Charles Moreau, né à Jérémie dans l’île de Saint-Domingue le et mort au combat le dans le golfe de Mannar, est un officier de marine, l'un des sinon le premier polytechnicien à servir dans cette arme, qui participa notamment à l'expédition vers les Terres australes conduite par Nicolas Baudin au départ du Havre à compter du .
Il a laissé en 1801 son nom à l'entrée Moreau, située à la jonction de la Swan River avec la à Perth, ainsi qu'à la pointe Moreau, un cap d'Australie-Occidentale donnant sur le Havre Henri Freycinet, dans la baie Shark.
Biographie thumb|Fiche matricule de Charles Moron(collections de l'École polytechnique)|alt=Fiche matricule de Charles Moron(collections de l'École polytechnique)
Charles Moreau – ou Moreau, dit Moron – nait le . à Jérémie dans l’île de Saint-Domingue quelques années avant les événements qui changèrent l'état politique de cette île ; il est créole, fils de Louis et de Françoise Borderat.
Fort jeune, à peine quatorze ans, il vient en France pour y faire ses études, et vit à Bordeaux quand y parvient la nouvelle de ces événements dont sa famille pâtit particulièrement : Charles se retrouve à Bordeaux comme abandonné et sans ressources. Une bordelaise généreuse le prend en charge et décide le jeune homme à recevoir ses bienfaits.
Très vite Charles Moreau montre des dons pour les mathématiques. Il se présente en 1794 au jury de sélection de la première promotion de l'École polytechnique où il est reçu dans la promotion du sous le patronyme de Moron, puis admis le .. Il est connu ensuite sous le nom de Moreau, dit Moron.
Sa fiche matricule de ce qui est encore l'École centrale des travaux publicsLes fiches matricules des toutes premières promotions de l'École polytechnique n'ont pas été renseignées lors de l'admission à l'École, mais rétrospectivement à partir d’autres documents ; c'est pourquoi le haut de la page du registre où elles sont consignées porte l’indication 18.. sans autre précision. indique une naissance au Cap-Français (aujourd'hui Cap-Haïtien) et non pas Jérémie comme l'écrivent ses biographes et en témoigne son acte de mariage. Elle mentionne que cet élève a été enregistré et connu à l'École sous le nom de Moron, que son véritable nom qu'il ignorait alors est Moreau, patronyme qu'il a repris à sa sortie de l'École.
Elle précise enfin que son correspondant est le sieur Testas, négociant à Bordeaux, demeurant rue Nugris . Il s'agit très vraisemblablement de Pierre, l'un des deux frères bordelais Testas, habitant rue Huguerie et gérant à Bordeaux la vente du sucre et du coton en provenance de leur propriété que dirige leur frère François, une sucrerie et des maisons, précisément située à une demi-lieue de Jérémie, sur l’île de Saint-Domingue.
Un éminent professeur de mathématiques À sa sortie de l'École où il s'est forgé une réputation d'habile mathématicien, Moreau démissionne le et reprend son indépendance pour enseigner les mathématiques à Paris.
Le , âgé de vingt-deux ans, il épouse à Paris Joséphine Anne Madeleine Muraire, âgée de seize ans., parente du conseiller d'état Honoré Muraire. Six mois plus tard, le naît leur fils Charles Constant Ernest...
Heureux en ménage, passionné par ses travaux mathématiques, Moreau n'a qu'un regret : Saint-Domingue n'est plus libre et cette pensée l'obsède ! Une circonstance fortuite change alors le cours de la vie de celui en qui, selon son biographe Augustin Jal, les deux grands géomètres, Laplace et Lagrange, auraient vu comme leur successeur.
Passant sur la place de Saint-Germain-l'Auxerrois, Moreau voit un groupe de curieux devant l'étalage d'un marchand de gravures. C'est la représentation d'un des faits éclatants de l'armée d'Italie qui attire et retient ainsi les passants. La relation qu'il en lit provoque chez lui une exaltation telle qu'il tombe en syncope car il vient d'avoir la révélation de son destin. Sa résolution est prise, les considérations de famille ne peuvent rien contre le devoir qu'il vient de s'imposer : il sera marin.
