vignette|Illustration médiévale de l'ecclesia dans le Hortus deliciarum de Herrade de Landsberg. Une Église est une organisation qui regroupe des chrétiens dans une ou plusieurs régions du monde.
L'Église, dans son sens premier, est, dans le christianisme, l'assemblée des croyants. Le Nouveau Testament emploie ce terme pour désigner une communauté locale aussi bien que l'ensemble des croyants dans le Christ.
Étymologie Le mot « église » vient du latin , issu du grec , « assemblée »François Louvel, « Naissance d’un vocabulaire chrétien », dans Les Pères apostoliques, texte intégral, Paris, Cerf, 2006, « Église », p. 517-518 , lui-même issu du verbe , « convoquer, appeler au-dehors ». Les chrétiens latinophones ont adopté le terme sous la forme ..
Dans la Septante, version grecque de la Bible hébraïque datant du , le mot grec ekklesia (église) désigne une assemblée convoquée pour des raisons religieuses, souvent pour le culte.
Dans cette traduction, le mot ekklesia correspond à l'hébreu qahal, qui est aussi traduit par le mot grec synagôgè (synagogue). Pour le judaïsme du Second Temple, ekklesia évoque immédiatement la synagogue, à comprendre comme l'assemblée de DieuHans Conzelmann, Théologie du Nouveau Testament, Labor et Fides, Genève, 1969, p. 50.. Les mots « église » et « synagogue » étaient deux termes synonymes. Ils n'ont pris un sens différent que lorsque les chrétiens se sont approprié le mot église, réservant celui de synagogue aux assemblées des juifs qui refusaient le christianisme et dont ils se distinguaient de plus en plus clairementXavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1981, « Église » p. 323-335 .
En dehors des Églises chrétiennes en tant qu'institutions, le mot s'écrit avec une minuscule quand il désigne une église, bâtiment où une communauté se réunit à partir du .
Histoire Origines scripturaires Le terme Église n’est employé que deux fois dans les Évangiles, deux occurrences qui se trouvent en Matthieu. Jésus dit à Simon-Pierre : (Matthieu 16:18). Dans un autre passage de Matthieu, l'Église est la communauté des croyants en Jésus-Christ : (Matthieu 18:17).
Toutefois, certains exégètes remettent en question la déclaration de Jésus qui établit l’Église dans Matthieu 16:18Daniel Marguerat, « Jésus de Nazareth ou Paul de Tarse », in Daniel Marguerat et Éric Junod, Qui a fondé le christianisme, éd. Bayard, 2010, p. 13 : rien dans les Évangiles ne permettrait d'affirmer que Jésus ait voulu fonder sa propre communauté religieuse.
vignette|Le Christ comme Vrai Cep. Athènes, . Le terme église est beaucoup plus fréquent dans les autres textes du Nouveau Testament, où il désigne parfois les communautés locales, parfois l’Église dans son ensemble. Si le terme ekklesia est très fréquent dans les Actes des Apôtres, les épîtres et l'Apocalypse, son emploi ne s'y répartit pas de façon régulière. Dans les sections dont il est absent, il peut néanmoins être question de l'Église avec d'autres mots. Par exemple, le mot ekklesia est absent des quatorze premiers chapitres de l'Épître aux Romains, où il est souvent question des « appelés » (κλήτοι, klêtoï), les « bien-aimés de Dieu », idée qui renvoie à celle d'église comme l'assemblée à laquelle on se rend parce qu'on y est convoquéJulienne Côté, Cent mots-clés de la théologie de Paul, p. 157 ss. . Par ailleurs, toujours sans employer le terme ekklesia, il peut aussi être question de l'Église au moyen d'images traditionnellement employées dans la Bible pour désigner le peuple de Dieu, notamment celle de la vigne du Seigneur, notamment dans l'Évangile selon Jean.
