Lise Marie Jeannette Boucherville de Baissac, connue sous le nom de Lise de Baissac, née le à Curepipe (Maurice) et morte le à MarseilleÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est une espionne mauricienne qui travailla pour le Special Operations Executive (SOE) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle fut l'une des quatorze Mauriciens engagés par le SOE, en raison notamment de leur connaissance des deux langues, l'anglais et le français.

Lise de Baissac fut l'une des premières femmes agents du Special Operations Executive (SOE) à être parachutées en France occupée en . Au cours de ses deux missions, elle collabora fréquemment avec son frère Claude de Baissac, qui dirigeait le réseau Scientist du SOE. Leurs efforts furent particulièrement précieux avant et après la Libération de la France. Les de Baissac armèrent et organisèrent les forces de la Résistance intérieure française pour entraver la riposte allemande à l'invasion et soutenir les alliés. Lise de Baissac eut de nombreuses rencontres avec des soldats allemands dans la région fortement militarisée où elle opérait, mais réussit à éviter la capture. Elle reçut plusieurs décorations pour ses actes de bravoure après la guerreLise Villameur.

L'engagement dans la résistance de Lise de Baissac et de son frère a servi d'inspiration pour le film Les Femmes de l'ombre de Jean-Paul Salomé.

Identités État civil : Lise Marie Jeannette Boucherville de Baissac, épouse Villameur Comme agent du SOE, section F : Nom de guerre (field name) : « Odile » (première mission) ; « Marguerite » (deuxième mission) Nom de code opérationnel : Artist (en français Artiste) Faux papiers : première mission : Irène Brisse, veuve domiciliée à Paris, archéologue amateur cherchant des spécimens de pierresSiedentopf, .. deuxième mission (CI du , Bordeaux) : Jeannette Bouville, née le à Nice ; dom. 175 rue de la Trésorerie, Bordeaux ; taille : 1,67 m. ; cheveux : blonds ; yeux : gris vert ; nez : droit. Autre pseudo : AdèleSite 64 Baker Street. Parcours militaire : FANY SOE, section F

Origine Fille unique dans une famille de trois enfants, Lise de Baissac est née à l'Île Maurice. Son père, Marie Louis Marc de Boucherville Baissac (1878-1945), et sa mère, Marie Louise Jeanette Dupont étaient originaires d'une famille de grands propriétaires terriens à Maurice, ils étaient sujets britanniques, comme la majorité des Mauriciens à l'époque. Elle parle deux langues : le français et l'anglais. Son grand-père, Louis Édouard Baissac (1841-1907), était le frère de Charles Baissac, qui a décrit le créole mauricien et collecté les contes traditionnels de l'île

Jeunesse La famille s'est installée à Paris en 1919[url=https://www.oxforddnb.com/view/10.1093/ref:odnb/9780198614128.001.0001/odnb-9780198614128-e-93513 Voir en ligne] Villameur, Lise Marie de Baissac où son père travaille dans les assurances. À 17 ans, elle rencontra son futur mari, Gustave Villameur, un artiste sans ressources. Sa mère désapprouva cette relation et envoya Lise en Italie. De retour à Paris, elle trouva un emploi dans un bureau, une occupation peu courante pour une jeune femme de l'aristocratie à cette époqueLise Villameur.

Seconde Guerre mondiale

En 1940, alors que Paris est occupé par les Allemands, son frère (benjamin), Jean de Baissac, s'engage dans l'armée britannique. Lors de l'Exode, avec sa sœur Lise, Claude de Baissac se rend en Dordogne sous le contrôle du gouvernement de Vichy, dans le sud de la France, dans l'espoir de rejoindre l'Angleterre. Ils reçoivent le soutien du consulat américain pour organiser leur voyage. Ils traversent la frontière espagnole et se rendent à Lisbonne, où lui et sa sœur attendent pendant cinq mois l'autorisation de se rendre à Gibraltar, puis au Royaume-Uni. Ils arrivent en Écosse en 1941. Par la suite, elle se dirigea vers Londres. Grâce à des liens familiaux avec l'épouse de Gomer Berry, vicomte Kemsley, elle obtint un emploi au Daily Sketch.

