(en , Bagrationi ; - Tbilissi, ), fils et successeur d', de la dynastie des Bagratides, est le dernier monarque du royaume de Kartl-Kakhétie en Géorgie orientale.

Le règne d'Héraclius avait marqué l'apogée du royaume mais aussi un rapprochement diplomatique avec l'Empire russe qui, à partir du traité de Gueorguievsk de 1783, fait progressivement passer le royaume géorgien dans l'orbite russe. , qui règne de 1798 à 1800, hérite d'un royaume en déclin, miné par des intrigues de cour conduisant à la guerre civile, dans le contexte international difficile de la guerre russo-turque de 1787-1792 puis de la guerre russo-géorgeo-persane de 1795-1796 où les Géorgiens subissent la défaite de Krtsanissi en 1795. , pris en tenaille entre l'Empire ottoman et la Perse des Kadjars, doit accepter une garnison russe permanente à partir de tandis que les Avars du Caucase mènent un raid dévastateur dans le royaume en . À la mort de , la Kartl-Kakhétie est pratiquement une province russe qui deviendra en 1806 le centre de la vice-royauté du Caucase.

Biographie Jeunesse Georges Bagration est né le , fils du roi de Kakhétie et de sa seconde épouse, la reine Anna, elle-même fille de l'influent prince Zaal Abachidzé.. Il est le quatrième enfant du roi, ses aînés étant les princes Vakhtang et Salomon et la princesse Roussoudan, qui meurt dans son enfance. Georges grandit durant la période de lente réunification des États de Géorgie orientale, son père gouvernant le royaume de Kakhétie et son grand-père , celui de Kartli. Il est éduqué auprès de la famille royale, dans l'ombre de son demi-frère aîné Vakhtang, qui est nommé duc d'Aragvi par son père dès l'âge de 9 ans.

Sa jeunesse est marquée par de nombreuses tragédies familiales. Sa mère, la reine Anna, meurt en , alors qu'il n'a que 3 ans. Vakhtang, qui est considéré comme l'héritier probable d' et incarne l'espoir d'une réunification géorgienne, meurt à son tour en , quand le jeune Georges a 9 ans. Son second frère Salomon décède quant à lui en 1765.

En 1762, peu de temps après la mort du roi , proclame l'unification des royaumes géorgiens à l'est de la chaîne de Likhi et se fait couronner souverain du royaume de Kartl-Kakhétie à Mtskheta. Le jeune Georges et la famille royale résident dès lors entre la capitale, Tbilissi, et le « château du Prince », le palais royal de Telavi reconstruit par ..

Héritier du trône vignette|redresse|, père de . Avec la mort du prince Salomon en 1765, Georges devient l'aîné des fils survivants de la famille royale et donc l'héritier présomptif de la couronne de son père, d'après l'ancienne tradition géorgienneDepuis la création du royaume de Géorgie en 1010, la succession au trône géorgien va à la primogéniture du monarque, les fils prenant précédence sur les filles.. Mais ce n'est qu'un an plus tard qu' décide de formaliser le futur de sa dynastie, après l'échec de la rébellion du prince Paata Bagration de Moukhran. Voulant recevoir une plus grande responsabilité au sein de la gouvernance du pays, il demande la gouvernance de la province de Pambak en Arménie géorgienne, avant de s'engager dans un programme de repeuplement de la région dévastée par des siècles d'invasions.

Georges est officiellement nommé héritier du trône des Deux-Géorgies en 1766. En apanage, il reçoit une large série de territoires en Géorgie septentrionale, aux frontières du royaume avec la Perse voisine et largement peuplés d'Arméniens et de Turcomans, ainsi que les titres de « seigneur de Ksani, de Tianeti, d'Aghdja-Qala, de Loré et de Pambak ». Cette décision protège Georges, dont la belle-mère Daredjan, troisième épouse d', gagne en influence à la cour royale et favorise ses propres enfants. L'un d'eux, Levan, reçoit le titre de duc d'Aragvi, un apanage important en plein cœur de la Géorgie.

