Le sous-ordre des Lumbricina regroupe l'ensemble des vers de terre, ou lombriciens., soit treize familles et plus de décrites. De très nombreuses espèces de l'ordre des Haplotaxida restent à découvrir, surtout dans les régions tropicales. La quasi-totalité des espèces européennes appartiennent à la famille des Lumbricidae.
Selon Daniel Cluzeau, directeur de recherche à l'université de Rennes, expert en faune lombricienne, on connaît en France métropolitaine plus d'une centaine d’espèces de vers de terre ; et dans un même sol, de quatre à quinze espèces cohabitent (selon le type de sol, la saison, son histoire, le contexte pédoclimatique…). En Europe, derrière les bactéries et champignons (), ils constituent la biomasse animale la plus importante (près de ) ; l’équivalent en poids de six ou sept vaches..
Géodrilologie
La géodrilologie (du grec ancien , « terre », , « ver de terre. », et , « étude, discours ») est la branche de la zoologie dont l'objet est l'étude des vers de terre.
Les spécialistes de cette discipline sont appelés géodrilologues.
La « drilosphère » est la zone habitée par les vers de terre ou la zone où ils ont des impacts directs.
Généralités Rôles majeurs vignette|redresse=1.2|Les vers de terre font partie des détritivores qui interviennent dans le cycle biogéochimique de la matière organique en tant qu'agents de l'humification et de la minéralisation du carbone et de l'azote..
Espèces ingénieurs, leur diversité spécifique et génétique, leur activité d'exploitation des ressources et leur écologie en font des acteurs majeurs dans la régularisation des cycles des nutriments, la structuration et l'entretien des propriétés physiques des sols, le cycle de l'eau (dont pour leur capacité à infiltrer, et épurer l'eau, et dans la qualité du fonctionnement des agroécosystèmes Blanchart, E., A. Albrecht, (1999). .... Par exemple, des chercheurs irlandais et néerlandais ont montré que des pluies intenses réduisent la biomasse des pousses de (de 16 à 21 % en moyenne), uniquement en l’absence de vers de terre. En présence de vers anéciques, l'engorgement du sol après des pluies intenses diminue plus vite, grâce aux macropores verticaux et à une amélioration du cycle des nutriments qu'ils entretiennent dans le sol ; et les vers de terre produisent plus de galeries en cas de pluies intenses. Ainsi, ces vers ..
Les vers de terre sont des animaux fouisseurs qui contribuent au mélange permanent des couches du sol par leurs actions de macro-bioturbation... Ils fournissent de nombreux services écosystémiques.
Le volume du sol influencé par ces animaux est un compartiment fonctionnel de l'écosystème appelé Marcel B. Bouché (1977). “Stratégies lombriciennes”, in , eds U. Lohm and T. Persson (Stockholm: ), ..
Il existe dans le monde quelques espèces semi-aquatiques (qui respirent périodiquement de l'air en surface au moyen d'un siphon) ou subaquatiques (une seule en Europe : Criodrilus lacuum).
Densité et biomasse vignette|redresse=1.2|Les lombrics jouent un rôle important dans le cycle du carbone organique des solsLégende : SOC= ; DOC=. qui stockent plus de de tonnes de carbone par an. Leur bioturbation favorise la pénétration de l'air et de l'eau et leur rôle de décomposeur contribue à la formation des nutriments nécessaires aux plantes environnantes et au microbiote tellurique. Constituant 60 à 80 % de la biomasse animale des sols, ils émettent des gaz à effet de serre (, ) via leur système digestif. Ingérant sans cesse de la terre et des résidus végétaux riches en microbes, ce sont en fait les micro-organismes de leur microbiote intestinal qui décomposent les débris végétaux et produisent ces gaz. Plusieurs études évaluent le compromis entre l'effet bénéfique des lombrics sur la séquestration du carbone et leur effet négatif sur l'effet de serre... Les vers de terre sont omniprésents dans les sols tropicaux ou tempérés (sauf quand ils sont très acides). Au sein de la diversité d'organismes peuplant le sol, ils sont le groupe animal dont la biomasse est la plus importante (60 à 80 % de la biomasse animale des sols). : leur densité va généralement de (excédant parfois les ), soit une biomasse vivante entre .. Leur biomasse est de par hectare dans les prairies tempérées. Au total sur Terre, ils représentent un poids vingt fois supérieur à celui des Hommes.. Leur diversité taxonomique est très importante ( lombriciennes recensées en 1994 ; et documentées en 2015.).
