Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouërie, né le à Fougères et mort le au château de La Guyomarais à Saint-Denoual, est un militaire français, héros de la guerre d’indépendance américaine et l'organisateur de l'Association bretonne.

Après une jeunesse orageuse, La Rouërie décide de partir en Amérique. Il participe à la guerre d’indépendance américaine dans l'armée continentale. Connu sous le nom de Colonel Armand, il se distingue à la tête de la légion de dragons et participe activement à la bataille de Yorktown. Admirateur de la révolution américaine, ami de George Washington, La Rouërie revient en France avec le grade de brigadier-général, décoré de la croix de Saint-Louis et de l'ordre de Cincinnatus.

De retour en Bretagne, La Rouërie défend le parlement de Bretagne contre les édits de Versailles, ce qui lui vaut d'être enfermé à la Bastille le .

Opposé à l'absolutisme, il voit d'abord avec joie les signes de la Révolution française. Le refus de la noblesse bretonne de députer à Versailles l'empêche de jouer un rôle aux États généraux. Royaliste, libéral et franc-maçon, La Rouërie rallie la contre-révolution à la suite de la suppression des lois et coutumes particulières de la Bretagne. Il crée l'Association bretonne afin de lever une armée contre les révolutionnaires. Trahi, La Rouërie meurt avant de pouvoir terminer son entreprise. Le mouvement organisé par le marquis sera le précurseur de la Chouannerie.

Jeunesse thumb|gauche|Hôtel de la Belinaye à Fougères, maison natale de La Rouërie.Statue de La Rouërie, sculptée par Jean Fréour et érigée en 1993. upright=1.4|thumb|Plaque commémorative. Armand-Charles Tuffin de La RouërieSon nom se prononce « La Rouarie » et non « La Rouérie », il est parfois orthographié « La Royerie »., fils d'Anne Joseph Jacques Tuffin de La Rouërie et de Thérèse de La Belinaye, nait à Fougères, le . Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants, Gervais, Charles-Louis et Renée, cette dernière morte en bas âge. Son père meurt également assez jeune, à vingt-neuf ans, en 1754, alors qu'Armand est âgé de trois ans.

Destiné comme noble à embrasser la carrière militaire dès son plus jeune âge, il a un maître d'armes, un maître d'équitation et également un maître de danse. Il apprend le latin, l'anglais et l'allemand. Déjà il aime jouer avec les enfants des environs, monte des bandes, organise des coups, révélant son caractère bagarreur.

En 1766, sa famille lui achète un brevet d'enseigne au régiment des Gardes-Françaises. Âgé de quinze ans, il quitte le château de Saint-Ouen-la-Rouërie où il a passé toute son enfance pour Paris. Il prend son service à Versailles. Les Gardes-Françaises étant un corps d'élite et de parade, les loisirs prennent plus de temps que le service, au début la vie à Paris et Versailles lui plait ; rapidement il est gagné par l'ennui.

Une curieuse aventure le rend célèbre dans la société parisienne. Un jour, en novembre 1766, il se rend à l'Académie de musique pour y voir un opéra-ballet. Ce jour-là, le premier rôle est tenu Mademoiselle BeaumesnilHenriette-Adélaïde Villard, dite Beaumesnil (1748-1813). qui remplace Sophie Arnould. La Rouërie en tombe tout simplement amoureux. À la suite d'une autre représentation, il force la loge de Beaumesnil et lui déclare qu'il l'aime. La jeune femme reste sur sa réserve car elle est entretenue par un galant qui lui fournit une rente. Cet homme, M. de La Belinaye, est en fait le propre oncle d'Armand de La Rouërie. La jeune Beaumesnil se garde bien d'en souffler mot à Armand, elle l'éconduit poliment, lui déclarant seulement qu'elle n’est pas libre.