Cette distribution, qui continue plus tard avec l'offre du duché de Ksani au prince Ioulon Bagration en 1790, apparaît comme une tentative de diminuer les larges pouvoirs de la noblesse et de centraliser l'influence de la dynastie royale des Bagrations. Tandis que de nombreux gouverneurs sont nommés pour remplacer les différents duchés abolis, Georges épouse en 1766 la jeune princesse Ketevane Andronikachvili, fille du gouverneur de la QiziqiUne région de l'Azerbaïdjan moderne, formant à l'époque la marche frontalière avec la Perse., âgée de 12 ans. Elle devient rapidement populaire à la cour royale, notamment après avoir elle-même pris la charge d'une armée de 300 Géorgiens pour vaincre une bande de 500 Lezghiens en 1777. Le couple princier donne naissance à six fils et six filles avant la mort de Ketevane le . Le , Georges se remarie avec Mariam Tsitsichvili, la fille du prince Georges Tsitsichvili, gouverneur de Pambaki et Chouragali, qui devient plus tard la dernière reine de Kartl-Kakhétie.

En tant qu'héritier du trône, le statut de Georges est très important au sein de la cour royale. Il devient ainsi membre du grand conseil d'État, chargé de conseiller le roi dans les affaires importantes du royaume. Ce statut, et la descendance qu'il engendre avec sa première femme, ne font qu'augmenter la jalousie qu'éprouve sa belle-mère à son égard.

Prince énergique En tant qu'héritier du trône, Georges s'implique de plus en plus dans les affaires nationales. En , il rejoint les forces de son père pour combattre les Ottomans et reprendre Akhaltsikhé. À la tête d'une armée de renforcés par un bataillon de , il tente en vain de capturer la forteresse d'Atskouri dans la vallée de Bordjomi, après quoi les troupes du général russe Gottlob Curt Heinrich von Tottleben quittent la campagne et laissent les Géorgiens seuls face aux Turcs. et Georges parviennent toutefois à vaincre les forces ottomanes à Akhalkalaki et Khertvissi, avant de leur infliger une défaite décisive à Aspindza le , lors d'une bataille ou Georges dirige l'aile gauche de l'armée géorgienne.

Peu de temps après la victoire d'Aspindza, en , Georges et le patriarche géorgien sont envoyés en Iméréthie par afin de négocier une paix entre le roi et les princes et . Son but à long terme est de former un front géorgien uni en vue d'une invasion de l'Empire ottoman.

La même année, il est envoyé par son père avec son demi-frère Levan pour mettre un terme à une rébellion nobiliaire à Ksani. Après une campagne durant laquelle Georges est responsable des troupes du Kartli supérieur, les deux princes font prisonnier le prince Georges de Ksani et annexent ses domaines aux domaines royaux. En 1777, Georges de Ksani, pardonné par le roi et retourné dans ses domaines, se révolte à nouveau et Héraclius renvoie ses deux fils pour le mater. Après un court siège de la citadelle de Siata, les princes royaux sortent victorieux et Georges de Ksani est emprisonné à Tbilissi, tandis que ses domaines rejoignent les biens de l'héritier.

Le , introduit un service militaire obligatoire dans son royaume. Pour donner l'exemple, Georges s'engage dans l'armée et est stationné à Ghartis-Kari, une citadelle frontalière faisant face aux raids lezghiens. En 1779, il accompagne son père pour assiéger Erevan, dont le souverain Hosseĩn Ali Khan se rebelle contre Tbilissi, et fait preuve de ce que le chroniqueur Papouna Orbeliani décrit comme une « véritable bravoure », vainquant le khan en un seul combat.

