L'abbaye Saint-Magloire est un ancien monastère bénédictin situé dans l'ancienne commune de Léhon dans les Côtes-d'Armor en France.

Historique L'église, la sacristie et la porte de l'ancienne église située dans le cimetière ; le bâtiment à l'ouest affecté à l’école des filles ; le réfectoire et le bâtiment à l'est du cloître font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Ils étaient classés par liste de 1875.

L'abbaye, dédiée à saint MagloireInfo bretagne., est un ancien monastère de moines bénédictins dont la fondation remonterait au et serait due à Nominoë. Dans les Miracles de Saint Magloire publié par Duchesne en 1641 et Mabillon en 1706, il est écrit que saint Sulin, Sulian ou Suliau, dit aujourd'hui saint Suliac, était disciple de saint Samson, évêque de Dol-de-Bretagne, tout comme le cousin de celui-ci : saint Magloire. Suliac avait un domaine dans l'île de Sercq sur laquelle saint Magloire avait construit un monastère. Saint Magloire de son côté avait une propriété sur le continent à proximité du monastère de Saint-Suliac. Ces deux saints firent un échange de terrains, avec une condition fixée par Magloire, stipulant que : . C'est ainsi que le monastère de Léhon revint aux moines de la communauté de Saint-Magloire. Dans ce texte, il est dit que les reliques de Magloire furent déplacées de Sercq à Léhon sous le règne de Nominoë, roi de Bretagne mort en 851. De cette période ne subsiste aucun vestige, le premier monastère ayant été construit en bois, dans le creux d'un vallon, avec au nord-ouest et au sud les collines de Lanvallay et la Rance reprenant vers le nord, et sous la protection du château à l'est, du côté de l'entrée du village.

Vers 910, les Vikings font leur apparition et les moines fuient à Paris en emportant les reliques de saint Magloire pour fonder une nouvelle abbaye Saint-Magloire dans la capitale, qui deviendra la maison mère après le retour de moines à Léhon. L'abbaye est pillée et détruite. De retour vers 1008, les moines vont reconstruire l'abbaye. Ils dépendent désormais de la maison mère de Paris et le monastère prend le titre de prieuré royal à son rattachement à Marmoutier. Des bâtiments de cette époque, rien ne subsiste.

La légende Elle dit que

À partir du vignette|Voûtes hybrides, demi-gothique angevin, demi-gothique primitif. L'abbaye fut reconstruite au cours de la fin du , par Pierre Mauclerc.

L'abbaye dépendait du diocèse de Saint-Malo et la paroisse était du ressort et de la subdélégation de Dinan. Les différentes appellations relevées sont : Leonensis en 870 dans le Cartulaire de Redon, Monachus Lehonensis en 895-924, Leun en 1079, Lehum en 1148, Beatæ Mariæ de Lehon en 1182, Lehonensis au , Lehun en 1184 et Lehun apud Lehon en 1204, Lehon en 1223 et 1230, apud Lehonum en 1229, Lehonio en 1260, 1281, Prior de Lehonio en 1330.

Le roi des Francs : Philippe Ier, signe en 1093, une charte prononçant la soumission de l'abbaye Saint-Magloire à celle de l'abbaye de MarmoutierCharte dont les trois quarts en trois fragments sont conservés aux archives départementales d'Indre-et-Loire, liasse de .

En 1168, Henri II, roi d'Angleterre assiège le château, brûle le cimetière le , mais épargne l'église et le prieuré, qui sera rasé en 1169 et reconstruit en 1170. En 1181, l'abbaye se place sous la tutelle de l'abbaye de Marmoutier, les titres sont conservés aux archives départementales des Côtes-d'Armor.. Le jeune duc Geoffroy II de Bretagne donne en 1181, confirmation de l'accord conclu entre l'abbaye Saint-Magloire de Paris et le prieuré royal Saint-Magloire de LéhonArchives départementales d'Indre-et-Loire, série H 988-1175, Supplément du répertoire des abbayes, prieurés et couvents, commanderies, hospices et maladreries. Pièce : H 1027..

