est un coffret de 4 CD publié en 2000. Il a été réédité en avec 4 pistes bonus.

Les titres

CD 1

CD 2

CD 3

CD 4

Les enjeux

Pour comprendre les attentes suscitées par ce coffret, il est important de rappeler le contexte discographique dans lequel il se situe. L’héritage discographique officiel de Jimi Hendrix a connu trois périodes : La période Michael Jeffery, de 1970 à 1973 ; La période Alan Douglas, de 1974 à 1995 ; La période Experience Hendrix LLC depuis lors.

Si les deux premières décennies présentent une certaine continuité (la première vague de rééditions CD reprend, à quelques exceptions près, l’existant), les années 1990 marquent une volonté de remise en ordre du patrimoine. L’épurement discographique tant attenduLe titre même de la biographie de l'archiviste John McDermott, Setting The Record Straight, milite en ce sens commence pourtant de façon controversée avec un Voodoo Soup qui ne convainc personne.

La reprise en main du catalogue par la famille se traduit en 1997 par la réédition des quatre albums sortis du vivant de Hendrix (avec leur pochette originale cette fois-ci), ainsi que d’un First Rays of the New Rising Sun qui supplante d’emblée Voodoo Soup.

Mais la publication de South Saturn Delta quelques mois plus tard se traduit par certaines interrogations. L’anecdotique y croise le meilleur, dans un recueil mélangeant toutes les périodes de façon hasardeuse.

Le coffret The Jimi Hendrix Experience Box Set n’étant pas un Best of, on pourrait résumer ainsi les attentes légitimes des amateurs du guitariste : De véritables inédits Studio ; Des versions alternatives de titres connus, à l’image des coffrets consacrés aux grands jazzmen (selon les prises, les solo peuvent varier considérablement) ; La publication des derniers titres de premier ou de second plan non réédités ; Du live, présenté de façon cohérente, à l’image de Stages quelques années plus tôt.

Le détail du coffret

CD 1 : Les débuts de l'Experience

Studio

La mention mérite une petite explication de texte. L’approche de Jimi Hendrix en studio se rapprochait plus de Pink Floyd ou des Beatles que de John Coltrane : il enregistrait généralement un basic track (basse/guitare/batterie) avec son groupe avant de commencer de longues séances d’overdubs. Nous ne sommes donc pas en présence d’une véritable alternate take (soit une prise complètement différente) mais d’un stade antérieur de l’enregistrement final, plus ou moins abouti selon les cas.

Cette précision a son importance car une prise trop proche (voire identique) n’a guère d’intérêt pour l’amateur possédant déjà les enregistrements originaux : on se rapproche alors plus d’un Best of amélioré (au moins sur le critère de la rareté) que d’une rétrospective présentant un regard nouveau sur un artiste.

Foxy Lady et Highway Chile sont ainsi d’un intérêt plus que mineur : la première est quasi identique à la version ouvrant Are You Experienced ; et la seconde diffère uniquement par le mixage (en stéréo).

Purple Haze et If 6 Was 9 présentent quelques variations, mais celles-ci restent minimes. Elles sont plus anecdotiques encore pour Third Stone from the Sun : la complicité de Chas Chandler et de Jimi Hendrix y est évidente, mais n'apporte rien de nouveau d’un strict point de vue musical.

Le même commentaire pourrait s’appliquer à la seconde version de Hey Joe (en studio) présentée sur ce CD.

La courte prise de Burning of the Midnight Lamp remonte à la genèse même du titre : le principal intérêt de cette démo est de nous présenter Hendrix au clavecin.

