Les Zénètes (en berbère : /ⵉⵣⵏⴰⵝⵏ Iznaten, sing. /ⴰⵣⵏⴰⵝ ou ⴰⵣⵏ ⴰⵜ/ⴰⵣⵏ ⴰⵝ Azn At, en arabe : الزناتة Znata ou الزنياتة Znyata, sing. Znati ou Znyati) sont l'un des trois grands groupes berbères (avec les Sanhadjas et les Masmoudas.).
Des personnages historiques sont issus de cette confédération tribale berbère, tel que Dihya, Yaghmoracen Ibn Ziane, Ziri Ibn Attia ou encore Tariq ibn Ziyad. Les Zénètes sont principalement attestées en Algérie dans les Aurès, à l'Ouest (Oranie, Dahra), dans les Hauts Plateaux Algériens et dans certaines marges Sahariennes. Au Maroc dans le Nord-Est (Maroc Oriental, Rif Oriental), et en Sud-Tunisien, Ouest-Libyen (Tripolitaine). Durant l'Antiquité tardive, des groupes sont décrits comme étant semi-nomades, de pratiques pastorales mobile, parfois chameliers, qui se déplacent entre les Hauts-Plateaux, les marges présaharienne et le Sahara, des groupes qui seront ultérieurement rattachés aux Zénètes. Dans les traditions généalogiques médiévales, la construction du Medracen dans les Aurès est parfois attribuée à Madghis, personnage légendaire et ancêtre éponyme des Zénètes.
Plus tard, au Moyen Âge, des confédérations rattachées aux Zénètes furent à l'essor de plusieurs dynasties au Maghreb, telles que les Mérinides et les Zianides. Initialement, ces populations présentaient un paysage religieux plural, incluant des cultes polythéistes hérités de l’Antiquité et un christianisme partiellement implanté à partir de l’Antiquité tardive. À partir de la conquête musulmane du Maghreb au –, l’islamisation, engagée dès le , se déploie de façon progressive du au et passe largement par des dynamiques d’intégration sociale et politique (alliances, clientèles, carrières, fiscalité), avec des rythmes variables selon les régions. Elle se poursuit et s’approfondit ensuite sous les dynasties maghrébines. Dans ce cadre, des contingents nord-africains majoritairement berbèresparticipent aux premières expéditions en al-Andalus en 711, sous le commandement de Tariq ibn Ziyad.
L’arabisation linguistique des Zénètes (et plus globalement du Maghreb), distincte de l’islamisation, est elle plus tardive. Malgré une diffusion précoce de l’arabe dans certains milieux urbains, le remplacement linguistique à grande échelle est un processus médiéval long et progressif, dont l’accélération majeure est surtout postérieure au .
L'historien Ibn Khaldoun rapporte que les Zénètes étaient divisés en trois grandes tribus : Djerawa, Maghrawa et Banou Ifren. Occupant autrefois une grande partie du Maghreb, ils se sont déplacés vers le sud et l'ouest, entrant en conflit avec les tribus berbères Ketamas, dans le Nord-Est de l'Algérie, et les Houaras, en Libye et en Égypte.
Au , les Zénètes sont alliés au califat de Cordoue contre les Fatimides. Ils retrouvent un pouvoir politique au cours du avec la montée au pouvoir d'une dynastie zénète des Zianides au Maghreb central. Deux dynasties zénètes, les Mérinides et les Wattasides, gouvernent l'actuel Maroc du milieu du au milieu du .
Étymologie Le nom Iznaten est le pluriel de Aznat, qui est composé de « Azn », qui signifie « envoyer », "expédier" (dans le sens de l'offensive) et de « At » qui signifie « les Fils ». Dans d'autres types de dialectes berbères, « les Fils » se dit « Ayt » ou encore « Ag » (Sanhajas et Masmoudas). Iznaten signifie "Ceux qui envoient les Fils". Toutes les tribus berbères dont le nom commence par At (et non Ayt) sont des Berbères zénètes.
