Le char FCM 2C, est un char super-lourd conçu à la fin de la Première Guerre mondiale. Il n'a jamais pu être employé au combat.
Conception Conçu à la fin de la Grande Guerre pour suppléer le char Saint-Chamond et participer aux grandes offensives prévues en 1919, ce char super-lourd et fortement armé devait pouvoir traverser des tranchées de et écraser les points d'appuis ennemis sans l'appui de l'artillerie.
Les problèmes techniques et industriels de ce programme étaient ambitieux pour le complexe militaro-industriel français engagé au maximum de ses capacités ; le général Jean Estienne demanda, en , 700 de ces , destinés à l'artillerie d'assaut. Dix furent construits par les Forges et chantiers de la Méditerranée dans ses chantiers navals de La Seyne-sur-Mer à partir de 1919 et livrés en 1921. Ils furent utilisés dans des documents de propagande où leur masse impressionnait le public, français et allemand.
Sa masse éprouvait trop sa mécanique, l'obligeant à être déplacé par voie ferrée.
Il aurait dû être remplacé dans les années 1940 par le FCM F1, char super-lourd de plus de .
Opposition au projet En , le ministère de l'Armement suggère la construction de trois catégories de chars en fonction de leur poids : des chars légers, moyens et lourds.
Le dernier type correspondait au nouveau projet. Néanmoins, le char FCM 2C était déjà dans la ligne de mire du général Jean Baptiste Eugène Estienne, qui commandait la nouvelle unité de chars. Il avait collaboré étroitement avec Renault pour développer le Renault FT. Grâce à cette collaboration, il était bien informé sur l'autre projet de char. Estienne craignait que la production du char lourd monopolise toutes les capacités de production disponibles, empêchant ainsi la fabrication du FT, plus léger et bien plus pratique.
Il n'était pas opposé à la production de chars lourds, mais en quantité limitée, et à condition que cela n'entrave pas la fabrication des chars légers. Ses craintes se sont confirmées : en novembre, Mourret essaya de freiner le développement du Renault FT. Il exposa que toutes les ressources devraient être consacrées à produire des chars lourds. Estienne écrivit au Général Joffre, le pour défendre le concept de char léger ; il reconnaissait que les « Cuirassés » pourraient avoir leur utilité dans certaines circonstances, et soulignait que la faisabilité d'un modèle lourd opérationnel n'était pas démontrée, et encore moins sa production en quantités suffisantes par l'industrie française. Il considérait comme une erreur de ne pas donner la priorité aux chars légers, qui pouvaient être fabriqués rapidement. Il pressait Joffre d'utiliser son influence pour annuler le projet de char lourd.
Joffre lui répondit qu'il avait sans doute raison dans son analyse tactique et organisationnelle, mais qu'il ne pouvait pas donner satisfaction à sa requête : le soutien politique au char lourd était trop fort. Le ministre de l'Armement, Albert Thomas, s'était ouvertement engagé en sa faveur et n'osait pas retirer son soutien. Joffre incita Estienne à ne pas s'inquiéter : il veillerait à ce que le Renault FT ne soit pas annulé. Et précisément parce que le développement du char lourd prendrait beaucoup de temps, cela n'entraverait pas la production de chars légers dans un avenir immédiat.
Le Comité consultatif de l'artillerie d'assaut (CCAA) avait été créé le et s'était réuni pour la première fois le . Lors de cette première session, il avait été rapporté que Renault et FCM coopéraient sur un projet de char lourd de trente tonnes. Lors de la réunion suivante, le , Estienne découvrit qu'un canon de calibre était prévu, lui-même aurait préféré un canon de calibre . Estienne, absent lors de la réunion du , avait informé le comité par lettre qu'il trouvait le projet bien présenté et satisfaisant, et qu'il était d'accord pour la construction rapide de deux prototypes ; il exprimait sa préférence pour un canon de , plutôt que de calibre .