Charles Moreau se rend immédiatement au ministère de la Marine pour s'engager et l'éminent professeur de mathématiques reçoit une feuille de route comme simple matelot.
Augustin Jal, son biographe, situe a priori cet événement postérieurement au mariage de Moreau. Il indique également que Bruix, le Ministre de la Marine et des Colonies du au , exempte Moreau des conditions d'âge pour se présenter à l'examen d'aspirant de première classe après que le capitaine de vaisseau Bergeret a défendu sa cause.
Le temps mis par Moreau pour rejoindre Brest où il doit embarquer sur le Dix-Août que commande Bergeret, celui pris ensuite par les échanges de courrier entre Bergeret et son ministre, la publication du décret d'exemption d'âge, le fait que Bruix n'est encore ministre que les deux premiers mois de l'année 1799 laissent conclure que l'engagement de marin date des tout premiers jours de 1799, si ce n'est de .
Moreau est-il déjà tenu par un engagement impossible à résilier quand il se marie le ? La future épouse sait-elle qu'elle est enceinte à seize ans de près de deux mois et demi d'un garçon lequel, selon son acte de naissance de l'état civil reconstitué de la ville de Paris (reconstitution à laquelle a participé notamment Augustin Jal), naitra cent quatre-vingt-onze jours après le mariage de ses parents ?
Ces questions interpellent et expliqueraient peut-être pourquoi Moreau laisse femme et enfant à Paris pour vivre sa vie de marin.
Une vocation tardive de marin Moreau rejoint Brest pour embarquer sur le Dix-Août que commande le capitaine de vaisseau Jacques Bergeret. Ce dernier pressent rapidement que sous ce volontaire novice il y a un futur officier d'une grande valeur. Évoquant l'aspirant de marine qu'il a côtoyé et bien connu à bord du Dix-Août, Joseph de Bonnefoux est impressionné par .
Bergeret aide Moreau, lui témoigne de l'amitié et demande au ministre que son matelot soit soumis à l'épreuve de l'examen d'aspirant de première classe. Le ministre, c'est Bruix ; il aime les hommes qui ont de la capacité et du vouloir, mais il est le gardien de la loi laquelle exclut du concours toute candidature passé un certain âge. Bergeret insiste et défend si bien la cause de Charles Moreau que le ministre l'exempte des conditions d'âge.
Le jour de l'examen les curieux se sont déplacés pour voir comment va se comporter le bénéficiaire d'un tel traitement de faveur devant l'éminent ingénieur-constructeur de la Marine française Lancelin. Au bout d'un quart d'heure, l'examinateur s'est fait son opinion :
L'expédition Baudin
thumb|Entrée Moreau : Carte de Freycinet|alt=Entrée Moreau : Carte de Freycinet
Le nouvel aspirant de première classe est désigné en 1800 pour faire partie de l'état-major d'une des deux corvettes prévues pour une expédition dans les terres australes et embarque sur le Naturaliste que commande le capitaine de frégate Hamelin. La seconde corvette le Géographe est commandée par le capitaine de vaisseau Baudin, chef de l'expédition qui part du Havre le .
Charles Moreau se signale par son zèle à apprendre son nouveau métier d'officier de marine : toujours debout, toujours sur le pont quand le sifflet du maître annonce une manœuvre. Baudin, qui a reçu pouvoir du gouvernement pour encourager et promouvoir ceux que le voyage montre dignes d'avancement, le nomme provisoirement enseigne de vaisseau le à Timor, dans la baie de Kupang, nomination confirmée le au retour de la mission.
Le , après une absence de deux ans sept mois et dix-huit jours, le Naturaliste, qui s'est séparé le du Géographe à l'île King (actuelle Tasmanie) pour rapporter les premières collections en France, est de retour au Havre. Charles Moreau obtient alors un congé de trois mois qu'il va partager avec sa famille.
