L’affaire Tapie - Crédit lyonnais (aussi appelée affaire Adidas ou affaire Lagarde - Tapie) est une affaire opposant, depuis 1992, Bernard Tapie à la Société de Banque Occidentale (SdBO), une filiale du Crédit lyonnais, elle-même banque publique au moment des faits. L’extinction de l’action publique à l’encontre de Bernard Tapie est prononcée après son décès, le .

Fin 1992, Bernard Tapie devenu ministre souhaite vendre Adidas pour éviter tout conflit d'intérêts comme le réclame François Mitterrand. De plus, Adidas, en cours de redressement, perd de l'argent. Il confie un mandat de vente à la SdBO, une filiale du Crédit lyonnais. Le Crédit lyonnais vend Adidas pour le compte de Bernard Tapie en , au prix fixé par Bernard Tapie de deux milliards et quatre-vingt-cinq millions de francs ( d'euros d'aujourd'hui après actualisation). Bernard Tapie ne conteste pas la vente. Il avait tenté en vain de vendre à ce prix Adidas à la société en ..

Mais Bernard Tapie est mis en faillite par le Crédit lyonnais un an plus tard, en , le Crédit lyonnais cassant le mémorandum signé avec Bernard Tapie qui prévoyait la vente progressive de toutes ses autres affaires afin de rembourser sa dette restante. Ruiné et ainsi rendu inéligible, Bernard Tapie s'intéresse de près à la vente d'Adidas réalisée pour son compte par le Crédit lyonnais. Il découvre que le Crédit lyonnais a effectué un montage opaque par lequel la banque a revendu Adidas à un groupe d'investisseurs dont deux sociétés offshore avec une option de revente à Robert Louis-Dreyfus lui permettant d'engranger une plus-value de de francs ( d'euros) en cas de redressement d'Adidas.

Bernard Tapie estime que le Crédit lyonnais l'a berné en effectuant ce montage opaque, qui a permis à la banque de violer son obligation de loyauté et son obligation de neutralité lors de la vente, et ainsi d'empocher les près de d'euros qui auraient dû lui revenir. Une version réfutée. par Laurent Mauduit, cofondateur et journaliste de Mediapart, qui affirme que Bernard Tapie avait une parfaite connaissance de la valeur d'Adidas avant sa liquidation. Mais Bernard Tapie ne peut pas attaquer le Crédit lyonnais car du fait de sa mise en liquidation par la banque, il n'est plus le propriétaire de BT Finance, la société qui possédait Adidas, qui est la société lésée dans l'opération, et dont les titres appartiennent désormais en quasi-totalité au Crédit lyonnais (qui ne va donc évidemment pas porter plainte contre elle-même). Ce n'est donc pas Bernard Tapie mais le mandataire liquidateur de Bernard Tapie Finance (BTF) et ses petits porteurs (les particuliers qui avaient conservé des actions BT Finance achetées en Bourse des années auparavant, financés par Bernard TapieAffaire Adidas : Tapie avait acheté le soutien de ses petits porteurs - Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde, 29 juillet 2013) qui vont entamer les procédures judiciaires qui vont durer quinze ans.

Bernard Tapie obtient de pouvoir se joindre à la plainte, et après plusieurs jugements favorables obtient le , par la décision d'un tribunal arbitral, la somme de d'euros ( d'euros de dommages, d'euros d'intérêts, et d'euros de préjudice moral). Les conditions de recours à cette sentence arbitrale sont très controversées au niveau politique et font l'objet de plusieurs recours en annulation devant les juridictions administratives. Tous ces recours devant les juridictions administratives sont rejetés.

Le , la Cour de justice de la République (CDJ) ouvre une enquête à l'encontre de Christine Lagarde pour établir si elle a privilégié les intérêts de Bernard Tapie lors de l'arbitrage. La presse se procure une « lettre d’allégeance » adressée par Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy : « Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting. […] Si tu m'utilises, j'ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d'être inefficace, sans soutien je risque d'être peu crédible. Avec mon immense admiration. Christine L... » Celle-ci est auditionnée pendant vingt-quatre heures les 23 et , et placée sous le statut de témoin assisté le Lagarde : ce que signifie le statut de témoin assisté - Julie Reynié, RTL, 24 mai 2013. Elle est mise en examen le pour le seul motif de « négligence ». Le procès de Christine Lagarde devant la Cour de justice de la République débute le . Au terme du procès, le parquet requiert sa relaxe. Le , la Cour la déclare coupable de « négligence », mais la dispense de peine et ne fait pas inscrire cette condamnation à son casier judiciaire.