Claude est déjà membre du SOE et la recommande lorsque ce dernier s'ouvre aux femmes. Dès que le SOE commença à recruter des femmes, de Baissac déposa sa candidature. Elle passa un entretien avec Selwyn Jepson et fut acceptée pour la formation en . Grâce à leur maîtrise de l'anglais et du français, les Mauriciens étaient souvent sollicités comme agents en France par le SOE. Quatorze agents franco-mauriciens serviront dans cette organisation durant la Seconde Guerre mondialeLise de Baissac, une Resistante MauricienneAnthony Taunton Fenton, Lise Villameur Voir en ligne.

Elle était décrite comme « une femme mûre de trente-sept ans, petite, élancée, aux cheveux noirs, aux yeux clairs et aux manières assurées ». Claude de Baissac et sa sœur, Lise de Baissac, partageaient la réputation familiale d'être « exigeants mais déterminés ». Les femmes agents du SOE étaient généralement formées comme courriers ou opératrices radio et travaillaient sous la direction d'organisateurs masculins, mais Lise de Baissac était reconnue pour sa capacité à diriger son propre réseauBeryl E. Escott, The Heroines of SOE, 2010, The History Press, Stroud, Gloucestershire, , p.55..

La formation se faitBeryl E. Escott, p. 75-76 sous couvert d'une mission pour le First Aid Nursing Yeomanry (FANY)Bernard A. Cook, p. 48 à Beaulieu, dans le Hampshire, où elle fit partie du deuxième groupe de femmes recrutées par le SOE, comprenant Mary Herbert, Odette Sansom et Jacqueline Nearne. Elle fut affectée à la First Aid Nursing Yeomanry en . Le commandant de Beaulieu nota que de Baissac était « totalement imperturbable et demeurait calme et sereine dans toutes les situations… elle était bien en avance sur ses camarades ».

Première mission en France 275px|vignette|droite|Armstrong Whitworth Whitley en vol, vers 1940

Dans la nuit du 23 au , première tentative de parachutage d'Andrée Borrel « Denise » et de Lise de Baissac « Odile », mais le pilote du bombardier Whitley n'autorise pas le parachutage car les signaux sont erronés dans la zone de largage.

Dans la nuit suivante, du 24 au , Lise de Baissac (« Odile ») et Andrée Borrel (« Denise ») quittèrent l'Angleterre à bord d'un Armstrong Whitworth Whitley de la Royal Air Force. Elles devinrent ainsi les premières femmes agents du SOE à sauter en parachute en France occupée par les Allemands, tôt le matin du Tentative of History of In/Exfiltrations into/from France during WWII from 1940 to 1945 (Border Crossings, Parachutes, Planes PU & Sea Landings), rev108-31122023 (Voir en ligne), Le Plan Sussex 1944, p. 62 (Yvonne Rudellat était arrivée en bateau deux mois plus tôt).

La veille de leur départ, elles avaient été invitées à dîner par le colonel Maurice Buckmaster et accueillirent leur mission à bord d'un bombardier Whitley de la RAF Tempsford. Andrée Borrel fut la première à sauter, suivie de Lise de Baissac, qui atterrit au lieu-dit Bois-Renard, près de la Loire, sur la commune de Saint-Laurent-Nouan. Elles furent accueillies par Pierre Culioli, le chef de la Résistance locale. Après quelques jours passés avec Andrée Borrel, qui la familiarise avec les nouveaux usages en France, elles se séparent, Andrée Borrel partant pour rejoindre le réseau Prosper-PHYSICIAN de Francis Suttill à Paris et Lise de Baissac pour Poitiers.