Selon Ibn Khaldoun, Zenata dérive d'un nom propre : Djana (ancêtre berbère). Les Berbères, pour convertir un nom propre en nom générique, ajoutent un « t » à la fin, ce qui forme Djanat au singulier et Djanaten ou Idjanaten au pluriel. Le son « dj » qui se situe entre le « j » et le « ch » se prononce avec la lettre djim (« ج ») et se trouve remplacé par un « z » dans le cas des Zénètes, ce qui aurait donné Zanat par arabisation linguistique. Ensuite, par usage fréquent, un « a » est ajouté à la fin pour le rendre patronymique et un autre retiré au début pour faciliter la prononciation, obtenant ainsi znata.. Ce commentaire d'Ibn Khaldoun a pu être confirmé. C'est ainsi que dans l'est de l'Algérie, la forme arabisée de l'antique Diana est Zana, et que la fraction berbère des Oudjana vivant dans les Aurès possède son douar éponyme dénommé Ouzana.
Le chercheur algérien Rachid Bellil cite Cuoq pour qui le mot « Zénète » a été arabisé et sa signification est Iggen ou ijjen qui signifie « un » en berbère.
Une deuxième explication est donnée, notamment par A. Sadki. : le mot serait composé de deux phonèmes (aznat et iznaten) signifiant en berbère « ceux qui envoient leur bétail aux pâturages ».
Une troisième explication du même auteur Rachid Bellil est : les phonèmes se décomposent en « azn, ezen, ehen (tente) et atn (être accru) ce qui donne le sens : tentes nombreuses, campements importants ».. Les Zénètes sont probablement issus des Gétules et une partie d'entre eux s'est jointe aux GaramantesGabriel Camps, Encyclopédie berbère, éd. Édisud, Aix-en-Provence, 1985-2002. et aux Maures durant leur lutte contre Rome..
Histoire
L'histoire des Zénètes est difficile, selon Ibn Khaldoun, car ils n'ont pas laissé d'écrits. Cela est le cas de tous les Berbères. Les Zénètes étaient toujours vigilants lors des invasions au Maghreb, ils se retiraient toujours vers le Sud ou dans les montagnes en cas d'attaques ennemies, ce que rapportent plusieurs historiens dans leurs analyses. À l'époque de l'Afrique byzantine, la Gétulie fut décrite par les historiens de l'époque comme étant habitée par des Zénètes. Cependant les Zénètes qui sont restés isolés des grands changements passés au Maghreb central (Sahara) restent les seuls témoins d'un passé assez complexe, ce qui rend difficile leur étude historique.
Protohistoire Le peuple gétule suit la civilisation capsienne ayant émigré au Sahara vers 3000 av. J.-C. et « est certainement le peuple qui aura dominé de la façon la plus certaine l'Algérie durant les 1500 ans de son antiquité »propos de E.F Gautier rapporté par Othmane Siddik dans le journal l'Expression.
Les Zénètes comme les Sanhadjas semblent avoir été présents en Afrique du Nord dès l'apparition des premières populations berbères. Ibn Khaldoun les fait descendre du personnage de Medracen (Medghassen), issu de la branche de Botr dont l'auteur fait remonter l'ascendance jusqu'à Mazigh, l'ancêtre des Zénètes. Son mausolée, situé dans les Aurès et daté de -300, est un monument de la Numidie antique (qui s'étendait du Nord-Ouest de l'actuelle Algérie dans le Nord-Ouest de l'actuelle Tunisie) et le plus ancien mausolée antique de l'Afrique du Nord. Toutefois, les historiens Émile Félix Gautier et Gabriel Camps parlent uniquement d'une sépulture royale numide et en aucun cas n'en font celle du patriarche des Zénètes.
Antiquité 400px|thumb|Medracen en 2013
Au cours du règne des dynasties pharaoniques, les Gétules et les Garamantes auraient été hostiles aux souverains et ont installé la terreur dans cette région Pierre Pinta, La Libye, éd. Karthala, Paris, 2006, à l'aide de leurs chevaux et de leurs chars de guerre Georges Mazenot, Sur le passé de l'Afrique noire , éd. L'Harmattan, Paris, .
