La Fabuloserie est un musée privé ouvert au public depuis 1983. Situé à Charny-Orée-de-Puisaye (ancienne commune de Dicy), dans l’Yonne, l’espace a été aménagé par Alain Bourbonnais pour accueillir sa collection d’art hors-les-normes.
La collection réunit plus de mille créations réalisées par des artistes autodidactes apparentés à l’art brut. Conçue comme un véritable cabinet de curiosités, La Fabuloserie se compose de deux espaces : la « maison-musée » et le « jardin habité ». Le premier, la « maison-musée », expose notamment des peintures et dessins de Yanko Domsic, Philippe Dereux, Philippe Mahaut et Franz Ringel ; des sculptures et assemblages d’Émile Ratier, Simone Le Carré-Galimard et aussi la Tribu des Turbulents d’Alain Bourbonnais lui-même. Le second, le « jardin habité », musée de plein-air, présente les sculptures d’habitants-paysagistes comme Camille Vidal, Jules Damloup, mais aussi les girouettes de Jean Bertholle et l’étonnant Manège de Petit Pierre.
Histoire du musée
L'Atelier Jacob Architecte, créateur, Alain Bourbonnais (1925-1988) est aussi collectionneur. Lorsque Jean Dubuffet annonce en 1971 qu’il donne sa Collection de l'art brut à la Suisse, Alain Bourbonnais souhaite poursuivre l’aventure en France. En 1972, il ouvre avec sa femme Caroline, une galerie d'art hors-les-normes à Paris, rue Jacob. Baptisée « L’Atelier Jacob », cette galerie présente le travail de créateurs se situant « sous le vent de l’Art Brut ».
Soutenu par Jean Dubuffet, qui lui communique une liste de noms de créateursLettre de Jean Dubuffet à Alain Bourbonnais, 16 mars 1972, Dicy archives La Fabuloserie, Alain Bourbonnais entre également en contact avec d’autres collectionneurs tels qu’Alphonse Chave et Claude Massé. La galerie attire des artistes singuliers tels que Jano Pesset, Pascal Verbena, Flèchemuller et Michel Nedjar.
Tout au long des dix années d’existence de l’Atelier Jacob, de nombreuses expositions monographiques et collectives sont organisées. Bien que l’Atelier Jacob soit un espace d’exposition et de vente, la galerie est aussi un lieu de rencontres où se forme et se développe la collection privée d’Alain et Caroline Bourbonnais. Collectionneur plus que marchand, Alain Bourbonnais participe à la valorisation et à la diffusion de l’Art hors-les-normes en collaborant à des expositions d’envergurePour l’historique de L’Atelier Jacob voir Déborah Couette dir., Un autre regard, l’art hors-les-normes d’Alain Bourbonnais dans les murs de la Collection Sainte-Anne, Co-édition Musée Singer-Polignac/ La Fabuloserie, 2013.
Deux expositions clés : Les Singuliers de l’art et Outsiders
1978 : Les Singuliers de l’art, des inspirés aux habitants paysagistes
À l’instigation de Michel Ragon et d’Alain Bourbonnais, Suzanne Pagé organise l’exposition Les Singuliers de l’art dans la section de l’ARC (Art Recherche Confrontation) du Musée d’art moderne de la ville de Paris. Devenue mythique, cette exposition a connu un succès populaire considérable : visitée par plus de , elle sera prolongée de trois moisSuzanne Pagé dir., Les Singuliers de l’art, Paris, ARC2 Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, 1978.
La manifestation était organisée autour de deux pôles. Le premier axe, consacré aux singuliers, présentait notamment plus de issues de la collection d’Alain et Caroline Bourbonnais ; le second axe, quant à lui, s’articulait autour des travaux de Bernard Lassus sur les « habitants paysagistes » et ceux de Gill Ehrmann sur les « inspirés »Déborah Couette, « Territoires imaginaires dans la collection art hors-les-normes », Des jardins imaginaires au jardin habité, des créateurs au fil des saisons, page 18..
1979 : Outsiders, an art without precedent or tradition Sous le commissariat des historiens et critiques d’art Roger Cardinal et Victor Musgrave, l’exposition se déroulait à la Hayward Gallery, à Londres, en 1979Roger Cardinal dir., Outsiders, Londres, Art Council of Great Britain, 1979.. Parmi les multiples prêteurs dont l’université psychiatrique d’Heidelberg, le musée cantonal de Lausanne ou encore les artistes Arnulf Rainer, Galdys Nilsson et Jim Nutt, Alain Bourbonnais contribue à la manifestation en prêtant une partie de sa collection privée.