Face aux crises Durant cette période, Georges voit le statut de ses autres frères augmenter. Dès 1772, son père envoie le cadet Levan à Saint-Pétersbourg comme responsable d'une ambassade pour demander la protection des intérêts géorgiens par la Russie face aux Ottomans, une distinction auparavant offerte à l'héritier royal. Cependant, Levan meurt en 1782 et le , le royaume de Kartl-Kakhétie et l'Empire russe signent le traité de Guerorguievsk, qui place la Géorgie sous protectorat russe et reconnait officiellement le prince Georges comme héritier du trône.

vieillit et son influence à la cour décroît au profit de celle de la reine Daredjan. En 1790, Ioulon, l'aîné des fils de la reine depuis la mort de Levan, est titré duc de Ksani. L'année suivante, les fils de Daredjan reçoivent en donation , contre seulement pour Georges. Enfin, en 1794, signe un décret changeant la loi de succession au trône, effective depuis l'unification de la Géorgie en 1010 : ce décret instaure un système de succession fraternelle qui garantit le trône à Ioulon après la mort de Georges.

Ce décret reste l'un des actes les plus controversés du règne d', mais les sources contemporaines montrent que la signature aurait été forcée au roi. Une lettre royale adressée au prince Georges datant de raconte : Le décret établissant les domaines immobiliers que Nous avons offerts à tes frères, j'ai été forcé de le signer ; mais il fut élaboré sans mon accord et rédigé par une personne qui n'a pas l'autorité de le faire, faisant de ce décret inadmissible. Crois-moi, sur la mémoire de mon père Teïmouraz, crois-moi et crois Dieu que je ne donne pas mon accord à ce décret. Aucune cause ne peut me mener à détruire ton droit de naissance...

gauche|vignette|alt=Œuvre présentant divers moments d'une bataille|La bataille de Krtsanissi. Ce décret n'est toutefois jamais annulé par le roi, qui passe les dernières années de son règne à craindre les résultats de sa politique pro-russe. En , les armées perses, qui craignent de perdre leur influence sur la Géorgie à la suite du traité de Gueorguievsk, envahissent la Kartl-Kakhétie et affrontent les petites forces géorgiennes lors de la bataille de Krtsanissi. Elle se solde par une défaite humiliante pour , qui voit sa capitale Tbilissi ravagée et incendiée. Georges, qui contrôle l'armée kakhienne, est accusé d'avoir causé la défaite géorgienne : il n'a pas réussi à atteindre Tbilissi, restant avec ses troupes à Sighnaghi, ralenti par la faim et la maladie.

Georges est toutefois pardonné par son père après la bataille et chargé de reconquérir la capitale. En été 1796, Georges et ses troupes de Kakhétie, aidés par l'artillerie russe, le colonel Sirikhnev et ses forces, reprend Tbilissi et chasse la garnison persane. Le prince se voit confier la reconstruction de la capitale, tandis qu' s'établit au palais royal de Telavi À Tbilissi, Georges reconstruit le principal pont de la ville, détruit durant la bataille, et organise la repopulation de la capitale, tout en utilisant son talent diplomatique pour empêcher une invasion lezghienne avec l'aide des Ottomans.

En décembre, Georges assure la régence du royaume lorsque son père devient trop faible pour gouverner et le , afin de préserver l'unité familiale, il signe un décret reconnaissant son cadet Ioulon comme premier dans l'ordre de succession. Le roi meurt le , à l'âge de , au palais de Telavi récemment reconstruit par Georges.

Règne faible Accession au trône Sur son lit de mort, fait appeler Georges de Tbilissi afin de lui confier les affaires d'État. Le , deux jours après la mort de son père et le Jour de Sainte Nino, Georges est reconnu comme roi de Kartl-Kakhétie par la noblesse et l'Église orthodoxe géorgienne, lors d'une cérémonie dans la ville de Kazakh. Sa titulature, qui indique la prétention de son père envers l'unification de la Transcaucasie, devient : Le Prince Souverain et Héréditaire, le Sérène Roi Georges, par la Grâce de Notre Seigneur, Roi de Kartli, Roi de Kakhétie, Prince héréditaire de l'Atabeylik de Samtskhé, Prince de Kazakh, Bortchalo, Chamchadilo, Qaq, Chaki et Chirvan, Prince et Seigneur de Gandja et d'Erevan.

Le roi Georges est chronologiquement numérisé . Toutefois, d'après l'historien russe Nikolaï Dubrovyn, il est nommé couramment durant son règne, à cause du double règne de , roi de Karthli.

vignette|alt=Carte du Caucase|Carte de la Géorgie à l'avènement de .