Le palais des Beaux-Arts de Lille est un musée municipal d'art et d'antiquités situé place de la République à Lille, dans la région Hauts-de-France. C'est l’un des plus grands musées de France et le plus grand musée des beaux-arts, en dehors de Paris, en nombre d'œuvres exposées.

Créé en 1792 sous l'impulsion du peintre Louis Joseph Watteau, le fonds initial du musée est constitué d'œuvres confisquées aux émigrés et aux institutions religieuses de la ville au lendemain de la Révolution, parmi lesquelles plusieurs tableaux de Rubens, Van Dyck ou Jordaens. , il s'enrichit d’œuvres données par l'État, conformément aux dispositions du décret Chaptal, à l'origine de la création de nombreux musées de province ; , le musée ouvre au public. Si l'État reste ensuite un contributeur important aux collections du musée, ce sont surtout les legs et donations, à partir des , qui conduisent à la constitution du fonds actuel. , la collection de tableaux atteint une dimension telle que Géry Legrand, maire de Lille, décide la construction d'un palais des beaux-arts pour les accueillir. La réouverture du musée, dans ce nouveau bâtiment, offre l'occasion de regrouper plusieurs collections de peintures, et aussi de sculptures, de dessins, de pièces anciennes et d'objets d'art, jusqu'alors dispersées. Les acquisitions de la ville sont par ailleurs très dynamiques jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale. Elles comprennent quelques œuvres majeures, de David, Goya, Delacroix, Courbet, Corot ou Puvis de Chavannes, dont certaines ont marqué l'histoire de la peinture, mais surtout des œuvres anciennes ou contemporaines d'artistes d'origine régionale et locale qui viennent compléter les autres formes d'apports. Il en résulte des collections où les pièces flamandes et hollandaises du et françaises du tiennent une place de tout premier rang.

Tirées d'un fonds de plus de soixante-dix mille œuvres, le musée en propose aujourd'hui près de deux mille à la visite. Ce sont en particulier deux cents pièces de sculptures, de peintures et d’objets d’art de l’Europe médiévale et de la Renaissance, plus de cinq cents œuvres peintes du , quelque cent trente-cinq sculptures du , une belle collection de céramiques du et quinze plans-reliefs au de villes fortifiées par Vauban. Le musée possède également un cabinet des dessins riche de six mille cinq cents feuilles de dessins et d'estampes du et une collection numismatique de plusieurs milliers de pièces et médailles, ainsi que deux cent cinquante matrices de sceaux allant du . Rénové , le musée accueille aussi une salle d'expositions temporaires, un auditorium, une bibliothèque et des ateliers pédagogiques.

Le palais des Beaux-Arts lui-même a été inscrit à l'inventaire des monuments historiques .

Histoire du musée Création du musée vignette|redresse=0.8|alt=Au fond, la chapelle du couvent, surmontée d'un campanile, et, au premier plan, le bâtiment conventuel.|L'ancien couvent des Récollets de Lille, 1893, lithographie d'Édouard Boldoduc. L’idée de fonder un musée apparaît à Lille lors de l’ouverture de l’Académie des arts en 1775. Elle avait été précédée, deux ans plus tôt, par la tenue du premier des salons des artistes lillois, dont l’organisation régulière se poursuit jusqu’à la veille de la Révolution. À cette époque, des centaines d’œuvres d’art sont confisquées aux émigrés, aux églises, aux couvents, aux hospices et entreposées dans l’ancien couvent des Récollets, rue des Arts. Le , le peintre Louis Joseph Watteau propose à la municipalité la création d'un musée pour l'instruction du public. L'administration y répond favorablement le , considérant .. En , cinq tableaux de l'église de la Madeleine et vingt autres transportés du couvent des Récollets, de diverses maisons et anciens couvents sont exposés dans le grand salon de l’Académie des arts. Destiné aux étudiants de l'académie, ce musée embryonnaire n'est toutefois pas ouvert au public. En 1795, Louis Watteau, directeur de l'académie, est désigné par la commission centrale des Arts pour effectuer l’inventaire des tableaux confisqués à la noblesse et au clergé local.

Le musée bénéficie, quelques années plus tard, du projet de vulgarisation de l’art entrepris par , qui lui confère un cadre juridique officiel par le décret Chaptal du . Le décret désigne quinze villes françaises, dont Lille, pour recevoir des œuvres prélevées sur les collections du Louvre et de Versailles, (Art IV).. Principalement constituée de saisies révolutionnaires, la collection attribuée à la ville de Lille comprend . En 1803, après la restauration de certains tableaux et la réalisation des aménagements nécessaires à leur conservation, le musée s’installe dans la chapelle de l’ancien couvent des Récollets, au croisement de la rue des Arts et du boulevard Carnot. La collection exposée comprend les de l’envoi de l’État et environ choisis parmi les plus belles pièces inventoriées par Louis Watteau. Le musée n'est cependant ouvert au public que le . Il présente alors .

Construction du palais thumb|upright=0.8|alt=Vue du hall dans sa longueur, rythmé de lourd piliers de pierre sous une voute cintrée parsemée de lumignons, à droite des statues, à gauche des guichets, au fond un lustre multicolore. |Vue du hall d'accueil.

