La huitième croisade, qui a lieu en 1270, est lancée par le pape à la suite des menaces que le sultan mamelouk d'Égypte Baybars fait peser sur les États latins d'Orient, issus de la première croisade (1099).
Cette croisade, nouvel échec pour les chrétiens, est marquée par la participation du roi de France , par le siège de Tunis qu'il établit en et par sa mort au mois d'.
Situation au Proche Orient vers 1265 Depuis le passage de en Terre sainte, pendant la septième croisade, les Mongols avaient envahi le Proche-Orient et conquis les émirats d'Alep et de Damas. Les Francs d'Orient avaient réagi diversement vis-à-vis des Mongols, la principauté d'Antioche et le royaume d'Arménie s'alliant avec eux alors que le royaume de Jérusalem et le comté de Tripoli faisaient alliance avec les Mamelouks. Néanmoins, la mort du grand khan Mongka fait revenir les Mongols dans leur pays d'origine pour régler les problèmes de succession. La question réglée, Houlagou, le khan mongole de Perse, revient et exige l'allégeance des Mamelouks qui refusent. Finalement, le sultan mamelouk Qutuz bat les Mongols à Aïn Djalout le et conquiert les émirats de Damas et d'Alep, encerclant les États francs. Qutuz est détrôné peu après par Baybars, qui ne cache pas sa volonté de rejeter tous les Francs de Syrie.
suit de très près les événements d'Orient et, quand le pape décide la levée d'un impôt extraordinaire sur une durée de trois ans pour soutenir financièrement l'Orient chrétien, soutient cette initiative et la porte à cinq ans malgré l'impopularité de cette mesure. Toutefois, craignant une invasion mongole de la Russie par la Horde d'or, personne ne se risque à partir en croisade. Ce danger écarté, le roi de France envoie des ambassades auprès d'Houlagou afin de conclure une alliance et une action militaire concertées contre l'Égypte mamelouke.
Baybars attaque de son côté les restes des États latins d'Orient et prend Nazareth, Haïfa, Toron et Arsouf en 1265. , roi de Jérusalem, débarque à Saint-Jean-d'Acre pour défendre la ville alors que Baybars est monté jusqu'en Arménie qui est à l'époque contrôlée par les Mongols.
Les Francs d'Outremer, occupés à leurs querelles internes et sans souverain depuis trente ans refusent de reconnaître l'autorité d'Hugues et ne réagissent que mollement aux avancées de Baybars. En 1268, c'est Jaffa qui est prise. La guerre de siège qui prévalait jusqu'alors, grâce aux forteresses édifiées et restaurées par lors de son séjour en 1250-1254, se transforme peu à peu en guerre de position.
Lancement de la croisade gauche|vignette|Parcours de la huitième croisade. Appels à la croisade et premières réactions des princes À l'annonce de ces nouvelles, les papes Alexandre , et appellent l'Occident à la croisade.
Dès le mois d', le roi de Navarre Thibaut , le duc de Brunswick Albert , le duc de Bavière Louis et le margrave de Misnie Henri annoncent leur intention de partir combattre en Terre sainte au printemps 1267.
Entrée de dans la croisade
vignette|Saint Louis embarquant pour la huitième croisade. Miniature du . Lyon BM Ms 880.
Jusqu'en 1266, une partie des armées du royaume de France est occupée à soutenir Charles d'Anjou en train de conquérir le royaume de Sicile et de combattre Manfred de Hohenstaufen.
