Les Dioulas ou Juula sont un peuple d'Afrique de l'Ouest principalement présents en Côte d'Ivoire au Burkina Faso et au Ghana. Issus de la branche méridionale de la diaspora marchande des Wangaras, auxquels ils sont associés dans les sources médiévales, ils partagent une origine commune avec les Malinkés au sein de l'espace Mandé. Historiquement reconnus comme une communauté de commerçants à longue distance et de lettrés musulmans, ils ont joué un rôle clé dans la diffusion de l'islam et le commerce de l'or et de la noix de kola entre les régions sahéliennes et les zones forestières.

Dénominations L'usage du terme « Dioula » (ou Juula) a fait l'objet d'un glissement sémantique important au cours de l'histoire ouest-africaine. En langue mandingue, son sens le plus ancien et universel désigne simplement un « marchand itinérant », s'appliquant à l'origine aux commerçants musulmans de langue mandé.

L'identité dioula est intimement liée à l'histoire des réseaux marchands médiévaux d'Afrique de l'Ouest. Les sources arabes et locales désignent originellement ces commerçants sous le nom de Wangara. Au fil des vagues migratoires s'étendant vers le sud (entre les fleuves Volta et Comoé), les communautés établies dans les frontières de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso et du Ghana actuels développent une identité culturelle et linguistique distincte. Adoptant un dialecte propre (le dioula), elles se sont progressivement auto-désignées sous le terme de Juula (ou Dioula), qui signifie littéralement « marchand » en langue mandingue.

Dioula signifie en dioula "lié à la racine". « Provenance de la souche primitive ».

Le terme dioulaya (imitation du Dioula) dont dérive « dioula » désigne la culture Dioula.

, on a de multiples autres variantes du nom :

Dabakala, Dabakara, Diouala, Diula, Djula, Doula, Duala, Dualas, Dyoula, Dyoulas, Dyoura, Dyulake, Dyulanke, Jula, Julas, Juula, Dioulabas. Wangara

Langue

Leur langue, le dioula, est mandingue. Géographie

Les Dioulas sont principalement implantés en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Ghana.

En Côte d’Ivoire, les Wangaras Dioulas sont implantés de longue date dans de nombreuses localités, notamment à Teneguera, Boron, Kong, Diédana, Gominasso, Waraniéné, Kaniéné, Faranikan, Kadioha, Bondoukou, Tengréla, Bouna, Kolia, Dabakala, Ouangolodougou, Kouto, Sissédougou, Tombougou, Boundiali ou encore Satama.

Au Burkina Faso, les Dioulas vivent principalement à Bobo-Dioulasso, Darsalamy, Sindou…

Au Ghana, les Wangaras Dioulas vivent principalement à Bole, Buipe, Daboya, Larabanga, Sampa, Wenchi, Sunyani, Berekum…

Ils vivent également près de l’ancien site de Bégho

Histoire thumb|upright|Le marché de Té en pays dioula (1899). thumb|upright|Un Dioula des bords du Niger (1900).

Origine

Diaspora marchande wangara Dès le , le géographe Al-Bakri mentionne des marchands musulmans associés au commerce de l'or, tandis qu'au , Al-Idrisi qualifie le delta intérieur du Niger de « pays des Wangara ». Le Tarikh al-Fattash précise la nature de cette identité, soulignant qu'elle repose à l'origine sur une distinction socio-professionnelle et non strictement ethnique.

Originaires de la région du Manden qu'ils ont quittés bien avant la fondation de l'empire mandingue, ils adoptèrent le mode de vie des riches marchands caravaniers et se répandirent, d'ouest en Est, établissant de solides réseaux commerciaux.. à travers l'Afrique de l'Ouest et faisant des langues mandingues des langues véhiculaires.