Leur présence varie selon les milieux. Ainsi on peut trouver dans une forêt d’épicéas tempérée, dans une prairie maigre, dans une forêt de feuillus ou un champ et jusqu'à dans un pâturage. L’épandage de fumier solide de bovin, dans une proportion de par année, augmente le nombre de Lumbricus terrestris (anéciques) de près de 250 %, leur nombre dépassant , ce qui représente de vers de terre à l'hectare..
Des recensements. montrent généralement que cette abondance est beaucoup plus réduite au sein des parcelles agricoles labourées et monoculturales ou en présence de pesticides.. En effet, certains champs sont passés de de vers de terre à l'hectare en 1950, à ou moins au début du ..
Selon les sols, le climat et les espèces de lombrics, on estime entre 40 et de turricules qui sont excrétés par an et par hectare, autrement dit toute la terre d'un jardin ou d'un champ passe dans le tube digestif des lombrics en une cinquantaine d'années. Dans les zones tempérées, les vers de terre déposent en moyenne de fèces par hectare (soit , formant une couche de 5 à d'épaisseur), ce labour lombricien représentant 10 % du travail du sol effectué par un labourage qui en moyenne retourne de terre arable par hectare, mais le labour humain avec la charrue est plus grossier et soulève la terre sur 20 à en s'appuyant sur le sol sous-jacent, exerçant un tassement mécanique.. Leur biomasse est telle que dans un champ cultivé, les chercheurs estiment que tout le sol sur l'épaisseur d'un soc de charrue est passé au moins une fois dans leur tube digestif en moins de ..
Il existe des espèces aquatiques, par exemple en France Criodrilus lacuum (ou Criodile selon le Larousse de 1890 qui le définit comme un Criodrilus, subst. masc ; Source : Cnrtl, .).
Classifications Classification biologique vignette|redresse=1.2|Effets directs (1) et indirects (2) de la drilosphère sur les sols et leurs fonctions écosystémiques. Les vers de terre appartiennent au groupe cœlomate, tripoblastique protostomien, à la sous-classe des Oligochètes (littéralement : « qui ont peu de poils », il s'agit plus précisément de soies), à l'ordre des Haplotaxida et au sous-ordre des Lumbricina.
Les caractéristiques de morphologie sont utilisées par les systématiciens pour classer les vers de terre. Ils sont classés selon divers caractéristiques telles la position segmentale du clitellum sur le corps, la longueur du corps, sa forme (cylindrique ou aplatie), le nombre de segments corporels, le type et la position des soies, la description du prostomium, le péristomium, la position externe ainsi que la morphologie des orifices génitaux, le type de renflements glandulaires sur le clitellum..
Classification fonctionnelle Une classification adaptée de cette catégorisation écologique conduit à distinguer quatre groupes fonctionnels que sont les épigés, les épi-anéciques, les anéciques stricts et les endogés.. Des sous-écotypes permettent de préciser leurs spécificités écologiques encore plus précisément.
Classification écologique vignette|redresse=1.2|Les trois principales catégories écologiques de vers de terre. La semelle de labour (située à plus de de profondeur) peut être percée et « reperméabilisée » par les anéciques, permettant aux racines de s'étendre au-delà de cette couche compacte, et d'accéder à des réserves hydriques plus profondes.
Les vers de terre peuvent être regroupés en trois catégories écologiques principales, des écotypes, classés selon leur morphologie, leur écologie et leur position verticale dans ou au-dessus du sol, faisant appel alors à des sous-catégories écologiques..