Ce n'est qu'en 1266 que ce dernier est vaincu et que annonce son intention de se croiser (), transformant ces départs ponctuels en croisade organisée mais la retardant de trois ans. Cette annonce place le pape dans l'embarras. Il souhaite que le roi reste en son royaume afin de maintenir la paix en Occident et, sachant la santé du roi fragile, craint une issue fatale à une telle expédition. D'autre part, les Francs d'Orient ne cachent pas leur besoin de renforts immédiats même s'ils sont limités. Finalement, le pape accepte et confie la prédication de la croisade au cardinal de Sainte-Cécile Simon de Brie, légat pontifical en France et futur pape , puis à Raoul de Grosparmy, cardinal et évêque d'. Bien que la nouvelle croisade soit mal accueillieJean de Joinville, le chroniqueur qui accompagna Louis lors de la septième croisade, refuse de partir., fixe le départ pour la première quinzaine de à partir d'Aigues-Mortes.
Déroulement de la croisade Intervention des infants d'Aragon En , Jacques, roi d'Aragon, qui s'est couvert de gloire en reprenant aux musulmans d'Espagne les îles Baléares (1229) et le royaume de Valence (1238), envoie ses deux bâtards Fernando Sanchez et Pedro Fernandez en Terre sainte. Les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et les chevaliers de l'ordre du Temple ont grand peine à les empêcher de commettre des imprudences face aux provocations de Baybars qui cherche à attirer les croisés dans des pièges. Ils finissent par rentrer chez eux sans avoir obtenu de résultat notable.
Préparatifs du roi de France
gauche|vignette|Départ de pour la huitième croisade. Miniature du extraite des Grandes Chroniques de France de , BnF Français 2813.
Malgré les critiques et les refus d'anciens chevaliers croisés en 1248, un certain nombre d'entre eux se croisent : Alphonse de Poitiers, le frère du roi, Charles d'Anjou, son autre frère, Robert d'ArtoisDont le père avait été tué à Mansourah., neveu du roi, Thibaut , roi de Navarre, gendre du roi, Jean le Roux, duc de Bretagne et son fils Jean de Bretagne, comte de Richemont, Hugues de Lusignan, comte de la Marche, , comte de Soissons, et Guy de Châtillon, comte de Saint-Pol.
Le , alors que la flotte fait relâche à Cagliari en Sardaigne, annonce que le premier objectif de la croisade est Tunis. On ne sait pourquoi a pris cette décision, ni qui l'y a incité. La raison communément admise est que ce fut décidé par son frère Charles d'Anjou. Ce dernier avait en effet des griefs contre la cour de Tunis, qui accueille les partisans des Hohenstaufen et qui avait convaincu les sultans hafsides de ne plus verser à la Sicile le tribut que ces derniers versaient aux Hohenstaufen. Cependant, même si ces perspectives ainsi que celle d'installer un protectorat sur Tunis pouvaient intéresser le roi angevin de Sicile, elles avaient le grand défaut de retarder la reconquête de l'empire latin de Constantinople où se situaient les ambitions de Charles.
Une autre explication de la décision royale d'opter pour Tunis comme objectif préliminaire de la croisade est l'opposition de au projet de son frère Charles d'Anjou d'effectuer un détour par Constantinople. En , ce dernier avait rassemblé en Sicile une flotte destinée à apporter de l'aide à la Morée en lutte contre l'empereur byzantin. Ne souhaitant néanmoins pas mécontenter son frère, Charles d'Anjou commande en mai, à partir de ses possessions en Italie méridionale, l'envoi de vivres, de blé et de bestiaux en Sardaigne. Déjà à ce moment-là, il ne pouvait ignorer les intentions que le roi de France révélerait le car ce dernier aurait décidé la concentration de ses croisés en Sicile plutôt qu'à Cagliari s'il avait voulu soutenir les ambitions orientales de son frère, le roi de Sicile. Pour rassurer les croisés qui l'ont accompagné, les réunit et précise aux membres de cette grande assemblée que l'Église approuve son projet, puisque cette croisade apporte une indulgence plénière semblable à celle liée à l'expédition vers Jérusalem.
