La bataille des Tombettes a lieu le , pendant la Chouannerie. Elle s'achève par une victoire décisive des républicains qui marque la fin de l'insurrection en Ille-et-Vilaine.
Prélude
Le , les troupes républicaines du général Charles Dumoulin subissent une défaite à la bataille de Saint-James contre les chouans de la division de Fougères, commandés par Aimé Picquet du Boisguy. Cependant les patriotes de Fougères reçoivent rapidement des renforts venus de Rennes et d'Avranches..
Du Boisguy décide donc d'évacuer le pays de Fougères pour rallier les divisions de Vitré, de La Guerche-de-Bretagne et de la Mayenne pour y rassembler toutes les forces disponibles et contre-attaquer en force. Dans ses mémoires, l'officier chouan Toussaint du Breil de Pontbriand écrit : .
Forces en présence Les effectifs ne sont pas connus avec précision et varient selon les sources. Du côté des républicains, l'officier chouan Toussaint du Breil de Pontbriand affirme dans ses mémoires que le général Charles Dumoulin dispose de hommes à Saint-James et que la garnison de la ville de Fougères compte au moins hommes. D'après les sources républicaines, la colonne du général Dumoulin ne compte que 500 à 600 hommes à la mi-janvier., mais elle a par la suite reçu des renforts. En 1840, l'historien militaire Patu-Deschautschamps écrit que les troupes de Dumoulin, fortes initialement de 400 hommes au moment du combat de Saint-James, ont ensuite été renforcées par 400 à 500 hommes.. Cette colonne est alors constituée de soldats de la légère et de la demi-brigade de ligne.
Du côté des royalistes, Pontbriand indique que la division de Fougères compte environ hommes à cette période... Les officiers sous les ordres d'Aimé Picquet du Boisguy sont alors Auguste Hay de Bonteville, Joseph Picot de Limoëlan, Louis Picquet du Boisguy, Bertrand de Saint-Gilles et Auguste-Pierre-François de Lambilly.
Déroulement La date du combat varie selon les auteurs. Toussaint du Breil de Pontbriand la place au .. Jacques Crétineau-Joly donne quant à lui le , Adolphe Thiers le 26 nivôse, soit le ., Charles-Louis Chassin le et Léon de La Sicotière le 25 ou le .. Les administrateurs d'Avranches évoquent la date du 6 pluviôse, soit le , mais les généraux Gardanne et Dumoulin donnent dans leurs rapports la date du 5 pluviôse, soit le .
Le récit le plus détaillé de la bataille est donné par l'officier chouan Toussaint du Breil de Pontbriand, dans ses mémoires. Beau-frère d'Aimé Picquet du Boisguy, Pontbriand commande alors dans la région de Dinan et n'est pas présent à ce combat. D'après son récit, les premiers accrochages débutent lorsqu'un détachement républicain sorti de Fougères rencontre quatre compagnies royalistes en route pour rejoindre le rassemblement ordonné par du Boisguy. Après un combat d'une demi-heure, les chouans mettent en fuite les patriotes, leur tuent 18 hommes et les poursuivent jusqu'aux abords de Fougères. La garnison de cette ville intervient et fait une sortie qui repousse les chouans. Puis, lorsque du Boisguy arrive sur les lieux avec le gros de ses forces, les républicains battent à leur tour en retraite et se replient à l'intérieur des murs de la ville.
Le plan de du Boisguy est cependant contrarié par cet affrontement, qui lui a fait perdre plusieurs heures. Il décide alors de reporter au lendemain sa marche sur le pays de Vitré et de rétrograder sur le bourg de Parigné, afin d'y passer la nuit et d'y prendre des cartouches qu'il a fait confectionner pour sa troupe.
Cependant le bruit de la fusillade alerte la colonne du général Dumoulin, alors en marche sur la route de Saint-James à Fougères. Au lieu-dit la Violette, au sud de Poilley, celui-ci surprend et met notamment en fuite quelques chouans occupés à faire des cartouches. Dumoulin déploie ensuite ses troupes en bon ordre sur une position avantageuse au lieu-dit des Tombettes, entre le manoir de la Vieuville et le château du Bois-Guy, et y attend les chouans.
La rencontre se produit peu après. Les troupes de Dumoulin étant face à lui et la garnison de Fougères dans son dos, du Boisguy constate qu'il lui est impossible d'éviter le combat et décide de tenter une percée. Le chevalier de Saint-Gilles est chargé de mener la pointe de l'assaut. Les chouans attaquent en force sur leur aile droite et bousculent les républicains, mais ils se retrouvent rapidement à court de munitions. Les républicains attaquent alors de tous côtés et mettent leurs adversaires dans une déroute complète. La plupart des chouans parviennent cependant à s'enfuir. Dans ses mémoires, Toussaint du Breil de Pontbriand estime que si l'attaque de Saint-Gilles n'avait pas réussi, .
Les sources républicaines donnent peu de détails sur le combat, mais confirment qu'il se termine par une fuite générale des chouans, qui se sauvent grâce à la nuit et à la proximité de la forêt de Fougères. Le général Dumoulin fait état d'.. Il affirme dans son rapport que le bataillon de la légère a emporté à la baïonnette une et que les ont été mis en déroute après un combat d'une demi-heure. Dans une lettre, le brigadier républicain Mauduit écrit : .
