thumb|200px|Ce tableau supposé daté de la Renaissance est un faux car l'on a retrouvé, dans les sous-couches, du bleu de Prusse, un pigment utilisé depuis le .

Un faux est une imitation d'une œuvre d'art originale, qui n'est pas présentée comme une copie, ou une œuvre originale dont on essaie d'attribuer la paternité à un artiste qui n'en est pas l'auteur, et qui est généralement plus célèbre.

Histoire

Définitions La notion de faux dans l’art met en étroite relation les quatre termes suivants : « copie », « imitation », « contrefaçon » et « faux ». Copier

Le terme de « copie » trouve ses racines dans le terme latin de « copia », qui signifie « abondance ». Au Moyen Âge, vers 1250, cette définition évolue et devient « reproduire un écrit ». À partir du , ce mot est utilisé dans l’imprimerie pour désigner la reproduction définitive d’un texte destiné à être imprimé.

Jusqu'au premier quart du le terme « copie » est utilisé dans le cadre de la reproduction identique d’une œuvre dénuée de toute intention de tromper autrui. Pourtant, le mot est aussi employé au pour désigner la reproduction des œuvres d’art ; « copie » n'a plus le sens de reproduction, il prend le sens d'imitation. Cette idée est soutenue dans le dictionnaire d’Antoine Furetière (1690), qui précise que le nom commun « copie » est « l’imitation [qui est fait d’un original], tous domaines de l’art confondus ». Le verbe « copier » signifie aussi « imiter et dérober l’invention […] ». C’est ainsi que le terme de « copieur » est devenu péjoratif, désignant l’imitateur d’autrui, un plagiaire liée au vol de propriété intellectuelle, concept juridique qui émerge au début du , entre autres en Angleterre.

Au , ce terme signifie « reproduire » ou « reproduire frauduleusement », d'après le dictionnaire Petit Robert ; le Vocabulaire typologique et technique Dessin - Peinture précise que la copie est exécutée par un autre que l'original. Quand l'artiste produit plusieurs exemplaires d'une œuvre, on parle de réplique..

Imiter

« Imiter » apparaît au dans le vocabulaire religieux. Il désigne le fait de reproduire des exemples de vertu et de morale. Dans son dictionnaire, Antoine Furetière suit cette définition. En revanche, le Dictionnaire de l’Académie française rattache ce verbe au domaine des arts car il est question de prendre « le style, l’esprit, le génie d’un autre auteur [d’un peintre] ». Au , le dictionnaire Robert « imiter » le définit comme l'action de « contrefaire une marchandise, une écriture » et devient synonyme de « contrefaire » quand l’intention est de tromper autrui.

La racine latine du mot « imiter » établit un lien avec le terme de « contrefaire » puisque imiter vient du latin « Imitari » soit la même origine que « contrafacere ».

Aujourd’hui, « imiter » a conservé cette double définition. Ce verbe signifie « faire ou chercher à reproduire » tout autant que « reproduire dans l’intention de faire passer la reproduction pour authentique ».

Contrefaire

Le mot « contrefaire » est une affaire d'intention : celle de tromper. Ce terme est nécessairement lié au vol intentionnel de la propriété intellectuelle. Il a deux racines latines. La première, « Imitare », signifie « transformer », « travestir » et par extension « contrefaire une personne dans les gestes », ou plus littéralement « travestir sa main pour la transformer en la main d'un autre ». Au , ce terme évolue pour prendre le sens de « feindre pour tromper ». Au , dans les dictionnaires de Jean Nicot et d’Antoine Furetière, « contrefaire » signifie « imiter quelque chose et tâcher de la rendre semblable », se rapprochant de la définition originale. Le terme s'étoffe, prend plus d'ampleur dans sa seconde racine latine, « adulterare » qui signifie « falsifier », « imiter ».

Au , « contrefaire » a conservé une signification proche de celle définie au . Selon le Petit Robert, ce terme signifie « reproduire par imitation » ou encore « changer l’apparence (de quelque chose) pour tromper » . Falsifier

Selon le Dictionnaire de l’Académie française le terme « falsifier », « faux » signifie « contrefaire quelque chose » ou encore « altérer par un mauvais mélange ». Falsifier a pour but de tromper quelqu’un, duper autrui. Ce rapprochement des termes « contrefaire » et « falsifier » semble confondre les deux mots pour en faire des synonymes.

