vignette|Le Castor Castor fiber est l'une des espèces qui en Europe a fait l'objet du plus grand nombre de réintroductions, souvent avec succès. Il a été réintroduit pour des raisons d'éthique environnementale ou pour sa fourrure, puis, et de plus en plus en tant qu'espèce-ingénieur capable de restaurer des zones humides plus riches en biodiversité et de contribuer à la régulation du cycle de l'eau. vignette|relâché d'un condor de Californie juvénile, à Hopper creek, en 2014.
La réintroduction d'espèces animales ou végétales dans leur milieu naturel est une des stratégies de colonisation assistée mises en œuvre par la biologie de la conservation. C'est une notion qui a un sens administratif précis, mais qui est écologiquement relative (une opération dite de « réintroduction » envisagée à une échelle locale ou dans un territoire écologiquement insularisé pourrait être considérée comme « renforcement de population» pour un territoire plus vaste ou pour la métapopulation de l'espèce en question).
Une réintroduction s'inscrit généralement dans un projet plus global (Plan de restauration de la biodiversité ou d'un groupe d'espèces, ou « Biodiversity action plan » pour les anglophones, Plan de réintroduction, trame verte, etc.), et dans ce cadre elle est souvent associée à des opérations de protection ou de restauration de réseaux d'habitats reliés par des corridors biologiques et le cas échéant d'écoducs spécialement adaptés à l'espèce en question. Il peut parfois s'agir de mesures compensatoires (ex : écrevisses à pattes blanches réintroduites près de Lyon dans le cadre d'un chantier autoroutier).
Elle peut être cadrée des recommandations internationales (sous l'égide de l'ONU avec l'UICNInternational Union For Conservation of Nature (IUCN)/Species Survival Commission (SSC) (1998) Guidelines for Re-introductions. IUCN/SSC, Gland, Switzerland.Stanley Price, M. R. (1991) A review of mammal re-introductions, and the role of the Re-introduction Specialist Group of IUCN/SSC. In Beyond Captive Breeding : Re-introducing Endangered Mammals to the Wild. Symposium of the Zoological Society of London Vol. 62, pp. 9-25), par des guides généralistesIUCN/SSC Re-introduction Specialist Group. (1998). IUCN Guidelines for Re-introductions. IUCN (https://books.google.fr/books?id=g5RC7g69s1wC&dq=Guidelines+for+Re-introductions&lr=&hl=fr&source=gbs_navlinks_s avec google Books]) ou spécifiques (par exemple pour la réintroduction de primates non-humainsBaker, L. R. (2002). Guidelines for nonhuman primate re-introductions. Re-introduction NEWS, 21, 29-57.) ou par une charte spécifique (par exemple, en France, tout plan d'élaboration d'un dossier de réintroduction de castor, est invité à respecter une charte établie par l'ONCFSCharte de recommandations et conseils, P Rouland, mars 1993, ONC) et nécessite souvent la mise en place de Méchin Colette (2008) La réintroduction des espèces. Réflexion anthropologique sur la qualification du sauvage ; * CNRS Université de Strasbourg ; Colloque SFER "Chasse, Territoires et Développement durable Outils d'analyse, enjeux et perspectives " ; 25, 26 et 27 mars 2008 – ENITAC Clermont-Ferrand, France.
Enjeux Pour Chatain & Choisy, Chatain G & Choisy JP (1990), Réintroduction d'espèces animales : Le rôle de la recherche dans la réussite de l'opération. Revue de géographie alpine, 78(4), 62-73..
Objectifs et motivations La réintroduction est une réponse à un effondrement démographique local ou à la disparition d'une espèce sur tout ou partie de son aire de répartitionLomolino MV & Channell R (1998) Range Collapse, Re‐Introductions, and Biogeographic Guidelines for Conservation. Conservation Biology, 12(2), 481-484 (résumé). Elle vise généralement à restaurer des noyaux viables de population d'espèces dans des régions d'où leurs populations sauvages ont disparu depuis un certain temps, avec un objectif de rapprocher l'état écologique du milieu d'un « bon état écologique », mais elle peut aussi avoir quelques motivations en communMauz I (2006) http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/37/04/58/PDF/ArticleMauz.pdf Introductions, réintroductions: des convergences, par-delà les différences]. Natures Sciences Sociétés, (Supp. 1), 3-10 (résumé) avec les introductions qui se pratiquent quotidiennement dans les jardins publics ou privés par exemple.
Elle peut théoriquement concerner tout type d'espèces terrestres ou aquatiques appartenant à la faune et/ou de la flore sauvages, et plus rarement de champignons (par exemple saproxyliques), de lichens ou de microorganismes symbiotes.
Dans une approche plus (éco-)systémique, il peut être envisagé de réintroduire des groupes d'espèces interdépendantes plutôt qu'une espèce (par exemple un arbre et ses champignons mycorhizateurs et bactéries symbiotes).
Les objectifs sont généralement éthiques et de protection de la nature, mais l'espèce réintroduite est parfois, d'abord ou aussi, considérée pour son intérêt fonctionnel au sein de sa niche écologique, ainsi le castor est de plus en plus souvent réintroduit pour ses capacités d'espèce-ingénieur et en particulier pour sa capacité à restaurer des zones humides, alors que l'élan (Alces alces) pourrait l'être pour les faucarder« La réintroduction de l’élan (Alces alces) dans les zones humides : Un projet dans le cadre du développement durable des zones humides défavorisées », Dr Thierry Lecomte, Parc naturel régional de Brotonne (Haute-Normandie - France), novembre 1998 Télécharger le résumé du projet, le loup (dans le parc national de Yellowstone) pour rééquilibrer l'écosystème en contrôlant les herbivores qui tuaient trop d'arbres, au détriment du castor qui ne pouvait plus produire ses barrages, ce qui a occasionné une baisse de la nappe superficielle et une augmentation de l'intensité et de la durée des incendies.