Après le combat, du Boisguy rallie une partie de ses forces à Parigné. Dumoulin fait cesser la poursuite et reprend sa marche sur Fougères, où il arrive dans la soirée. Le lendemain, il fait fouiller la forêt de Fougères.
Pertes Les pertes ne sont pas connues avec exactitude. Dans ses mémoires, Toussaint du Breil de Pontbriand affirme que les chouans perdent 50 hommes, dont le chevalier de Lambilly. La nuit suivante, du Boisguy ne peut rallier que à hommes à Parigné.
Du côté des sources républicaines, le brigadier Mauduit affirme que les chouans perdent plus de hommes, tués ou blessés, sur un effectif estimé entre et . Les administrateurs d'Avranches écrivent que des lettres particulières vont jusqu'à faire état de 800 tués. Cependant dans un bref rapport, le chef d'état-major de la subdivision d'Ille-et-Vilaine annonce un bilan plus mesuré 50 tués.. Le Journal de Paris du 12 pluviôse (), évoque également un bilan de 50 chouans fusillés et de 500 autres faits prisonniers.
Conséquences Le combat des Tombettes marque la fin de la Chouannerie en Ille-et-Vilaine. Le , soit le jour même de la bataille de Tombettes, le chevalier Charles Thierry de La Prévalaye, commandant des forces royalistes dans le département, écrit au général La Barollière qu'il accepte les conditions de paix du général Gabriel de Hédouville.. Le , il fait sa soumission et commence le licenciement de ses troupes. La date et les circonstances de la reddition d'Aimé Picquet du Boisguy ne sont cependant pas clairement établies par les sources.
Dès le lendemain de sa défaite aux Tombettes, du Boisguy est informé de la pacification de l'Anjou et d'une partie de la Bretagne. Il aurait alors écrit au général Dumoulin pour lui annoncer son intention de déposer les armes et obtenir un sauf-conduit pour se rendre à Rennes sans danger. Cependant ce dernier se serait borné à lui adresser l' pour réponse. La mère de du Boisguy, Bonne Joséphine Françoise du Boislebon, écrit alors le au général La Barollière pour lui réclamer des passeports.
D'après l'historien Charles-Louis Chassin, Madame de Marigny — née Marie Anne de Châteaubriand, sœur de François-René de Chateaubriand, et veuve de François Geffelot, seigneur de Marigny. — se joint à ces démarches et obtient de la part du général La Barollière des conditions favorables pour du Boisguy. Il cite notamment une lettre envoyée anonymement à la mère de ce dernier :
Cette indulgence en faveur des chouans est notamment dénoncée par le maire de Fougères, Julien Loysel, qui dans un courrier adressé le 19 pluviôse () aux administrateurs du département, s'alarme des arrêtés du général La Barolière qui autorise les chouans à conserver leurs armes :
Le , le capitaine Wanderwal, commandant de l'arrondissement de Fougères, faire rendre public la proclamation du général La Barolière. Celle-ci demande aux chefs de légion d'opérer le licenciement de leurs troupes et de dresser un état nominatif de tous leurs hommes. Elle autorise les chouans à garder leurs armes chez eux, mais précise qu'ils ont interdiction de sortir armés de leur commune ou de leur domicile sous peine d'arrestation. Par la suite, La Barolière fait ajouter que 12 francs seront remis aux chouans pour chaque remis aux autorités. Il promet également qu' et que le .
Sous la Restauration, la direction générale du ministre de la Guerre fixe la fin de la durée du service de du Boisguy à la date du . Selon Toussaint du Breil de Pontbriand, du Boisguy fait sa reddition au général Brune le , à Rennes.. Pontbriand, alors commandant de la division de Dinan, signe lui-même un traité de paix le à Plancoët, qui est ratifié deux jours plus tard au château Chesne-Ferron, à Saint-Carné, près de Dinan.. D'après le récit laissé dans ses mémoires, il rencontre à cette occasion le général La Barollière qui l'informe que du Boisguy résiste toujours dans la région de Fougères et le prévient que . Pontbriand se rend alors à Rennes le , où il obtient un sauf-conduit du général Brune. Il rejoint du Boisguy le lendemain, et le convainc de déposer les armes en lui apprenant la pacification du Morbihan. Le 18, ils se rendent tous deux à Rennes auprès du général Brune qui leur fait . Au nom du Premier Consul, il offre à du Boisguy le grade de général de brigade et à Pontbriand celui de colonel, mais tous deux déclinent. Du Boisguy demande, sans pouvoir l'obtenir, la levée du séquestre sur les biens de sa famille, mais obtient la libération de 122 royalistes, dont 92 détenus dans les prisons de Rennes. Le lendemain, il refuse à nouveau une place d'officier dans l'armée républicaine en déclarant : . Du Boisguy et Pontbriand sont ensuite autorisés à regagner leurs domiciles.
Finalement le 11 ventôse (), le maire Loysel annonce au commissaire du gouvernement .. En un mois, 400 fusils sont remis aux autorités. Du Boisguy dépose lui-même un et reçoit un certificat de rentrée le .. Il se rend ensuite à Paris avec son frère, où il est maintenu sous surveillance par la police.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
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