En , Joffre est remplacé par Robert Nivelle. Fin janvier, Nivelle apprend le projet de char lourd par Estienne.
Il s'alarme plus que Joffre. Le , il écrit au ministre Thomas, indiquant clairement que, sous aucun prétexte, le projet ne devait entraver la production du Schneider CA. Thomas répond le qu'il n'y a aucun danger. Il avait confirmé, le , la politique du général Mourret ; ce dernier avait ordonné de développer simultanément trois prototypes : la version « A » allégée, pesant trente tonnes, mesurant de long, avec une suspension de vingt-neuf roues jumelées, quatre bogies principaux et cinq rouleaux supérieurs, propulsée par deux moteurs Renault de 200 chevaux-vapeur (150 kW) et équipée d'un canon de calibre , afin de répondre à la commande initiale du ; la version « B » de quarante-cinq tonnes avec une coque allongée à , armée d'un canon de calibre et de deux mitrailleuses, avec une suspension comprenant trente roues, cinq bogies principaux et six rouleaux supérieurs, utilisant un nouveau moteur de 380 CV (280 kW) et une transmission pétro-hydraulique ; et la version « C » de 62 tonnes avec un canon de calibre , une longueur de , une suspension comprenant quarante-cinq roues, six bogies principaux et neuf rouleaux supérieurs, ainsi que quatre moteurs de 110 CV (81 kW) combinés à une transmission pétro-électrique.
vignette|Plan du FCM 2C. Les appréhensions de Nivelle furent renforcées par des enquêtes menées par une commission financière parlementaire dirigée par Pierre Renaudel. Un plan visant à commander immédiatement cinquante véhicules pratiquement identiques au modèle réduit fut rejeté. La commande de deux prototypes supplémentaires, passée le , fut confirmée par le CCAS le . Finalement, le « FCM 1A » serait développé avec un canon de calibre et le « FCM 1B » utiliserait une transmission pétro-mécanique.
Au début, les progrès réalisés avec le prototype FCM 1A étaient satisfaisants. Le directeur de FCM, Moritz, avait reçu l'assurance de Renault, en , que les moteurs souhaités de (150 kW) étaient fiables et ne retarderaient pas le projet. Moritz avait annoncé que le premier prototype serait prêt pour le . Le , il pensait que les premiers essais pourraient commencer dans les cinq semaines à venir. Le , l'offensive de Nivelle est un échec et la première utilisation des chars français aussi. Thomas ordonne l'arrêt de toute production et de tout projet de char. Estienne et Mourret s'allient pour faire annuler cette décision. Lorsque Thomas rendit visite aux Russes, Mourret ordonna secrètement la reprise des projets de chars. À son retour, Thomas, furieux, fait renvoyer Mourret, éliminant le rival d'Estienne. Entre-temps, des retards inexpliqués empêchèrent la livraison des moteurs et de la boîte de vitesses par Renault. Le , FCM constate que les pièces promises n'étaient pas arrivées. Renault avait délibérément donné la priorité à d'autres projets. Lors d'une réunion du CCAS le , Moritz annonça que les essais commenceraient le . Au cours de cette réunion, Estienne critiqua les chars lourds : .
Commande du FCM 2C Le , le premier prototype était prêt à être présenté à une commission d'enquête du CCAS, avec des essais réels à La Seyne-sur-Mer, les 21 et . Mourret avait été remplacé à la tête de la commission par Estienne ; des observateurs britanniques et américains étaient présents. Le FCM 1A, avec son apparence futuriste, fit bonne impression sur les présents. Moritz démontra que le véhicule était capable de franchir des tranchées de 3,5 mètres de large, de grimper des murs de quatre-vingt-dix centimètres de haut, de descendre et de remonter des cratères de six mètres de large et quatre mètres de profondeur. Dans les bois, il pouvait briser un pin de 28 centimètres d'épaisseur et passer sur un pin de 35 centimètres d'épaisseur. Une vitesse de 6 km/h fut atteinte. Le principal problème était que le char était difficile à diriger en raison de sa longueur de chenille extrême et du profil de maillon de chaîne insuffisant. La chenille glissait facilement lorsqu'elle était freinée, bien qu'elle ne se soit jamais détachée. Le moteur avait tendance à surchauffer ; son manque de puissance de base limitait la pente de montée à 65 % au maximum. Le premier canon Schneider de calibre raccourci avait été reçu en octobre, les premiers essais de tir réel n'auront lieu que les 5 et , avec des résultats satisfaisants.