La Fabuloserie Dès 1979, à l’occasion de l’exposition Outsiders, Alain Bourbonnais ressent le besoin d’exposer sa collection dans un musée et de clôturer l’aventure de l’Atelier Jacob. La galerie parisienne ferme ses portes au public en 1982 tandis que La Fabuloserie sera inaugurée l’année suivante, en 1983, dans un cadre champêtre. Selon le critique d’art et ami d’Alain Bourbonnais, Michel Ragon : Michel Ragon, « Fabuleuse collection », La Fabuloserie, art hors-les-normes – art brut, page 7.
Inventé par Alain Bourbonnais le néologisme « La Fabuloserie » rend compte du caractère féérique et merveilleux du musée. Le terme « La Fabuloserie » désigne également la collection des petits cahiers à grand spectacle et les courts métrages réalisés par Alain Bourbonnais et consacrés aux créateurs de l’art hors-les-normes.
Aventure familiale, La Fabuloserie est dirigée par Alain et Caroline Bourbonnais de 1983 à 1988. À la suite du décès d’Alain Bourbonnais, sa femme continuera à faire vivre le musée jusqu'à sa propre disparition en 2014. Depuis, leurs deux filles, Agnès et Sophie Bourbonnais et leurs compagnons respectifs, assurent la direction du musée. Un nouveau cycle d’expositions temporaires collectives et/ou monographiques, initié par Déborah Couette, renoue avec les projets imaginés par Alain Bourbonnais.
L'art hors-les-normes Apparenté à l’art brut, l’art hors-les-normes se distingue de l’art enfantin, l’art populaire et l’art naïf. Il ne se confond pas avec l’art des enfants, car la plupart du temps les créateurs produisent à l’âge adulte, voire à partir de la retraite. S’il fait écho à l’art populaire, il s’en démarque puisque les créations ne s’inscrivent pas dans une culture ou une tradition donnée, mais bien dans une vision personnelle et singulière. Enfin, il ne relève pas de l’art naïf, car les auteurs n’envisagent pas de rivaliser avec les grands maîtres. En outre, ils n’utilisent pas de matériaux traditionnels mais des matériaux de leur environnement proche. comme le déclarait Caroline Bourbonnais Caroline Bourbonnais, 1995. Des jardins imaginaires au jardin habité, des créateurs au fil des saisons, hommage à Caroline Bourbonnais, La Fabuloserie, 2015.
Créateurs exposés
Présentation sélective Miguel Amate (1944, Espagne) : surtout connu pour ses poupées (géantes ou pas), sorte de pantins monstrueux, souvent à forte connotation sexuelle, réalisés à l’aide de chiffons et de divers accessoires qui lui tombent sous la main, il est également auteur d'une importante œuvre picturale. Plutôt que de l’«art brut», il définit son travail comme de l’«art brutal», autour duquel il publie une revue éponyme. Alain Bourbonnais (1925-1988, France) : architecte, collectionneur et fondateur de La Fabuloserie, Alain Bourbonnais est également créateur. Il réalise notamment les Turbulents. Ces personnages en volume sont élaborés à partir d’une structure de bois grillagée et recouverte de matériaux et d’objets divers. La tribu des Turbulents est composée d’une quarantaine de sculptures-automates animées et de costumes. Marqué par l’esprit du carnaval et surtout par les fêtes du « Rouge-Vin » qui se déroulaient aux Beaux-Arts, Alain Bourbonnais mettra en scène sa tribu dans des courts-métragesAlain Bourbonnais, Édition La Fabuloserie, Dicy – Yonne, 2002. Les Turbulents d’Alain Bourbonnais, Atelier Jacob, 1973. Janko Domsic (1915, Croatie - 1983, France) : l’œuvre de Domsic mêle une écriture codée à des dessins riches en symboles. Ses œuvres au stylo-bille s’articulent autour de thèmes mystiques, religieux et maçonniquesJanko Domsic, Le Mécanicien céleste, catalogue de l’exposition dédiée à Janko Domsic à la galerie Objet trouvé/ Christian Berst, Paris, 2008. Un autre regard, l’art hors-les-normes d’Alain Bourbonnais dans les murs