Pour un parti de l'intelligence est un manifeste rédigé par Henri Massis et publié dans Le Figaro (Supplément littéraire du dimanche) du . . Fortement imprégné par le maurrassisme de l'Action française, il constitue la réponse des intellectuels de droite et de l'extrême droite à la Déclaration de l'indépendance de l'Esprit rédigée par Romain Rolland et publiée le de la même année dans le quotidien L'Humanité. Selon le spécialiste de l'Action française Eugen Weber, le manifeste eut beaucoup de succès et obtint la signature d'une part considérable de l'intelligentsia conservatrice française de l'époque.

Contexte

La « Déclaration de l'Indépendance de l'esprit » de Romain Rolland exhortait les intellectuels à abandonner l'attitude qui avait été la leur durant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle ils avaient, chacun dans son camp, rejoint l'union patriotique, et défendu l'effort de guerre. Ce faisant ils avaient, selon Rolland, la pensée, en la faisant servir les . Invitant donc les intellectuels à tirer les leçons du passé, Rolland les exhortait à œuvrer pour réaliser l'union fraternelle du .

Trois semaines plus tard, dans le supplément littéraire du Figaro, est publié un texte, présenté comme la réponse à la déclaration faite précédemment par , dont les signataires du texte du Figaro estiment qu'elle est de nature à troubler l'opinion publique, qu'ils se donnent pour objectif de et de contre ce qu'ils qualifient de .

Manifeste

Restaurer la Nation pour fédérer l'Europe Contre l'internationalisme revendiqué par Romain Rolland, Henri Massis et les cosignataires du manifeste entendent défendre « l'esprit français », qui seul doit permettre la régénération spirituelle, morale et sociale de l'Occident, la défaite allemande devant replacer la France comme centre du rayonnement intellectuel de l'Europe : Nous croyons qu'il est dans la destinée de notre race de défendre les intérêts spirituels de l'humanité. La France victorieuse veut reprendre sa place souveraine dans l'ordre de l'esprit, qui est le seul ordre dans lequel s'exerce une domination légitime« Pour un parti de l'intelligence », cité par ..

Ce rôle historique d'avant-garde de la défense de la civilisation assigné à la France oblige les intellectuels français, s'ils veulent prendre part à ce combat civilisateur, à , et donc à se . L'internationalisme de la pensée doit s'appuyer sur une base nationale, car En travaillant à la restauration nationale des signataires du manifeste.

Restauration spirituelle Massis voit comme un obstacle à la sauvegarde de le primat accordé au développement industriel et commercial du pays, et l'idéologie matérialiste qui le sous-tend : bien qu'ils appellent également de leurs vœux , les signataires du manifeste ne veulent pas qu'elle se fasse : , car c'est elle la garante de la sauvegarde de la culture et de la morale, que les , tenants du , tiennent pour quantité négligeable.

Cette réforme morale indispensable au bonheur de l'homme et qui doit accompagner la réforme sociale, doit nécessairement être d'inspiration catholique :

Croyants, nous jugeons que l'Église est la seule puissance morale légitime et qu'il n'appartient qu'à elle de former les mœurs ; incroyants, mais préoccupés du sort de la civilisation, l'alliance catholique nous apparaît indispensable.

Contre la et le Inspirée par les que , et par l'Église catholique, dont une des missions les plus évidentes , devient apte à accomplir la mission dont elle est chargée, qui consiste à éclairer et à défendre le peuple contre ainsi que contre .

Signataires et réactions Le manifeste « Pour un parti de l'intelligence », qui marque le point d'aboutissement de la conversion au maurassisme de Henri Massis (antérieurement plus proche de Maurice Barrès), est signé par , notamment, outre Maurras lui-même, Jacques Bainville, Eugène Marsan ou encore Georges Valois, tous membres ou proches de l'Action française. Mais sont également signataires d'anciens dreyfusards comme Daniel Halévy et Jacques Maritain (également sensible aux idées de Maurras). Ce sont en réalité des représentants de toutes les tendances de la droite et de l'extrême droite qui se retrouvent dans le soutien au . Par un trait caractéristique de l'époque, et à la différence de ce qui se passera après la Seconde Guerre mondiale, ce sont alors les intellectuels d'extrême droite qui dictent les thèmes qui deviendront des diverses droites intellectuelles.

Des débats houleux ont lieu à la rédaction de la NRF afin de savoir si la revue de Jacques Rivière doit soutenir le manifeste de Henri Massis. Ces tensions s'expliquent notamment par le fait que Massis avait déjà critiqué sévèrement certains auteurs de la NRF dont André Gide, Romain Rolland et Jacques RivièreCes articles seront rassemblés et dédiés à Maurras sous le titre . Des articles publiés après la publication du Manifeste visent certains non-signataires appartenant à la NRF..

Finalement Henri Ghéon (qui, engagé comme médecin sur le front de Belgique, avait retrouvé la foi catholique) le signe à titre individuel, tandis que Jean Schlumberger, après avoir hésité, lui refuse son soutien en raison de sa référence constante au catholicisme, Schlumberger étant d'origine protestanteCité par .. Il se prononce néanmoins en faveur du manifeste et précise : Jacques Rivière, quant à lui, consacre un compte-rendu, défavorable mais courtois, au texte de Henri Massis dans le numéro du de la NRF. Rivière ne s'y était pas trompé lorsqu'il écrivait dans ce même article que .

Maurice Barrès décide de ne pas joindre son nom à celui des signataires du manifeste, tout en indiquant qu'il l'initiative.

Le , un critique du journal le Pays . L'Action française comprit de cette critique qu'elle faisait clairement apparaître la ligne de démarcation entre patriotes et intellectuels de gauche, c'est-à-dire .

Le programme esquissé dans le manifeste trouve son prolongement l'année suivante dans la création de La Revue universelle (paraît à partir du ) fondée par Bainville et Massis, et à laquelle collabore Jacques Maritain (il s'en retire en , à la suite de la condamnation de l'Action française par le pape ). Les fonds nécessaires à création de ce périodique venaient d'une partie du million laissé à Maurras et Maritain par le riche royaliste Pierre Vilard. Des cotisations furent également demandées aux signataires du manifeste.

Sur le thème de la , Henri Massis publiera un essai du même nom en , puis rédigera en un manifeste : le « Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe », destiné à soutenir l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste.

Liste des signataires

Les signataires du manifeste sontListe extraite de . :

Articles connexes

L'Action française, quotidien dirigé par Charles Maurras Anticommunisme Nationalitarisme Revue critique des idées et des livres, d'Eugène Marsan

Bibliographie

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Notes et références Notes

Références

Catégorie:Manifeste politique en France Catégorie:Histoire des idées politiques Catégorie:Histoire du maurrassisme Catégorie:Juillet 1919 Catégorie:1919 en France Catégorie:19 juillet