La bataille de Petitcoudiac est une bataille de la guerre de Sept Ans qui eut lieu en dans la région des Trois-Rivières, où se trouve maintenant le Nouveau-Brunswick. Ce qui devait être une opération de déportation de la population acadienne par l'armée britannique se transforma en bataille, où ces derniers subirent des pertes importantes.

Contexte Après la bataille de Fort Beauséjour, les Anglais contrôlaient la plupart de l'Acadie et voulaient se débarrasser de tous les Acadiens vivant dans la région. La déportation devait s'effectuer en deux étapes. La première était de rassurer la population.

Au fort Cumberland (Beauséjour), le lieutenant-colonel Robert Monckton donne des cadeaux au prêtre Le Guerne et à d'autres Acadiens. Il parvient ensuite à convoquer au fort les chefs des familles acadiennes de la région qui sont environ 460. Le , Monckton les emprisonne ensuite dans les forts de la région et leur annonce que leurs terres sont confisquées et qu'ils seront bientôt déportés. Monckton les rassure en leur disant qu'ils iront à l'Île Royale, où les autres Français les attendent. Il permet ensuite aux femmes de visiter leurs maris. La plupart des femmes et des quelques hommes encore libres partent dans la forêt en arrière de leur village et lancent un appel de détresse aux troupes françaises restées au fleuve Saint-Jean, sous le commandement de Charles Deschamps de Boishébert. Certaines femmes profitent des visites pour donner des armes ou des déguisements dissimulés à leurs maris. Monckton interdit les visites à la suite de l'arrestation d'un homme qui tentait de s'échapper en déguisement de femme. Monckton tente ensuite d'attirer les femmes aux forts mais ne réussit pas. Après le succès du raid d'Abijah Willard et le refus de coopérer des femmes de la région, Monckton décide de déporter tous les habitants des régions limitrophes de l'isthme de Chignectou (où se trouve le fort), soit la Baie-Verte et les Trois-Rivières.

Préparation

Le , deux semaines après l'appel de détresse, Boishébert arrive du fleuve Saint-Jean avec une soixantaine de soldats, surtout des Canadiens et autant de Malécites.

Le lieutenant-colonel Monckton ordonne au major de se rendre aux Trois-Rivières, de brûler tous les villages et de ramener autant de prisonniers que possible. Il envoie 200 soldats sous le commandement du major Joseph Frye.

Après l'échec du raid de Sylvanus Cobb, le , où tous les Acadiens s'étaient cachés dans les bois, Monckton pense que la dévastation forcera les femmes à venir de leur propre gré avec leurs enfants aux forts anglais. Huit navires arrivés le , dont le Syren, les attendent dans la rivière Mésagouèche près du fort Lawrence.

Une chaloupe et deux goélettes sont appareillées les 26 et . Les soldats montent à bord les 27 et . La chaloupe York and Halifax du capitaine Sylvannus Cobb en reçoit 40 dont Frye lui-même. La goélette Warren, commandée par Nathaniel Adams, en porte environ 65 dont le capitaine Thomas Speakman, les lieutenants John Endicott et Billings et le chirurgien March. La deuxième goélette, le plus gros vaisseau, est commandé par le capitaine Newell et emporte presque 100 soldats dont le major Jebediah Preble et le capitaine Brentnall.

Les bateaux partent de la rivière Mésagouèche en fin d'après-midi, le . Le même jour, ils se rendent presque à la baie du Grand-Maringouin, jettent l'ancre et y passent la nuit. Les Anglais attendent jusqu'au à cause de la pluie. Ils décident d'attendre pour partir, parce que c'était un dimanche. Ils partent au soir et jettent l'ancre en aval de Chipoudy.

Les Acadiens évacuent alors les villages. Certains font le guet et d'autres vont avertir Boishébert, qui se trouve sur la rive est de la Petitcoudiac avec une centaine d'hommes. Boishébert et ses hommes arrivent à Chipoudy en canots d'écorce et accostent à un kilomètre et demi en amont de la position des Anglais. Les Acadiens renseignent Boishébert et le conduisent près de la position des Anglais.

