Un compteur communicant (également appelé compteur connecté ou compteur intelligent) est un compteur disposant de technologies dites AMR () qui mesure de manière détaillée et précise, et éventuellement en temps réel, une consommation d'électricité, d'eau ou de gaz. La transmission des données s'effectue par ondes radio ou par courants porteurs en ligne (CPL) au gestionnaire du réseau de distribution chargé du comptage.

Les compteurs communicants servent à produire des factures sur la consommation réelle, à repérer des gaspillages, des pertes en ligne ou les postes qui coûtent le plus au client. Ils peuvent éventuellement l'informer de microcoupures ou de pertes des réseaux électriques.

Si le compteur est en outre « programmable à distance » et équipé d'un appareil de coupure à distance, il est dit « AMM » (). Ces fonctions sont à la base de l'évolution des réseaux (d'électricité, d'eau ou de gaz) vers les « réseaux intelligents ».

Principe La dérégulation progressive des marchés de l'électricité et du gaz dans le monde, ainsi que l’interconnexion croissante des réseaux ont incité des agences et organismes gouvernementaux de réglementation ou de régulation à rechercher des moyens de mieux connaître, prévoir et maîtriser la consommation électrique, de gaz et d’eau des habitants, d’un quartier, d’une région ou d’un pays, notamment dans le cadre de la Ville intelligente et des réseaux intelligents, mais aussi pour aider les citoyens et autres usagers de l'électricité à mieux auto-contrôler ou mieux réguler dans le temps leur consommation.

Cette notion concerne plus souvent le compteur électrique, mais s'étend aux domaines du gaz naturel et de l'eau. Éventuellement « bidirectionnels », ils sont aussi développés dans la perspective de la ville intelligente ou ville du futur où sont attendus des instruments (capteurs intelligents et communicants) et des réseaux capables de traiter, stocker, filtrer, sécuriser, renvoyer ou partager des données, pour notamment suivre en temps réel les réseaux, équilibrer l'offre et la demande, maîtriser ou lisser les consommations, produire des factures, repérer et réparer les pannes ou défauts, piloter la gestion de crise, affiner les modèles de prévision, etc.

Les promoteurs de ces compteurs visent à inciter les clients à moins consommer, par l'établissement de prix différenciés en temps réel, aux heures de crêtes (surtarification) prévisibles selon les heures de la journée et la saison. Cela est censé encourager les clients à consommer moins d'énergie et permettre des économies globales d'énergies dans une perspective de développement durable. En effet, en permettant un suivi de consommation, ces systèmes permettraient de réaliser des économies d’énergie de 5 à 15 %, en favorisant de meilleures pratiques. Ces compteurs permettent également de couper à distance avec l’accord des clients l’alimentation de certains équipements, pour éviter les surcharges du réseau en périodes de pointeLe compteur électrique « intelligent » à la hauteur des attentes de 2012 ?, la Voix du Nord, 20 septembre 2010.

Les compteurs communicants permettent également d’effectuer certaines opérations à distance, sans qu’un technicien ne se déplace et que le client soit présent. En éliminant les tâches manuelles de relève, de changement de puissance, de coupure ou de remise en service, ces compteurs sont censés, à terme, permettre une diminution des coûts de distribution de l'énergie et des délais d’intervention.

Ces compteurs permettront en outre d'avoir une facture basée sur une consommation en temps réel, plutôt que sur une alternance de relevés sur site et d'estimations.

Prospective Dans le monde entier, à partir des années 1990-2000, la plupart des gouvernements et distributeurs d'électricité puis de gaz et d'eau se sont emparés de la question ou s'y intéressent, emboîtant le pas à l'Italie, premier grand pays à être intégralement doté de compteurs électriques dits intelligents (en 2011, dans son évaluation de Linky la Commission de régulation de l'énergie (CRE) parle plutôt de « système de comptage évolué »)CRE, « Réseaux électriques – Dossier d'évaluation de l'expérimentation Linky », juin 2011, 32, consulté le .. Une première étape a été celle de la comptabilisation de volumes ou flux (smart metering) au service de l'équilibrage des réseaux (électricité dans un premier temps), c'est-à-dire de l'opérateur. Une seconde étape, en cours, pourrait être une aide peu à peu généralisée à la gestion (plus ou moins automatisée), au service de l'usager. Une troisième étape, appuyée sur le Web 2.0 et le développement de prises électriques intelligentes (smart plug) et de différents types de capteurs et objets communicants, pourrait être un système commun et unifié de gestion intelligente des réseaux d'eau, de gaz et d'électricité, incluant les compteurs d'électricité et diminuant toutes les pertes en ligne. Selon la CRE (2011), pour qu'il puisse économiser au mieux l'énergie, .