Au ce terme a une double signification : « altérer volontairement dans le dessein de tromper » ou « donner une fausse apparence à (quelque chose) ».

Distinctions Historiquement, il faut chercher à distinguer si un faux a été réalisé avec une intention frauduleuse ou non. C'est là le point essentiel : l'intention, par exemple, de faire passer une copie pour une œuvre originale.

Depuis siècle au minimum, il est en effet courant que les élèves des ateliers de peintres, travaillant en société, imitent ou peignent à la manière d'un maître pour apprendre : l'artiste, chef de son atelier, donne une idée à ses apprentis et collaborateurs, qui exécutent ensuite. Il faut attendre le pour que l'on parle d'une œuvre « authentique » uniquement lorsqu'elle est conçue et peinte par le maître seul. La définition d'un « faux » est donc récente au regard de l'histoire de l'art. Il faut également prendre en compte les peintures modifiées avec le temps par d'autres artistes pour des convenances morales, religieuses, politiques (par exemple, les figures du Jugement dernier de Michel-Ange). On doit aussi prendre en compte les repeints, les restaurations. Enfin, il est nécessaire de comprendre que certains faux ne sont que des œuvres qui ont été mal attribuées dans le passé. Le vrai faussaire copie une peinture (ou plusieurs éléments empruntés à plusieurs toiles) qu'il modifie au besoin et la signe du nom de l'artiste avec le but de tromperVéronique Prat, « Un nouveau Michel-Ange au Louvre ? », Le Figaro Magazine, semaine du 6 décembre 2013, pages 82-88..

On parle d'une œuvre « attribuée à » lorsque des doutes subsistent mais que l'authenticité est vraisemblable ; d'une production « atelier de » lorsqu'on a la garantie qu'elle a été réalisée dans l'atelier d'un maître ou sous son autorité ; d'« école de » lorsque l'artiste a été élève d'un maître et a subi son influence ou son aide ; de « copie » lorsqu'il s'agit du désir de posséder la reproduction d'une œuvre célèbre, fruit donc d'une commission, ou pour des besoins de l'enseignement de l'art ; et de « pastiche » lorsqu'un maître peint à la manière d'un autre (par exemple, Rubens vis-à-vis du Titien). Dans le cadre d'une affaire de contrefaçon, tromperie et escroquerie, une œuvre d'art peut donc être expressément et faussement « attribuée à »Voir par exemple l'affaire Dominique Weitz, in Libération, 18 avril 2013 — en ligne..

Histoire des faux vignette|droite|La Femme brune, un faux Modigliani au musée des Beaux-Arts de Nancy. Les premiers faux datent de l'Empire romain ; des sculptures grecques sont vendues à de riches patriciens à une époque où l'art grec est à la mode. Au Moyen Âge, des fausses reliques sont réalisées par des artistes pour être vendues ensuite à des établissements religieux.

Au Moyen Âge également, de faux documents historiques sont produits, parfois par de grands ateliers de copie, avec l'espoir de les faire valider ensuite par une autorité, parfois avec succès, note l'historien Bernard Guenée, car Bernard Guenée, Histoire et culture historique dans l'Occident médiéval, Aubier-Montaigne, 1991, page 363..

La diffusion de la richesse qui suit la Renaissance entraîne un attrait plus grand pour les œuvres d'art et les objets antiques. Cet attrait s'étend aux œuvres contemporaines et la valeur de ces œuvres est de plus en plus souvent rattachée à la signature de celui qui les a produites. Pour les identifier, les peintres commencent à marquer leurs œuvres, d'abord à l'aide de signes puis de signatures. Face à une demande de plus en plus forte, les premiers faux commencent à apparaître.