Dans un autre volet pénal non ministériel de cette affaire, Pierre Estoup, l'un des trois juges du tribunal arbitral, est mis en examen pour « escroquerie en bande organisée »Affaire Tapie : Le juge arbitre Pierre Estoup mis en examen pour escroquerie en bande organisée - Guillaume Gaven, France Info, 29 mai 2013. Bernard Tapie et son avocat, Maître Lantourne, sont mis en examen le pour le même chef d'accusation. Des lettres saisies dans le cadre de l'instruction démontrent que Messieurs Estoup et Lantourne avaient partie liée bien avant la décision de nommer un tribunal d'arbitrageAffaire Tapie : les deux lettres qui révèlent l’escroquerie - Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde, 29 juillet 2013.

Fin , Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des Finances du gouvernement Ayrault, affirme qu'il envisage la révision de l'arbitrage de 2008. De fait, l'État se constitue partie civile le et le Consortium de réalisation (CDR) dépose un recours en révision de l'arbitrage le . Le , la cour d'appel de Paris annule le jugement arbitral de 2008 et, le , elle condamne Bernard Tapie et sa femme à rembourser les 404 millions d'euros perçus en 2008..

Parallèlement, en , la cour d'appel de Paris valide les mises en examen pour « escroquerie en bande organisée » de Bernard Tapie, de Pierre Estoup et de Maurice Lantourne. Dans le cadre de l'affaire d'arbitrage du litige concernant la vente d'Adidas, Bernard Tapie est mis en examen le pour « détournements de fonds ». Sa mise en examen pour « escroquerie en bande organisée » est validée par un arrêt de la cour de cassation du .

En , les juges d’instruction décident de renvoyer devant le tribunal correctionnel, Bernard Tapie, Maurice Lantourne, Christine Lagarde, Stéphane Richard, président-directeur général d’Orange, Pierre Estoup, Jean-François Rocchi, ancien directeur du CDR, et Bernard Scemama, ancien président de l’Établissement public de financement et de restructuration (EFPR).

Estimant qu'aucun élément ne permet d'affirmer que l'arbitrage fait l'objet d'une fraude, le tribunal correctionnel prononce une relaxe générale le 2019. Le parquet de Paris fait appel de ce premier jugement. En , le parquet général requiert une peine de cinq ans de prison avec sursis et 300.000 euros d'amende pour « complicité d'escroquerie » et « détournement de fonds publics ».. Affaibli par son cancer, Bernard Tapie n'est pas en mesure de se présenter aux dernières audiences. Son décès, le 3 octobre 2021, met fin à l'action publique le concernant.

La théorie de la défense de Bernard Tapie vignette|Bernard Tapie.

Le rachat En juillet 1990, le Groupe Bernard Tapie (SNC GBT) se porte acquéreur de la société Adidas auprès des sœurs Dassler, héritières d'Adolf Dassler, le fondateur de la marque. Cet investissement de de francs () est rendu possible par un financement à 100 % par un pool bancaireLes Échos 11/02/2010, Bernard Tapie : qu'a-t-il vraiment fait de ses entreprises ?, ayant pour chef de file la SDBO. Cette filiale du Crédit Lyonnais participe à hauteur de 31,25 %. À cette occasion, les AGF, l'UAPChronologie de l'affaire Adidas, Boursilex entrent au capital de la marque de sport.

L'entreprise est rachetée pour une somme jugée peu élevée à l'époque. En effet, elle possède la quatrième marque la plus connue au monde. Mais elle fait face à plusieurs difficultés : elle affiche de lourdes pertes, souffre d'une image vieillissante, et contrairement à ses grands concurrents comme Nike ou Reebok, fabrique encore une part importante de sa production dans des pays à main-d'œuvre onéreuse, comme l'Allemagne, berceau du groupe.