Discutant ces résultats, le , le département technique de l'Artillerie spéciale conclut que le FCM 1A semblait être un puissant véhicule de combat, capable d'avoir un effet important sur le moral de l'ennemi. Dès le , le ministre de l'armement Louis Loucheur avait estimé que la France et avait suggéré au Président du Conseil Georges Clemenceau de dépenser cinquante millions de francs pour construire cent FCM 1A. Les quinze premiers devaient être livrés à partir de , afin d'avoir une force de quatre-vingts véhicules le . Clemenceau laissa la décision à Estienne.
Le général Philippe Pétain, le nouveau Haut Commandant de l'Armée française, demanda à Estienne d'utiliser sa position pour mettre fin au projet. Estienne lui répondit que c'était peu judicieux, alors que le public se demandait pourquoi ces chars lourds n'avaient pas été produits. De plus, les alliés (notamment les Britanniques et les Américains) ne consentiraient pas à donner à la France 700 exemplaires du nouveau modèle Mark « Liberty », sauf si la France avait fait un effort pour produire ses chars lourds. Les autorités françaises devaient retarder le projet tout en le soutenant officiellement. Estienne s'était déjà orienté sur cette voie, en choisissant la version la plus lourde, la « C », pour la production. Cela nécessitait un tout nouveau prototype et causait un retard considérable.
Pétain a exigé alors des chiffres de production élevés, retardant la planification et déclenchant un conflit politique. Il a demandé lourds pour . Il provoqua ainsi un conflit entre Clemenceau, Premier ministre et ministre de la Guerre, et Loucheur, ministre de l'Armement. Loucheur estimait qu'il était impossible de fournir la main-d'œuvre et l'acier nécessaires. Estienne et Pétain ont ajouté d'autres demandes : Pétain des pontons spéciaux, et Estienne des béliers et des détecteurs de mines électroniques.
Lorsque la guerre prit fin, aucun char n'avait été construit. La commande de production pour le char 2C fut annulée.
Malgré la fin des hostilités, une forte pression politique persistait pour adopter de nouveaux projets de chars lourds : il y avait une capacité de production excédentaire considérable dans l'industrie lourde. La Direction de l'Artillerie d'Assaut, sur incitation d'Estienne, décida, en , de se procurer dix chars 2C, et de rejeter tout autre projet.
Histoire opérationnelle thumb|gauche|Le char 99 « Champagne » capturé par les forces allemandes, été 1940. Lors de l'entrée de la France dans la Seconde Guerre mondiale, les huit chars en service dépendaient du de chars de combat. Celui-ci fut dissous et les FCM 2C furent regroupés dans le de chars de combat, sous le commandement du commandant Fournet ; il sera rattaché, le , au d'armée de forteresse de la ..
Le , le de chars, stationné dans les bois au nord de Briey et comprenant huit chars, reçoit l'ordre d'embarquer sur voie ferrée. Deux chars tombent en panne à Mainville (le ) et à Piennes (le ). Les six chars restant embarquent le 13, dans la gare de Landres à bord de deux trains. . Après des péripéties dues à la désorganisation des forces françaises durant la bataille de France, ils durent être sabotés par leurs équipages, le , à : les trains qui les transportaient se trouvaient coincés derrière cinq autres trains ; tous étaient bloqués par un convoi de carburant en flammes à l'entrée du village de Meuse, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Neufchâteau, en direction de la gare de Culmont - Chalindrey et Is-sur-Tille.