Sébastien Vaillant ( à Vigny - à Paris) est un botaniste français, qui, écrit Linné, .
Biographie Premier âge : botanique, orgue et chirurgie Sébastien Vaillant va à l'école à quatre ans. À cinq, il ramasse des plantes et les transplante dans le jardin de son père, qui doit lui faire son petit jardin. À six, il est mis en pension à Pontoise, chez M. Subtil, un prêtre qui sera un maître sévère. Affligé de fièvre depuis quatre mois, un jour l'enfant se cache et se fait un remède de laitues assaisonnées de vinaigre ; il guérit.
Il est envoyé par son père étudier auprès de l'organiste de la cathédrale de Pontoise auquel il succède, à sa mort, à l'âge de onze ansBoerhaave, .
Sébastien Vaillant étudie la médecine et la chirurgie à l'hôpital de Pontoise (la médecine incluait alors des études de botanique). Il quitte Pontoise pour Évreux à dix-neuf ans et c'est à titre de chirurgien qu'il est à la bataille de FleurusMichaud. Toujours chirurgien, il est à Paris en 1691. Il prend comme maître de botanique Joseph Pitton de Tournefort (1656–1708) qui utilise ses talents pour son Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris, parue en 1698. Il suit aussi les cours d'anatomie de Du Verney et de chimie d'Antoine de Saint-Yon.
Carrière de botaniste Guy-Crescent Fagon, médecin du roi et botaniste, remarque Sébastien Vaillant et en fait son secrétaire. Il peut dès lors se consacrer à l'étude des plantes pour laquelle il obtient un accès illimité au Jardin du roi dont Fagon le nomme directeur. Fagon était professeur et sous-démonstrateurLe sous-démonstrateur, selon Boerhaave (), avait plus de privilèges que le démonstrateur. au Jardin du roi. Tournefort avait sollicité cette charge, mais ce n'est toutefois pas en sa faveur, mais en celle de Sébastien Vaillant, que Fagon démissionne en 1708. Vaillant n'avait rien sollicité mais est très sensible à l'honneur ; il redouble de zèle, accomplissant avec grande générosité ses tâches de professeur.
Les collections du jardin croissent considérablement sous l'impulsion de Vaillant. Même si Vaillant lui-mêmeHors son voyage scientifique avec Danty d'Isnard dont nous avons un rapport manuscrit. est basé à Paris et passera à l'histoire par son travail sur la flore parisienne, le Jardin a plusieurs contributeurs hors de Paris, en particulier dans les colonies.
Deux développements dans la suite méritent d'être signalés : Fagon obtient de Louis XIV l'autorisation de construire un « Cabinet de drogues » au Jardin du Roi et charge Vaillant de le garnir et d'en assurer la garde ; Charles Bouvard avait fait construire la première serre chaude : le Jardin avait des plantes des pays chauds. En 1714, Vaillant obtient l'autorisation d'en construire une autre, afin d'y cultiver des plantes grasses, puis une autre encore en 1717Paul-Antoine Cap, Le Muséum d'histoire naturelle, , L. Curmer, 1854 : Cap est la seule source sur ce point..
En 1716, Vaillant entre à l'Académie des sciences ; là encore, il ne l'avait pas sollicité.
Études sur la sexualité des plantes Sur la question de la sexualité des plantes, Sébastien Vaillant avait eu des prédécesseurs : André Césalpin, Rudolf Jakob Camerarius, John Ray, Nehemiah Grew et Prospero Alpini. Il aura, par l'intermédiaire de Johan Stensson Rothman, un successeur illustre, Carl von Linné. Mais c'est à luiSur toute cette question de Vaillant et de la sexualité des plantes, voir le premier chapitre, « Sébastien Vaillant and the sexuality of plants » de l'ouvrage de Roger Lawrence Williams () qu'il faut attribuer le rôle d'avoir identifié les organes sexuels des plantes et d'avoir fait reconnaître leur importance dans la taxonomie.