La Rouërie repart déçu et n'abandonne pas. Il monnaye l'aide de deux ouvriers et avec l'aide d'une échelle parvient à pénétrer chez Beaumesnil, dont il s'est procuré l'adresse. Celle-ci, alors seule au logis, repousse de nouveau les avances du marquis qui lui demande sa main. Lorsque La Belinaye arrive, peu après le départ de La Rouërie, il découvre l'échelle restée posée sous la fenêtre, et, furieux, rompt sa liaison avec Beaumesnil..

Par la suite, le bruit court à l'époque que La Rouërie est allé se retirer à la Trappe, qu’il s’y est fait moine et qu'un jour, son oncle s'étant perdu lors d'une chasse, croise par hasard son neveu et le reconnaît. La Rouërie, ignorant toujours les rapports entre son oncle et Beaumesnil, lui raconte son aventure, ce qui par la suite entraîne la réconciliation des trois personnages. Ces rumeurs étaient certainement fantaisistes ; depuis, toute la noblesse de Paris connaît La Rouërie sous le surnom d'« évadé de la Trappe ».. L'histoire fait partie des ragots à la cour de Versailles.

Réconcilié avec son oncle, La Rouërie devient l'amant de Beaumesnil avec qui il a un fils qui est probablement envoyé au château de La Rouërie et confié au soin de sa grand-mère.

Cette vie frivole dure quelques années avant de prendre fin. Endetté, La Rouërie devient querelleur. Au cours d'un duel, en raison d'une dispute portant sur la cuisson d'un poulet., il blesse grièvement le comte de Bourbon Busset au point qu'on craint pour sa vie. Cet événement provoque la colère du Roi Louis XVI, dont Bourbon Busset est un ami d'enfance.. Les duels étant interdits, le Roi menace de faire pendre le marquis. La Rouërie démissionne des Gardes-Françaises et s'exile à Genève. Cet exil ne dure pas, le Roi consent à ce que La Rouërie revienne en France à condition qu'il se retire sur ses terres.

La révolution américaine

vignette|Vue en 2018 du château de la Rouërie, à Saint-Ouen-la-Rouërie.

À son peu fier retour à Saint-Ouen-la-Rouërie après dix années de service, La Rouërie y nourrit quelques regrets : sa carrière de soldat est désormais brisée alors que sa vocation était celle d'un militaire. Désœuvré, il se retire dans son château..

C’est pendant cette période que les nouvelles de la révolution américaine gagnent la Bretagne. La Rouërie a été initié à la franc-maçonnerie à la loge du Régiment Royal-Roussillon de Cavalerie, la Parfaite Union. et fréquente également la loge maçonnique de Fougères, l'Aimable Concorde, comme maître écossaisBibliothèque nationale de France, Manuscrit FM2.12.. Les francs-maçons fougerais, en correspondance avec leurs homologues américains des Treize colonies, en reçoivent fréquemment des nouvelles et c’est par celles-ci que La Rouërie se tient informé des événements.. Le désir de revanche sur les Anglais vainqueurs de la France à l'issue de la guerre de Sept Ans, son goût pour l'aventure, le désir de faire oublier son passé et l'occasion de relancer sa carrière militaire à l'étranger auprès d'une cause qu'il considère juste, sont les principaux motifs qui poussent La Rouërie à s'embarquer pour l'Amérique.

Après une première tentative - avortée - qui consistait à partir depuis Le Havre sur l'Amphitrite un navire français appartenant à Beaumarchais, La Rouërie s'embarque finalement à Nantes dans les premiers mois de l'année 1777 avec l'un de ses domestiques nommé Lefebvre, sur le Morris un navire américain. Son voyage mouvementé se termine à la nage, les Anglais ayant attaqué le navire dans la baie du Delaware.

Arrivée en Amérique Le , le Morris arrive en vue des côtes américaines dans la baie du Delaware, il apporte une cargaison d'armes et de munitions pour les Insurgents ainsi qu'un courrier de Benjamin Franklin pour le Congrès des États-Unis. Le navire est surpris par trois vaisseaux britanniques. Les Américains tentent de prendre la fuite. Les tirs anglais endommagent fortement le Morris qui s'échoue. Une chaloupe est mise à la mer, La Rouërie y prend place avec son domestique après que le capitaine lui a remis les dépêches. Refusant de laisser la cargaison aux Anglais, le capitaine Anderson fait sauter son navire. La chaloupe est renversée par une vague provoquée par un boulet et tous ses occupants doivent gagner la rive à la nageCet épisode est mentionné dans une lettre de John Adams à sa femme : .