Trois titres studio retiendront finalement toute notre attention : Title #3 est un bref instrumental inédit dans une veine proche de Can You See Me. La proximité avec cette dernière explique peut-être pourquoi Hendrix n’a pas plus développé un début prometteur ? Here He Comes (Lover Man) est en fait une version instrumentale de Rock Me Baby. On peut regretter que les couplets ne soient pas chantés. Enfin, Taking Care of No Business est une chanson inédite (toutes périodes confondues) dans une veine proche de My Friend, mais dont la tonalité se veut plus humoristique. Ce titre connaîtra une séance d’overdubs dans les années 1980 en vue d’une sortie officielle qui ne verra finalement jamais le jour. La version présentée ici est dépouillée, mais réussie.

Live

Les quatre titres live de ce premier CD sont excellents, mais d’intérêt divers.

La prestation de l’Experience à Monterey fut historique. Mais couper Rock Me Baby et Like a Rolling Stone du reste de la performance pose question : pourquoi ne pas présenter le concert dans son intégralité ?

Par contre, Killing Floor et Hey Joe sont deux témoignages exceptionnels : ce sont les premiers titres enregistrés par l’Experience (en première partie de Johnny Hallyday à l’Olympia). Outre l’aspect historique de ces enregistrements (dont la qualité audio est excellente), c’est le chant de Hendrix, très appliqué, qui frappe : posé, juste, Hendrix n’était pas qu’un guitariste.

CD 2 : Le studio comme atelier de création

Studio

La partie studio de ce deuxième CD revient dans un premier temps sur les sessions de Axis: Bold as Love. Si la version de Little Miss Lover reste assez proche de la version publiée en 1967, les versions instrumentales de Little Wing et Bold as Love apportent véritablement un éclairage nouveau sur ces titres. Certes, ce sont des versions de travail, mais c’est justement ce qui fait tout l’intérêt de ces prises. La sérénité n’était pas encore de mise sur Little Wing, dont la version devrait réjouir les amateurs de Stevie Ray Vaughan. Bold as Love permet de comprendre comment Hendrix pouvait travailler en studio : ses compositions n’excluaient pas le tâtonnement.

Sweet Angel, déjà présente sur South Saturn Delta (mais éditée) est certainement plus à sa place dans le cadre d’un coffret. Le titre est plus complet ici, mais il y avait sans doute mieux à proposer qu’un doublon d’une démo.

Débarrassée de ses altérations inutilesVoir Crash Landing, Somewhere est pour le coup un véritable inédit enregistré entre les sessions des deuxième et troisième albums de l’Experience. Mitch Mitchell (préfigurant en cela ce que fera Douglas par la suite) réenregistra la partie de batterie après la mort de Hendrix. Dans le cadre du coffret, ce choix est là encore parfaitement justifié.

Les sessions studio de 1968 sont finalement peu présentes. Have You Ever Been (To Electric Ladyland) permet aux complétistes de retrouver l’ultime plage de Loose Ends.

Quant à Gypsy Eyes, c’est un retour sur les innombrables sessions consacrées à ce titre, qui finiront par avoir raison de la patience de Chas Chandler. À ce stade, les overdubs de la version ici présentée sont suffisamment différents de la version publiée en 1968 pour satisfaire l’auditeur.

Room Full of Mirrors est une composition qui aura connu une évolution considérable au cours des sessions successives. Cette prise, très courte, est la plus blues, et reste embryonnaire (avec le seul Paul Caruso à l’harmonica comme accompagnateur).

Experience Hendrix LLC nous propose un titre déjà publié officiellement, mais qui demeurait assez confidentiel : Gloria. Issue des sessions de l’Experience au TTG studio (stériles discographiquement), la reprise des Them de Van Morrison trouve parfaitement sa place ici. On retrouve tous les ingrédients qui font la force de l’Experience en concert, l'humour de Jimi Hendrix en sus.

L’album Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track n’ayant jamais été réédité, The Star Spangled Banner ne fut disponible en CD que sur la compilation Cornerstones. Totalement différente des versions live, cette version est intéressante pour d’autres raisons, à savoir ses arrangements et pour le lyrisme de ses contrepoints. Mais aussi pour la maîtrise du studio dont Hendrix fait preuve : enregistrée entièrement en re-recording, certaines parties furent couchées sur bande en divisant par deux la vitesse de celle-ci, afin d’obtenir ce timbre si particulier (une octave au-dessus) lorsque la bande est jouée normalement.