En 1182, Albert, évêque de Saint-Malo, confirme les moines dans la possession de la chapelle de la Mare (capella de Mara), et la même année il ratifie la cession du monastère de Léhon à Marmoutier par l'abbé de Saint-Magloire de Paris. Alain de Bréhant, vicomte de Poudouvre, fait don, en 1184, de certaines dîmes à Saint-Magloire de Léhon. Les moines vendent leur droit de marché aux seigneurs de Dinan-Bécherel sans l'autorisation de l'évêque de Saint-Malo ; Pierre Giraud, évêque de Saint-Malo leur fait immédiatement un procès en 1187.

Alain de Dinan autorise les moines à prélever du bois dans sa forêt de Dinan, ce qui sera confirmé en 1209 par Juhel de Mayenne, époux de Gervaise de Dinan. Leur fille, Élisabeth (Isabeau), épousa avant 1218 Dreu de Mello dit le Jeune (croisé mort à Chypre le )Étienne Pattou, Généalogie de la Maison de Mello. qui fit une aumône à l'abbaye en tant que seigneur de DinanAlphonse Angot, Généalogies féodales mayennaises du , Laval, édité par E. Laurain, 1942.. L'abbaye augmente considérablement ses revenus au cours du , avec des possessions dans les diocèses de Saint-Malo, Dol, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pol, Avranches et même en Angleterre. En 1238, le prieur de Léhon signe un compromis avec Barthélemy Le Corbe, concernant les dommages que ce dernier a causés aux moines du prieuréArchives départementales d'Indre-et-Loire,

L'abbaye possède le droit de justice qu'elle ne se prive pas d'exercer. Devenu veuf, Henri II d'Avaugour se fait moine à l'abbaye de Léhon en 1278, lui faisant de nombreuses donations, parmi lesquelles l'île de la Comtesse sur la commune de Saint-Quay-Portrieux, ce qui ne l'empêche pas de gérer le Goëlo. Il meurt le et est inhumé à la chapelle des Cordeliers de Dinan.

Les premiers titres généraux qui nous sont parvenus datent de 1330-1369AD, H419. Le duc de Lancastre, qui commande les troupes anglaises, assiège le château de Léhon et la ville de Dinan en 1359. De 1404 à 1408 le registre de transcription de contrats et de rentier concernant la paroisse de Plouër, ne comporte pas de date. En 1495, la Cour de Rennes rend un jugement en faveur des habitants de la paroisse de Léhon contre les prétentions du capitaine du château qui voulait les assujettir aux servitudes de guet.

En 1550, il est procédé à une réforme de l'abbayeAD, H418. Les comptes du prieuré sont consignés pour la période de 1599 à 1600Archives départementales des Côtes-d'Armor, Fonds des Prieurés, H418..

En , six religieux de Marmoutiers protestent contre le relâchement de la règle de saint Benoît. Quatre de ceux-ci obtiennent la permission de leur supérieur de s'installer à Léhon, que les anciens moines sont priés de quitter. En 1604, ils prennent possession des lieux et le père Noël Mars, vient les rejoindre. Dom Noël Mars est établi vicaire général pour la province de Bretagne. C'est la naissance de la Société de Bretagne dont les statuts sont homologués en 1605, et la réforme fait son chemin dans les monastères bretons. Dom Noël Mars meurt à 35 ans, le et dom Pierre Meneust lui succède comme vicaire-général de la Société de Bretagne. Son confesseur, dom François Stample, devient prieur claustral jusqu'en 1614, puis en 1615, prieur claustral de l'abbaye Notre-Dame du Tronchet.

L'abbaye continue à prospérer, recevant de nombreux novices, qui respectent les vœux de pauvreté et vivent dans l'austérité la plus complète, dépassant celles des autres communautés religieuses de l'époque, suivant la règle de saint Benoît. En 1622, les religieux tentent de faire reconnaître leur société comme une congrégation. Le roi Louis XIII donne son accord en 1625, mais le pape Urbain VIII oppose une fin de non recevoir. De 1621 à 1720 sont dressés et conservés les fermes des différentes parcelles, du pressoir du prieuré, des dîmes du blé, du lin, du chanvre, et des pois. Une série d'actes concernant les fermes du four banal et son déplacement en raison des risques d'incendie qu'il fait courir et des nuisances qu'il provoque et de sa réfection (1627-1786)Archives départementales, H418.. En 1628, l'abbaye et la Société de Bretagne sont rattachées à la congrégation de Saint-Maur.

