Les Fascicules de l'art brut sont une série d'ouvrages consacrés aux artistes d'art brut. Ils ont été publiés à Paris par la Compagnie de l'art brut, sous la direction de Jean Dubuffet de 1964 et 1973 avant d'être publiés à Lausanne par la Collection de l'art brut, sous la direction de Michel Thévoz de 1977 à 2001.
Lucienne Peiry succède à Michel Thévoz en 2012. Le numéro 23 des fascicules est publié en sous sa direction. Le numéro 24 l'est en par la nouvelle directrice Sarah LombardiLa nouvelle directrice de la Collection qui lui a succédéVoir le numéro 24..
Principe de la collection Rédigés collectivement, Les Fascicules de l'art brut, où parfois n'apparaît aucune signature comme le premier Art brut 1, sont des monographies retraçant la vie et l'œuvre des artistes d'art brut dans la mesure où celle-ci est connue. Ce sont pour la plupart des adultes autodidactes, spontanés, sains d'esprit, mais aussi des « fous » et des marginaux de toutes sortes : prisonniers, reclus, mystiques, anarchistes ou révoltés.. Le premier fascicule de l'art brut intitulé Les Barbus Müller, et autres pièces de la statuaire provinciale a été entièrement écrit par Jean Dubuffet. Imprimé par Gallimard en 1946, qui ne le publie pas, il sera réimprimé et publié à Genève en 1979 par le musée Barbier-Mueller..
Les informations les plus difficiles à obtenir sont celles concernant les malades les plus atteints. Pour ceux-là, les renseignements sur leur état, les pièces de leur production, ou l'autorisation de reproduction de celles-ci, sont souvent fournis par les médecins des hôpitaux où ils étaient internés. Notamment le professeur Wyrsch de l'hôpital de la Waldau de Berne, ou les docteurs Tosquelles et Roger Gentis qui ont fourni à Clément le lambris nécessaire à la réalisation du Lambris de Clément et qui ont montré son travail. ou bien, comme dans le cas de Gabritschevsky, par un membre de la famille qui a alerté Dubuffet.
La plupart des fascicules présentent plusieurs artistes dans un même volume à l'exception de Art brut 2 entièrement consacré à Adolf Wölfli, Art brut 7 consacré à Aloïse, et Art brut 15 consacré intégralement à Giovanni Battista Podestà.
La Compagnie de l'art brut a poursuivi ses activités après le transfert des collections de Dubuffet à Lausanne. Devenue Fondation Jean-Dubuffet, elle est située à Paris au 137, rue de Sèvres et rassemble plus de et une énorme documentation dans un immeuble de quatre étages..
Art brut 1 Joseph G., le Prisonnier de Bâle Le premier fascicule intitulé Art brut 1 donne des détails sur la vie et l'œuvre de Josef G., Le Prisonnier de Bâle (Joseph G.). Né en Italie en 1877, expatrié d'abord en France, puis en Allemagne, puis à Bâle où il a offert à ses enfants une éducation convenable.. En 1925 Josef G., sans savoir ni lire ni écrire, s'établit à son compte comme entrepreneur en construction avec l'aide de ses fils qui avaient appris les métiers du bâtiment. Deux ans plus tard, en , il tue sa maîtresse et tente de tuer le mari de celle-ci sans y parvenir. Après son procès, il est transféré en hôpital psychiatrique, puis écope de six ans de prison à Bâle. Libéré en 1934, il meurt quelques mois plus tard à l'hôpital.. C'est pendant son séjour à la prison de Bâle que Joseph a réalisé de petits sujets en mie de pain tels Les Deux musiciens. Astreint comme tous les détenus à des travaux imposés, il réalisait ces sujets pendant ses heures de repos. Ses œuvres les plus remarquables sont La Danse de la vie Hauteur 32 cm. et La TribuneHauteur 160 cm..
