La grotte du Moulin de Laguenay, ou grotte de la Boissière, est une grotte ornée située sur la commune de Lissac-sur-Couze, en Corrèze, dans le Limousin, en France. Elle présente notamment deux mains peintes et des séries de points datées du Gravettien. Elle a été inscrite comme monument historique par arrêté du .
Situation La grotte du Moulin de Laguenay se trouve sur le causse de Martel (causse corrézien), au sud de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), sur la commune de Lissac-sur-Couze. Elle s’ouvre dans la colline du Puy Gérald, sur le flanc orienté au sud-est d'une petite vallée qui aboutit au hameau du Soulier de Chasteaux.
L’environnement au-dessus de la cavité est en prairie et en bois taillis. Devant l’entrée se trouve un verger et les maisons d’habitation du lieu-dit « le Moulin de Laguenay ». L’ouverture de la grotte est à environ 140 m d’altitude, à proximité de la source karstique du Moulin de Laguenay dont elle constituerait une ancienne exsurgence. La grotte ou une partie de celle-ci était anciennement utilisée comme grange ou abri aménagé.
Géologie Le contexte géologique régional est celui de terrains calcaires d’âge secondaire (Jurassique moyen, Dogger) de la bordure NW du Bassin aquitain. Les terrains sont sub-horizontaux ou faiblement pentés vers le SWcarte géologique au 1/50 000, 1976. La structuration tectonique régionale détermine un système de blocs limités par de grandes failles. La cavité s’ouvre à la limite entre des formations inférieures attribuées au Bajocien noté j1 (niveau de calcaires blancs souvent oolithiques) et des formations supérieures attribuées au Bathonien noté j2a (calcaires sub-lithographiques en plaquettes). Cette limite correspondrait à un âge voisin de d’années. Le passage entre les deux unités lithologiques de la limite Bajocien - Bathonien se fait par un niveau altéré en cargneules et colmaté par des argiles rouges calcifiées ou des niveaux recristallisésMuet, 1985. Sur le site, le passage vertical s’effectue entre des calcaires beiges massifs (souvent altérés et fortement cariés près de la surface) et des calcaires dits sublithographiques en plaquettes affleurant au-dessus de la grotte. Dans l’interprétation de l’histoire de la région, les évènements terminaux sont le décapage du remplissage sidérolithique par un réseau fluviatile. Cette érosion pourrait débuter au Miocène ou au Pliocène. L’époque de l’enfoncement et du développement du réseau fluviatile actuel ainsi que du karst n’est pas encore bien connue. La géomorphologie montre la superposition à un modelé nettement fluviatile de caractéristiques typiquement karstiques (très nombreuses dolines) dont l’apparition détruit l’organisation fluviatile préexistante.
Hydrogéologie L’analyse du fonctionnement, actuel comme ancien, des cavités karstiques nécessite la compréhension de l’hydrogéologie locale. La source du Moulin de Laguenay draine un petit karst binaire estimé à de surface, distinct du système voisin du Blagour du Soulier (Chasteaux). La grotte représente un ancien drain, actuellement colmaté, d'une venue d'eau qui s'écoule maintenant latéralement dans un drain pénétrable situé très près en amont. Muet (1985) y a trouvé des vestiges d’une faune ancienne.
Au niveau de la zone d'entrée de la grotte du Moulin de Laguenay, un faciès calcaire à sphérulites de calcite fibro-radiée (diamètre moyen 5 cm) constitue des parties de la voûte et de l'éboulis intérieur. Ce faciès n'est pas décrit dans la littérature.
Description La partie accessible de la grotte est développée sur 35 m seulement, en direction N-S. La zone d’entrée est effondrée. L’entrée actuelle est une chatière étroite qui forme « (…) un boyau d’un mètre de long et de 50 cm de diamètre et descendant vers l’effondrement d’entrée. »Groupe spéléologique de la Corrèze, 1976, p.42. Cet effondrement est en fait le résultat du dynamitage de l’entrée au début du par l’ancien propriétaire, le notaire du village, agacé de ce que sa caverne serve de lieu de rendez-vous aux jeunes de la région. Il existerait d’ailleurs d’anciennes cartes postales montrant le porche d’entrée tel qu’il se présentait à l’époque. L’entrée actuelle est donc étroite et débouche dans un éboulis de gros blocs. La voute est localement plane suivant les dalles de calcaire ou présente des creusements de type « chenal de voute » témoin d'un creusement secondaire par écoulement sur un remplissage comblant le drain originel. Les concrétions sont localement présentes mais faiblement développées (petites fistuleuses et recouvrements de calcite). Au-delà de l’éboulis, le remplissage est en pente légère vers le fond. La galerie est alors large de 6 m, pour une hauteur de 3,50 m environ. Au centre de la cavité, une dépression boueuse à fond plat d’une quinzaine de mètres de long sur 4 m de large en moyenne est limitée par des banquettes de cailloutis et surtout de sables et limons le long de la paroi sud. L’hypothèse d’un effondrement naturel et d’un soutirage n’est pas compatible avec la morphologie à fond plat et la présence quasi permanente d’eau ou de d’argile liquide. Il paraît plus plausible qu’une grande partie du matériau sableux ait été exploitée anciennement. La banquette serait un témoin du remplissage originel. C'est une hypothèse à tester. Vers le fond de la cavité, le remplissage argilo-limoneux remonte assez rapidement (sur 6 mètres environ) jusque sous la partie ornée. La grotte se prolonge par un petit laminoir inaccessible.