Le château de Léhon est vendu aux moines de l'abbaye en 1642, moyennant une redevance annuelle et seigneuriale de 10 livres tournois :

Le roi Louis XIII donne en 1644 à Charles Bruslart, son conseiller ordinaire et seigneur de Léhon, les ruines du vieux château . Ce dernier fait acte de donation des ruines du château au prieur et aux religieux du prieuré de Léhon par acte notarié au Chastenet de Paris la même année 1644 : Suit le visa de la Chambre des Comptes ordonnant l'enregistrement : , Livre des Mandements, XXIX F°203, Archives de la Loire-Inférieure.. Une partie des matériaux serviront à la réfection de l'abbaye. De 1654 à 1770 sont dressés une série d'actes et procès-verbaux sur l'état des moulins du prieuré, prisées et estimations des , notes et éléments de procédure et marché pour la réfection de la chaussée de Broussac, convocations aux corvées de curage des biefs et aux charrois de Conservés aux archives départementales des Côtes-d'Armor, cote H418., et en 1673 sont répertoriés et classés les aveux, qui en droit féodal étaient des actes qu’un vassal était obligé de donner à son seigneur et par lequel il « avouait », c'est-à-dire reconnaissait tenir de lui un héritage.

Louis XV donne l'ordre de supprimer la mense prieurale en 1720. De 1703 à 1738 sont dressés le rentier du prieuré, que précède un catalogue des paroisses dans lesquelles s'étendent ses revenus, d'une liste de recteurs ou vicaires auxquels on paye la portion congrue, d'un état des charges ordinaires du prieur, d'une table alphabétique de tous les biens et revenus du prieuré. Deux plans non datés ( du prieuréArchives départementales des Côtes-d'Armor, cote H418.. Le sieur Lemoine, procureur au présidial de Rennes, ainsi que procureur fiscal des bénédictins de Léhon va garder entre ses mains différentes pièces de procédures, aveux et autres documents aujourd'hui conservés aux archives départementales d'Indre-et-LoireAD d'Indre-et-Loire,

Le prieuré est supprimé en 1767 et les six religieux restants doivent quitter les lieux. De 1772 à 1773, les procès-verbaux des réparations à effectuer au prieuré ainsi qu'à ses dépendances mentionnent des chapelles, clôtures, biefs et colombier. De 1781 à 1786, Rimmonneau qui est receveur et régisseur du prieuré de Léhon, écrit régulièrement à dom Marie, cellérier de l'abbaye de Marmoutier, sous les abbatiats d'Antoine Quinquet de 1778-1783, et celui d'Anne-Joseph Geffroy de Villebranche, de 1783-1788, concernant notamment les prétentions du recteur d'Évron-Beaumanoir, sur les dîmes novales .

Il est vendu en 1792 pendant la Révolution comme bien national à un particulier du nom de Joseph Bullourde qui va habiter le monastère pendant trente ans, avant de le revendre à une famille anglaise. Il sera ensuite transformé en brasserie, puis en manufacture de toiles à voiles et en filature en 1854, qui fermera ses portes en 1886. Le est bénie la première pierre des travaux de restauration de l'abbaye de Léhon. L'ancienne hôtellerie est transformée en salle de classe pour les jeunes filles jusqu'en 1959. Les héritiers de la famille de Joseph Bullourde acceptent d'offrir l'édifice à la mairie de Léhon qui fait restaurer l'ancienne abbatiale pour en faire la nouvelle église paroissiale de Léhon. Les bâtiments conventuels ne seront restaurés qu'à partir de 1956. Les monuments historiques interviendront sur les bâtiments entre 1987 et 1991.

L'église abbatiale vignette|redresse|La façade occidentale de l'abbatiale. L'église, ancienne abbatiale, est située au sud du cloître. Sa construction remonte autour de 1190-1210, peut-être sur les ruines de l'ancienne église. Elle présente une grande nef à vaisseau unique de plan rectangulaire, couverte de voûtes d'ogives bombées, datant du (voûtes refaites au ), elle se termine par le chevet.