Tournefort En 1700 paraissent les Institutiones rei herbariae de Tournefort. Dans l'ouvrage monumental de son maître, Vaillant doit, écrit Herman Boerhaave, séparer le vrai d'avec le fauxBoerhaave, Préface, .. Il fait aussitôt part de ses réserves à Fagon, et montrera plusieurs fois par la suite son désaccord. Mais ce n'est qu'en 1721, longtemps après la mort de l'auteur des Institutiones et peu avant la sienne, qu'il les communiquera à l'Académie des sciences, et seulement en 1722Boerhaave dans sa préface, () écrit par erreur « 1723 ». que seront publiées ses Remarques sur la méthode de M. Tournefort.
Le différend tourne autour du rôle central que Vaillant, anticipant Linné, attribue, pour la classification des plantes, à leurs caractères sexuels. L'histoire, par Linné, a clairement favorisé Vaillant, mais beaucoup ont vu chez lui de l'ingratitude à l'égard de Tournefort.
Histoire des deux pistachiers left|thumb|Le pistachier de Sébastien Vaillant du Jardin alpin de Paris. Le pistachier du Jardin du roi (l'actuel jardin des plantes de Paris) fleurissait mais ne portait jamais de pistaches. Il y avait, très loin, dans un autre quartier de Paris, un autre pistachier qui fleurissait mais ne portait également jamais de pistaches. Vaillant apporta une branche en fleurs du pistachier du Jardin du roi à l'autre pistachier de Paris et la secoua près de lui. Cette année-là, l'autre pistachier de Paris donna des pistaches. L'expérience de Vaillant venait de démontrer la sexualité des plantes : en effet, le pistachier du Jardin du roi était un pistachier mâle et l'autre un pistachier femelle.
Le « pistachier de Vaillant » existe toujours, trois fois centenaire, dans le Jardin alpin du Jardin des plantesLe jardin alpin sur le site du Jardin des plantes de Paris., et son cartel raconte précisément cette histoire.
L'expérience, pour être validée, doit réunir plusieurs conditions : il faut deux plantes non hermaphrodites (cela peut sembler simple, mais beaucoup de plantes portent à la fois les organes femelles et les organes mâles) ; ces deux plantes doivent être suffisamment éloignées l'une de l'autre (pour qu'il n'y ait pas de pollinisation accidentelle, par le vent ou les insectes) ; il faut détecter quelle plante est le mâle et quelle autre est la femelle ; la floraison du mâle doit coïncider avec celle de la femelle ; il faut simuler l'action du vent (ou des insectes), ce que fit Vaillant en secouant la branche mâle près de l'arbre femelle (il faut amener le pollen du mâle à la femelle) ; il faut observer le résultat (la production de fruits, dans ce cas de pistaches, sur l'arbre femelle).
Si un arbre ne fructifie qu'après qu'on lui a apporté la poussière (le pollen) d'un autre arbre de la même espèce, alors il faut deux arbres pour produire un fruit. Il ne reste plus qu'à appeler l'un des deux arbres « arbre masculin » et l'autre « arbre féminin », ce qui se fait facilement par analogie avec le règne animal.
Discours de 1717 L'auditoire de Vaillant pour son Discours du est composé d'étudiants en botanique, mais bon nombre d'entre eux sont aussi étudiants en médecine, car à cette époque ce sont surtout les médecins qui ont un intérêt scientifique pour les plantes« [J]usque fort avant dans le , les études médicales constituent la seule voie d'accès à la botanique et, par l'anatomie comparée, à la zoologie. » (Yves Laissus, « Les voyageurs naturalistes du Jardin du roi et du Muséum d'histoire naturelle : essai de portrait-robot », dans Revue d'histoire des sciences, 1981, , , , , lire en ligne, consulté le 16 juillet 2012).. Devant eux, Vaillant va employer le langage direct auquel sont habitués les étudiants en médecine pour parler de la sexualité. Oui, les plantes sont sexuées. Mieux vaut parler carrément de « fleurs mâles » et de « fleurs femelles » (sinon on donne dans le « fleurismeLe mot est de Vaillant, . ») et de plantes hermaphrodites pour celles qui portent les deux sexes. Les termes d'« étamines » et de « testicules » sont d'ailleurs interchangeablesR. L. Williams, , , , .. S'amusant, mais aussi sans doute provoquant, Vaillant attribue aux plantes le langage des ébats amoureux« Lit nuptial », « cédant à leur impétuosité », « ces fougueux qui semblent ne chercher qu'à satisfaire leurs violents transports » (Discours, )..
