Un dzong du Bhoutan est un monastère-forteresse bouddhiste caractéristique du Bhoutan.

Les premiers dzongs furent construits dans le pays dès le , mais leur âge d'or fut la première moitié du qui vit le renforcement défensif du pays par le shabdrung ou grand lama Ngawang Namgyal (1594-1651), l'unificateur du Bhoutan moderne.

Liste des dzongs

Le dzong (du tibétain རྫོང་, Wylie rDzong) est un type de monastère-forteresse caractéristique que l'on rencontre dans les anciens et actuels royaumes bouddhistes de l'Himalaya, notamment au Bhoutan.

Chacune des 20 régions ou districts (dzongkhags) du Bhoutan est censée posséder sa forteresse monastique :

Bumthang : dzong de Jakar Chukha : dzong de Chhukka Dagana (Bhoutan) Gasa : dzong de Gasa Haa (ou Ha) : dzong Wangchuk Lo de Haa Lhuntse: dzong de Lhuntse Mongar : dzong de Mongar Paro : dzong de Paro Pemagatshel : dzong de Pemagatshel Punakha : dzong de Punakha Samdrup Jongkhar (district) Samtse Sarpang Thimphu : dzong de Trashi Chhoe Trashigang : dzong de Trashigang Trashiyangtse dzong de Trashiyangtse Trongsa : dzong de T(r)ongsa Dzong Tsirang Wangdue Phodrang : dzong de Wangdue Phodrang Zhemgang : dzong de Zhemgang

Histoire

Selon certaines sources Shakabpa, Tibet: A Political History, 1984, p. 81., l'initiateur de la subdivision de territoires tibétains en régions administrées chacune depuis une forteresse monastique, serait Jangchub Gyaltsen (1302-1373), le premier prince abbé de la dynastie Phakmo Drupa Ingun Bruskeland Amundsen, On Bhutanese and Tibetan Dzongs, in Journal of Bhutan Studies, vol. 5, hiver 2001, pp. 8-41, en part. p. 20..

La grande période de construction ou de reconstruction des dzongs fut la première moitié du : Shabdrung Ngawang Namgyal, du monastère drukpa de Ralung au Tibet, vint se réfugier au Bhoutan, sa réincarnation d'un savant renommé, le Gyalwang Drukpa Pema Karpo (le « Lotus blanc »), étant contestée. Portant le titre honorifique de shabdrung (littéralement « celui aux pieds duquel on se soumet »), il y établit un État dans lequel il institua le double système de gouvernement civil et religieux s'exerçant depuis les dzongs. C'est ainsi que s'élevèrent les forteresses de Simthoka (1631), Punakha (1637), Wangdue Phodrang (1639), Trashi Chho (1641), Paro (1646) et Drugyel (1647) Michel Praneuf, : le dragon sur le toit, coll. « Vivre là-bas », Éditions L'Harmattan, 1991, 127 p., en part. p. 14 , .. Selon Michel Praneuf, sous le règne de Ngawang Namgyal, le pays eut à repousser à cinq reprises des invasions tibétaines sous les bannières du dalaï-lama et du chef de la province du Tsang, des rivaux politiques et religieux du ShabdrungMichel Praneuf, Bhoutan : le dragon sur le toit, op. cit., p. 21 : ..

Au , ce sont les Seigneurs de la Loi qui se disputaient la domination des vallées.

Une intense activité régnait autrefois dans les forteresses où se pressaient moines, fonctionnaires, serviteurs, artisans et soldats. Les paysans apportaient au grenier gouvernemental leur impôt en nature. Les serfs attachés au seigneur du dzong s'affairaient sous la surveillance d'intendants munis d'un fouet. On y voyait aussi, le cou passé dans une cangue en bois, des prisonniers de droit commun Michel Praneuf, Bhoutan : le dragon sur le toit, op. cit., p. 21 : ..

Aujourd'hui, serfs et soldats ont disparu, les fonctionnaires et serviteurs habitent à l'extérieur, il ne reste que les lamas Michel Praneuf, Bhoutan : le dragon sur le toit, op. cit., p. 22.. Pour pénétrer dans un dzong, il faut porter le vêtement traditionnel, le ko pour les hommes, la kira pour les femmes Michel Praneuf, Bhoutan : le dragon sur le toit, op. cit., p. 21..

