Le château de Lugny est situé sur le territoire de la commune de Lugny en Saône-et-Loire, à l'ouest du bourg et au pied de la montagne du Château qui le surplombe.
Ce qu'il restait de ce château incendié en 1789, dont une partie était la propriété du docteur Paul Jacques dans l'entre-deux-guerres, fut transformé en école privée avec internat en 1946, à l'initiative du père Joseph Robert (1898-1987), prêtre nommé curé-archiprêtre de Lugny en 1935 et fondateur d'une communauté pastorale (la cure de Lugny avait été installée au château en 1910). Soixante-dix-neuf ans plus tard, les lieux sont toujours partiellement occupés par cette école, devenue le groupe scolaire privé « La Source ».
La quasi-totalité des bâtiments composant ce qu'il reste du château sont la propriété de l'association « Les Foyers communautaires » fondée en , qui y a son siège (la Maison des Foyers).
Description Au Moyen Âge, le château de Lugny, flanqué de plusieurs tours et doté d’un donjon de plan carré « fort élevé et très beau », était ceint de fossés remplis d'eau grâce à la source de la Bourbonne – source dite « des Eaux bleues » – qui jaillit au pied de la montagne du Château.
« Le château est flanqué de quatre tours, il est assez irrégulier. Le seigneur qui l'occupe est baron de cette contrée, ce château est dans un bas, à côté d'une montagne assez haute, les terrasses règnent sur tout le bourg. » a écrit le curé de Lugny au milieu du Alain Dessertenne et Françoise Geoffray, La carte de Cassini en Saône-et-Loire : description topographique des paroisses. Transcription intégrale des réponses données par les curés pour la plupart des paroisses de l’actuelle Saône-et-Loire lors de l’enquête lancée pour établir la carte de Cassini en 1757, Cercle généalogique de Saône-et-Loire, 2015, ..
Toutefois, il ne reste qu'une petite partie de cet imposant château (dans lequel se rendait toujours en 1789 « la justice de la baronnie de Lugny et dépendances »Raison pour laquelle le château disposait de prisons.) : il fut en effet incendié dans les derniers jours de , durant la Grande Peur.
Tours d'entrée et bâtiments adjacents Du château d'avant la Révolution française, il ne reste aujourd'hui que les deux tours rondes d'entrée (à trois étages) traditionnellement datées du et une partie des communs, bâtiments correspondant pour l’essentiel à ceux de l’ancienne basse-cour de la demeure seigneuriale et formant un quadrilatère.
À chacune des deux tours d’entrée est accolé un étroit bâtiment. Ceux-ci, implantés perpendiculairement l’un à l’autre, sont couverts de hautes toitures à croupes en tuiles plates. La toiture du bâtiment accolé à la tour d’entrée du nord-est (celle de droite) est percée dans la croupe d’une lucarne dominant une tourelle circulaire dans œuvre amortissant l’angle entre le bâtiment et la tour.
thumb|L'entrée du château de Lugny (détail, photo prise en 2004). Passées les deux tours d’entrée — qui flanquaient autrefois une porte avec pont-levis aujourd’hui disparue et qui ont conservé plusieurs canonnières réparties sur différents niveaux — on découvre sur la gauche trois ouvertures à arcades partiellement murées rappelant la « porterie », l’ancienne conciergerie du château.
Sur la droite sont visibles deux élégantes baies et leurs arcs en plein cintre moulurés puis l'entrée des anciennes écuries du château – traditionnellement datées du — auxquelles donne accès une porte avec un arc en anse de panier.
Corps de bâtiment disparu Le bâtiment dans lequel résidaient les seigneurs de Lugny, cantonné de tours et comportant un haut donjon, s’élevait autrefois sur le terre-plein situé entre l’actuelle place de l’Église et la montagne du Château. Incendié dans la nuit du 27 au , il a entièrement disparu et seules subsistent de cette construction la base d'une tour circulaire et, sur quelques dizaines de mètres, une petite partie de l’ancienne muraille.