L'historien Giorgio Vasari note que Michel-Ange a copié des dessins de maîtres pour substituer ses copies aux originaux ; il a également sculpté un Cupidon endormi en marbre, l'a patiné puis enterré afin de le vieillir artificiellement, puis vendu au cardinal Raffaele Sansoni Riario sur le conseil de son mécène Laurent de Médicis, en le faisant passer pour une sculpture hellénistique.

Pendant le certains suiveurs d'Albrecht Dürer ajoutent la signature de celui-ci à leurs propres œuvres pour en augmenter la valeur, provoquant la colère de Dürer. Il ajoute ainsi à l'une de ses gravures de la Vierge la mention Forgeries, a Long History, Adrian Darmon . Son plus célèbre imitateur est Marcantonio Raimondi. Le peintre italien Luca Giordano a peint un Christ guérissant le paralytique, attribué à Dürer, qui lui valut d'être poursuivi, mais gracié par les tribunaux.

En 1799, Wolfgang Küffner emprunte un autoportrait d'Albrecht Dürer qui décorait l'hôtel de ville de Nuremberg depuis le . En lieu et place de l'original, il restitue une copie. La supercherie qui n'est découverte que six ans plus tard, en 1805, quand le tableau est vendu et expertisé.

Camille Corot est un des artistes les plus contrefaits. Casper Purdom Clark, directeur du Metropolitan Museum of Art de New York, affirmait que tableaux de Corot avaient été déclarés à la douane américaine depuis la mort du peintre. Corot lui-même signait quelquefois de son nom des tableaux faits par d'autres.

Les faux en peinture se multiplient au , en particulier sur les œuvres d'artistes modernes, comme Gustave Courbet, Vincent van Gogh, ou, plus proches de nous, Salvador Dalí, Pablo Picasso, Paul Klee, Matisse... Après 1918, la demande explose, surtout aux États-Unis : certains experts, durant les années 1920-1930, se laissent abuser, par exemple dans les affaires Otto Wacker et Alceo Dossena. Les méthodes scientifiques d'authentification sont pourtant déjà opérationnelles (radiographie, lampe infra-rouge, analyse chimique des compositions) et ne vont pas cesser d'évoluer : il n'est donc pas rare aujourd'hui de découvrir dans certains catalogues de musées des objets soudainement déclassifiés, passant du statut d'authentique à faux, objets aussitôt retirés des expositions.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le marché de l'art en France occupée connaît un véritable boom qui s'accompagne de la création et de la vente de nombreux fauxKim Oosterlinck, 2009. « The Price of Degenerate Art », Working Papers CEB 09-031.RS, ULB (Université libre de Bruxelles)..

De faux vestiges étrusques surgissent également au , à la suite du développement de l'intérêt renouvelé pour cette civilisation. De faux « guerriers en terracotta » sont même expertisés et reconnus comme authentiques entre 1915 et 1961 par leur acheteur, le Metropolitan Museum of Art de New-York. Les aveux du faussaire, le sculpteur italien Alfredo Fioravanti, au consulat américain de Rome, font immédiatement revenir les experts du musée sur leurs certitudesJean-Paul Thuillier, Les Étrusques, la fin d'un mystère, coll. « Découvertes Gallimard / Archéologie » (), 148-149..

Frank Arnau rappelle en 1959 dans son essai L'Art des faussaires qu'il Frank Arnau, L'Art des faussaires et les faussaires de l'art, tr. de l'allemand, Paris, Rober Laffont, 1960, .. Ainsi, en 2012-2013, un énorme trafic de fausses toiles de peintres américains contemporains est démantelé par le FBI, pour une valeur dépassant les 100 millions de dollars Affaires Knoedler et Spoutz, authenticationinart.org, en ligne.. Des marchands et des experts sont souvent complices dans l'écoulement des faux, comme le prouvent les démêlés de la galerie Knoedler et l'expert Bill Pallot.

Exemples célèbres Faussaires et complices

En littérature et bibliophilie William Henry Ireland, auteur de faux Shakespeare à la fin du . Justin Bonaventure Pranaitis, prêtre et auteur lituanien du Talmud démasqué à la fin du .

Œuvres Les crânes de cristal, Chronique d'Ura-Linda, La Vénus de Brizet réalisée par François Crémonèse,