L'église Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre de Beauvais (Oise) est une église catholique paroissiale située au pied de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais. Elle représente la partie antérieure de la précédente cathédrale de Beauvais, qui a été édifiée à la fin du dans le style carolingien. Son petit appareil cubique s'explique par le réemploi de pierres provenant de bâtiments détruits pendant le saccage de Beauvais au . Après deux incendies, la façade est rebâtie au milieu du , et annonce déjà le style roman à venir. Les dimensions exceptionnelles du transept de la cathédrale Saint-Pierre, appelée la Haute-Œuvre ou Nouvelle-Œuvre à l'époque de sa construction, font apparaître la Basse-Œuvre comme un édifice très modeste, mais avec une hauteur intérieure de et une longueur de , c'était une église considérable au milieu du Moyen Âge. Elle a été rognée à trois reprises. Au début du , l'incendie du chœur motive le lancement du chantier de la cathédrale gothique vers 1225, et un mur de clôture est établi entre les piles occidentales du transept. Trois siècles plus tard, en 1510, le vaste chantier du transept gothique flamboyant conduit à l'abandon des trois dernières des neuf travées de la nef. Autour de 1600 enfin, deux énormes contreforts sont édifiés à l'ouest de la seule travée de la nef flamboyante jamais construite, et l'un d'eux coupe en deux la cinquième et la sixième travée de la Basse-Œuvre. Elle est désormais réduite à trois travées et demi. Sous l'Ancien Régime, l'église continue de servir d'église paroissiale et de baptistère, mais elle est fermée au culte sous la Révolution française et transformée en dépôt de bois. Menacée de démolition, elle est sauvée par son classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840., mais n'est restaurée qu'entre 1864 et 1867 pour enfin être rouverte au culte. Aujourd'hui, l'intérieur de la Basse-Œuvre est très austère, mais les fouilles conduites par Émile Chami entre 1964 et 1985 ont démontré l'extraordinaire richesse de l'ornementation au Moyen Âge : peintures murales, mosaïques et vitraux en grisaille. Seul le chœur comportait cependant un décor sculpté. Les fouilles ont également permis de connaître l'extension primitive de la cathédrale carolingienne (sans l'abside), et d'apprécier des détails de son architecture que l'exhaussement du sol avait fait disparaître.

Histoire Les origines vignette|upright|left|La façade du milieu du .

La chapelle dont les fondations ont été dégagées au sud de la Basse-Œuvre n'est mentionnée dans aucun texte, et l'on ignore à quel saint patron elle fut dédiée. Ce fut l'un des sanctuaires de la cité épiscopale, qui existe dès l'époque carolingienne. La première cathédrale de Beauvais dont l'existence est démontrée par des constats archéologiques remonte seulement à l'époque carolingienne et plus concrètement au ou au . C'est sans doute en son sein que se tient le concile de Beauvais en avril 845. L'on en a d'abord retrouvé un fragment de vitrail en grisaille, peint d'une frise de feuille d'acanthe stylisée, provenant sans doute d'une bordure. Puis les fondations des absidioles qui flanquaient l'abside principale ont été mises au jour en dessous du sol des bas-côtés de l'église actuelle. L'abside principale n'a pas été reconnue. La largeur de la précédente église était identique, mais sa longueur devait être beaucoup moins importante, entre et environ. Le plus ancien texte qui mentionne le vocable de l'église est le Martyrologe Belvacense d'Usuard, qui date de la fin du , et qui se trouve aujourd'hui au château de Beaurepaire (collection du marquis de Luppé). Le manuscrit évoque une basilique dédiée à la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste. Le titre de Saint Pierre n'y figure curieusement pas, bien que tous les auteurs anciens le mentionnent comme vocable principal. La dédicace a saint Pierre est en outre prouvée par l'acte de donation d'un certain Fredemius de 923, et les récits sur la translation des reliques de saint Germer vers l'église Saint-Pierre, en 940. L'on ignore pour quelles raisons précises la cathédrale qui existe à cette époque est remplacée par un nouvel édifice au cours de la seconde moitié du ...

Les problèmes de datation vignette|upright|Nef, vue vers l'est. vignette|upright|Le portail méridional gothique du . vignette|upright|Bas-côté sud, vue de flanc et raccordement avec la cathédrale. vignette|upright|Le « chevet » actuel. vignette|upright|Partie désaffectée du bas-côté sud, grandes arcades consolidées.

Suivant l'opinion émis par le « premier historien de la ville de Beauvais », Pierre Louvet, qui écrit en 1614.Pour une synthèse des opinions des auteurs anciens, voir ., l'on a longtemps considéré la Basse-Œuvre comme la cathédrale primitive de Beauvais, avis qui se trouvait conforté par la similitude de son appareil de petits moellons cubiques avec celui de l'enceinte gallo-romaine du . En fait ce n'est que du réemploi. C'est Jean Hubert qui fournit en 1938 la démonstration scientifique que l'église date seulement de la seconde moitié du . Les conclusions des fouilles réalisées à partir de 1965 sous la direction d'Émile Chami vont dans le même sens... Rares sont en effet les sources permettant une datation exacte de l'édifice. Les plus importantes faisaient partie de la collection Troussures, qui s'est perdue sous la Seconde Guerre mondiale. Victor Leblond les a consultées, mais pas toujours correctement interprétées. Les fondations de la « nouvelle » église auraient été jetées sous l'évêque Hugues, en 949, et les travaux auraient été poursuivis par les quatre évêques qui lui succédèrent..