L’ensemble, qui comprenait notamment une grande salle, de nombreuses chambres, une salle du trésor sous forme de « cabinet voûté » renfermant les « livres à terriers [...] contenant les redevances et droits seigneuriaux qui sont dus à ladite maison de Lugny » et une chapelle, était dominé par un donjon que le curé de Lugny évoquait en ces termes au milieu du XVIII siècle : « Dans l’intérieur du château est une tour quarrée à girouëtte extrêmement haute. Il y a une horlogeHorloge qui disparut en 1789 avec l’incendie du château mais dont la cloche – « du poids d’environ cent livres » – fut néanmoins réutilisée, comme le révèle une lettre du 2 novembre 1817 signée Guillon, ayant-droit des héritiers du comte de Montrevel et à ce titre propriétaire à Lugny, qui déclare que « dans le château de Lugny, il existait une cloche, qui après l’incendie de cet édifice fut portée dans la basse-cour près d’un pressoir, où (par adoucissement d’expression) elle fut prise clandestinement, et de là transportée dans le clocher de l’église de Lugny où elle sert depuis ce temps-là au rappel des fidèles, avec une autre […] qui est la seule que [la fabrique] possède légitimement » (extrait du registre des délibérations du conseil de la fabrique de l’église de la paroisse de Lugny, délibération du 4 décembre 1817). qui en fait la décoration […]. »
Le terre-plein évoqué ci-dessus, de nos jours dépourvu de toute construction, est régulièrement le lieu d’effondrements témoignant de pièces existant encore sous la surface du sol, comme l’ont notamment relaté plusieurs anciens élèves de l’école privée : « Je me souviens qu’un jour le ballon avec lequel nous jouions avait été expédié un peu trop loin… et que nous l’avions retrouvé en un endroit où le sol s’était effondré, laissant deviner une maçonnerie de pierre que j’ai gardée en mémoire, vestiges enterrés d’une ancienne voûte renvoyant évidemment à la maison forte des seigneurs de Lugny. »Témoignage de Jean-Paul Geoffroy publié dans : Frédéric Lafarge, « Monseigneur Joseph Robert (1898-1987), Une communauté missionnaire en Mâconnais : Lugny », Les Foyers communautaires et l'Amicale des anciens élèves de l'école « La Source », Lugny, 2019 . Le dernier de ces effondrements s’est produit en 2018, et a permis les observations attentives d’un spéléologue : « Cet effondrement a mis en évidence l’existence d’une salle voûtée, dont il ne subsiste qu’une petite partie, le reste étant écroulé. Ce qui reste de cette petite salle basse mesure environ quatre mètres de long sur trois de large. La voûte, en anse de panier, est bâtie de pierres calcaires grossièrement équarries, disposées sans soin et à joints vifs. »Source : « Le château de Lugny-en-Mâconnais », article de Gilles Auloy, président du Centre de castellologie de Bourgogne, publié dans la revue La Physiophile n° 171 de décembre 2019.
Chapelle seigneuriale Non loin des tours de la maison forte, dans le transept sud de l’ancienne église paroissiale (bâtie à l’époque romane mais démolie en 1823 pour être remplacée par l’église actuelle), se trouvait « la chapelle et oratoire de long temps et antiquité construit tout proche le château et maison forte de Lugny, joignant et tenant devers midy à l’église dudict lieu et appelé la chapelle du château », desservie par deux chapelains et qui existait déjà en 1493 « pour la sépulture des seigneurs et dames de Lugny, tout proche le chasteau » et placée sous le vocable de saint Nicolas, saint Claude, saint Georges et sainte CatherineÀ la veille de la Révolution, quatre autres chapelles existaient sur le territoire de la paroisse de Lugny : la chapelle du Rosaire installée dans le transept nord de l'église romane Saint-Denis, la chapelle se dressant au sommet de la colline Saint-Pierre, la chapelle castrale qui disparut dans l’incendie de juillet 1789 et la chapelle de Fissy placée sous le vocable de Notre-Dame-de-Pitié (le hameau de Macheron eut également sa chapelle, la « chapelle du Poizat », placée dans le giron de la commanderie du temple Sainte-Catherine de Montbellet et dont l’emplacement est encore cité en 1615). Source : Frédéric Lafarge, Si Saint-Pierre m'était conté..., bulletin municipal de Lugny pour l'année 2022, pages 29 à 31.. Le dernier seigneur de Lugny à y avoir été ensépulturé fut Melchior-Esprit de La Baume, marquis de Saint-Martin et treizième comte de Montrevel, baron de Lugny, mestre de camp de cavalerie en 1704 puis brigadier des armées du roi en 1719 et maréchal de camp en 1734, mort en son hôtel de Mâcon le et dont le corps fut aussitôt transporté « dans la terre de Lugny pour y être inhumé dans la chapelle de ses ancêtres »Chapelle où il sera rejoint, trente ans plus tard, par son épouse, Marie-Florence du Châtelet de Lomont, comtesse de Montrevel, morte à Mâcon le 14 octobre 1770, qui sera « présentée dans l’église de Saint-Pierre, sa paroisse, et de là […] transférée dans l’église de Lugny pour y être inhumée »..
Seigneurs et dames de Lugny Des origines à la Révolution française, quatre familles nobles possédèrent successivement le château de Lugny, la transmission de la terre de Lugny se faisant à chaque fois par mariage : la maison de Lugny (des origines à la seconde moitié du XVI siècle) ; la maison de Chabot (par mariage en 1558 de Françoise de Lugny avec François Chabot) ; la famille de Saulx (par mariage en 1579 de Catherine Chabot avec Jean de Saulx) ; la maison de La Baume (par mariage en 1647 de Claire-Françoise de Saulx avec Charles-François de La Baume).
Famille de Lugny 110px|thumb|Armes de la famille de Lugny. La branche aînée de cette maison noble s’éteignit dans la seconde moitié du XVI siècle avec Jean III de Lugny, « dernier héritier mâle de la maison de Lugny », dont les ancêtres – si on s'en tient à la généalogie établie par Samuel Guichenon dans son Histoire de Bresse et de Bugey parue à Lyon en 1650 – furent successivement : Josserand de Lugny, chevalier, époux de Marguerite, dame de Pizay (il était vivant en 1340, et testa en 1368) ; Jean de Lugny, chevalier, époux de Jeanne, dame de Nanton et de Ruffey ; Jacques de Lugny, chevalier, époux le de Catherine de Dyo (né vers 1402) ; Liébaud de Lugny, chevalier, époux le d'Agnès de Lévis (dont il eut Jean II qui suit) puis de Philiberte (ou Marguerite ?) de Saint-Trivier, dame en partie de Branges (il vivait encore en 1495) ; Jean II de Lugny, chevalier, époux le de Catherine de Rossillon.