La classification écologique est définie selon leurs traits de vie, que l'on classe en trois groupes écologiques principaux ; les vers épigés, les vers anéciques et les vers endogés. Cette catégorisation écologique est établie depuis 1971 par Marcel Bouché, directeur du laboratoire de zoo-écologie des sols de l'INRA, qui distingue le mode de vie anécique , épigée ou endogé mais qui note aussi l'existence d'intermédiaires et de spécialisations à l'intérieur de chacune de ces catégories écologiques.. Selon Marcel Bouché, l'appellation Pôle adaptatifs est préférable à une classification écologique qu'il juge trop catégorique..
En France, Marcel Bouché établit un écotype principal particulier, le quatrième, les vers hydrophiles qui colonisent les drains et les cours d'eau.
Au Royaume-Uni, la classifie les vers de terre selon quatre écotypes où les vers du fumier sont considérés comme un écotype à part entière.
Vers de terre anéciques Les vers de terre anéciques, en général de grande taille, font des terriers verticaux permanents dans le sol, entre un et deux mètres de profondeur, dans lesquels ils se déplacent pour se nourrir la nuit de feuilles tombées à la surface du sol qu'ils traînent dans leurs terriers. Ils défèquent au passage à la surface en déposant leurs turricules (petites tours) représentatifs de leur présence, et peuvent assez souvent être vus dans les prairies. Ces turricules organo-minérales ont cette particularité de coller sous les semelles des chaussures.
Les sous-écotypes anéciques, épianéciques et paranéciques, les identifient selon qu'ils possèdent ou non un postgésier, avec ou sans diapause, paradiapause ou quiescence.
Vers de terre endogés Les vers de terre endogés vivent et se nourrissent du sol. Ils creusent des galeries horizontales dans le sol qu'ils consomment pour se déplacer. Ils défèquent dans ces mêmes galeries qu'ils rebouchent partiellement. Les vers de terre endogés sont souvent sans pigments cutanés et de couleurs pâles, gris, rose pâle, vert ou bleu. Certains peuvent s'enfouir très profondément dans le sol.
Leurs sous-écotypes sont nombreux. Les endogés géophages tubulaires mangent du sol relativement pauvre en matière organique. Les endogés carnivores peuvent ingérer d'autres espèces différentes de lombriciens. Les endogés difformes sont des vers en forme de sac aux parois molles et déformables. Les endogés rhizophages quant à eux consomment des petites racines mortes. Les hypoendogés vivent en sol profond. Les épiendogés vivent près de la surface.
Vers de terre épigés Les vers de terre épigés vivent principalement à la surface du sol dans la litière de feuilles. Ils sont aussi souvent rouge vif ou brun rougeâtre, mais ne sont pas striés.
Les sous-écotypes sont nombreux aux espaces écologiques bien différents. Les épigés staminicoles vivent dans et se nourrissent de litière. Les épigés coprophages vivent dans et se nourrissent d'excréments animaux, dans les bouses de vaches mais aussi d'animaux domestiques. voire d'humain.. Les épigés corticoles vivent sous les écorces et se nourrissent d'aubier ou de bois mort. Les épigés phélophiles vivent dans les galeries de vers anéciques et profitent de se nourrir de leur mucus déposé par leur passage. Les épigés anguiloïdes ayant un corps rigide adoptent une fuite saltatoire qui consiste en une démarche où tous les membres se meuvent ensemble pour sauter tel une puce.
Autres écotypes remarquables Vers de terre hydrophiles vignette|redresse=1.6|Les densités des lombrics se situent généralement entre 50 et ., excédant parfois les ., ce qui représente une biomasse entre , pouvant dépasser (soit dans les prairies permanentes des régions tempérées, créant un réseau de galeries qui peut atteindre , soit linéaires par mètre carré). Ils représentent ainsi, selon la composition du substratum, 60 à 80 % de la biomasse animale des sols..