Les premiers compteurs d'eau « intelligents » sont apparus en 2012 en France. Des prospectivistes comme Jeremy Rifkin prévoient l'émergence proche d'un « Internet de l'énergie », qui pourrait également s'étendre aux réseaux et systèmes de transports intelligents promus par l'Europe notammentITS Conference 2010 - Intelligent Road Transport in Europe – Putting the Commission's Plan into Action, , et « Études sur les systèmes de transports intelligents ».. L'innovation pourrait aussi porter sur le développement de compteurs « bi directionnels », c'est-à-dire pouvant alimenter le réseau et pas seulement y soutirer un flux (Linky le permet), par exemple pour des transferts latéraux (entre voisins, entre quartiers) de surplus d'énergies d'origine renouvelable (ou d'eau pluviale, dans un réseau séparé, voire un jour de méthane ou hydrogène) produits in situ. Ceci demande d'homogénéiser l'adressage (les IP des compteurs) et standardiser l'interopérabilité des systèmes par un protocole de communication standard ou des systèmes de traduction entre quelques protocoles. Les compteurs d'eau intelligents devraient notamment aider les opérateurs à repérer les fuites d'eau dans la maison, comme dans le réseau de distribution d'eau en amont, ainsi que les coupures de réseau. Des questions nouvelles, éthiques et techniques se posent, sur la protection de la vie privée et la sécurité ou vulnérabilité de ce type de réseau selon qu'ils sont centralisés, décentralisés, transparents ou non, locaux, régionaux ou transnationaux

Intérêt et technologies Outils d'aide à la maîtrise énergétique Un groupe de chercheurs du CNRS publie en 2015 une étude Adnane Kendel & Nathalie Lazaric, « The diffusion of smart meters in France. A discussion of the empirical evidence and the implications for smart cities », Journal of Strategy and Management, , , 22 août 2015. DOI 10.1108/JSMA-04-2015-0034 résumé). empirique « TicElecÉtude initiée par le CNRS, soutenue par l'État, l'ADEME, la région PACA et le conseil général des Alpes-Maritimes, conduite de 2012 à 2014 par le « Groupe de recherche en droit, économie et gestion » (CNRS/université Nice Sophia Antipolis), en partenariat avec une société privée (Ubinode qui a conçu l’aspect TIC de l’opération et l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et la commune de Biot. Remarque : l’acronyme TicElec signifie : « Technologies de l'information pour une consommation électrique responsable ». », réalisée de 2012 à 2014 dont le but est de trouver de premiers éléments de réponse quant aux réelles économies réalisées avec une technologie comme Linky. À Biot (Alpes-Maritimes), une centaine de ménages volontaires ont eu accès à une information régulière (et pour certains non-intrusive) de leur consommation électrique. Deux groupes de familles étaient équipés de compteurs intelligents ou capteurs nomades et un groupe témoin non équipé. Les foyers équipés avaient des informations plus ou moins fines (au jour le jour, jusqu’à une indication de la consommation par type d’équipement (chauffe-eau, chaudière, électroménagers par exemple). Ceux qui ont suivi leur consommation ont effectivement réduit (de 23 % en moyenneEnerzine (2015) « Consommation électrique : plus on est averti, moins l'on consomme ».) leur utilisation d’électricité. En outre une information « neutre » (ne comparant pas la consommation du foyer avec celle des autres) s'est alors montrée la plus efficace. Ceux qui ont eu une information plus fine ont moins consommé que ceux qui n’avaient qu’une information globale.

Selon une expérience menée en Australie par Landis+Gyr, les consommateurs bénéficiant d’un affichage dans leur logement, bénéficient d'une baisse effective de consommation de 10 % pendant les deux premiers mois, se réduisant à 5 % deux mois plus tard, pour un retour à la situation de départ au bout de six mois« Le compteur Linky » : Analyse des bénéfices pour l'environnement », ademe.typepad.fr, novembre 2010 , consulté le 22 mars 2017.. Dans son rapport Le compteur Linky, analyse des bénéfices pour l'environnement, l'ADEME cite cette étude et conclut que « si le compteur Linky, tel qu’il est actuellement conçu, apporte des bénéfices en matière de comptage et de gestion du réseau électrique, voire de diminution du contenu du kWh électrique, ses bénéfices pour le consommateur en matière de maîtrise de la demande restent encore théoriques ».

Infrastructures de comptage évoluées

Les infrastructures de comptage évoluées (ICE, en anglais Advanced Metering Infrastructure, ou AMI) désignent les systèmes qui mesurent, collectent et analysent les consommations d’énergie, et qui communiquent avec les appareils de comptage comme les compteurs d’électricité, de gaz, de chaleur ou d’eau, soit sur demande, soit selon une planification.

Ces systèmes incluent du matériel, des logiciels, des équipements de communication, des afficheurs d’énergie pour les consommateurs, des dispositifs de contrôle, des systèmes clients associés, des logiciels de gestion des données de comptage, ainsi que les systèmes métier des fournisseurs.

Les organismes publics et les entreprises de services publics se tournent vers les ICE dans le cadre de projets plus larges de réseau électrique intelligent. Les ICE vont au-delà des technologies de télérelevé automatique (ou AMR) en offrant une communication bidirectionnelle avec les compteurs. Cela permet l’envoi de commandes vers le domicile pour plusieurs usages, tels que la transmission d’informations de tarification horaire, les actions de réponse à la demande, ou encore la coupure de service à distance. Les technologies sans fil sont des éléments essentiels du réseau local, permettant de regrouper des milliers de compteurs en configuration maillée avant d’acheminer les données vers le centre informatique de l’opérateur.

Le réseau reliant les dispositifs de mesure aux systèmes métier permet de collecter et distribuer l’information aux clients, fournisseurs, entreprises de services publics et prestataires. Cela rend possible la participation à des services de réponse à la demande. Les consommateurs peuvent utiliser ces informations pour adapter leurs habitudes de consommation et bénéficier de tarifs avantageux. La tarification peut aussi être utilisée pour limiter la croissance de la demande de pointe. Contrairement aux systèmes AMR, les ICE permettent une communication bidirectionnelle, ce qui en constitue la principale différence : les systèmes se contentant de lire les compteurs ne peuvent être considérés comme des ICEGlossaire fourni par le ministère de l'Énergie des États-Unis .