Le groupe Adidas a besoin d'être restructuré pour redevenir profitable, et c'est le but de Bernard Tapie lorsqu'il en prend possession. Il s'agit de la restructuration d'un groupe important nécessitant d'y consacrer des moyens financiers conséquents, et les médias français s'interrogent immédiatement sur la capacité de Bernard Tapie à mener à bien de front ses ambitions politiques, sportives, et ce chantier industriel qui vient en addition de son groupe déjà constitué d'une quarantaine de sociétés. L'intéressé déclare pourtant :

Le redressement d'Adidas

Bernard Tapie engage, de 1990 à 1992, les réformes lourdes et coûteuses qui vont permettre de redresser Adidas : recours généralisé à la sous-traitance, délocalisation d'une partie de la main d'œuvre, redéfinition de la politique de distribution, et refonte du marketing par l'engagement du patron du design de Nike, Rob Strasser. Adidas va ainsi changer de logo, la fleur de lotus étant remplacée par un plus moderne triangle matérialisé par trois bandes parallèles, logo toujours en place aujourd'hui. Les coûts de cette restructuration sont élevés (en 1992, Adidas enregistre une perte de de francs français, qui rend nécessaire une augmentation de capital de même montant, partiellement souscrite et entièrement financée par le Crédit Lyonnais et les AGF). À ce moment-là, le bilan comptable réel de Tapie est négatif de de francs (1,6 milliard d'emprunt plus de pertes). Le nantissement d'Adidas aurait dû être prononcé, mais grâce au soutien de l'Élysée, un privilège lui est accordé. Mais dès 1993, la société recommence à engranger des profits, pour la première fois depuis plus de dix ans.

Robert Louis-Dreyfus rachète l'affaire en janvier 1993 et poursuit pendant deux ans le plan d'affaire de Bernard Tapie. Il déclarera au sujet de la gestion Tapie Interview de Robert Louis-Dreyfus - Les Échos, septembre 2006extrait bas de la page 18 de l'arrêt du 30/09/2005 rendu par la Cour d'appel de Paris (celui qui avait alloué d'euros à Tapie) : "Sans que ses qualités de dirigeant opérationnel d'Adidas soient diminuées, Monsieur Robert Louis Dreyfus apparait avoir parfaitement perçu que Madame Beaux, nommée président d'Adidas le 6 novembre 1992, active et déterminée, avait remotivé les cadres, procédé à la restructuration en réaménageant le réseau américain, en enrayant la chute du chiffre d'affaires et en commençant la délocalisation, toutes mesures qui ont contribué à dégager un bénéfice conséquent dès 1993 ( d'euros puis 60 millions € en 1994, 126 millions en 1995), la valeur d'Adidas étant fondée pour une très large part sur son nom et sa marque".

Une autre version du redressement d'Adidas est présentée par ceux qui la dirigeaient au temps de Robert Louis Dreyfus. Selon eux, le redressement d'Adidas ne s'est pas fait sous la férule de Bernard Tapie. « On a évidemment réorganisé la production », se souvient Christian Tourres, le bras droit de Robert Louis-Dreyfus à l'époque d'Adidas : « Le mouvement avait été engagé avant Tapie. Tapie avait suivi mollement. On est arrivé et on a accéléré. On a redressé la boîte en un an. » L'essentiel de la restructuration est mis en œuvre en 1993 quand le groupe dispose des moyens de mettre en œuvre les mesures nécessaires, moyens financiers dont ne disposait pas Bernard Tapie. Délocalisation de la production, restructuration des filiales, mise en place d'une nouvelle stratégie marketing, modernisation de l'image et du style… Seul point d'accord entre ces deux versions : la plupart des orientations qui seront mises en œuvre par Robert Louis-Dreyfus à partir de 1993 sont esquissées par Gilberte Beaux, présidente éphémère du directoire d'Adidas.

Le virage de Bernard Tapie vers la politique et la décision de revendre