Palanc l'écrituriste De son vrai nom Francis Palanc, le pseudonyme que s'est donné l'artiste est : Palanc. Il est né en 1928 à Vence où ses parents tiennent une pâtisserie. Très émotif, souvent en conflit avec sa famille, c'est sous l'impulsion de ses contrariétés qu'il commence à réaliser des scriptions, signes anguleux qui ressemblent à un alphabet si compliqué que parfois aucune solution ne lui parait possible et qu'il détruit tout ce qu'il a fait.. Il va finalement constituer deux alphabets : Ouvertitude et Fermotitude qu'il aligne sur trois colonnes avec Fermotitude à gauche, l'alphabet français au milieu, et Ouvertitude à droite. Il vit dans le plus grand isolement et ne montre ses réalisations à personne. Il peint aussi des tableaux avec des matériaux et des techniques issues de la pâtisserie tel L'Amoureux isoléCoquilles d'œuf pilées, gomme et laque sur panneau d'isorel . (1954).Voir L'Amoureux isolé dans la Collection de l'art brut.. En 1959, il se décide à vendre quelques tableaux à un marchand local, puis il détruit l'intégralité (deux caisses pleines) de ses travaux. Palanc a aussi peint, mais l'essentiel de son œuvre se situe dans L'Autogéométrie, et dans son traité sur « l'écriturisme » où il parle de gymnastique géométrique : Son travail s'apparente à la calligraphieVoir Coquilles d'œuf pilées et colorées, 1953..
Le facteur Lonné Raphaël Lonné, médium, spirite, a procédé à partir de 1950 à des expériences autour d'une table qui n'ont pas été concluantes.. Aucun signe bien irréfutable de sa mediumnité n'est discernable avec certitude dans son œuvre. Mais sa bonne foi ne saurait être mise en doute.. Sa plus grande période d'activité se situe entre 1950 et 1951 où il a produit un grand nombre de peintures sur papier avec des laques apprêtées spécialement pour lui par un ami, puis en 1960 et 1963..
Miguel Hernandez Fils de cultivateurs espagnols de Castille, né en 1893 près d'Ávila, il a été exposé à la Compagnie de l'Art brut à Paris en 1948 à l'âge de cinquante cinq ans. L'exposition s'intitulait Peintures du réfugié espagnol Miguel Hernandez.. Son passé politique est assez agité : anti-militariste (et pourtant engagé dans l'armée), il a collaboré à un journal anarchiste à Lisbonne où il a été arrêté, puis il s'est lancé dans une conspiration contre le dictateur espagnol Primo de Rivera. Arrêté de nouveau, il fuit l'Espagne pour se retrouver le camp de concentration des espagnols pour les réfugiés et exilés de la guerre d'Espagne.. C'est à partir de 1945 qu'il a développé sa peinture issue des premiers dessins qu'il avait réalisés de 1929 à 1939. Dans une petite chambre de Belleville, il crée des tableaux peuplés de personnages en grappe, avec des visages blêmes, ou bien entourés de gros cernés noirs. Ses camarades, réfugiés comme lui, ont cru discerner une altération de son état mental à partir de 1947, lorsque ses peintures se sont faites plus violentes. Mais ce n'était pas le cas. Pauvre, solitaire, taciturne, Miguel rêvait de pouvoir faire venir sa femme, épousée en 1938 en Espagne, à Paris, et qui ne répondait pas à ses lettres. On n'a jamais osé lui dire qu'elle était morte..
Clément Le Lambris de Clément Clément né en 1901 dans un village de Lozère est ce que l'on appelait à l'époque un fou furieux, malade mental violent auquel on a fait subir des traitements tout aussi violents. Il passe à peu près deux ans en cellule psychiatrique.. C'est au cours de cet enfermement qu'il a l'idée de réaliser un chef-d'œuvre, Le Lambris de ClémentL'ensemble de l'ouvrage mesure 3,80 m de long pour une hauteur de 1,70 m., cloisonné en petits panneaux étagés sur sept rangées, soit 189 panneaux dont une grande partie est ouvragée en petits rectangles.. Les rectangles ouvragés ont donné lieu à une étude très détailléeAperçu d'une partie du Lambris de Clément.. On a souvent comparé son travail à de l'art abstrait alors que Clément travaillait surtout dans un but ornemental.