Fonctions

Le dzong servait autrefois de centre religieux, militaire, administratif et social du district qu'il commandait. Il pouvait abriter une garnison si nécessaire ainsi qu'une armurerie. Il accueillait les structures administratives du district ainsi que les moines. C'était aussi un lieu d'échanges et souvent le site d'un tshechu ou festival religieux annuel.

Il y avait deux dzongpöns (litt. « maîtres du fort ») ou préfets pour chaque dzong : un ecclésiastique (tsédung ou tsédrung) et un laïc. Ils se voyaient confier les pouvoirs tant civils que militaires et étaient égaux à tous égards.

Les pièces à l'intérieur du dzong sont généralement vouées pour moitié à des fonctions administratives (comme le bureau du penlop ou gouverneur), et pour moitié à des fonctions religieuses, principalement le temple et le logement pour les moines. Cette division entre l'administratif et le religieux reflète la dualité de pouvoir entre branche religieuse et branche administrative du gouvernement (voir Histoire du Bhoutan) Avant de mourir, le grand lama Ngawang Namgyal avait décidé que les affaires religieuses du pays seraient confiées à un je khenpo et les affaires administratives à un desi, chaque région étant gouvernée par un penlop..

Les sous-sols servaient de magasins pour entreposer les impôts en nature (riz, sarrasin, huile de moutarde, beurre, viande), du moins jusqu'à l'adoption du paiement en argent.

Les dzongs étant généralement édifiés sur une crête, un tunnel était souvent construit jusqu'à la source la plus proche afin d'alimenter la forteresse en eau et lui permettre de résister à un siège.

En temps de guerre, les habitants de la vallée proche venaient souvent se réfugier dans la forteresse.

Emplacement

L'architecture bhoutanaise des dzongs a atteint son apogée dans le deuxième quart du sous la direction du grand lama Ngawang Namgyal. Si ce dernier s'est appuyé sur des visions et des présages pour placer chacun des dzongs, les stratèges militaires modernes ne manqueraient pas de faire remarquer que les dzongs sont bien placés du point de vue défensif.

Ainsi, Le dzong de Wangdue Phodrang est situé sur un éperon dominant la confluence des rivières Puna Chhu et du Tang Chhu, bloquant de ce fait tout assaut par le sud de la part d'envahisseurs qui tenteraient de passer par les rivières plutôt que par les pentes non frayées de l'Himalaya central pour attaquer le centre du Bhoutan.

De même, le dzong de Drukgyel, à la tête de la vallée de Paro, surveille le chemin d'invasion traditionnel des Tibétains sur les cols du haut Himalaya.

Les dzongs étaient fréquemment implantés sur le sommet d'une colline ou sur un éperon. Si le dzong est construit sur le flanc d'une vallée, un plus petit dzong ou tour de guet est généralement construit juste en amont du dzong principal afin d'écarter du haut de la pente des agresseurs qui pourraient faire feu en direction de la cour du dzong principal en contrebas (voir l'image en tête d'article).

Le dzong de Pungtang Dechen Photrang à Punakha est singulier dans la mesure où il se dresse sur une langue de terre relativement plate à la confluence des rivières Mo Chhu et Pho Chhu (littéralement « rivière mère » et « rivière père »). Les rivières entourent le dzong sur trois côtés, le protégeant ainsi des assauts. Cet emplacement se révéla toutefois malheureux, quand en 1994 un lac glaciaire en amont fit éclater son barrage de glace, causant sur le Pho Chhu une inondation massive qui endommagea la forteresse et fit .