Il a été avancé que le sultan de Tunis était prêt à recevoir le baptême si une force militaire chrétienne était présente pour lui éviter le courroux de son peuple. Si cela s'était réalisé, l'approvisionnement de l'Égypte, en partie assuré par les Hafsides, aurait été amoindri et Tunis aurait peut-être pu servir de base terrestre pour attaquer l'Égypte. On sait qu'une ambassade tunisienne était venue à la cour de France à l'automne 1269, mais on ne connaît pas la teneur des tractations.
Quelles que soient les raisons du détournement de la croisade sur Tunis, celui-ci est une grave erreur stratégique pour les Latins d'Orient. Le , le khan de Perse élimine ses cousins du Turkestan et peut envisager une opération concertée avec contre les Mamelouks.
Siège de Tunis () et mort de ()
gauche|vignette|Prise du château de Carthage par les croisés : Robert Malet de Graville au , illustré par Mahiet dans les Grandes Chroniques de France. vignette|Siège de Tunis et mort du roi dans les Grandes Chroniques de France de Jean Fouquet.
Parti de Cagliari le , la flotte de débarque devant Tunis le et, même si l'effet de surprise a partiellement joué, les fortifications de Tunis ont pu être réparées et l'approvisionnement de la ville assuré. Une langue de terre qui contrôle l'entrée du port de Tunis est occupée, mais la situation s'avère intenable car ils ne disposent pas d'eau potable. Le , la plaine de Carthage, disposant de plusieurs puits, est occupée, puis la ville de Carthage prise d'assaut le .
vignette|Débarquement de Charles d'Anjou à Tunis. Miniature du . Grandes Chroniques de France. Lyon, BM, Ms 880.
Mais, contrairement aux espérances, le sultan de Tunis ne fait pas mine de se convertir, se retranche dans la ville et appelle les Mamelouks à son secours. Baybars, qui a cru que la croisade viserait l'Égypte, a fait mettre le delta en état de défense, puis organise une expédition de secours vers Tunis. Le commandeur du Temple annonce l'arrivée prochaine de Charles d'Anjou et décide de l'attendre afin de pouvoir attaquer Tunis avec un maximum de forces. Les musulmans harcèlent en permanence le camp croisé et interdit qu'on les poursuive, craignant des pièges. La canicule rend le séjour sous tente insupportable, l'eau des puits n'est pas toujours potable et la maladieLes chroniqueurs contemporains ont parlé de la peste, mais il s'agit plus probablement de la dysenterie. se répand rapidement dans le camp. Le , elle emporte Jean Tristan, le fils du roi, puis le roi lui-même le , le lendemain de l'arrivée des navires de Charles d'Anjou.
Le nouveau roi, Philippe , est trop inexpérimenté pour prendre le commandement et, de toute manière, également malade. Aussi Charles d'Anjou prend-il la direction des opérations et réussit à s'emparer du camp musulman le . Le frère de connaissait les méthodes d'évitement et de harcèlement employées par les Sarrasins. Trois jours après le décès du roi de France, il fait se rassembler des navires de commerce et des bateaux rapides sur un étang proche de Tunis.
Effrayés par la perspective d'un débarquement en masse, les musulmans renoncèrent à leur tactique. Ils se massent en groupe de combat, permettant aux croisés de livrer une véritable bataille au cours de laquelle le roi de Sicile et le comte Robert d'Artois fondent sur eux et les mettent en pièces.
Levée du siège par accord avec le sultan de Tunis () Les morts sont nombreux du fait des maladies : Raoul de Grosparmy, le légat du pape, Alphonse de Brienne, comte d'Eu, Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d'Angoulême, le sire de Fiennes, Mathieu de Montmorency, le maréchal Gautier de Nemours ou le chambellan Mathieu de Villebéon.
Cependant, Charles d'Anjou ne souhaite pas la prise de la ville et, soutenu notamment par Thibaut de Champagne, conseille Philippe III d'accepter la cessation des hostilités.. Elles ont déjà été proposée par le sultan hafside de Tunis, Al-Mustansir, dont l'armée est aussi décimée par les épidémies et parcourue par des fractures internes.