Le nom qui est le plus souvent mentionné en lien avec la construction de la « nouvelle œuvre », comme on disait alors, est celui de l'évêque Hervé, dont l'épiscopat a duré de 987 à 998. Selon une charte de l'évêque Drogon datée de 1030 / 1040 environ, Hervé est le maître d'ouvrage qui mène les travaux jusqu'à l'achèvement, mis à part la décoration du chœur qui continue jusqu'en 1003. La « nouvelle œuvre » reste la cathédrale de Beauvais jusqu'à son remplacement progressif par l'édifice gothique rayonnant sous Milon de Nanteuil à partir de 1225, et devient alors la Basse-Œuvre. Elle garde comme vocable principal Saint-Pierre tant que le chœur gothique n'est pas affecté au culte. Contrairement à ce qu'affirment certains auteurs comme Victor Leblond en 1926., et Jean-François Reynaud encore en 2000, il n'y a pas eu de cathédrale romane, et la Basse-Œuvre n'a pas été agrandie à l'est et pourvue d'une annexe. Leurs opinions sont formellement contredites par les résultats des fouilles, et la stratigraphie sur laquelle s'appuie la datation d'Émile Chami est très solide. La datation de la Basse-Œuvre de la seconde moitié du , comme suggérée par Reynaud., ne tient pas non plus ; tout au plus peut-on admettre que la décoration de l'église a été achevée au tout début du ..

Les incendies et les remaniements au Moyen Âge Plusieurs incendies ravagent l'église au fil des siècles, dont les quatre principaux ont lieu entre le milieu du et 1225. Les deux premiers se succèdent au milieu du , et les murs gouttereaux de la nef rougis par le feu sont restés en l'état, ce qui se voit encore bien du côté nord, non restauré au . L'avant-corps et la façade sont reconstruits après le deuxième incendie, et le sol est exhaussé considérablement. Le troisième incendie s'étend sur la quasi-totalité de la ville de Beauvais et survient à la fin du . Malgré des dégâts sans doute importants, l'église est reconstruite sous l'épiscopat de Philippe de Dreux. L'avant-corps du milieu du est refait, mais il disparaît par la suite. La porte donnant sur le cloître du chapitre, au nord, est murée. Le sol est exhaussé pour une seconde fois. Le nouveau maître-autel est consacré en 1222. Mais un nouvel incendie embrase la cathédrale en 1225, et semble concerner surtout les parties orientales. C'est la raison pour laquelle l'évêque Milon de Nanteuil décide de faire bâtir une nouvelle cathédrale, qui correspond aux besoins liturgiques de l'époque et au goût du jour. En attendant l'achèvement de ce nouvel édifice (qui ne se fera jamais), le transept et la nef de la Basse-Œuvre sont remis en état, et un nouveau portail est aménagé dans la quatrième travée du bas-côté sud (il existe toujours, mais est resté bouché jusqu'après 2006). Le sol est exhaussé pour une troisième fois. Il se situe maintenant à au-dessus du niveau du sol primitif, et le même constat peut être fait pour les abords de l'église : les arcs des portes et fenêtres du rez-de-chaussée de la salle Saint-Pierre, au nord de la Basse-Œuvre, se trouvent aujourd'hui pratiquement au ras du trottoir. Les fouilles ont démontré qu'un chevet plat provisoire est édifié au entre les deux piles occidentales du transept de la Basse-Œuvre, afin que la célébration du culte puisse continuer. Le nouveau chœur est achevé en 1272 ; il se raccorde directement au vieux transept, qui est maintenu. Les voûtes du chœur gothique s'écroulent en 1289, et l'Eucharistie est célébrée de nouveau dans le chœur provisoire de la Basse-Œuvre, en attendant la reconstruction des voûtes au . Au , la Basse-Œuvre est décorée de peintures murales ; l'on en a trouvé une qui représente saint Jean-Baptiste désignant l'agneau pascal. En 1482, les paroissiens doivent s'excuser auprès du chapitre pour avoir construit une tribune sans sa permission. Les verrières sont réparées en 1485..

Les évolutions à l'époque moderne En 1510, la Basse-Œuvre est une deuxième fois amputée pour la construction du transept gothique flamboyant de Martin Chambiges et d'une travée de nef. Du fait de l'ampleur de cette structure, les deux ou trois dernières travées de la nef carolingienne disparaissent également. Ne restent que six travées entières, ainsi que la plus grande partie de la septième travée. Par contre, une construction dans l'angle entre la nef et l'ancien croisillon sud est épargnée, et transformée en chapelle. Enfin, vers la fin du et le début du , deux contreforts particulièrement saillants sont bâties à l'ouest de la seule travée de nef de la cathédrale gothique qui a jamais été construite. Le contrefort du sud se situe en dehors de la cathédrale carolingienne, mais le contrefort du nord va du milieu de la quatrième jusqu'à la septième travée de sa nef. Les murs extérieurs des travées impactées sont conservés en partie, mais la nef est réduite à seulement trois travées, le début de la quatrième travée devenant le nouveau sanctuaire. Hormis sa fonction d'accueillir les messes paroissiales, la vocation de la Basse-Œuvre est désormais celle d'un baptistère, ce qui souligne son importance symbolique comme plus ancien lieu de culte de la ville. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, tous les enfants qui naissent du samedi saint jusqu'au samedi suivant, ainsi que de l'Ascension jusqu'à la Pentecôte, doivent être baptisés dans la Basse-Œuvre..