Se pose alors le problème du centré évidé de la cavité. Quelle en est l’origine ? On peut penser que le recoupement du drain et sa suspension au-dessus du talweg du vallon a pu entrainer un mécanisme de vidange par fluage, affouillement et soutirage, qui expliquerait la morphologie de contact avec les parois. Une autre origine pourrait être la fréquentation anthropique de la cavité, attestée par les témoins pariétaux et les usages locaux qui, par piétinement et/ou aménagement (extraction ?), auraient contribué à l’évacuation partielle du comblement. Il ne faut pas oublier que l’obstruction récente de l’entrée (une centaine d’années tout au plus), entraine une perception différente de la cavité avec un talus d’éboulis, qui donne l’illusion d’une zone centrale en dépression, alors que vraisemblablement, cette dépression était en liaison topographique directe avec l’entrée historique (comment, en effet, envisager une excavation anthropique, puis un usage de remise, à quelques mètres de l’entrée, en maintenant un passage bas sur un remplissage de même nature que celui exploité à l’intérieur ?). Enfin, l’observation actuelle du fond plat et inondé de la dépression n’est pas un argument opposable à un ancien fonctionnement par fluage, affouillement et soutirage car, comme le démontrent plusieurs exemples historiques dans d’autres cavités, le piétinement et l’exondation peuvent suffire à imperméabiliser et à rendre porteurs des comblements à dominante argileuse et lœssiqueRodet, 1991, 2002.
Formation de la cavité Le faible développement visitable de la cavité limite fortement la portée des observations qui pourraient y être faites dans une approche karstologique, en raison de la faible représentativité de cette partie accessible par rapport au réseau karstique lui-même. Aussi faut-il considérer notre proposition comme une hypothèse de travail qui devra être adaptée aux observations qui pourraient être effectuées dans les cavités naturelles voisines, au développement plus important et donc significatif.
Il est probable que cette cavité a été formée dans une phase de karstification ancienne, peut-être Pléistocène moyen, remplie de sédiment, puis recoupée par l’incision de la vallée au Pléistocène supérieur. Les témoins de vides karstiques remplis et la répartition des faciès de recristallisation plaident en faveur d’une continuation vers le sud de la paléo-structure souterraine de la grotte du Moulin de Laguenay. Dans l’hypothèse où la cavité serait une paléo-résurgence de la rivière souterraine voisine, cela ne constituerait pas un étagement (comme habituellement) mais plutôt un déplacement latéral de l’exutoire, vers l’amont du vallon (phénomène de recul des émergences par enfoncement du drainage de surface). Cette observation donne à penser que le karst est antérieur à la topographie actuelle et, comme il est actif, s’adapte. Ce phénomène est compatible avec l’analyse hydrogéologique régionale, qui indique une organisation du drainage karstique suivant des plans essentiellement horizontauxMangin, communication orale.
L’évolution globale pourrait être celle-cid'après Joël Rodet (UMR 6143 du CNRS, Université de Rouen) :
Une phase d’ennoiement qui comble et succède (diachronie ?) ou accompagne le creusement du drain (évolution paragénétique ?). Quoi qu’il en soit, la cavité a été comblée d’éléments fins. Ceci est attesté par la présence sur les parois et en voute, d’alvéoles remplies d’argile, ainsi que de concrétions d’ennoiement (aiguilles de diffusion périphérique). Après cette phase d’ennoiement, mais avant le recoupement du drain par l’incision de la vallée, intervient une phase de durée indéterminée qui voit se succéder au moins un cycle de : fossilisation (rétraction des éléments argileux qui libère un espace entre la voute et le comblement et entraîne une aération sommitale du dépôt terrigène, formation de lamines de calcite et d’un plancher stalagmitique de quelques millimètres d’épaisseur qui fossilise les dépôts sous-jacents) et de reprise du drainage dans l’espace libéré (chenal de voute). La croissance du concrétionnement est stoppée par le retour de la circulation hydrique. L’incision de la vallée recoupe le drain, et le recul du versant autorise son évidement partiel par drainage. Ceci peut expliquer le dégagement du sommet du comblement jusqu’aux banquettes. Le petit plancher sous la voute, formé au cours de la phase précédente, est suspendu. Cette phase est antérieure à la fréquentation humaine. C’est sous ce plancher que sont positionnées les représentations. L’enfoncement et l’élargissement de l’entaille du vallon permet la capture du drainage par la source actuelle, mais aussi l’ablation de la partie aval de la cavité. La fossilisation du drain est scellée par la mise en place d’un nouveau plancher de calcite de 15 cm d’épaisseur au toit du comblement. Les populations préhistoriques ont pu connaitre le site d’alors, y laissant des trous creusés dans le remplissage… ? La présence de dépôts de décantation sur le dernier plancher, mais aussi l’ablation partielle du remplissage en dessous, sont des arguments qui militent en faveur d’une phase complexe de réactivation de la cavité fossile, largement ouverte vers l’extérieur, par ennoiement partiel (barrage ?), autorisant une érosion du remplissage par fluage et soutirage, mais aussi des cassures de blocs ou du plancher de calcite. Quelle est l’influence d’une possible fréquentation humaine du site à ce moment-là ? L’occupation humaine intègre le site souterrain dans son domaine : prélèvement de matière première (sable, argile…), grange, abri aménagé, lieu de rencontre de la jeunesse, etc. Rien ne démontre une modification radicale du site, à l’exception de son entrée, depuis sa fréquentation par les Préhistoriques, mais son contraire non plus. Cette fréquentation peut expliquer le piège à humidité de la cuvette centrale qui, peut-être, n’existait pas à la Préhistoire ?
Les éléments récents apportés par les fragments de parois ornés retrouvés dans la fouille en pied de la paroi indiquent que cette desquamation est probablement ancienne et liée à un fonctionnement de la cavité qui pourrait avoir été différent de l'actuel.