Caractéristiques architecturales

L'architecture des dzongs est de style massif, marquée par des murs extérieurs imposants entourant un complexe de cours, de temples, de bureaux administratifs, et de logements pour les moines. Au nombre des caractéristiques architecturales distinctives on trouve : de hauts murs au fruit prononcé, faits de brique et de pierre et chaulés, aveugles ou quasiment dans les parties inférieures mais comportant de plus en plus d'ouvertures au fur et à mesure qu'on s'élève (en particulier dans la tour centrale ou utsé); une litre ocre rouge (kemar) entourant le sommet des murs et quelquefois ponctuée par de grands cercles dorés ; des toits aux rives retroussées de style chinois (toits en pagode) au-dessus des temples intérieurs ; de motifs de faîtage recouverts de cuivre doré y dessinent des cloches, des hampes ou des ombrelles repliées ; des couvertures de bardeaux (du moins à l'origine) ; des portes d'entrée massives, faites de bois et de fer ; des cours et temples intérieurs ornés de motifs artistiques bouddhistes aux couleurs vives, par exemple l'ashtamangala ou la svastika ; dans plusieurs cas, une tour de guet érigée soit à l'intérieur de la forteresse (ainsi au dzong de Jakar), soit en amont de celle-ci (comme aux dzongs de Paro et de Trongsa) Dzongs, site Exotic Adventure.; dans certains cas, un accès protégé par un pont à encorbellements ; une entrée précédée d'une série de mâts arborant des bannières de prières et le drapeau bhoutanais .

Gravement endommagés par le tremblement de terre de 1897, la plupart des dzongs ont été depuis restaurés ou reconstruits dans le style d'origine. Nombre d'entre eux ont également subi des incendies désastreux du fait de l'emploi de lampes à beurre dans les temples.

Construction

Par tradition, les dzongs sont construits sans plans architecturaux. La construction se déroule sous la direction d'un haut lama qui détermine chaque dimension au moyen de l'inspiration spirituelle.

Pour construire les dzongs, on faisait autrefois appel à la corvée, prestation de main-d'œuvre imposée à chaque foyer du district. Chaque famille était tenue de fournir un nombre déterminé d'ouvriers pendant plusieurs mois d'affilée.

Les dzongs consistent en une lourde maçonnerie de murs rideaux entourant une ou plusieurs cours.

Les principaux espaces fonctionnels se répartissent d'ordinaire en deux secteurs séparés : les bureaux administratifs et les fonctions religieuses (dont les temples et les logements des moines). Ces logements sont disposés contre la paroi intérieure des murs périphériques et prennent souvent la forme d'une tour en pierre ou utsé disposée au centre de la cour, abritant le temple principal, tour qui peut faire office de citadelle intérieure défendable.

Les principaux bâtis intérieurs sont eux aussi en pierre (ou, comme dans l'architecture domestique, en blocs d'argile compactée dans des moules) et blanchis à la chaux au dedans comme au dehors, avec une large bande (ou litre) ocre rouge sur le haut à l'extérieur.

Les grands ouvrages tels que le temple ont d'énormes colonnes et poutres de bois permettant de créer des galeries autour d'une zone centrale ouverte en pleine hauteur. Les petits ouvrages sont en bois sculpté et peints de manière très fouillée.

Les toits font un usage massif de bois dur et de bambou, assemblés sans clous (c'est-à-dire à tenon et mortaise). Les avant-toit sont très décorés, avec des ouvertures pour fournir un secteur de stockage ventilé. Les couvertures étaient traditionnellement en bardeaux lestés par des pierres ; mais dans presque tous les cas, ce matériau est maintenant remplacé par de la tôle ondulée. Le toit du dzong de Trongsa, un des rares toits de bardeaux à avoir survécu, a été restauré en 2006-2007.

Les cours, d'ordinaire pavées, sont généralement à un niveau plus élevé que l'extérieur et on y accède par des escaliers massifs et de petites entrées fermées par de grandes portes en bois. Toutes les portes ont un seuil pour décourager l'entrée des esprits. Les temples sont situés d'ordinaire à un niveau au-dessus de la cour avec de plus amples escaliers qui y mènent.

Les principaux dzongs

Le dzong de Drukgyel

Dressée sur une crête à d'altitude, la forteresse de Drukgyel (ou encore Drukgyal) (littéralement, « la forteresse de la victoire du Bhoutan ») fut bâtie en 1647 par le shabdrung Ngawang Namgyal pour commémorer la victoire en 1644 des Bhoutanais sur les envahisseurs tibétains conduits par le chef de guerre mongol Gurshi Khan.