Une autre motivation de renforcement de population ou de réintroduction peut être les services écosystémiques rendus par une espèce réintroduite pour l'eau (le castor) pour l'agriculture (des pollinisateurs, ou des espèces utiles à la lutte biologiqueLecomte, J. (1989). réintroduire, voilà la question. Courrier de l'environnement de l'INRA, 6(5). voir page ex : Onillon J.C. 1978 : Modalités d'emploi des hyménoptères parasites dans la lutte contre les aleurodes. Bull. Tech. Inf. Maveret-Wattez C. 1900 : Atlas de poche des poissons d'eau douce - Paris.), pour la forêt (des espèces qui dispersent ou plantent des graines ou propagules.
Qui met en œuvre ? Les plans de réintroduction ont souvent été proposés par de grandes ONG et le sont de plus en plus par les États. Ils sont généralement mis en place sur le terrain par des ONG, des entités gestionnaires de milieux, des conservatoires ou des agences environnementales, sous le contrôle de l'État, ou avec l'accord des états qui travaillent avec une cellule spécialisée de l'UICN, le RSG (Re-introduction Specialist Group).
Dans le cadre des études scientifiques en ingénierie écologique, les chercheurs peuvent pratiquer une réintroduction d'espèces en tant qu'expérimentations. Les résultats pourront constituer des préconisations aux gestionnaires des milieux naturels.
Types de réintroductions
On peut distinguer plusieurs approches :
Selon la provenance (la « source ») Réintroduction à partir d'un lieu de conservation ex situ et parfois "hors sol".La réintroduction s'effectue à partir d'un lieu de conservation situé hors du milieu naturel. La « source » est alors un jardin conservatoire, une banque de semence dont les graines ou les propagules sont issues d'un Conservatoire botanique national ou d'un Conservatoire des collections végétales spécialisées, ou un élevage conservatoire, etc. Il peut s'agir : d'animaux d'espèces terrestres élevées sur plusieurs générations en captivité (en jardins zoologiques par exempleFa JE, Funk SM & O'Connell D (2011). Zoo conservation biology. Cambridge University Press. (lien externe), qu'il faut alors parfois longuement réadapter à la vie sauvage et déshabituer du contact avec l'Homme. d'animaux d'espèces aquatiques conservées en aquariums publics. de plantes ou d'autres organismes vivants cultivés en jardins botaniques, conservatoires botaniques, arboretums ou autres lieux de conservation. de graines conservées en frigo, et plus rarement d'embryons congelés, etc.
Réintroduction à partir d'un lieu de conservation in situ.La réintroduction s'effectue à partir du milieu naturel, par transfert géographique de l'espèce (ou d'un groupe d'espèces). Les organismes matures ou les propagules, importés d'un noyau existant d'individus sauvages ou semi-domestiqués, sont prélevés dans une autre région (que l'on choisit la plus proche possible en termes d'écologie du paysage, et non en termes de proximité géographique). La « source » est alors d'autres lieux de conservation dans la nature (réserves naturelles, parcs nationaux, etc.). Il peut s'agir : d'animaux. Les animaux peuvent être dans un premier temps relâchés dans un enclos pour quarantaine, et pour s'adapter à leur nouvel environnement, notamment pour les animaux territoriaux. Dans certains cas (amphibiens), ce sont les œufs qu'il faut déplacer, faute de quoi, les adultes risquent de chercher à retourner d'où ils viennent. de végétaux (dont la survie à long terme peut être compromise si par exemple des champignons symbiotes, ou leur unique insecte pollinisateur n'est pas ou n'est plus présent sur le territoire de réintroduction). de champignons, de lichens. d'éléments de la microfaune du sol, alors importés avec des échantillons de sol. d'invertébrés saproxyliques déplacés avec des arbres morts.
Selon la destination (le « but ») En fonction du « but » à atteindre, on distingue trois stratégies principales, définies comme suit : Restauration : action contribuant à l'augmentation d'une population animale ou végétale afin qu'elle parvienne à un bon état de conservation. Elle se traduit généralement par un Plan de restauration pour une espèce, incluant un effort de restauration et préservation de son habitat. Ce plan peut être mondial, européen, national, régional. Renforcement : action prévoyant, au sein d'une population existante mais peu nombreuse, l'introduction de nouveaux spécimens de l'espèce, pour en conforter la diversité génétique et le nombre d'individus. Réintroduction : action de lâchers d'animaux ou de plantations de végétaux sur un territoire où l'espèce n'était plus présente depuis un certain temps. Pour les animaux, il y a lieu de distinguer selon la phase intermédiaire (soins, transport, enclos) plusieurs concepts apparentés à celui de réintroduction.
La restitution consiste à libérer dans la nature des animaux sauvages nés en liberté et recueillis pour leur sauvegarde, après une phase de réhabilitation en captivité dans un centre de soins de la faune sauvage.
Le transfert (aussi appelé transplantation ou encore translocation) peut être défini comme l’installation ou la réinstallation d’individus prélevés dans leur milieu naturel et appartenant à une espèce animale absente dans le lieu de destination, sans phase intermédiaire de captivité autre que très courte et liée aux exigences de transport pour la réussite de l’opération.
Lorsque les animaux "réintroduits" sont conservés dans la nature mais en enclos (ex : Bison européen du parc animalier de Sainte Eulalie, en Margeride, en France), on ne parle généralement pas de réintroduction, mais d'élevage conservatoire en « parc zoologique », « parc animalier », « parc de vision », etc.
« Réintroduction » spontanée (ou simple retour) favorisée par la restauration des conditions de migrations