Attaque à Chipoudy Au matin du , Frye prépare le plan d'attaque. Une des goélettes a l'ordre de brûler les hameaux du sud de la Chipoudy, où vivent les familles Comeau, Aucoin, Labauve et Blanchard ainsi que plusieurs réfugiés. L'autre goélette et la chaloupe York and Halifax doivent détruire les hameaux situés au nord de la Chipoudy, au pied des collines. C'est la partie principale et la plus ancienne du village, où vivent les petits-fils de Pierre Thibodeau, le fondateur de la colonie, et les familles Pitre, Savoie, Levron, Breau et Gaudet. S'y trouve aussi la chapelle Notre-Dame de la Visitation.

La marée haute arrive vers cinq heures. Les soldats anglais trouvent seulement quelques femmes et leurs enfants, qui n'ont pas pu être avertis, qui étaient malades ou qui pensaient pouvoir partir à temps. Les soldats les emportent de force dans les bateaux. Ils volent certaines provisions et mettent ensuite le feu à tout sur leur passage, les champs, le bétail, le grain et les édifices.

Entretemps, Boishébert et ses hommes ne peuvent rien faire. Il ne s'attendait pas à cette stratégie des Anglais et avait placé ses hommes en différents endroits. Ceux-ci doivent faire de grands détours par la forêt et s'essoufflent à poursuivre les Anglais qui ne restent pas longtemps au même endroit.

Après avoir détruit tout le village, les Anglais rembarquent et se dirigent vers le cap des Demoiselles, où vivent les familles Martin, Blanchard, Préjean, Laure, Savoie, Breau et ainsi que des réfugiés. Ils poursuivent les mêmes manœuvres et capturent une ou deux femmes avec leurs enfants. Le travail est fini en milieu d'après-midi. Les Anglais placent leurs bateaux dans un mouillage sûr à cause du niveau trop bas de la rivière. Des soldats maltraitent quelques femmes. Quelques Acadiens se trouvant dans les environs ne peuvent endurer les cris et tirent sur les soldats, qui s'enfuient avec les femmes. Selon certains, les Acadiens auraient fait alors des dizaines de morts chez les Anglais, ce qui est contredit par d'autres historiens.

En tout, environ 181 bâtiments sont détruits dans tout le village de Chipoudy, et une trentaine de personnes ont été enlevées, soit cinq femmes et leurs enfants.

Plus tard dans la soirée, Boishébert et ses hommes remontent la rivière et s'arrêtent au village de Petitcoudiac.

Attaque au Coude

Le , les trois bateaux anglais remontent la rivière. Alors qu'ils contournent le cap des Demoiselles, les sentinelles de Boishébert les voient et avertissent ce dernier, qui se trouve un peu plus en amont. Voyant que les Anglais ne vont pas s'arrêter à Petitcoudiac mais qu'ils vont sûrement y venir plus tard, Boishébert décide d'envoyer quelques éclaireurs à leur poursuite. Ayant appris des tactiques anglaises, il décide de ne plus éparpiller ses troupes. Il les sépare en seulement deux groupes, l'un restant à Petitcoudiac et il emmène l'autre un peu plus en amont.

En amont du méandre du Coude se trouve le deuxième plus grand établissement du fleuve. Sur la rive gauche se trouve la vallée du ruisseau Nacadie. Des collines entourent les prés situés à l'embouchure du ruisseau. À l'ouest, les hautes terres forment une pointe nommée Terre-Rouge, qui comprend des fermes dont celles de Jean Babineau et Charles Thibodeau et une chapelle. Au nord et à l'est, dans les hameaux de SylvabreauBona Arsenault, Histoire des Acadiens, Fides, 2004, , vivent les familles de Jean Darois, de son beau-frère Sylvain Breau et de ses neveux Trahan.

