'importants déblaiements ne livra que quelques ossements humains ou animaux non conservés. La restauration de 1887 n'a été précédée d'aucune fouille et le sol autour du monument a été nivelé. Les connaissances du contexte archéologique se limitent alors à quelques observations d'A. Charneux : la terre du sous-sol comporte des traces de feu « jusqu'à de profondeur » et contient « des petits dépôts de cendres de bois, ainsi que des matières blanchâtresSelon E. Huysecom, ces dépôts blanchâtres pourraient correspondre à une altération des blocs calcaires découverts sur place. et farineuses qui doivent être des ossements pulvérisés » et des pierres en calcaire et quartz « polies et usées » qui ne sont pas d'origine locale.
Les fouilles de 1906 dirigées par A. de Loë et E. Rahir livrent quelques artefacts et fragments osseux humains (métatarsiens droits, esquilles diverses) mais aucune observation stratigraphique n'a été réalisée et aucun rapport de fouille sérieux n'a été publié. Les projets de fouille envisagé en 1907 et 1947 n'ont pas été suivi d'effet. Les fouilles archéologiques réalisées à partir de 1979 ont permis de recueillir une petite industrie lithique en silex (éclats, grattoir et six pointes de flèche dont une armature foliacée et des pointes pédonculées à ailerons) à l'intérieur et aux abords de l'allée couverte et des tessons de céramiques diverses (poterie grossière à fond plat, tessons à pâte fine et noire) en dehors de tout contexte archéologique. Le matériel anthropologique a été complété avec quelques dents, des fragments de mandibules et des esquilles d'os longs. Une datation au carbone 14 de deux échantillons osseux humains correspond à une période calibrée entre et pour le premier et à une période calibrée entre et pour le second.
L'absence de tout mobilier antérieur au Néolithique final, la découverte de pointes de flèche à pédoncule et celle de tessons d'une céramique attribuable au Campaniforme ainsi que les datations au radiocarbone conduisent à attribuer la construction de l'allée couverte de Wéris I au Néolithique final. Le nombre d'ossements humains retrouvés est assez faible, mais cette pauvreté relative pourrait résulter de vidanges successives dès le Néolithique ou de divers pillages post-néolithiques. Pourtant, il semble bien que l'allée couverte était une sépulture collective car les dents retrouvées correspondent à des individus d'âges différents (enfants, adolescents, adultes).
Allée couverte de Wéris II
Elle a été découverte en 1888. A. Charneux fait vider la chambre dès 1888 et A. de Loë et E. Rahir fouillent le site en 1906. En 1985 et 1986 diverses interventions conduisent à dégager les dalles enfouies derrière le chevet et devant la chambre. Deux campagnes de fouilles importantes interviennent en 1996-1997.
thumb|Allée couverte de Wéris II.
Description
L'allée a été construite dans une tranchée, dont seules les tables de couverture émergeaient, avec une vingtaine de grosses dalles en poudingue du même type que celui utilisé pour l'allée de Wéris I. Des éléments divers, de moindres dimensions, en grès et calcaire ont été utilisés pour le dallage (extérieur et intérieur), comme pierres de calage et pour combler les interstices entre les orthostates. Elle est composée de trois parties distinctes : un vestibule, la chambre et une dalle postérieure. L'ensemble mesure de long pour une largeur maximale de mais la largeur intérieure de la chambre varie de au chevet à vers l'entrée. L'allée est à peu près orientée selon un axe nord-est/sud-ouest avec une ouverture au nord-est. L'existence d'un dallage extérieur sur le côté gauche de l'alléeL'existence d'un dallage côté droit et derrière le chevet est vraisemblable, il aurait été en grande partie détruit lors des premières fouilles du site. constitue un cas unique en son genre dans les allées mégalithiques du Nord-Ouest européen et implique que l'espace autour de l'allée était vide, donc une absence de tumulus durant out ou partie de sa période d'utilisation. Une dalle en poudingue recouvrait une petite fosse creusée trouvée dans le vestibule juste devant la dalle-hublot donnant accès à la chambre.
À l'issue des fouilles, l'allée couverte a été en partie restaurée (redressement des piliers latéraux du vestibule et de certains orthostates, réparation de la dalle d'entrée fragmentée en trois parties, remise en place du dallage, drainage du vestibule).
vignette|Menhirs associés à l'allée couverte de Wéris II.
Matériel archéologique
La fouille initiale de 1888 et les campagnes de fouilles de 1996-1997 ont livré peu de matériel archéologique. Le mobilier lithique comprend de rares éclats, divers grattoirs assez commun, une armature (à pointe triangulaire et base concave) et une pointe de flèche pédonculée. La céramique découverte se limite à quelques petits tessons de poterie de facture grossière attribuable à la Préhistoire, dont huit tessons décorés (décor en arêtes de poisson) caractéristique de la culture des Gobelets. D'autres tessons vernissés sont clairement historiques.La pointe de flèche découverte en 1996-1997 est attribuable au Néolithique final (type Gord) mais l'armature découverte en 1888 au fond de la chambre date d'une période plus ancienne (Mésolithique ou Néolithique ancien), elle pourrait correspondre à un remaniement du sol lors de la construction de l'allée.