En Afrique de l'Ouest, les Wangaras détenaient la plupart des marchés, contrôlant la vente de produits comme l'or, le sel, la kola, les armes blanches et les armes à feu, le tissu (en particulier pour la confection des boubous) et divers produits agricoles

Les Wangaras vivent principalement en tant qu’enseignant, imam, érudit et commerçant notamment dans la cité-état de Bégho, les royaumes du Gondja et du Gwirikô (avec comme capitale Sya devenue Bobo-Dioulasso, où régna la dynastie Dioula des Wattara, commandée par Famanga Wattara, frère de Seko Wattara, en graphie française Sékou Ouattara).

Islamisation et doctrine suwarienne En s'installant le long des routes commerciales au milieu de populations majoritairement animistes, les minorités marchandes ont dû théoriser leur statut juridique et théologique. Le socle de cette pensée est la tradition suwarienne, formulée au tournant du par . Cette doctrine rejette le recours au djihad comme instrument de conversion, affirmant que la foi doit être le fruit d'un cheminement personnel et que la coexistence pacifique avec les non-musulmans est légitime. La tradition suwarienne place l'éducation au centre de la vie communautaire, s'appuyant sur l'enseignement de textes fondamentaux comme le Tafsir al-Jalalayn ou le Muwatta de l'imam Malik.

Les commerçants arabo-berbères musulmans venus d'Afrique du Nord et du Proche-Orient par les voies transsahariennes se sont trouvés en contact avec la noblesse mandée, qui s'est convertie à l'islam : il se forma ainsi une élite de commerçants islamisés qui servirent d'intermédiaires entre les populations ayant conservé leurs religions traditionnelles africaines, et les commerçants arabo-berbères.

Étant parmi les premiers en Afrique de L’Ouest à adopter l'islam, ils furent aussi, avec les Toucouleurs du royaume du Tekrour, les premiers propagateurs de cette religion en Afrique..

Selon certaines traditions historiques du Tarikh Es Sudan, Fodé Sanogo, un commerçant et propagateur de l’islam d’origine dioula, aurait joué un rôle déterminant dans l’islamisation de Djenné en convertissant son premier chef à cette religion. Il est également crédité de la construction de la première mosquée de la ville, marquant ainsi l’ancrage durable de l’islam dans ce centre urbain.

Identité Dioula Au , le terme Dioula supplante progressivement l'ancienne dénomination de Wangara. Alors que Wangara désignait spécifiquement les marchands mandingues originaires de l'Empire du Mali, le mot Dioula acquiert une dimension purement professionnelle, pouvant qualifier tout commerçant indépendamment de son origine ethnique ou linguistique. En 1621, le chroniqueur anglais Richard Jobson rapporte ainsi que son interlocuteur sur le fleuve Gambie utilise le terme Julietto (Dioula) pour se définir lui-même mais aussi pour désigner le commerçant européen, illustrant cette focalisation exclusive sur la profession.

Parallèlement à ce sens commercial universel, une transition vers une identité ethnique localisée s'opère dans les régions situées à l'est des fleuves Bandama et Bagoué. Dans ces zones de contact, le terme « Dioula » finit par désigner l'ensemble des locuteurs natifs des langues mandingues, que ces individus pratiquent effectivement le commerce ou non. Cette cristallisation identitaire s'explique par la position minoritaire de ces vagues de migrants qui se sont installées en enclaves au milieu de populations culturellement et linguistiquement distinctes, telles que les Sénoufo, les Koulango ou les Abrons. En maintenant une stricte différenciation culturelle et religieuse et en refusant l'assimilation aux populations autochtones, ces minorités dioula conservent un monopole sur les réseaux d'échange de la noix de kola et de l'or, s'imposant comme des intermédiaires politiques et économiques privilégiés auprès des chefs locaux.

L'établissement des communautés dioula dans le nord de la Côte d'Ivoire actuelle ne relève pas d'un mouvement migratoire unique, mais d'un processus s'étalant du . Les vagues les plus anciennes, proviennent directement des régions occidentales du bassin du Niger, tandis que les plus tardives sont constituées de segments familiaux déjà établis dans la région, issus notamment de l'aire d'influence de l'Empire Kong. Dans l'arrière-pays savanicole, l'existence des minorités dioula repose sur une symbiose économique et politique étroite, mais strictement délimitée, avec les populations autochtones majoritaires. En bénéficiant de la protection de chefferies locales, les Dioulas mettent leurs réseaux marchands à longue distance au service du pouvoir local. Sur le plan social, cette coexistence se caractérise par une nette séparation spatiale (souvent matérialisée par un cours d'eau divisant les quartiers) et par une étanchéité culturelle réciproque.