Le rôle de Lise de Baissac était celui de courrier et d'agent de liaison pour le réseau Scientist de son frère Claude de Baissac à Bordeaux, établissant des communications avec le réseau Prosper-PHYSICIAN à Paris et le réseau BRICKLAYER de sa compatriote France Antelme à Tours. Sa mission consistait à « créer un nouveau réseau et à fournir un centre où les agents pouvaient se rendre en toute sécurité pour obtenir de l'aide matérielle et des informations locales », tout en organisant des largages d'armes depuis le Royaume-Uni pour soutenir la résistance intérieure françaiseMarcus Binney, The Women Who Lived for Danger: The Agents of the Special Operations Executive, William Morrow, New York City, 2003, . Son réseau, qui ne comptait qu'une seule femme, s'appelait « ARTIST ». De Baissac utilisait plusieurs noms de code, notamment « Odile », « Irène », « Marguerite » et « Adèle ». Pour sa couverture, elle se faisait passer pour une veuve parisienne, Madame Irène Brisse, cherchant la paix et la tranquillité, et à fuir les tensions et les pénuries alimentaires de la capitale. Elle s'installa dans un appartement, situé près du quartier général de la Gestapo de Poitiers, et sans attirer l'attention, où elle échangeait fréquemment des salutations avec le chef de la Gestapo, Herr Grabowski.

Elle sert d'agent de liaison entre plusieurs réseaux, organise les sabotages et prend des renseignements sur les faits et gestes allemands. Lise de Baissac préférait mener une vie solitaire à Poitiers, où elle établissait des contacts locaux et recrutait des résistants, tout en évitant la compagnie des autres agents du SOE, sauf lorsqu'elle se rendait en visite pour des affaires à Paris ou Bordeaux. Elle voyait rarement son frère et refusa une offre du SOE de lui envoyer un opérateur radio, Gilbert NormanSarah Rose , D-Day Girls, 2019, Broadway Books, New York, , P.101–104}}.

Lise de Baissac reproduisit à Poitiers ce que Virginia Hall avait établi à Lyon. Pendant les onze mois qu'elle passa à Poitiers, elle accueillit et informa treize agents du SOE nouvellement arrivés, tout en organisant le départ d'agents, de chefs de la Résistance et d'autres personnes voyageant clandestinement vers l'Angleterre. En se faisant passer pour une archéologue amateur, elle parcourut le pays à vélo à la recherche de monuments anciens, tout en identifiant des zones potentielles de parachutage et d'atterrissage pour les escadrilles 138 et 161 de la RAF. Elle récupéra des conteneurs largués par avion, contenant des armes et du matériel, et les transporta vers des refuges. De plus, elle construisit son propre réseau de Résistance, recrutant plusieurs « aidants », dont une adolescente qui l'accompagnait pour dissimuler ses activités. Pour communiquer avec Londres, en l'absence d'opérateur radio, elle devait se rendre à Paris ou à Bordeaux, où son frère Claude de Baissac organisait des missions de sabotage et recueillait des informations sur les mouvements des navires et des sous-marins.

Le , la Gestapo capture les dirigeants de Prosper-PHYSICIAN, Francis Suttill, Gilbert Norman et Andrée Borrel. Le réseau Artist de Lise de Baissac fut également infiltré par la Gestapo, augmentant ainsi son risque d'arrestation. Claude de Baissac a demandé ou reçu l'ordre de retourner en Angleterre pour éviter d'être arrêté et lui et sa sœur, Lise de Baissac, ils sont rentrés en Westland Lysander dans la nuit du 16 au avec Nicolas BodingtonTentative of History of In/Exfiltrations into/from France during WWII from 1940 to 1945 (Border Crossings, Parachutes, Planes PU & Sea Landings), rev108-31122023 (), Le Plan Sussex 1944, p. 97. Roger Landes, Charles Hayes, Marcel Défense et Mary Herbert (enceinte de l'enfant de Claude de Baissac) sont restés à Bordeaux pour continuer à travailler. Roger Landes était furieux que Claude de Baissac ait emmené sa sœur Lise de Baissac avec lui en Angleterre et laissé Mary Herbert derrière luiPaddy Ashdown, A Game of Spies , 2017, William Collins, London, , p. 23..

Lise de Baissac fut ensuite envoyée à la RAF Ringway où elle devint instructeur du SOE le temps d'être affectée à une nouvelle missionBeryl E. Escott, p.78-79, et servit d'agente de liaison (mentor) auprès de deux nouvelles agentes, Yvonne Baseden et Violette Szabo. Durant leur formation, Lise de Baissac se cassa la jambe lors d'un saut en parachute, ce qui recule son renvoi en FrancePaturau, .

Deuxième mission en France