de la Collection Sainte-Anne, pages 47-49. Sylvette Galmiche (1932, France) : Sylvette Galmiche est l’auteure d’une œuvre brodée, très colorée, sur des petits morceaux de toiles de jute. Mère de famille, elle coud tout un monde fantastique qui invite à rêver et à retourner en enfanceSylvette Galmiche, l’Insurgée malicieuse, édition Creative World DMC, 2011. Simone Le Carré Galimard (1912-1996, France) : en autodidacte, Simone Le Carré Galimard réalise des assemblages à partir de matériaux de récupération et de jouets qu’elle considère comme des trésors. Ses œuvres ont une efficacité magique et lui permettent de renouer avec l’univers de l’enfanceSimon Le Carré-Galimard, La Fabuloserie, 1989. Philippe Mahaut (1950, France) : psychologue-clinicien, Philippe Mahaut réalise en autodidacte plusieurs paysages qui composent la série du « Pays des Paramorphoses ». À partir d’une image réelle, les falaises d’Étretat ou Central Park, il fait basculer la représentation dans le domaine du rêve. Mais certains de ses dessins sont directement issus d’images oniriquesUn autre regard, l’art hors-les-normes d’Alain Bourbonnais dans les murs de la Collection Sainte-Anne, pages 60- 65. Francis Marshall (1946, France) : artiste protéiforme, Francis Marshall est surtout connu pour ses sculptures textiles : « les bourrages ». À travers ses nombreux personnages réalisés avec des bas nylon bourrés de laine de matelas et de vieux chiffons, il conçoit le cycle magistral de « La Vie de Mauricette»Déborah Couette dir., Francis Marshall, Premier numéro de la collection « Parcours turbulents » à l’occasion de l’exposition consacrée à Francis Marshall du 4 avril au 2 novembre 2015, La Fabuloserie, 2015. Francis Marshall, Fabuloserie . Pierre Avezard dit Petit Pierre (1900-1992, France) : garçon vacher, Pierre Avezard dit Petit Pierre réalise, sur une quarantaine d’années, un manège à partir de matériaux de récupération. Ouvert au public tous les dimanches après-midi, ce « cirque mécanique »John Maizels, L’art brut, l’art outsider et au-delà, Paris, Phaidon, 2003 met en scène son histoire personnelle (sa vie à la ferme, ses voyages, etc.). Le manège a été sauvegardé grâce à une action de démontage et de remontage à La Fabuloserie entre 1987 et 1989 pour en devenir le joyauLe Fabuleux manège de Petit Pierre, Albin Michel, 2007. Pierre Della Giustina, « P. Avezard, vacher à la Coinche, « un aire de musique avant la sortie » », Des jardins imaginaires au jardin habité, La Fabuloserie, 2015. Philippe Lespinasse, Le manège de Petit Pierre, Lokomotiv films, 2012. Anonyme dit Pierrot le fou : à la manière d’un anthropologue, cet anonyme réalise des carnets de dessins représentant des scènes animalières. Il s’inspire de la ménagerie du Jardin des Plantes et du zoo de Vincennes ainsi que des boucheries parisiennes. Chaque dessin est annoté de rigoureuses indications météorologiquesUn autre regard, l’art hors-les-normes d’Alain Bourbonnais dans les murs de la Collection Sainte-Anne, pages 88- 93. Giovanni Battista Podestà (1895-1976, Italie) : ouvrier dans une fabrique de céramique Giovanni Battista Podesta, dans son appartement HLM, transforme son banal mobilier de salle à manger en meubles baroques aux couleurs éclatantes. Il envahit son domicile de tableaux et de sculptures reflétant un grand mysticisme. Émile Ratier (1894 Soturac -1984, France) : ancien sabotier, Emile Ratier a toujours fabriqué des objets en bois. Atteint d’une cécité progressive, il réalise des « articles de bois » à manivelles et mécaniques bruyantes comme la Tour Eiffel, des manèges et des bateauxUn autre regard, l’art hors-les-normes d’Alain Bourbonnais dans les murs de la Collection Sainte-Anne, pages 20-21. Emile Ratier, articles de bois, édition La Maison de la culture, 1977.