Période romaine
thumb|300px|right|Le Dahra fut le principal bastion des Maghraouas
L'on a longtemps pensé qu'à l'époque de l'Empire romain, les Botr, et parmi eux les Zénètes, étaient concentrés en Tripolitaine, avant d’être emmenés vers l'est avec la conquête musulmane. Cependant, des études plus approfondies ont permis de démontrer que ces Zénètes n'étaient pas des chameliers néoberbères venus de l'est, mais vivaient bien dans les limes romains, dont la présence a été attestée notamment dans la région du Hodna en Numidie (Algérie). Rattachés jusqu'alors à la Numidie sous les règnes de Syphax et Massinissa, ce dernier faisait partie des AfersJerzy Kolendo, Le Colonat en Afrique sous le Haut-Empire, éd. Les Belles Lettres, Paris, 1991. Syphax s'était pour sa part réfugié chez les Garamantes lors de sa défaite face à Massinissa et essaya d'intégrer les Garamantes de la Tripolitaine à son royaume mais ne réussira toutefois pas à contenir les habitants de la Cyrénaïque. Juba prend finalement cette région qui est ensuite incorporée aux territoires romainsGerhard Rohlfs, Voyages & explorations au Sahara. 1868-1869, tome 3, éd. Karthala, Paris, 2002.
Vers le début du premier siècle. Les Maghraouas auraient été très nombreux dans les environs d'Icosium (Alger) : Ptolémée de Maurétanie doit les contenir, et fait transférer une partie des Maghraoua vers le chlef. Les alentours de Tlemcen auraient été composés des royaumes Zénètes dans l'antiquité. Des Gétules (Zénètes) auraient vécu dans cette partie du Maghreblivre en ligne Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province... De Société archéologique. Plusieurs rois Gétules purent contrebalancer l'Empire Romain. L'exemple du héros Tacfarinas qui, vers 17 , soulève tous les tribus Gétules (Zénètes)La Capsa anciennela Gafsa moderne, Pierre Bodereau livre en ligne. L'indomptable Tacfarinas mourut à Pomaria (Tlemcen actuellement) Le Tripolitain Septime Sévère, empereur romain, serait peut être lui-même d'origine berbèreMélanges d'archéologie et d'histoire, éd. École française de Rome, Rome, 1977 car, à cette époque, les mariages célébrés entre Romains et Berbères sont courants. Leptis Magna, capitale de l'Empire en Afrique, est peuplée de Berbères considérés comme citoyens de Rome. Plusieurs recherches montrent que les Berbères de Tripolitaine sont alors d'excellents cultivateurs de vignoble et d'olivier. De plus, même si les Garamantes comme les Gétules restent pour beaucoup nomades, cela ne les empêche pas d'être pleinement citoyens romainsPaul Petit, Histoire générale de l'Empire romain, éd. du Seuil, Paris, 1978. La religion des Zénètes est alors diversifiée : le pays compte des chrétiens, des juifs et des adeptes des cultes polythéistes. À l'époque du Bas-Empire romain, les Laguatan (Levathae, Luwata), touchés par la sécheresse et les famines, se révèlent si offensifs que les Romains doivent élever un limes pour arrêter leurs razzias, notamment sur la grande cité romaine de Leptis Magna qui décline. vignette|300x300px|L'Afrique du nord pendant l'antiquité Pline et Claude Ptolémée ajoutent que la Gétulie comprend aussi le sud de la Numidie, les Aurès, le Zibans et la Hodna. La table de Peutinger le confirme clairement : la Gétulie englobe le Zab, les Aurès et le Jérid, la Numidie s'arrête aux Aurès, et au pied du mont Aurès vivent les Musulames.
Dans l'Antiquité, le terme Zénète est mentionné une seule fois sur une statue provenant de Mauritanie césarienne en Algérie et conservée au Musée de Cherchell Clavdivs ZenatiVoir appendice du Vol4, d'Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères. Plusieurs anciens noms des tribus Zénètes sont mentionnés par les historiens romains, qui n'ont jamais pénétré le vaste territoire de la Gétulie, alors l'État le plus ancien du Maghreb central (Algérie actuelle) concentré au Sud-Est de Constantine, c'est-à-dire les Aurès et ses alentours. .
Parmi les Numides, une partie des Maghraouas participent de cet État, ce que révèle Léon l'AfricainDe l'Afrique, contenant la description de ce pays : De l'Afrique...., livre 1-4. Par Leo (Africanus), Jean. and tr Temporal, page 17, présentant les conflits entre les différentes tribus Zénètes dans le désert de la Numidie. Mahfoud Kaddache écrit que les Zénètes des villes et des campagnes de la Numidie ont fait face à l'invasion arabeCultures oasiennes : essai d'histoire sociale de l'oasis de Bou-Saâda, Volume 2. Par Youssef Nacib, page 95.