Toutefois, la meilleure surprise de ce deuxième CD est un véritable inédit : It's Too Bad. Trente ans après sa mort, le répertoire Hendrixien contenait donc encore des perles restées inédites. Duane Hitchings à l’orgue et Buddy Miles à la batterie secondent Hendrix dans un blues autobiographique, où il évoque ses relations avec son frère Leon, mais aussi avec la communauté afro-américaine. Pas de solo intense, mais un long blues sur un accord, où les qualités de chanteur de Hendrix s’expriment au mieux : posé, son chant explore des registres émotionnels très divers où la douceur cède le pas à la menace. Tout en retenue, le morceau n’explose que lors du final, où le groupe se concentre sur le rythme, le collectif l’emportant sur les individualitésLe pirate February 1969 Sessions présente une version non éditée de It's Too Bad où le groupe reprend après ce qu'on pourrait croire être la fin du morceau ; Hendrix joue un solo blues sur une rythmique mid-tempo.

Live

Le second disque du coffret commence avec deux excellents titres Live de The Jimi Hendrix Experience : Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band et Burning of the Midnight Lamp. Malheureusement, on peut faire à ces titres le même reproche qu’aux extraits de Monterey : pourquoi publier ces deux seuls titres alors que le concert fut publié in extenso quelques années auparavantSur Stages ?

Les deux extraits du concert de l’Experience donné le à l’Olympia présentés ici, à savoir The Wind Cries Mary et Catfish Blues étaient, eux, bien inédits. Depuis la publication par Dagger Records de Paris 67 / San Francisco 68, une majeure partie du concert est disponible officiellement. Ces deux titres sont là encore excellents, même si la version de Catfish Blues est coupée sur la fin. Après, se pose tout de même des questions de cohérence : l’éclatement de ce concert sur deux supports différents est a posteriori regrettable.

Quant à Fire, cette version était déjà disponible sur le Live at Clark University publié par Dagger Records : pour autant, le label était alors encore relativement confidentiel, et la présence de ce seul extrait du catalogue Dagger pouvait se justifier.

CD 3 : Un Best of Live Studio Les trois premiers titres sont des inédits de premier plan. Dans la perspective de l’inclure dans la compilation Smash Hits, Hendrix avait enregistré une splendide version de Stone Free (pourtant restée dans les placards). Les parties de guitare de cette version, débarrassée des altérations que Douglas lui avait fait subir sur Crash Landing montrent les progrès opérés par Hendrix en moins de trois ans.

Avant de jouer au Royal Albert Hall, l’Experience avait investi un studio de répétition pour parfaire son répertoire. Spanish Castle Magic et Hear My Train A Comin laissaient présager la qualité de la performance à venir : le groupe est parfaitement en place. Là encore, c’est une agréable surprise, au bout de 30 ans, de découvrir une version studio aussi puissante de ce dernier titre.

La prise de Room Full of Mirrors trouve sa place dans le cadre d’un coffret, même si on baisse musicalement d’un ton en comparaison des trois premiers titres. Enregistrée lors de la première session d’enregistrement de Billy Cox avec Hendrix (alors que l’Experience n’est pas encore séparée), les notes de pochettes originales ne précisaient pas que c’est Rocky Isaac qui officie à la batterie, accompagné d’Al Marks aux percussions. Cette prise est proche de celle présenté presque en même temps sur Morning Symphony Ideas (soit 3 nouvelles versions de Room Full of Mirrors la même année). À l'écoute, le jeu de Rocky Isaac manque de précision et révèle des problèmes de tempo. Pour autant, le reste du titre est loin d’être déplaisant : Billy Cox fait preuve des qualités purement bassistiques que Hendrix ne trouvait sans doute pas chez Noel Redding.