En 1850, les collections sont déménagées pour les installer dans les locaux du nouvel hôtel de ville construit par Charles Benvignat, place Rihour, qui leur consacre entièrement son deuxième étage. Mais les collections se développent considérablement, passant de en 1841 à 715 en 1875, sous l'impulsion d'Édouard Reynart, conservateur du musée à partir de 1841.. Cela rend rapidement l'espace disponible à l'hôtel de ville insuffisant. En 1881, Géry Legrand, maire de Lille, décide la construction d'un palais des beaux-arts pour les accueillir. Pour le financer, cinq millions de billets de loterie à un franc sont mis en vente en 1883, avec un gros lot de . Mais la ville ne recueille que . Un concours, ouvert aux architectes français, est lancé en 1884 sur la base d'un budget de . Parmi les présentés, c'est celui des architectes parisiens Édouard Bérard et Fernand Delmas qui est retenu. La construction du nouveau musée débute en . , elle n'est pas encore achevée, le budget initial s'avère insuffisant et Édouard Bérard démissionne. Finalement, le projet n'est réalisé qu'à moitié et le palais est amputé de sa partie arrière lorsque les travaux s'achèvent en 1892.

Situé au centre de la ville nouvelle, entre la ville historique et le village de Wazemmes, le palais de style Belle Époque fait face à la préfecture de Lille, construite une vingtaine d'années plus tôt, place de la République. Bâtiment imposant représentatif de l'architecture officielle de la fin du , le nouveau musée conjugue références à la Renaissance italienne, alternance de colonnes et de frontons et toit à la française.. Sa façade monumentale de style composite, flanquée de deux pavillons à coupole, est décorée de moulures ornées de têtes de lions, de coquillages et de personnages s'adonnant aux activités artistiques. Les deux ailes latérales portent des balcons à balustres, des loggias et, sous la corniche, des frises ornées de portraits de peintres en médaillons. À l'intérieur, le rez-de-chaussée est occupé par une galerie d'entrée de qui accueille les sculptures et le premier étage par le salon d'honneur, de sur 12, éclairé par les trois immenses baies qui donnent sur la place de la République.

L'inauguration a lieu le , en présence de , et le palais reçoit le jour même .

Rénovation et extension vignette|redresse=0.8|alt=Le palais vu du dessus, de trois-quarts face, ses deux ailes et au fond le bâtiment lame en verre.|Maquette du palais des Beaux-Arts après sa rénovation.

Le nouveau palais présente toute la majesté nécessaire, mais s'avère rapidement mal adapté à la conservation des collections. Insuffisamment chauffé et ventilé, il expose les œuvres à des taux d'humidité excessifs qui les dégradent rapidement, surtout durant la période hivernale. Dès , le département des dessins est fermé puis, l'année suivante, l'ensemble des collections. Le changement de municipalité, avec l'élection de Gustave Delory en 1896, permet de débloquer le budget nécessaire à la réalisation de travaux d'isolation et de chauffage et le musée rouvre ses portes au public au début de l'année 1898..

Au début de la Première Guerre mondiale, dans la nuit du 11 octobre 1914, le bâtiment est endommagé, plus de ayant atteint les salles. Des vols d'œuvres d'art sont commis par des officiers allemands en octobre 1914.. Le , les Allemands réclament L’Assomption de la Vierge de PiazettaPalais des Beaux-Arts de Lille : Histoire d'un trésor de guerre. Le conservateur du palais des Beaux-Arts depuis 1912, Émile Théodore, tente de sauver les œuvres les plus précieuses du musée, d'abord avec l'aide des autorités allemandes qui donnent l'ordre d'ouvrir le musée aux militaires le 16 juin 1915. Mais l'explosion du Dépôt de munition des dix-huit ponts, dans la nuit du 10 au 11 janvier 1916, ruine ses efforts de protection provisoire du bâtiment. En février, des réparations sont entreprises, mais sont endommagées par une tornade le 17 février. En mars 1917, les autorités allemandes discutent avec le conservateur du palais des Beaux-Arts de l'enlèvement des collections sous couvert de leur protection. La politique allemande du Kunstschutz va organiser le pillage des collections. Malgré la protestation du conseil municipal, l'armée allemande commence l'enlèvement des collections le 19 mai 1917. L'opération continue de juin 1917 jusqu'au 4 octobre 1918, peu avant la libération de Lille, le 17 octobre 1918. Pendant ces enlèvements, Émile Théodore a établi l'inventaire des objets pris par les Allemands. Après l'armistice de Rethondes, le conservateur va plusieurs fois à Bruxelles, entre le 12 décembre 1918 et le 12 janvier 1919, pour rechercher les œuvres d'art du musée déposées à Bruxelles par l'armée allemandeÉmile Théodore, Éphémérides des musées du palais des Beaux-Arts pendant la guerre, dans Revue du Nord, 1920, , (lire en ligne). Le palais fait l'objet d'une première rénovation importante à partir de 1919 et ne rouvre ses portes qu'en ..

De 1933 à 1935, l'architecte Louis Mollet est chargé avec son père Victor Mollet d'aménager la cour intérieurehttps://www.bn-r.fr/dam_picture.php?id=98915&nb=2https://www.bn-r.fr/dam_picture.php?id=99489&nb=1 qui sera couverte pour devenir un atrium de , tel qu'il existe encore. Des travaux de réhabilitation relativement importants, ravalement de la façade, réfection de la toiture et des installations électriques, construction d'une annexe, sont réalisés dans les et, en 1975, le palais est inscrit à l'inventaire des monuments historiques.. vignette|Public faisant la queue à la réouverture du musée le . Photographie de La Voix du Nord

À la fin des années 1980, son état de vétusté, combiné à l'arrivée et à l'installation à Lille des plans en relief des villes fortifiées par Vauban venus de Paris, pousse la ville à engager sa rénovation complète. Un concours d'architecture est lancé en 1989 et les travaux sont confiés aux architectes Jean-Marc Ibos et Myrto Vitart en 1991.. D'un montant total de 220 millions de francs, leur réalisation dure six ans, pendant lesquels le musée est fermé..

vignette|gauche|Jacques Chirac à la réouverture du musée. Photographie de La Voix du Nord