Empire Kong et complexe ethnique dioula

Le complexe Kong-Bobo-Dioulasso peut être considéré comme le centre de la construction identitaire (ou ethnogénèse) du territoire dioula en Afrique de l'Ouest. Le royaume Kong y est situé dans le bassin hydrographique de Bandama-Comoé et favorise les courants migratoires et commerciaux de cette région. Fondé en 1710, par Sékou Ouattara, il promeut l'islam en faisant détruire les effigies, lieux sacrés, temples et sanctuaires des religions traditionnelles africaines. Parallèlement, il fit adopter le dioula comme langue véhiculaire. Voulant étendre son pouvoir, Sékou Ouattara convoite la ville de Bobo-Dioulasso située au sud de l'actuel Burkina Faso, carrefour privilégié pour le commerce (commerces de la kola, du sel gemme, de chevaux et de l'or) qui représente un « débouché naturel des richesses du Sahara ». L'extension de l'Empire Kong permet aux Dioulas de contrôler toutes les routes commerciales depuis Djenné au nord jusqu'à Grumanya au sud.

Sékou meurt en 1745, laissant le trône à son fils Samanogo (ou Samanogou) qui sera déposé par son frère Koumbi trois ans plus tard. Sous le règne de Koumbi, la ville de Kong voit la fondation de plusieurs académies islamiques et s'élever de nouvelles mosquées et autres lieux de culte, ainsi que des bibliothèques. L'historien Joseph Ki-Zerbo considère le Gwiriko comme l'Empire dioula des Ouattara. Après la mort de Koumbi en 1770, l'empire Kong va connaitre de nombreux tumultes, dont des épidémies provoquant des famines, ainsi que l'avancée des Français qui déstabilise la région.

Au , le positionnement pacifiste de la doctrine suwarienne provoque des heurts violents avec les réformateurs musulmans militants de la région. Dans les années 1890, le refus des Dioula de s'engager dans la guerre sainte a mené au massacre de leurs oulémas à Kong et à Buna par les armées d'Almamy Samori Touré. En réaction, les élites dioula ont souvent perçu l'avancée des troupes coloniales françaises et britanniques comme une protection, facilitant ultérieurement leur intégration sous les administrations coloniales puis au sein des États modernes post-indépendances.

Fragmentation L'invasion coloniale et la prise de Kong par Samory Touré en 1896 fragmentent le monde dioula qui se voit partagé par les nouvelles frontières issues de la démarcation coloniale française de L'A.O.F. établies par le décret du (Sénégal, Soudan français, Guinée, Côte d'Ivoire et Haute-Volta). Face à l'expansionnisme de Samori, les communautés dioula de la région adoptent des stratégies radicalement divergentes, dictées par leurs alliances locales. À Kadioha, les Dioula s'allient à Samori pour maintenir leur domination sur les populations autochtones Sénoufo. Lors de la déroute en 1898, les Dioula de cette localité choisissent de fuir massivement vers l'ouest à sa suite, redoutant moins l'armée française que les représailles violentes des populations sénoufo locales. À Korhogo, à l'inverse, la chefferie sénoufo et la minorité dioula locale s'opposent frontalement à Samori. Elles perçoivent l'arrivée des forces françaises comme une protection stratégique. Ce choix politique explique le calme et le pacifisme relatif qui caractérisent le Nord durant la période de « pacification » coloniale, contrastant avec les insurrections prolongées et sanglantes menées par les peuples du Sud de la Côte d'Ivoire (notamment Baoulé et Gouro). La collaboration active des autorités traditionnelles et des élites marchandes dioula avec l'administration française favorise l'intégration rapide de la région dans l'espace colonial.