Après quelques jours de marche, La Rouërie et Lefebvre arrivent à Philadelphie et obtiennent une audience auprès du Congrès afin de proposer leurs services dans l'armée continentale. Le marquis a été recommandé au Congrès par Robert Morris. Lors de l'audience, La Rouërie affirme qu'il est prêt à refuser de toucher une solde, désirant seulement mettre son épée au service de la cause.. Il déclare également que ne voulant être connu ni sous son titre de marquis, ni sous nom de famille, il ne souhaite garder que son nom de baptême, c'est pourquoi il s'engage sous le nom de Charles Armand et sera connu par le surnom de Colonel Armand.. Cet esprit de panache et de dévouement plait au Congrès qui remet à Armand, le , un brevet de colonel. Le Congrès va jusqu'à accorder le même grade à Lefebvre, que ce dernier déclineCharles Albert de Moré de Pontgibaud écrivit dans ses mémoires : Mémoires du comte de Moré..

La guerre d’indépendance américaine

Le Colonel Armand Pour que la nomination du Congrès soit acceptée, il faut l'accord du général en chef George Washington. Avant de le rencontrer, La Rouërie lui écrit un premier courrierLettre de La Rouërie à George Washington : ..

La Rouërie arrive à Morristown, dans le New Jersey, où l'armée, alors forte de , tient ses quartiers. La Rouërie est fortement impressionné par le général Washington qui gagne rapidement son admiration. Washington a également une bonne opinion du jeune colonel, il écrit ainsi à Robert Morris :

Confirmé dans son grade de colonel, La Rouërie ne peut toutefois intégrer l'armée continentale, car à ce moment aucun poste n'est vacant, à la place il est autorisé à lever un corps de partisans et de miliciens. Il y a peu de Français dans l'armée américaine à cette période et La Rouërie passe sous les ordres du major Nicholas Dietrich Ottendorf, commandant d'un corps franc d'infanterie, composé essentiellement de Pennsylvaniens germanophones. Rapidement, La Rouërie entre en conflit avec Ottendorf, lui reprochant ses mœurs de pillardLorsque des paysans croisaient ses troupes, s'ils se déclaraient patriotes, Ottendorf faisait passer ses hommes pour des Hessiens, et s'ils se déclaraient loyalistes, il se révélait comme insurgent, dans tous les cas, les paysans étaient perdant et leurs biens réquisitionnés. Il s'attira les foudres de Washington, « M.Ottendorf n'aura jamais mon consentement pour un grade de major ou d'officier de quelque capacité que ce soit dans l'armée. » Il finit par changer de camp et déserte pour passer dans l'armée britannique en même temps que Benedict Arnold.. Washington lui donne raison, il destitue Ottendorf et La Rouërie prend la tête du corps franc.

Première campagne thumb|upright|George Washington, huile sur toile de James Peale, ~ 1787-1790. La cause des patriots est très mal engagée. Les soldats américains ont passé un hiver rigoureux et de nombreuses désertions ont été signalées. Finalement, Washington fait mouvement et se porte à la rencontre des troupes britanniques commandées par William Howe. Les deux armées se rencontrent à Scotch Plains, dans le New Jersey. La bataille de Short Hills est le baptême du feu de La Rouërie qui est placé avec ses troupes à la pointe de l'attaque. La bataille se termine par une défaite pour les Américains face aux Britanniques mieux entraînés et deux fois plus nombreux. Le corps d’Armand est décimé : 30 hommes sur 80 sont tués. Malgré tout, il parvient dans la déroute à sauver un canon, arme rare et précieuse pour les Américains. À la suite de cette bataille, le Colonel Armand gagne l'estime de ses compagnons d'armes et Washington le félicite pour son courage..