Dans le Nouveau Testament, le temps de l'Église commence avec les Actes des Apôtres, qui forment la seconde partie de l'Évangile selon Luc et s'ouvrent par les récits de l'Ascension et de la Pentecôte. Ainsi, certains théologiens situent son début à la Résurrection de Jésus, à Pâques et d'autres à la PentecôteRon Rhodes, The Complete Guide to Christian Denominations: Understanding the History, Beliefs, and Differences, Harvest House Publishers, USA, 2015, p. 9.
Les Pères de l'Église disent que l'Église est née du côté du Christ, dans le sommeil de la mort, comme Ève est née du côté d'Adam pendant son sommeil, tel que le raconte le Livre de la Genèse. Avec l'Évangile selon Jean, il est aussi possible d'envisager que l'Église naît lorsque le sang et l'eau jaillissent du côté transpercé du Christ en croix : le sang est le sacrifice du Christ, tandis que l'eau symbolise le baptême ou le don de l'Esprit qui est la vie de l'Église. Ce don de l'Esprit saint est aussi figuré par le récit de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres (Ac 1,8), qui se présente comme la date de naissance de l'Église. Il s'agit du moins de sa confirmation : l'Église reçoit l'onction, la marque de l'Esprit qui scelle sa naissance dans la mort et la résurrection du Christ. C'est le moment où elle commence sa mission avec la première manifestation publique des apôtres.
Les communautés
L'Épître aux Éphésiens énumère la présence de cinq ministères : apôtre, prophète, évangéliste, pasteur et enseignantÉphésiens 4:11.
Au départ, l'organisation des communautés locales est surtout centrée sur les anciens (presbyteroi ou presbytres), les diacres, au service de la charité, et les épiscopes ou évêques (surveillants), même si les contours des différentes fonctions sont difficiles à tracer précisémentGeoffrey W. Bromiley, The International Standard Bible Encyclopedia, Volume 1, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 1979, p. 696.
Les fonctions se spécialisent, notamment le ministère de la prédication. L'épiscopat se constitue en Asie Mineure vers la fin du ou au début du , comme en témoigne Ignace d'Antioche qui réclame aux communautés la soumission à l'épiscope « qui tient la place de Dieu lui-même », et supplante progressivement le modèle collégial. En 325, au Premier concile de Nicée, une structure hiérarchisée apparait avec un seul évêque dirigeant une province qui compte des presbytres, désormais apparentés à des prêtres ou pasteurs, et des diacresEverett Ferguson, Encyclopedia of Early Christianity, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2013, p. 185.
Les Églises de la Pentarchie
vignette|Carte de la Pentarchie l'année de la mort de Justinien (565). Il n'y a pas « d'Église » au sens propre avant l'institutionnalisation de Constantin le GrandHistoire du christianisme, sous la direction de Alain Corbin, Paul Veyne.. L'idée de l'unité d'une Église primitive, avec des « hérésies » qui seraient venues par la suite, reste une doctrine débattueOrthodoxy and Heresy in Earliest Christianity de Walter Bauer, 1932, nouvelle édition sous la direction de Robert A. Kraft et Gerhard Krodel 1996 Source : L'Invention du Christ, naissance d'une religion, Maurice Sachot, Odile Jacob, coll. Le Champ médiologique.Turner, H. E. W. The Pattern of Christian Truth, éd. A. R. Mowbrey, 1954.Robinson, Thomas A., The Bauer Thesis Examined, éd. Edwin Mellon, 1988..
Au , lors de la crise arienne, il existe plusieurs organisations d'une importance variable, comprenant épiscopes et presbytres : Nicomédie puis Constantinople, Césarée-Antioche, Tyr, Alexandrie, Rome, Cordoue. Chacune d'entre elles est indépendante des autres, comme le montre la convocation de Constantin pour le concile de Nicée faite à toutes les Églises.
À la suite du concile d'Éphèse de 431, qui condamne les thèses de Nestorius, l'Église de l'Orient se sépare de l'Église impériale. Les Églises d'Arménie, de Syrie syriaque, d'Égypte copte, les Églises des trois conciles prennent la même décision à la suite des positions christologiques du concile de Chalcédoine de 451.