Peu avant huit heures, les Anglais contournent la pointe du Coude. Le York and Halifax et l'une des goélettes entrent dans le ruisseau Nacadie et jettent l'ancre. Les soldats détruisent Terre-Rouge et Sylvabreau. Les deux bateaux vont ensuite plus au sud et détruisent un hameau situé sur de hautes terres au sud du ruisseau des Cochons, un endroit maintenant appelé Chartersville. Ils n'arrivent pas à trouver le Pré-des-Surette, car les maisons sont placées de façon à ne pas être visibles de la rivière.

Sur la rive droite, en amont du coude, les Anglais détruisent les fermes de Jacques Aucoin et de Jean Saulnier, à un endroit maintenant appelé Riverview. Ensuite, ils détruisent les fermes de Toussaint Blanchard et François Comeau, situées entre les deux ruisseaux en aval du Coude. Encore plus en aval, ils incendient le Village-des-Lacouline, où vivent plusieurs fils des trois frères Jacques, René et Pierre Saulnier dit Lacouline.

Attaque à Petitcoudiac Un peu après midi, près de la Prée-des-Surette, les trois navires se rencontrent. ordonne au York and halifax et à la goélette de Newell de détruire le Cran, sur la rive ouest, et les fermes des Pierre-à-Michel et des Beaumont, sur la rive opposée.

Il confie au Warren et à Adams la mission de détruire Petitcoudiac, le plus important village du fleuve. Situé dans une large étendue de marais transformés en prés par l'usage des aboiteaux, au pied des collines aujourd'hui appelées Calédoniennes, Petitcoudiac comprend trois hameaux. Le Village-des-Dubois, aujourd'hui Weldon, est situé le plus en amont au bord du ruisseau des Dubois (aujourd'hui Weldon) et comprend 7 ou 8 fermes. Ses habitants sont le clan Dubois, qui comprend les familles de Jacques Dubois, ses fils Jean-Pierre, Joseph et Jacques, ainsi que ses gendres François Delisle, Melchior Buisson, Charles Labauve et Paul Martin. Village-des-Blanchard, aujourd'hui Hillsborough, est le hameau le plus central. Il est situé sur une colline à un peu plus de trois kilomètres au sud et comprend une chapelle. Là demeurent la veuve de Pierre Amirault dit Tourangeau et ses gendres Olivier, Blanchard, Simon Martin et Pierre Comeau, ainsi qu'un ou deux autres. À moins de deux kilomètres au sud de ce dernier s'étend le Village-d'en-Bas, aujourd'hui le quartier de Surrey et Edgets Landing, où vivent Jean Bertrand, son fils Charles et ses deux gendres Joseph Pinet et Claude Brasseur. Dans le marais entre Village-des-Dubois et Village-des-Blanchard se trouve une colline appelée Île de l'étang, aujourd'hui Grays.

Selon les ordres de Frye, un premier détachement sous le commandement d'Endicott doit brûler Village-des-Dubois, pour ensuite descendre au Village-des-Blanchard. Un deuxième détachement débarqué à cet endroit doit d'abord détruire Village-d'en-Bas, pour rejoindre le premier détachement afin de brûler le Village-des-Blanchard et sa chapelle.

De 20 à 30 jeunes Acadiens se sont vraisemblablement joints aux 120 hommes de Boishébert. Parmi ceux-ci se trouveraient Olivier, Honoré et Alexis, fils de Jean Dubois le père ; Jean-Baptiste Labauve ; Joseph et Jean-Baptiste, fils de Jean Bertrand ; Jean-Baptiste Amirault ; Amand, Olivier et François, fils de Joseph Bertrand et finalement Amand, Olivier et François, fils de Pierre-Jacques Léger, ces derniers venant de l'Anse-à-Rosette, un village au sud de Petitcoudiac, à quatre kilomètres au nord de l'actuel Hopewell Cape. Contrairement aux hommes de Boishébert qui ont des armes à feu, ceux-ci sont principalement armés de coutelas et de fourches. Les femmes et les enfants sont envoyés dans un lieu sûr, loin dans la forêt.