Benjamin Arneval L'œuvre de Benjamin Arneval s'est échelonnée sur une période très brève, d'octobre à . Né en 1907, dans un village de Lozère où ses parents étaient cultivateurs, il a été saisi d'un folie obsessionnelle vis-à-vis de son frère. Après sa mobilisation en 1939, de retour au foyer, il croit voir un fantôme à la place de son frère et finit par l'abattre d'un coup de fusil.. Il se met à dessiner dès le début de son internement qu'il conteste avec véhémence. Mais en 1948, sous le coup d'une nouvelle poussée d'angoisse où il croit voir des animaux se jeter sur lui, il cesse complètement son travail. Dans ses dessins pour la plupart au crayon noir, il se rapproche certaines fois de la réalité Vache à l'étable, la Bicyclette, ou bien se lance dans des figures monstrueuses et indéchiffrables : Animal, les Cés (sorte de vers de terre à pattes)..
Heinrich Anton M. Né en 1865 dans le canton de Berne, Heinrich Anton, malgré ses deux prénoms aux consonances germaniques était un locuteur français et c'est en français qu'il rédige les inscriptions sur ses dessins. Il a été interné à l'âge de quarante ans à l'hôpital de la Waldau de Berne où son état n'a fait qu'empirer jusqu'à sa mort. C'est dans ce même hôpital, devenu Clinique de la Waldau, que sera interné plus tard Robert Walser). On ne sait presque rien de la vie d'Heinrich avant son internement.. On sait qu'il a inventé une machine à tailler les vignes, dont la technique lui a été volée, ce qui a précipité son déséquilibre mental. Il a commencé à dessiner à l'âge de cinquante deux ans, des sujets à la fois naïfs et tourmentés : Chèvre à clochette, À ma femme j'envoie ce ventre depuis si longtemps qu'elle est privée de moi, Mon cochon s'appelle Rafi.. Sa production est assez abondante, avec des périodes creuses. C'est à partir de 1925 que son style change et que ses tableaux deviennent très compliqués, tandis qu'il se met à construire des machines. Il est mort en 1930 d'une congestion pulmonaire..
Humbert Ribet C'est au cours de ses multiples hospitalisations dans des maisons de soin pour une affection pulmonaire que Humbert Ribet a commencé à dessiner, au stylo à bille, le plus souvent de couleur rouge et verte.. Humbert avait commencé ses tout premiers dessins en 1958, à la mine de plomb sur ses cahiers d'écoliers. Né en 1938 à Paris, puis établi à Mâcon où il exerce le métier de vendeur dans un magasin de vêtements. Il est envoyé dès l'âge de dix huit ans dans une maison de cure après un séjour à l'hôpital et pendant quatre ans, il fait des séjours hôspitaliers successifs. En 1960, lors de sa dernière hospitalisation, il fréquente l'atelier de réadaptation pour les malades où il fabrique des objets en céramique..
Art brut 2 Le fascicule est entièrement consacré à Adolf Wölfli.
Art brut 3 Augustin Lesage Augustin Lesage né en 1876 a laissé une œuvre d'environ 800 peintures. Mineur dans le Pas-de-Calais, il a été considéré comme artiste médiumnique à une époque où les médiums étaient à la mode. Jean Dubuffet a émis des réserves en 1965 sur cette médiumnité, non pas en mettant la bonne foi de Lesage en cause, mais en remarquant qu'il y avait d'abord un phénomène socio-culturel et que Lesage ressentait le besoin de s'excuser de peindre à cause de sa modeste condition.. Dans le catalogue de l'exposition consacré au peintre en 1989, Michel Thévoz pousse encore plus loin cette analyse : Parmi ses œuvres principales, se trouve la première qu'il ait réalisée : Peinture, 1912-1913Huile sur toile, ., Composition symbolique sur le monde spirituelHuile sur toile, 1923, ., Composition décorativeHuile sur toile 1923, ., Composition symbolique sur le monde spirituelHuile sur toile, 1925, ., Les Grandes œuvres ne s'élaborent que dans le recueillement et le silenceHuile sur toile, 1923-1925, ...
Salingardes l'aubergiste