Jusqu'au schisme de 1054, le reste du monde chrétien est organisé autour de cinq Églises, ou patriarcats, qui constituent la Pentarchie. Il s'agit de : l'Église de Rome l'Église de Constantinople, affaiblie par le schisme de l'Église arménienne et l'avancée des Turcs l'Église d'Alexandrie, affaiblie par le schisme de l'Église copte et sous domination musulmane l'Église d'Antioche, affaiblie par les schismes des Églises perse et syrienne et sous domination musulmane l'Église de Jérusalem, sous domination musulmane
Jusqu'au Marcel Simon Le Judaïsme et le Christianisme antique, d'Antiochus Epiphane à Constantin. PUF. et Yves-Marie Hilaire Histoire de la papauté, p. ?., l'empereur décidePaul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel, 2007, p. ?. de la convocation des conciles et de l'application du droit canonique tandis que les fidèles et les prêtres, puis les prêtres seulement, puis les prêtres et les autres évêques, élisent l'évêque.
La situation change en Occident à partir de la dotation d'un pouvoir temporel à l'évêque de Rome par Charlemagne.
Organisation Catholicisme
Dans le catholicisme, l’Église catholique de Rome, avec une administration centralisée au Vatican, est l’Église du Christ. La gestion de l’Église est assurée par sa hiérarchie, soit le pape, les évêques et le clergé séculier. Elle est organisée en archidiocèses, diocèses et paroisses locales.
Christianisme orthodoxe Dans le christianisme orthodoxe, l’Église orthodoxe rassemble les Églises autocéphales qui choisissent leur propre primatEncyclopaedia Britannica, Encyclopedia of World Religions, Encyclopaedia Britannica, USA, 2008, p. 309. Du fait de son rayonnement ou de son importance historique, une Église autocéphale peut porter le titre de patriarcat ou d’archevêché et ainsi être dirigée par un patriarche ou un archevêqueErwin Fahlbusch, Geoffrey William Bromiley, The Encyclopedia of Christianity, Volume 4, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2005, p. 88. Les Églises autonomes ont un archevêque.
Protestantisme Dans le protestantisme, l'Église est répartie entre différentes Églises locales, paroisses et synodes, affilées aux Églises nationales et aux organisations internationales, soit parmi les principales, la Communion anglicane, la Fédération luthérienne mondiale, la Communion mondiale d'Églises réformées et le Conseil méthodiste mondial.. La gestion de l’Église est assurée par les ministres, soit les évêques, les pasteurs, diacres.
Dans le christianisme évangélique, l'Église évangélique locale est l'organisation qui représente l'Église chrétienne, et est vue par les évangéliques comme le corps de Jésus-ChristRobert Paul Lightner, Handbook of Evangelical Theology, Kregel Academic, USA, 1995, p. 228. La gestion des Églises est assurée par les ministres, soit les évêques, les pasteurs, diacres, du conducteurs de louange et de l’évangélistes.. La gouvernance dans les églises évangéliques est majoritairement congrégationaliste et plus rarement de type épiscopalien dans certaines confessions.. De nombreuses églises sont membres de confessions chrétiennes évangéliques et adhèrent à une confession de foi commune et des règlementsBrad Christerson, Richard Flory, The Rise of Network Christianity, Oxford University Press, USA, 2017, p. 58Timothy J. Demy Ph.D., Paul R. Shockley Ph.D., Evangelical America: An Encyclopedia of Contemporary American Religious Culture, ABC-CLIO, USA, 2017, p. 105. Certaines confessions sont membres d'une alliance nationale d'église de l’Alliance évangélique mondialeBrian Stiller, Evangelicals Around the World: A Global Handbook for the 21st Century, Thomas Nelson, USA, 2015, p. 210.
Doctrines L'Église comme mystère
vignette|Christ pantocrator, cathédrale de Cefalù, . vignette|La Pentecôte, miniature du , musée Condé, Chantilly.