Il a laissé son nom le à l'entrée Moreau, située à la jonction de la Swan River avec la à Perth, et le à la pointe Moreau, un cap d'Australie-Occidentale donnant sur le havre Henri Freycinet, dans la baie Shark. Il s'agit vraisemblablement du premier point géographique doté d'un nom de polytechnicien.
Le second est le cap Boullanger à l'extrémité nord de l'île Maria, située au large de la Tasmanie, nommé six mois plus tard, le , en l'honneur de Charles-Pierre Boullanger., camarade de promotion de Charles Moreau, embarqué sur la corvette Le Géographe de la même expédition Baudin en tant que cartographe et ingénieur en hydrographie.
Le camp de Boulogne thumb|right|Napoléon visitant le camp de Boulogne|alt=Napoléon visitant le camp de Boulogne thumb|Capture du Warren-Hasting par la Piémontaise|alt=Capture du Warren-Hasting par la Piémontaise thumb|Combat du (au premier plan) et du contre la frégate française la Canonnière|alt=Combat du (au premier plan) et du contre la frégate française la Canonnière
Le , les Britanniques, sans déclaration de guerre préalable, saisissent ou arraisonnent une centaine de navires français et bataves. Il en est fini de la paix d'Amiens : la France déclare la guerre à l'Angleterre. Bonaparte (Napoléon ) choisit alors Boulogne-sur-Mer comme base pour mener l'invasion de l'Angleterre.
Tous les chantiers navals français travaillent à préparer le jour où l'armée d'Angleterre traverserait la Manche. Paris donne l'exemple : des ateliers sont installés sur l’esplanade des Invalides et des manœuvres sont organisées sous le pont de la Concorde. Les villes, les départements, les grandes institutions rivalisent de zèle pour offrir des vaisseaux, des péniches à fond plat, des voiles.
Les élèves de l'École polytechnique, auxquels Napoléon donnera l'année suivante 1804 le statut militaire, entendent également participer à cet effort de la patrie. Ils se cotisent, construisent et arment à leurs frais une chaloupe canonnière, La Polytechnique (), placée sous le commandement de leur ancien, l'enseigne de vaisseau Charles Moreau, de retour de congé et qui la conduit au camp de Boulogne.
À bord de la Canonnière Charles Moreau quitte Boulogne en 1805 pour Cherbourg où il embarque sur la frégate la Canonnière commandée par César de Bourayne. Il est nommé lieutenant de vaisseau le . Bourayne demande pour lui le commandement d'une corvette, mais Decrès, le ministre de la marine et des colonies, le maintient dans le cadre des officiers de la frégate qui, le , part pour l'Isle de France.
Pendant le voyage Moreau tombe malade et, son état empirant, il est débarqué et doit à regret laisser la Canonnière poursuivre sans lui sa route vers le cap de Bonne-Espérance. Celle-ci combat — le — contre le de 74 canons et le (50) au large de la province de Natal, et subit au Cap, le feu des batteries anglaises ().
À bord de la Piémontaise Moreau ne reste pas longtemps inactif et embarque en qualité de premier lieutenant (second), ou lieutenant en pied comme on disait alors, sur la frégate que Louis-Jacques Epron de la Horie a amenée de Saint-Malo.
Il est du combat du que livre cette frégate contre le trois-mâts , vaisseau de la compagnie des Indes, armé de quarante-huit bouches à feu du calibre de dix-huit, qui revient de la Chine, commandé par le capitaine Larkins, et est capturé après une noble résistance.
Moreau est alors accusé par un rapport aussi odieux que mensonger d’avoir frappé de son poignard le capitaine Larkins après que ce vaisseau s'est rendu.. Le gouvernement de Calcutta expédie sur-le-champ à tous les navires l’ordre de pendre à la grand’vergue le lieutenant Moreau, si la Piémontaise vient à subir le destin du Warren-Hastings.
L’accusation du capitaine Larkins, la circulaire de la compagnie, finissent par arriver à la connaissance de Moreau : .
Le combat contre le San Fiorenzo thumb|HMS St Fiorenzo et la Piemontaise|alt=HMS St Fiorenzo et la Piemontaise