Sur un seul point, Vaillant est à court d'explications. Il ne connaît pas la voie de pénétration du pollen (elle ne sera identifiée qu'un siècle plus tard) et doit imaginer un « esprit volatil ». qui se fait un chemin jusqu'aux ovairesR. L. Williams, Botanophilia, ..
Vaillant s'arrange pour que ses allusions à Tournefort et à Geoffroy soient claires, sans nommer l'un ou l'autre quand il les critiqueTournefort avait beaucoup donné dans le « fleurisme », il n'avait vu dans le pollen qu'un excrément. Geoffroy () était le corbeau qui s'était paré des plumes du geai, c'est-à-dire qui s'était approprié la paternité de ses idées. (La fable de La Fontaine parle d'un geai qui se pare des plumes d'un paon.).
Le discours suscite l'enthousiasme des étudiants, qui le « recueillentVoir la page titre, . Cette attribution aux étudiants de l'initiative de la publication est sans doute une mesure de précaution prise par Vaillant. » ; il est traduit en latin, et Boerhaave ainsi que Sherard en assurent la publication.
Querelles
En 1721, l'Académie interdit à Vaillant d'attaquer de nouveau Tournefort dans une communication. Vaillant acquiesça semble-t-il, mais ne reparut plusR. L. Williams, .. Et quand Vaillant mourut, l'Académie « oublia » de faire son éloge, la plume de Fontenelle ne consacrant que les savants que leurs confrères trouvaient éternels.
Fin de vie vignette|Page de garde de l'édition de 1727 du Botanicon Parisiense. Vaillant avait été un professeur de renom, dont les élèves reconnaissaient le dévouement. Il avait fait visiter son cabinet de pharmacie à Pierre le Grand. Le célèbre anatomiste Du Verney s'était assis devant lui comme un simple étudiant.
Malade, il est trop pauvre pour faire paraître avant sa mort son Botanicon Parisiense, fruit de trente-six ans de travail. Le , il fait écrire à Herman Boerhaave, qui en accepte la charge ; Boerhaave achète de Claude Aubriet, peintre du cabinet du roi, les illustrations qu'il avait faites sous la supervision de VaillantVaillant « était tributaire d'un crayon étranger ». (Paul-Antoine Cap, , L. Curmer, 1854, ) Aubriet avait aussi été le dessinateur de Tournefort. et les remet à Vaillant.
L'ouvrage, particulièrement important dans l'histoire de la botanique (les termes d'étamine, d'ovaire et d'ovule y apparaissent pour la première fois dans leurs sens actuels), est publié en 1723, l'année suivant sa mort. L'édition de 1727 comprend les 300 illustrations d'Aubriet, gravées par Jan WandelaarC'était généralement Philippe Simoneau qui était chargé de la gravure..
Le genre Valantia (vaillantie) (famille des Rubiacées), que lui avait dédié Tournefort., fut repris par LinnéMérat de Vaumartoise écrit : () Il s'agissait d'une coquille, mais au contraire Linné l'a consacrée.Dans sa critique du système de Tournefort, Vaillant est amené à critiquer la création du genre qui porte son nom..
Son herbier, que fit acheter à sa veuve et auquel celui de Fagon a été joint, est conservé au Muséum national d'histoire naturelle ; les spécimens de Vaillant forment le lot le plus ancien, par exemple, des collections de champignonsHerbier de mycologie du Muséum. (Vaillant a été un pionnier de la mycologie, l'amanite phalloïde« Amanita phalloides (Vaill. ex Fr.) Link, 1833 ». porte son abréviation), de bryophytesHerbier de bryophytes., de plantes à fleurs et de fougèresPlantes à fleurs et fougères.. À Vigny, la rue où il est né porte son nomPartie d'un plan de Vigny..
Œuvres Liste des ouvrages
Publications Aussi : .L'ouvrage est aussi cité sous son titre latin : Sermo de structura florum, horum differentia, usuque partium eos constituentium, habitus in ipsis auspiciis demonstrationis publicae stirpium in Horto regio Parisino, X° Junii 1717. Et constitutio trium novorum generum plantarum, Araliastri, Sherardiae, Boerhaaviae. Cum descriptione duarum plantarum novarum generi postremo inscriptarum.